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Épisode 69 – La Réunion; Le Tour des Cirques

19 Avril 2016 
Après 3 semaines à me faire brasser dans les taxi-brousses malgaches, je retournais enfin à la civilisation. En l’espace d’une heure trente d’avion, je passais d’un pays du tier monde, à un endroit typiquement européen. Je quittais le Madagascar, l’une des plus grandes iles au monde, pour La Réunion, l’une des plus petites iles au monde. 
La piste d’atterrissage était directement en bord de mer. Jusqu’à la dernière minute j’avais l’impression qu’on allait atterrir sur l’eau… et puis l’avion a posé les roues sur une piste apparue comme par magie. 
À peine sorti de l’aéroport que je sautais dans un bus et passait en coup de vent dans la capitale St-Denis. J’avais peine à y croire… j’étais dans un bus avec air climatisé… avec amplement de place pour mes genoux… roulant sur une route n’ayant aucun nid de poule… directement sur le bord du littoral coincée entre l’océan et les montagnes… à l’heure du coucher du soleil… bien loin du Madagascar. 
J’avais les yeux collés à la fenêtre. Le bus était bondé et j’étais le seul à porter attention au paysage. Réalisaient-ils qu’ils vivaient dans un paradis sur Terre? Si non, quand l’avaient-t-ils oublié? Après combien de temps oublie-on de regarder les paysages qui nous entourent; 1 semaine, 1 mois, 1 an? Pourquoi sommes-nous fait ainsi? Vous qui me lisez… êtes-vous encore conscient de la beauté des lieux qui vous entourent?!? Je ne pouvais m’empêcher de me poser ces questions… mais je n’ai pas les réponses… 
45minutes et 2 euros plus tard… je me trouvais à St-Pierre… presque à l’autre bout de l’ile. 
Je vous ai dit que l’ile était petite? 

ENTRE MER ET MONTAGNE… LA RÉUNION POUR LES NULS
Levez la main ceux qui savait que La Réunion existait avant d’en entendre parler par moi?!?
Restez la main levée ceux qui…

– savaient où se trouvaient La Réunion?!?

– savaient que La Réunion n’était pas un pays, mais un territoire appartenant à la France?!?
Alors, qui a toujours la main levé? Vraiment!!! Belle gang de menteur…
Je me retrouve en effet chez les cousins français… sur un caillou au beau milieu de l’océan Indien… une ile d’à peine plus de 200km de circonférence… à quelques centaines de km du Madagascar. 
Complètement inhabitée jusqu’au 17ème siècle, l’ile de La Réunion a par la suite été colonisée par les français. Ils ont fait venir (de force) des africains (esclaves noirs) pour travailler dans les plantations de sucre, vanille, etc. Quand l’esclavage fut abolie sur l’ile en 1881, les planteurs eurent la « bonne idée » de remplacer les africains par des indiens payés à prix ridicule. Tout ce beau monde (blancs, noirs, indiens) forment aujourd’hui la population de La Réunion… sous la bannière française.  
En effet, La Réunion est un Département Outre Mer (DOM) appartenant à la France. Qu’est-ce que cela veut dire? Eh bien en gros cela veut dire que la France s’est gardé quelques petits paradis sur terre ici et là quand ses colonies ont commencé à se rebeller et demander leur indépendance… question de passer l’hiver bien au chaud en ne quittant pas leur pays. Vite comme ça, on peu penser à la Martinique (dans les Caraïbes), la Polynésie Française (Tahiti), la Guinée Française et Mayotte (une ile tout près du Madagascar et des Comores… je paris que vous n’avez jamais entendu parler des Comores et de Mayotte). Tous ces endroits sont sous la gouverne française et ont l’euro comme monnaie, 
Pas si con que ça les français (con… mais pas si con 🙂
Note au gouvernement canadien; pourquoi ne pas essayer d’annexer Cuba au Canada? Ils ont l’un des meilleurs système de santé au monde, ont un taux d’alphabétisation frôlant les 100%, de fabuleux cigares et ils savent danser. Cuba a un dictateur et est communiste… bahhh… personne n’est parfait!!!
Je m’égare… je parlais donc de ce petit paradis sur Terre qu’est La Réunion. Il y a tout pour être heureux ici;
– Des plages magnifiques… mais en raison de la présence de requins on peut seulement se baigner dans les zones de plages surveillées… et encore là il y a des tragédies chaque année…
– Des vagues parfaites pour le surf… c’était en fait un paradis pour le surf… avant que les requins se pointent il y a une dizaine d’années. Il y a maintenant une interdiction de surf partout autour de l’ile sous peine d’amende sévère… 
– Il reste donc les montagnes. Je n’en dit pas trop à ce sujet puisque ce sera le thème de cet épisode et du suivant.
L’ile peut se diviser comme suit; 

– LA COTE… avec sa multitude de plages et où la très grande majorité de la population habite,
– LES CIRQUES DE CILAOS, SALAZIE ET MAFATE

À La Réunion, un Cirque est une vallée luxuriante entourée de montagne. Véritable spectacle de la nature, les 3 cirques ont été inscrits au patrimoine de l’humanité en 2010 (UNESCO). Peu ou pas du tout développé avant la fin du 19ème siècle, à l’époque des plantations lors de la colonie française (beaucoup d’arbres et territoires montagneux… ce qui rendait les Cirques très difficile d’accès), ils ont longtemps été le repère des esclaves en fuites.
– LE PITON DES NEIGES

Un piton est une montagne. Le Piton des Neiges est un ancien volcan, la plus haute montagne de l’ile à 3070m et se trouve au beau milieu des 3 cirques.

– LE PITON DE LA FOURNAISE… aussi inscrit au patrimoine de l’humanité (UNESCO), c’est un volcan… pour être plus précis… l’un des volcans les plus actifs au monde.
On reparlera plus en détail de chacun de ces endroits… sauf pour la Cote… c’est probablement la dernière fois que vous en entendez parler. 
Autres faits inintéressants pour la plupart d’entre-vous;

– Capitale de l’ile; St-Denis,
– La population totale de l’ile est de 850000 habitants. Il y a plus de 400000 voitures sur l’ile… donc plus de 50% des gens ont une voiture… et ça inclus les enfants, on raconte que toutes les voitures une fois alignées font 5 fois le tour de l’ile. 
– St-Pierre, la plus grande ville, compte environ 70000 habitants,
– Roland Garros est le nom de l’aéroport international de l’ile. Les amateurs de tennis seront familiers avec ce nom puisque c’est le nom des internationaux de tennis de Paris. Roland était originaire de La Réunion et fut le 1er homme à traverser la mer Méditerranée en avion. Il fut aussi l’un des « inventeurs » du combat aérien et tomba au champ d’honneur en 1918 lors de la 1ère Guerre Mondiale.
– En plus du français, la plupart des habitants originaires de l’ile parlent le créole. Le créole est un dialecte qui était utilisé par les esclaves. Bien que dérivé du français, il m’est absolument impossible de comprendre quelqu’un qui parle le créole. 
Bon… voilà… Vous en savez un peu plus sur l’endroit. 
Je peux voyager maintenant? 

Jour 1 – LEÇON D’HUMILITÉ
06.00 – 20 avril 2016 – St-Pierre
À la base, l’idée était de me reposer en faisant tranquillement le tour de l’ile pour les 5 premiers jours de mon périple sur l’ile afin de faire le plein d’énergie et ensuite entreprendre « La Grande Traversée » le 25 avril.
Tout ce que je peux dire c’est que ce plan a foiré dès que j’ai vu les montagnes… j’avais envi de faire de la randonnée et tout de suite. 
Ce que monsieur veut, monsieur l’aura…
Direction Cilaos dans le Cirque de Cilaos. 
Après avoir négocié une route en lacets très serrés entre montagnes et falaises… les roues du bus passant à moins de 1m du vide à quelques reprises… chapeau conducteur… je me retrouvais à 1200m d’altitude dans le village de Cilaos. Cilaos, mot dérivé de la langue malgache signifiant « le pays qu’on ne quitte jamais »… et je comprenais très bien pourquoi on avait appelé l’endroit ainsi au premier coup d’oeil.
Le contraste entre la Cote et le centre de l’ile était frappant. Alors que la Cote était hyper urbanisée, le Cirque de Cilaos respirait la sérénité et l’authenticité. Ici la nature était vraiment à l’avant plan. Je me retrouvais au beau milieu d’une vallée toute verte entourée d’immenses montagnes… je dirais même plus… des montagnes aux apparences de murs infranchissables. Mis à part la route que j’avais prise pour arriver ici, toutes les autres directions n’étaient desservies que par des sentiers pédestres.

10.00am – C’est un départ. 
Puisque j’allais marcher la plupart des sentiers importants de l’ile lors de la Grande Traversée, j’avais choisi de faire le « Tour des Cirques », une randonnée très réputée sur l’ile et connue sous le nom de GR R1 (Grande Randonnée Réunion no.1). D’une durée de 3.5jours, celle-ci me permettrait de faire une répétition générale pour voir si tout était ok (condition physique, sac à dos, bottes, etc.). J’allais aussi pouvoir découvrir le Cirque de Salazie, complètement ignoré lors de la Grande Traversée. 
C’est donc chargé comme une mule que je commençais mon périple. Mon sac était tellement lourd que j’avais l’impression de porter un piano… j’avais pourtant pris le strict minimum et laissé le reste dans mon gros sac à l’Info Touristique. 
Peu importe… direction « La Nouvelle » à 18km de là.

            
Après 3h30 de marche, je n’avais couvert que 7.5km. J’avais passé ces 3h30 à jouer à serpents et échelles; monter, descendre, monter, descendre. J’étais environ à la même altitude que mon point de départ (1200m) et j’étais au pied du Col de Taibit (2090m). Le Col (passage pour franchir la montagne) se trouvait à mi-chemin de mon itinéraire du jour…
Le moins que l’on puisse dire c’est que les réunionnais ne plaisantent pas quand ils indiquent le temps de marche pour se rendre jusqu’à une destination. Partout ailleurs dans le monde, quand on vous dit que ça va prendre 5 à 6 heures de marche… cela signifie que vous allez boucler votre trajet en moins de 4 heures. À La Réunion, si c’est écrit que « La Nouvelle » se trouve à 6 heures de marche, vous serez chanceux si vous y terminez votre périple en 6 heures.

            
À 15.00 tapant, soit après 5h de marche, et après avoir réalisé que mon cardio était déficient, j’atteignais finalement le sommet du Col. Je quittais le Cirque de Cilaos pour basculer dans le Cirque de Mafate. 
En me retournant je pouvais voir le village de Cilaos, la ville de St-Pierre sur la Cote (où j’avais dormi la veille), de même que l’océan Indien à l’horizon. 

      
Fraichement arrivé dans le Cirque de Mafate, j’étais accueilli par une brume extrêmement dense. Il n’y avait pas moyen de voir à 20m autour de moi. On m’avait expliqué que ce type de température était typique des cirques; il faisait généralement beau soleil sans nuage le matin jusqu’à 9 ou 10 heure… 11 heure si vous étiez chanceux, pour ensuite laisser la place aux nuages pour le reste de la journée. Il fallait donc se lever le plus tôt possible pour profiter au maximum des paysages de La Réunion.
J’avais maintenant à descendre tout ce que je venais de monter pour me rendre jusqu’à Marla. Comme tous les autres villages situés dans le Cirque de Mafate, Marla n’était accessible seulement que par des sentiers pédestres. En d’autres mots, il n’y a pas de route et pas de voitures dans Mafate… les livraisons et évacuations d’urgence se faisant par hélicoptère. 
Une fois Marla passé, il ne restait plus que 5km… mais il a fallu que la pluie se mette de la partie. Remarquez que mes vêtements étaient déjà imbibés de sueur… donc ça ne changeait pas grand chose. J’ai achevé la grand nettoyage en prenant le mauvais embranchement pour me retrouver à marcher dans une chute…
Après avoir fini par croire que le village de La Nouvelle n’existait pas tellement ces 5km étaient interminables… le village était finalement à portée de vue.
Bon… il faut bien se comprendre… quand je parle de « village », je parle d’une douzaine de cabanes éparpillées sur un sommet de montagne.
Au total, j’avais marché 18km, monté +1100m et descendu -1200m… en 7h de marche…
Respect Réunion… Je t’avais manqué de respect en arrivant ici avec mon excès de confiance… et tu me l’avais mis dans les dents toute la journée durant. Les randonnées sur cette ile n’étaient définitivement pas pour des amateurs…
Bon… l’odeur de la nourriture concocté par le maitre du gite avait atteinte mes narines… j’étais conquis. 

Jour 2 – MOI ET MON PIANO
07.30 – 21 avril 2016 – La Nouvelle
Après un petit déjeuner tout sauf copieux (du pain… c’est tout)… pour 7 euros, j’enfilais mes bottes puantes (déjà), remettais mon piano sur les épaules et reprenais le sentier. 

              
Direction Hellbourg, 18km plus loin dans le Cirque de Salazie « juste à coté » du Cirque de Mafate dans lequel je me trouvais. Changer de Cirque signifiait franchir une montagne… qui donnait l’impression d’être un mur… par un col. Concrètement, cela signifiait qu’il fallait monter, pour redescendre par la suite. 

                  
La montée vers le Col de la Fourche était beaucoup plus facile que celle jusqu’au Col d’hier. Il y avait de nombreuses sections planes pour souffler un peu. Pour les non initiés, il faut savoir que lors d’une ascension, chaque section plane du sentier est accueilli comme une délivrance. 
L’une de ces sections planes était la très photogénique « forêt des tamarins ». Le silence et les rayons du soleil qui perçait au travers des tamarins (arbres) donnaient à cet endroit des airs d’havre de paix. J’en oubliais presque mon piano… presque.

   
   
    
 En moins de 2 heures, j’avais atteint le col (2000m). L’absence de nuage me permettait d’avoir une vue d’ensemble des 2 cirques… tout simplement sublime. D’un coté le cirque de Mafate avec sa végétation luxuriante et sa quasi absence de civilisation, et de l’autre le cirque de Salazie, tout aussi impressionnant mais avec des traces évidentes de civilisation ici et là.

                        
Le timing était quasiment parfait puisque les 2 cirques allaient se couvrir rapidement de nuages quelques minutes plus tard. Une fois recouvert de nuages, rien ne pourrait laisser présager un tel spectacle… une grâce matinée aurait pu couter très cher. 
Penser que la randonnée était dans la poche parce que j’avais atteint le col et qu’il ne me restait qu’à descendre jusqu’à Hellbourg à 12km et 1100m plus bas aurait été une grave erreur. La descente fut looooongue… mais sans trop de casse… en grande partie en raison d’un sentier très bien défriché et à l’absence de pluie… qui aurait pu transformer le tout en une véritable patinoire. 

                          
14.30 – 7 heures après mon départ, +900m d’ascension et -1100m de descente, j’enlevais finalement mes 2 bombes puantes… communément appelé bottes… dans mon nouveau chez moi pour la nuit… une charmante case créole colorée… avec un hôte tout aussi coloré.. dans le hyper coloré village de Hellbourg… j’ai dit coloré?!?

                        
Case Créole?!? Petite maison carrée en bois et peinte d’une couleur éclatante… les cases étaient à l’origine les habitations construites par les esclaves en fuite. Ça faisait penser aux Iles de la Madeleine… mais dans les montagnes. 
Perché à 900m d’altitude dans un coin du cirque de Salazie, Hellbourg, avec ses jolies petites maisons, se méritait pleinement son classement dans les plus beaux villages de France. Hellbourg était en fait le seul village hors France métropolitaine (la France en Europe) à être dans ce classement. 

Jour 3 – JOURNÉE DE « CONGÉ »
10.00 – 22 avril 2016 – Hellbourg
J’avais osé faire la grâce mâtinée jusqu’à 10h ce matin. Je croyais que ce serait une journée hyper facile. En effet, j’avais un peu moins de 10km à marcher… facile… les 2 doigts dans le nez. 
Je n’aurais pas pu mieux… me tromper. 
C’était sans compter que le trajet était une ascension de +1600m sans relâche dès le départ… question de faire remonter mon déjeuner… sur un sentier de roches et de grosses racines glissantes… dans des escaliers au mieux casse-gueulle… avec des marches faites pour des géants. 
Certains se demanderons surement pourquoi choisir de subir toutes ces épreuves si il n’en résulte que souffrance. Je répondrais à cela que oui c’est difficile, oui je souffre mentalement et surtout physiquement… mais j’adore ça. J’adore me dépasser, aller où les gens ne vont pas, monter des montagnes, voir des paysages grandioses en direct… non pas devant un écran de télé ou d’ordinateur. 
C’est en faisant ce genre d’activités que je me sens vivant… beaucoup plus qu’en travaillant dans un bureau 5 jours sur 7. Oui il y a des moments très pénible, mais dans la vie, à vaincre sans adversité on triomphe sans gloire… et ce qui est facile est accessible à tous… et je ne fais pas dans la facilité… je fais dans l’exception et le dépassement de soi. 
À la fin de la journée… quand tout est fini, j’enlève mes bottes, cri intérieurement « L I B E R T É » (comme le ferait Mel Gibson dans le film « Coeur Vaillant ») et me met à la recherche d’une bière… et ça recommence le lendemain matin… Ça c’est la vie avec un Grand V. 
Vous pouvez maintenant choisir entre la pilule bleu et la pilule rouge. La pilule bleu vous fera oublier tout ce que je viens de dire et vous retournerez à vos téléromans… ne ratez surtout pas La Voix pour être en état d’extase devant le nouveau has been. 
Vous pouvez aussi décider de prendre la pilule rouge et suivre le lapin blanc. Vous avez un rêve… réalisez le. Contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, il n’est jamais trop tard. Regardez-moi, je suis une personne ordinaire qui fait des choses extraordinaires. En fait, je ne fais rien d’extraordinaire… je ne fais que réaliser mes rêves. Ce n’est pas plus compliqué. Ce qui est compliqué est de ce lancer.
Fin de la parenthèse…

Où est-ce que j’en était?!? Ahhh oui… à souffrir…

                              
Avec 4km à faire, une immense et peu invitante paroi végétale se dressait devant moi au travers de la brume. Mon GPS affichait 1850m d’altitude… et ma destination du jour se trouvait à 2480m… je devrais vaincre ce mur… ce qui fut chose faite au prix de beaucoup d’huile de genoux. 

En récapitulatif, c’est probablement le pire (difficile) sentier que j’ai pris de ma vie.

          
On pouvait maintenant apercevoir mon refuge à 2km de là. Le problème quand on voit notre objectif de si loin c’est que notre cerveau se croit arrivé… et là la randonnée devient I N T E R M I N A B L E. 
15h30 – mes bottes était rangé dans un coin du refuge à empester tranquille et j’avais une bière à la main. J’allais passer la nuit au refuge de la Caverne Dufour. Perché à 2480m sur l’un des flancs du Piton des Neiges (plus haute montagne de l’ile pour ceux qui ont oublié), le refuge se trouvait en plein coeur d’une toundra (forêt de très petits arbres). 
Après un repas copieux composé de saucisse rougail, met typique de l’ile, les nuages nous avaient fait l’honneur de décamper en même temps que le soleil et je restait dehors dans la nuit glaciale à regarder les étoiles et la Cote en contrebas. 

Jour 4 – AU SOMMET DE L’OCEAN INDIEN
04.00 – 23 avril 2016 – Refuge de la Caverne Dufour
Le soleil dormait encore sur ses 2 oreilles que j’étais déjà sur le sentier. Armé de ma lampe frontale, j’étais à monter les derniers 600 mètres qui me séparaient du sommet du Piton des Neiges. Toute l’ile de La Réunion allait être sous mes pieds avant le lever du soleil.
Avec un sac hyper léger (je n’avais apporté que 2 bouteilles d’eau… laissant le reste au refuge) j’avais l’impression de voler. Il fallait simplement faire attention de ne pas voler en éclat en me plantant sur l’une des nombreuses roches parsemant le sentier et qui n’attendaient que cela.
Malgré le noir total, le sentier était assez simple; il suffisait de suivre les très fréquentes traces blanches sur les roches…
5h45 – 3071m… j’avais atteint le sommet du Piton des Neiges… piton qui n’avait jamais vu de neiges soit dit en passant. Très loin d’être mon plus haut sommet à vie, c’était quand même la plus haute montagne de tout l’océan Indien.
La Cote avait complètement disparue sous un dense couvert de nuages qui semblait attendre le lever du soleil pour attaquer l’ile. On pouvait aussi voir un sentier lumineux sur le flanc de la montagne. Chaque faisceau de lumière représentait une personne en quête du sommet.

Ne restait qu’à attendre l’invité vedette… le soleil… qui se laissait désirer… dans la nuit glaciale. En fait, tout le monde qui avait réalisé l’ascension se les gelaient… sauf moi. J’avais prévu le coup en portant mes vêtements d’hiver. Alors que les autres sautillaient pour se réchauffer, je transpirais de chaleur hehe.

                                        
Le soleil a fait son show… et tout le monde est redescendu en vitesse au refuge. Un déjeuner infecte plus tard que je repartais avec mon piano pour descendre les 8km et 1300m qui me séparaient encore de Cilaos. 
Heureusement pour moi, le sentier était incroyable et offrait une vue imprenable sur tout le cirque de Cilaos. J’en ai vu des paysages de montagne, mais cette vue là est l’une des plus belles que j’ai pu voir de toute ma vie. C’était tout ce qu’il me fallait pour effacer l’ardoise de fatigue et me redonner un nouveau souffle. De plus, le sentier était sur un flanc de montagne complètement à l’ombre. 

Une vue magnifique + de l’ombre = tout ce qu’un randonneur pouvait demander.     

  

    

    

      

LE PAYS QU’ON NE QUITTE JAMAIS
Une fois de retour à Cilaos, la partie « repos » de mon périple à La Réunion tirait à sa fin. Les choses sérieuses allaient commencer sous peu (rire jaune)…
Le lendemain matin, il n’y aurait pas de réveil avant le lever du soleil, pas de marche en montagne… mais je devais me rendre à St-Denis, point de départ de la Grande Traversée de l’ile… une randonnée de 13jours… que j’allais entreprendre le surlendemain.
Jusqu’à maintenant l’ile comblait toutes mes attentes… et Dieu sait que j’avais des attentes extrêmement élevés envers La Réunion. Le centre de l’ile me coupait le souffle… au sens propre comme au figuré. Une ile minuscule… avec des paysages grandioses.
Je n’osais imaginer ce que me réservais la suite… mais ça c’est pour une autre histoire. 

P.S. I – Impossible d’y échapper quand on se trouve dans l’océan Indien… même à La Réunion… le riz fait parti intégrante de l’alimentation. Au moins le petit déjeuner est servi sans riz… une amélioration par rapport au Madagascar.
P.S. II – La bière locale se nomme « Bourbon »… et ne contient aucun bourbon. 
P.S. III – L’ile de La Réunion pourrait très bien être rebaptisée « l’ile de la grenouille ». Mis à part des oiseaux et animaux domestiques, c’est le seul animal que j’ai croisé… il y en a partout dans les sentiers.
P.S. IIII – « La Diagonale des fous ». C’est le nom de la course extrême qui se déroule tous les ans à La Réunion. Elle consiste à courir les sentiers de l’ile. Le gagnant de l’an dernier a terminé l’épreuve en 22heures. Le départ se fait de nuit à 22.00 et les participant ont 60 heures pour compléter l’épreuve. On raconte qu’en moyenne 2 personnes perdent la vie chaque année lors de la course. Pas difficile à croire quand on pense aux sentiers dans lesquels les athlètes courent… additionné au manque de sommeil. À tout moment, on croise des hommes courant dans les sentiers… ce sont des fou qui se pratiquent. 
P.S. IIII – « not parc, not patrimoine, not fierté », c’est la devise de l’ile. Vous comprendrez que « not » est le mot créole pour « notre ».

Publié par Nicolas Pare le 8 mai 2016
1 commentaire Poster un commentaire
  1. 05/11/2016
    Jeanne-Mance Gauthier

    C’est vraiment un sentier très dangereux. Il ne faut pas être dans la lune. Mais les images sont magnifiques. Une vraie découverte pour moi. Merci

    Réponse

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