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Épisode 67 – Toute Voile Devant

8 avril 2016
Me voici donc en direct de Morondava sur la cote Ouest du Madagascar.

La dernière fois que nous nous sommes parlé, j’étais à Ranomafana à la veille de retourner vers Antsirabe. Le moins que l’on puisse dire c’est que les choses se sont bousculées depuis. Peu après avoir bouclé mon dernier blog, et au lieu de dormir paisiblement à Ranomafana tel que prévu, nous avons changé nos plans à la dernière minute pour sauter dans un taxi-brousse de nuit en direction Antsirabe. La balade de 7h a été tout sauf du repos; le chauffeur conduisait en fou sur la route sombre et sinueuse, et il faisait jouer de la musique de merde à tue-tête. En fait, je comprend l’idée de la musique forte… le chauffeur voulait éviter de s’endormir… mais la musique était tellement endormante (même si je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit à cause de celle-ci) que je suis surpris qu’il soit resté éveillé. C’était peut-être pour cela qu’il donnait de brusques coups de volant à tout moment. Comme si ce n’était pas suffisant, un jeune enfant nous a vomi dans le dos.
Une fois à Antsirabe, moi et Andréanne avons décide de nous séparer pour quelques jours; j’étais intéressé par l’idée d’explorer la cote Ouest du pays, tandis qu’elle rêvait des plages à l’Est.
Ni une ni deux, j’ai sauté le soir même dans un taxi-brousse de nuit pour Morondava.
Quel trajet bizarre…
Tout juste après le départ, on s’est arrêté 3 heures pour manger… 3 heures. Ce n’est qu’au moment de partir que j’ai compris… Ils attendaient le ok de la police militaire qui patrouillait la route de nuit. En effet, on m’a raconté qu’il était très fréquent que des bandits attaquent les taxi-brousses la nuit pour voler les passagers. Une fois la route inspectée par la police, les véhicules devaient voyager en convois.
Ce fut ainsi toute la nuit… 1h de route… 2-3h d’attente à un barrage routier… 1 ou 2 autres heures de route… 1h d’attente… et ainsi de suite. L’une des nuits les plus bizarre de ma vie.

 



Maintenant sur la cote Ouest, le paysage a changé du tout au tout comparativement au centre-sud. Fini les collines et les rizières… ici c’est relativement plat, vert et sans culture. Ça me fait penser à un paysage typique de savane africaine… sans les animaux sauvages.


Alors que les villages du centre-sud était tous faits de maisons à 2 ou 3 niveaux en briques rouges… les villages d’ici sont faits de huttes en paille. Les habitants d’ici sont définitivement beaucoup plus pauvre.
La route était par contre en bon état. J’ai vu le compteur du véhicule se rendre jusqu’à 100km/h… chose que je croyais impossible au Madagascar.
Parti à 18.00 le soir, j’arrivais finalement à bon port à 10.30 le lendemain matin. 489km en 16h30min. Après 2 nuits consécutives passées dans des taxi-brousses à jouer du coude avec les locaux pour chaque le moindre espace, j’avais l’impression que chaque centimètre de mon corps était crasseux (ce n’était pas juste une impression). Vivement une douche…

MORONDAVA
Sur le bord du Canal du Mozambique, canal qui sépare l’ile de Madagascar… du Mozambique (pays) sur le continent africain… je me retrouve dans une ville étrange où les hôtels côtoient les bidonvilles sur une étroite bande de terre séparant la mer d’une rivière boueuse. Ville de bord de mer avec des plages magnifiques… et une odeur de poisson en permanence… elle ferait fureur auprès des touristes si elle se trouvait en Europe, Amérique ou Asie. Malheureusement pour ceux qui ont investi ici… mais heureusement pour moi… l’endroit est presque désert… seuls quelques vasats semblent résider ici (c’est à eux que la plupart des hôtels appartiennent).
Je regardais donc le coucher de soleil en marchant sur la plage et je ne cessais de me répéter « je suis au Madagascar ». Il faut croire qu’ici les gens savent apprécier les petites choses de la vie (certains pourraient dire qu’ils n’ont que ça des petites choses de la vie… et ils n’auraient pas tort), mais plusieurs locaux étaient assis sur la jetée à regarder le coucher du soleil en silence. Nous on se plain quand il n’y a pas de wifi ou encore quand il n’est pas assez rapide… ici je n’ai entendu personne se plaindre du fait d’avoir du courant seulement 2 à 4 heures par jours.
Ce soir, thon grillé et crevettes fraiches avec 2 grosses bières comme au Lac-St-Jean pour un maigre total de 8$ canadien… dans un restaurant sur la plage… La vie est difficilement pénible.

 


Je partagerais donc une chambre humide avec quelques gecko. Espérons qu’ils n’aient pas la mauvaise idée de s’aventurer dans ma bouche si je devais dormir la bouche ouverte…

PRESQUE… SEUL AU MONDE
Aucune radio, une seule veste de sauvetage pour 3, 4 bouteilles d’eau, 2 boites de sardines et 2 pains…
ahhh… et j’oubliais… ZÉRO confort…
C’est ainsi que j’étais à voguer sur le canal du Mozambique. Si on m’avait dit un jour que je ferais de la pirogue sur le canal du Mozambique, j’aurais commencé par dire; « le canal de quoi? »… et je serais parti à rire… et pourtant…

  
La veille, j’avais approché Toutouv et son ami pour me conduire à Belo-sur-Mer, village situé sur la cote du Madagascar à quelques 60km à vol d’oiseau au sud de Morondava. Pourquoi y aller en pirogue… très simple… c’est le seul moyen de transport pour y aller. Pour être honnête, j’aurais pu y aller en bateau à moteur… plus rapide… mais moins authentique et beaucoup plus cher… et comme j’ai tout mon temps et que je n’avais jamais fait de pirogue… je me suis dit pourquoi pas.
J’étais donc à bord d’une petite pirogue de bois, un bateau construit de toute pièce par Toutouv avec des pièces trouvées ici et là. Le mat était un petit arbre même pas droit, la voile était un morceau de tissu tout rapiécé avec plein de trous dedans. J’ai gentiment rebaptisé le bateau « USS Cercueil Flottant ». Pourquoi cerceuil flottant? Parce que j’avais l’étrange impression d’être couché dans un cercueil lorsque je m’allongeais dans la pirogue.
Une chance qu’on m’avait fortement recommandé les services de Toutouv à 2 endroits en ville sinon j’aurais pu me sentir en difficulté.
C’était assurément l’un des moyen de transport les plus inusité que j’avais pris dans ma vie… et j’allais devoir le reprendre pour le chemin du retour.
De grosse vague à franchir pour quitter la berge et nous étions désormais au large. J’avais alors l’impression d’être Tom Hank dans « Seul au Monde » lorsqu’il quitte l’ile avec son bateau…et Wilson.
Ne restait plus qu’à faire les 60km… au moins cette fois il n’y aurait pas de nid de poule… enfin je crois…

                  
Outre 2 ou 3 petits villages de pêcheurs, la cote du Madagascar était complètement inhabitée de Morondava à Belo-Sur-mer. Le paysage était toujours le même; complètement plat avec un plage à l’avant plan et de la végétation à l’arrière.
Alors que les 3 premières heures avaient passé en coup de vent, le vent a ensuite diminué drastiquement. Il était midi, le bateau avançait à peine et le soleil plombait. Il n’y avait aucune zone d’ombre sur le bateau… j’avais l’impression d’être un oeuf sur le poêlon.
Parti de Morondava à 07.20, nous étions à Belo-sur-Mer à 14.00… 6 heures pour faire 60km. Toutouv s’empressa de me dire que ça avait été rapide puisqu’on avait eu du bon vent tout le long… Ohhhhh…

BELO-Sur-MER
Le Lonely disait vrai… il ne se fait pas plus reculé comme endroit… Le village est fait de huttes de paille sur la plage. Même les « hotels » recommandés par le Lonely sont des huttes. En fait, « l’hotel » ressemblait plus à une ferme avec tous les animaux qu’il y avait là… canards, poules, dindes, chats… nommez-les ils étaient là. Je me passerais de vous décrire les douches et toilettes afin de ne pas vous couper l’appétit. Je vous direz simplement que j’ai préféré aller me rincer dans la mer.
Je vous avouerais que j’ai frappé un mur. Il y a 2 semaines à peine j’étais architecte à Dubai… et je me retrouvais maintenant à dormir dans une hutte…


Le temps semblait s’être complètement arrêté il y a quelques siècles à Belo-sur-Mer. Durant le jour, les hommes partaient au large pêcher dans leur pirogue et gros bateau de bois, tandis que les femmes et les enfants ramassaient des huitres, crabes et petits mollusques surpris par la marée basse. Les locaux construisent encore tous leurs bateaux en bois (gros et petits) à la main comme on le faisait avant l’ère industrielle. Comme le disait mon piroguier Toutouv, le rythme de vie à Belo est « Mora Mora » (lentement lentement).
Au moment de notre arrivé au milieu de l’après-midi, la marée était à son plus bas. Des dunes de sables semblaient s’étendre jusqu’à l’infini dans la mer, il y avait plein de bateaux échoués ici et là, et l’endroit semblait complètement mort.

                      
Il était alors difficile d’imaginer que l’eau monterait aussi vite et haut que Toutouv me disait… et pourtant… au coucher du soleil tout était submergé par l’eau.


  

Les activités étaient très variées à Belo-sur-mer… cela allait de marcher sur la plage… à répondre au multiple  « salut vasat »… à ramasser des coquillages. Bref… pas le temps de s’ennuyer (sarcasme). Au moins j’ai pu y expérimenter le vrai Madagascar… le Madagascar sans vendeur de cossin… un Madagascar qui n’a pas été « corrompu » par l’occident.

Pas de doute, ce soir j’étais dans l’un des endroits les plus inaccessible d’un des pays les plus reculé sur Terre.

À LA DÉRIVE
04.00 – Tous les coqs du village se sont mis à chanter/hurler… et le soleil était bien loin de se lever…
06.00 – La cloche du village sonnait. C’était maintenant le bran le bat de combat. Les hommes s’activaient avant le lever du soleil pour prendre le large et aller pêcher.
Il n’y avait aucun vent ce matin là. Une journée sans vent était une véritable catastrophique ici alors que tout dépend de la pêche… à la voile. À la limite, les marins devraient pagayer beaucoup…
07.30 – Le vent s’était levé et je décidais sur un coup de tête que nous reprenions la mer. J’avais vu ce que j’avais à voir de l’endroit… et je n’aimais pas l’idée de dormir une autre nuit dans la ferme… mon adaptation de Dubai à voyageur n’était pas encore complètement terminée.
Pour se rendre au bateau, ce qui était hier après-midi un lit de rivière asséché que nous avions traversé à pied, était ce matin une véritable rivière qui nécessitait une pirogue pour la franchir.



En 2 temps, 3 mouvements nous étions reparti en direction de Morondava.


Après 2 heures où le vent était de notre coté, le vent a COMPLÈTEMENT disparu. Nous étions sur une mer d’huile… pas une vague. Pendant 3 heures nous avons fait 6km. Ces 6km sont le résultat de mes 2 piroguier qui ont pagayé comme des fous.
Durant tout ce temps, Toutouv n’arrêtait pas de dire une sorte de mantra… il tentait d’invoquer le vent… oui… nous en étions rendu là. Je me trouvais oh combien stupide d’avoir choisi une pirogue à voile au détriment d’un bateau à moteur.

Puis sur les coups de midi, le vent s’est remi de la partie… ALLELUIA
Passé 13.00, nous avions épuisé toutes les rations d’eau et les infectes biscuits au sel… et nous étions seulement rendu à mi-chemin.


Alors que l’allée avec été une expérience formidable, le retour ressemblait à un one night qui ne voulait pas partir de ton lit le lendemain matin. Le temps passait L E N T E M E N T… les secondes ressemblaient à des heures.
5, 6, 7, 8, 9… 10heures passés dans un petit bateau gros comme mon cul… on a le temps de penser à tout et à rien… surtout à rien…
Retour à Morondava sur les coups de 18.00… au moment où le soleil se couchait dans la mer. Arrangé avec le gars des vues vous dites?!? 🙂


  
Complètement déshydraté… je suis allé directement à la bière 😉

LE jour où j’ai l’intention de dormir tard (ceux qui croient que voyager = vacance… oh que non… je suis debout à 05.30 sinon 06.00)… et bien CE jour est aussi LE jour où le cuisinier de mon hôtel a eu la géniale idée de tuer un cochon juste en bas de ma fenêtre à 07.00 du matin. Pour ceux qui ont déjà entendu un cochon mourir, c’est comme un petit bébé qui pleure…
Peu m’importe… Aujourd’hui c’est journée de repos… Après maintenant 11jours à voyager en fou, il me faut une journée à rien faire… je termine mes blogs, marche le moins possible pour soigner mes pieds et j’évite le soleil pour ne pas empirer mes coups de soleil.
En fin de journée, j’ai eu une grande déception. J’avais booké pour aller visiter un des endroits les plus unique de l’ile; Tsingy de Behamave, un site de l’UNESCO qui comporte des montagne en rasoir qui pointent vers le ciel. Ayant besoin d’un 4×4 et voulant partager le cout exorbitant avec d’autres touristes, j’avais fini par trouver un couple qui voulait m’accompagner… mais quelques 4h plus tard le gars était victime d’un empoisonnement alimentaire et ils devaient tout les 2 remettre à plus tard. Si j’étais irresponsable et me foutait de mon budget, j’y serais allé quand même en assumant tous les couts… mais comme je veux voyager longtemps… ce sera pour une autre fois.

ALLÉE DES BAOBABS
5.00am – Réveillé avant le soleil, j’enfourchais mon scooter fraichement loué en quête de l’endroit le plus touristique du Madagascar; l’allée de baobabs.
Aujourd’hui j’avais décidé de compter sur personne d’autre que moi-même… meilleur moyen de ne pas être décu. J’avais donc loué un scooter.
J’étais à destination 30km plus tard… dont 15 sur une route de terre chaotique plein de troues de boue… j’étais fier de ma décision de porter mes bottes de montagne au lieu de mes flip flop.
J’étais donc devant une allée de terre avec une douzaine de gros baobabs de part et d’autres sur environ 200m.

     

  


Un peu plus loin se trouvaient les baobabs amoureux… 2 baobabs entrelacés pour l’éternité. On raconte que c’est l’endroit par excellence au Madagascar pour faire sa demande en mariage.


Pouvant atteindre jusqu’à 30m de haut et vivre entre 800 et 1000ans, il y a 8 espèces de Baobabs dans le monde… dont 6 que l’on retrouve uniquement au Madagascar. Si vous voulez mon avis, j’en avais déjà vu en Tanzanie… et ils se ressemblent tous. Mauvais matériaux de construction, les baobabs ont évité la déforestation massive du siècle dernier et sont désormais une espèce protégée. Plus que les lémurs et les caméléons, les baobabs sont l’emblême du Madagascar.
Une légende veut que les Dieux aient voulu humilier les baobabs en leur mettant les racines pointant vers le ciel et la tête dans la terre (ça ressemble vraiment à ça).
Au moment de repartir, j’ai eu un petit 10min de panique… la clé n’entrait plus dans le contact du scooter… je me suis finalement rendu compte que j’essayais avec ma clé de chambre. Same Same but different (pareil… mais pas pareil) comme on dirait en Thailande hehe…

            

S’en est donc fini de l’Ouest du Madagascar. Je repars sur la capitale. Pour ce faire, il me faut prendre un taxi-brousse sur une distance de 580km… ouch.
Je ne sais pas qu’est-ce qui était le pire; les bancs inconfortables, le fait que je n’avais pas déjeuner et qu’on a roulé 7 heures de temps avant de finalement s’arrêter pour manger, ou la musique et les videoclip (il y avant un écran plat) qui jouaient dans le taxi-brousse.
Je crois sincèrement que c’était la musique. On dit que la musique aide à faire passer le temps plus vite… eh bien la très mauvaise musique à l’effet inverse. Vous voyez, la musique malgache est très simple; tout le temps le même genre de refrain au synthetiseur… avec un chanteur ayant une voix fade. C’est un mix de musique espagnol sur les somnifères avec du reggae raté. Les malgaches pourraient bien avoir trouvé un moyen de torture complètement pacifique.
C’est presque aussi pire que la musique indienne… presque… les cris strident des chanteuses indiennes sont IMPOSSIBLE à battre.
13h plus tard… oui 13… je me retrouvais à nouveau à mon point de départ au Madagascar; Antananarivo.

Plus que 5 jours à faire au Madagascar… ça commence à sentir La Reunion 😉
Misotcha Betchaka

(merci beaucoup en malgache)

P.S. I – « L’ile rouge », c’est le surnom de l’ile du Madagascar… en raison de la couleur de sa terre…
P.S. II – Les malgaches (habitants du Madagascar) sont de gros buveur d’alcool.

Catégories : Madagascar
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Publié par Nicolas Pare le 14 avril 2016
1 commentaire Poster un commentaire
  1. 04/14/2016
    Jeanne-Mance Gauthier

    Impressionnant les arbres. Merveilleux.

    Réponse

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