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Épisode 72 – En Rout… Marche vers Compostelle

21 mai 2016 – 06.40
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Une dizaine de pèlerins se tiennent devant la porte extérieure à fixer l’obscurité et la pluie qui tombe comme des cordes. Tous ont leur sac sur le dos. C’est inévitable, mais aucun n’ose franchir le seuil.
Quelqu’un doit donner l’exemple. Je donne un coup dans les flancs de Boule de Quille pour m’assurer que tout y est… et m’élance.
Je cri « vamos a la playa » avec le sourire dans la voix. Dame Nature n’aura pas le dessus sur les pèlerins.
Mon aventure sur le Camino de Santiago avait commencé 10 jours plus tot!
Jour 1 – BUEN CAMINO!
12 Mai 2016 – Bayonne – Hendaye (France)
09.45 – Le train s’arrête en gare de Hendaye. Je peine à contenir ma nervosité. C’est bien réel! Dans quelques instants, les portes du train vont s’ouvrir et je vais commencer à marcher… marcher jusqu’à épuisement… jour après jour… après jour… jusqu’à ce que j’atteigne Santiago de Compostelle… approximativement 806km plus loin.
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Il n’y aura pas de triche, pas de bus pour couper court à une étape trop longue, pas de train pour éviter des montagnes trop hautes… je vais marcher de la frontière Espagne/France jusqu’en Galice, province au Nord Ouest de l’Espagne!
Les portes s’ouvrent… de retour au « boulot » à peine 4 jours après avoir terminé La Grande Traversée de La Réunion (Épisode 70).
Armé de ma désormais fidèle Boule de Quille (le prénom affectueux de mon sac à dos) et de ma Credencial (passeport de pèlerin – utile pour accéder aux hébergements pour pèlerins (Peregrinos Albergue) et pour obtenir la Compostela à la fin du Camino), j’entamais mon pèlerinage au Puente de Santiago (Pont de Santiago). Traversant la rivière Bidassoa entre la France (Hendaye) et l’Espagne (Irun), ce pont est emprunté par les pèlerins depuis le 7ème siècle.
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À peine passé le pont que j’étais déjà perdu; je ne trouvais pas les damnés signes du Camino. Il me fallait un moment pour comprendre que la plupart des signes (indiquant la direction du Camino de Santiago) étaient des graffitis (flèches jaunes) qui se fondent souvent dans le paysage (facile à manquer). Il y a bien quelques signes officiels ici et là (coquilles Saint-Jacques jaunes ou autre variantes), mais ils sont rares.
Le stress du départ et les signes trouvés que j’avais quitté la ville et marchais dans la campagne aux sons des petits oiseaux.
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Direction San Sebastian 25km plus loin. Pour rien au monde je n’aurais raté l’occasion de séjourner à nouveau dans cette ville, de loin le coup de coeur de mon voyage en Europe en 2009.
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RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Hendaye/Irun
Arrivé San Sebastian
Distance Parcouru Aujourd’hui 25.2km
Distance Parcouru depuis Irun 25.2km
Distance Jusqu’à Compostelle 780.8km
Jour 2 – DES SACS DE PLASTIQUE GÉANTS
13 Mai 2016 – San Sebastian
Si on m’avait offert un biscuit chinois la veille au souper, il aurait pu me prédire une journée comme suit; « Entre Terre et Mer, tu marcheras sous la flotte ».
07.45 – Je devais me résigner à quitter San Sebastian. Le menu d’aujourd’hui était simple; marcher jusqu’à épuisement… et encore un peu… avec une pluie diluvienne comme compagnon.
Devinette; comment reconnait-on un pèlerin par mauvais temps; c’est celui qui ressemble à un gros sac plastique coloré.
Mis à part les pèlerins, il n’y avait personne d’assez fou pour sortir par ce temps.
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Je pensais à toutes ces personnes agés que je passais et qui trimbalaient leur sac sous la pluie battante. Le Camino allait possiblement renforcer leur foie en Dieu… mais assurément leur donner de bons rhumatismes.
12.15 – Complètement détrempé, j’atteignais la ville de Zarault (et sa superbe prommemade en bord de mer).
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Le Camino empruntait désormais une route en bord de mer, jusqu’au très jolie village côtier de Gernika. J’aurais souhaité pouvoir m’y arrêter pour la nuit, mais il était encore tôt, la pluie avait cessé et je me devais de mettre le plus de kilomètres possible derrière moi.
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Dès lors, je marchais dans des champs de vigne toujours avec l’océan sur ma droite.
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Je rencontrais un jeune belge, Quentin, qui avait commencé son pèlerinage à Bruxelles… 2mois et 1300km à la marche plus tôt…
Respect!
18.00 – Après 46km, je décidais que s’en était assez. En début de journée, j’avais identifié Deba comme destination potentielle, mais c’étais plus en joke (c’était beaucoup trop loin)… et pourtant j’y étais.
Toute cette marche en une seule journée avait un prix; je me déplaçais au mieux comme un handicapé.
Je finissait la journée dans un restaurant, à manger un repas spécialement conçu pour les pèlerins (moins cher) et à écouter une game de hockey des séries éliminatoire… en Espagnol.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ San Sebastian
Arrivé Deba
Distance Parcouru Aujourd’hui 46.3km
Distance Parcouru depuis Irun 71.5km
Distance Jusqu’à Compostelle 734.5km
Jour 3 – LENDEMAIN DE VEILLE
14 Mai 2016 – Deba
07.00 – C’était le bran le bat de combat à l’auberge. Tout le monde se préparait à prendre la route.
Mon crâne voulait alors exploser, mes jambes étaient raides comme 2 tiges de métal… et mon sac de couchage était REMPLIS de sable… What the fuck?!?
Hier soir, 3 ex militaires américains d’une soixantaine d’années étaient arrivés au restaurant alors que j’étais sur le point de partir. Ils s’étaient assis à ma table… et ce fut le commencement de la fin pour ma sobriété. Ils ont commandé une première bouteille de vin… puis une 2ème… une 3ème… hic… une 4ème… j’ai perdu le compte (et la mémoire) à la 6ème bouteille. Chaque fois que mon verre était vide, j’avais beau dire « Messieurs… ce fut un plaisir, mais je dois maintenant y aller », l’un mettait une main sur mon épaule, le 2ème s’empressait de remplir mon verre et le 3ème me lançait avec le sourire « quel genre d’homme es-tu pour quitter alors que ton verre est encore plein ».
J’avais fait l’erreur de commencer à leur raconter mes histoires de voyage (film de Bollywood, montagne de 4000m avec des sandales de femme, etc.)… et ils se marraient… et en voulaient encore.
Bref, j’avais mal à la vie…
Par ce matin nuageux, le Camino quittait la cote pour entrer dans les terres, passant par une contrée quasi inhabitée, alternant entre la forêt et les petites vallées luxuriantes remplis de moutons.
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13.30 – Blottis au fin fond d’une de ces vallées surgissait Markina, mon arrêt du jour. L’abrupte descente finale achevait de vider le peu d’énergie qu’il me restait.
Malgré la petitesse de la ville, je ne trouvais pas l’albergue… qui devait se situer juste à coté de la mairie… encore fallait-il trouver la mairie. Je croisais par contre 4 églises… dont une très étrange construite pour accueillir 3 grosses roches avec une status de Marie au milieu.
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Je passais finalement la nuit dans un monastère des Frères Carmélite… confort non inclus… mais bon… il était difficile de se plaindre quand le prix à payer pour y séjourner était une donation (tu donnes l’argent que tu veux… si tu es con, tu peux même ne rien donner).
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RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Deba
Arrivé Markina
Distance Parcouru Aujourd’hui 22.4km
Distance Parcouru depuis Irun 93.9km
Distance Jusqu’à Compostelle 712.1km
Jour 4 – PATINAGE SUR BOUE
15 Mai 2016 – Markina
07.00 – Sur 12 lits dans mon dortoir, il ne restait que moi de couché. Pas de stress… je savais que même en partant plus tard, j’allais tous les rattraper rapidement.
Au menu; la campagne profonde, champs, oiseaux, ânes, vaches, petits villages, collines et de la brume. Le jeu du jour consistait à éviter d’écraser les nombreuses limaces traversant le sentier.
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Une longue section du sentier (en foret) a surement eu raison de la propreté de plusieurs pèlerins. Sur quelques km (en descente) se trouvait une vraie patinoire de boue. Je perdais souvent l’équilibre, mais mes talents de ballerin (masculin de ballerine) me sauvaient.
12.50 – J’arrivais à ma destination du jour; Gernika, une ville au passé tragique.
Gernika est tristement célèbre pour avoir été presque complètement rasée par des bombardiers allemands lors de la 2ème Guerre Mondiale. En 1942, en pleine guerre civile espagnole, le dictateur d’Espagne Franco, allié du régime Nazi, avait demandé aux allemands de raser cette ville qui abritait des opposants du régime. Plus de 2000 personnes trouvaient la mort lors de l’opération.
La guerre civile espagnole a fait rage jusqu’au milieu des années 70. D’un coté le régime totalitaire et répressif de Franco, qui n’avait aucun scrupule à éliminer tous ses opposants, de l’autre, des rebelles qui voulaient l’instauration d’une démocratie (c’est beaucoup plus compliqué que cela… mais bon…). Le magnifique film « Le labyrinthe de Pan » donne un très bref aperçu du climat lors de la guerre civile.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Markina
Arrivé Gernika
Distance Parcouru Aujourd’hui 26.3km
Distance Parcouru depuis Irun 120.2km
Distance Jusqu’à Compostelle 685.8km
Jour 5 – CONTRE-LA-MONTRE
16 Mai 2016 – Gernika
La journée consistait à monter et descendre de multiples collines.
Je passais la journée à me demander si j’étais toujours sur le bon chemin; les signes étant très espacés (il pouvait se passer plus de 20minutes sans rien apercevoir), je me demandais souvent si j’avais raté un embranchement.
Avec plus de 30km au compteur, et moins de 5km avant Bilbao, le sentier s’attaquais à une haute colline. La vue y était imprenable sur Bilbao tout en bas de l’autre coté.
Ancienne ville industrielle, devenue aujourd’hui une ville renommée pour son architecture, avec l’emblématique Musée Guggenheim, il faisait bon de vagabonder dans les rues de la vieille ville.
Tel qu’écris sur un mur, à Bilbao « The standard is Stand Art« ; les ponts piétons et routiers sont stylisés, les bâtiments sont distinctifs, bref c’est une ville où on ose. Peu importe que l’on trouve ça beau ou franchement laid, il faut admirer l’audace et la ville en sort gagnante.
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Vers 21.00, alors que j’étais sur le point d’aller me coucher, une dame toute menue d’au moins 60ans arrivait toute seule à mon auberge. Elle portait un gros sac à dos, avait les traits tirés et les cheveux en bataille. Elle faisait sans l’ombre d’un doute le Camino, et venait d’avoir une très (trop) longue journée. Je ne pouvais m’empêcher d’avoir de la sympathie pour elle.
J’osais l’interpeller pour lui demander si tout allait bien et si elle avait besoin d’aide. La dame avait 75ans, parlait un peu anglais mais pas espagnol/français et venait de terminer le Camino Francés. Elle avait prit le train de Compostelle à Bilbao afin de prendre son vol de retour vers l’Allemagne.
Elle tenait un discours rafraichissant pour une personne de son âge; elle avait marché le Camino toute seule, marchait au moins 2h à tous les jours chez elle, n’avait jamais pris une seule pilule de sa vie et était végétarienne. Elle était convaincu (comme moi et mon amie docteur avec qui j’étais à ce moment) que de passer du temps dehors/en nature pouvait régler la très grande majorité des problèmes de santé.
Elle avait en dédain les personnes de son âge qui passaient leur temps à l’intérieur à se bourrer de pilules & jouer aux cartes; « Mon mari est mort il y a 4ans. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse, m’assoir en dedans et attendre de mourir à mon tour?« . Elle est l’exemple parfait qu’il n’y a pas d’âge pour continuer à avoir une vie active.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Gernika
Arrivé Bilbao
Distance Parcouru Aujourd’hui 36.1km
Distance Parcouru depuis Irun 156.3km
Distance Jusqu’à Compostelle 649.7km
Jour 6 – 48.5km… CA USE CA USE…
17 Mai 2016 – Bilbao
06.00 – Le réveil sonne…
06.15 – Pas tout de suite maman…
06.30 – Ok Ok, j’ai compris… je me lève…
06.57 – Je bandais (de plasters) mes pieds et claquais la porte de l’Alberge.
Nouveau jour, same business; aussi charmant soit Bilbao, je devais continuer mon périple.
Je quittais la ville par un sentier longeant la rivière, dans un paysage de friche industriel ayant un besoin criant de revitalisation. Le paysage restait le même jusqu’à Portugalete, charmante ville en banlieue de Bilbao.
Après 3 jours à l’intérieur des terres, je reconnectais avec l’océan à La Arena. Du même coup, je quittais les Pays Basque pour entrer dans la province de Cantabrie.
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Après plus de 180km de marche, je perdais finalement patience et troquais mes bottes pour mes flip flop. Après tout, les premiers pèlerins avaient marché cette route en sandales non?
Après l’ascension d’une cote vraiment pas pratique, moi et ma compagne de marche des derniers jours (Anne, médecin, française de Bretagne) avions une vue imprenable sur Castro Urdiales, ville de bord de mer extrêmement photogénique avec une immense baie et une jetée sur laquelle se trouve un vieux fort et une église forteresse (notre escale du jour).
Ancienne ville minière déjà importante au temps de l’Empire Romain, la ville était aujourd’hui en train de se transformer peu à peu en station balnéaire.
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Une fois arrivé à destination la pression/adrénaline tombait, j’enlevais mon costume de marcheur, pour enfiler celui d’infirme.
À ce sujet, les albergues ressemblent à des foyers pour handicapés tellement tout le monde peinaient à se déplacer. J’offrais assurément le plus gros contraste entre le jour et le soir; le jour j’étais le pèlerin le plus rapide alors que le soir j’étais l’handicapé le plus lent.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Bilbao
Arrivé Castro Urdiales
Distance Parcouru Aujourd’hui 48.5km
Distance Parcouru depuis Irun 204.8km
Distance Jusqu’à Compostelle 601.2km
Jour 7 – LES CHIENS ENRAGÉS
18 Mai 2016 – Castro Urdiales
Pour la première fois du Camino, j’étais tombé sur un dortoir de ronfleurs. Je me serais cru dans un concours de ronflement « So you think you can snore »… où j’étais malheureusement le juge. Tout cela pour dire que je n’avais pas fermé l’oeil de la nuit.
07.10 – Le sentier montait dans les hauteurs derrière Castro Urdiales, alors que le soleil se levait dans un océan huileux derrière moi. Le sentier prenait de multiples détour dans la campagne pour éviter l’autoroute nationale… sans trop grand succès. Le bruit constant des voitures en sourdines ne quittait jamais vraiment nos oreilles.
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Je ne sais pas pourquoi, mais peu importe où je passais, les chiens me montraient des dents et étaient agressifs. Je préparais ma gourde de métal pour frapper un coup de circuit avec leur tête si l’un d’entre eux osait s’approcher trop près.
Je devais ensuite me frayer un chemin au travers d’un troupeau de vaches, en prenant bien soin d’éviter leurs cadeaux puants sur le sol. Ma récompense; le bord de mer.
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Passé le village de La Magdalena, je me retrouvais enfin dans une belle vallée verdoyante sans aucune route à l’horizon.
14.02 – Au sommet de la plus haute colline des environs, j’avais en vue mes 2 destinations potentielles du jour; Laredo, ville qui s’étendait sur plus de 4 km de plage en croisant de lune, et Santona tout au bout de l’autre coté de la rivière à l’horizon.
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14.15 – Déambulant dans les vieux quartiers de Laredo, mes jambes et mon esprit me suppliaient d’arrêter ici pour la nuit… mais je décidais de continuer.
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J’entamais une interminable marche sur la plage de sable fins pour me rendre jusqu’au port tout au bout. Chaque pas était de la haute voltige; comme si quelqu’un m’avait coupé les tendons dans les mollets. J’étais toujours en vie, mais mort de fatigue et trainait mes jambes par terre comme le ferait un zombie.
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15.30 – En direct du bateau qui me fesait traverser la baie jusqu’à Santona, ma destination du jour. Le surnom de ma ville sanctuaire disait tout à lui seul; « Santona es Anchoa (Santona est anchoie) ».
Ma 1ère semaine sur la Camino était désormais chose du passée. J’avais atteint mes objectifs de distances au prix d’avoir bousillé mon pied droit. Mon pied était tellement en mauvais état que les gens faisaient des grimaces quand il l’apercevait. Même mon amie médecin me disait que je devrais le faire soigner au plus vite… et moi de répondre avec nonchalance que le temps allait régler les choses.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Castro Urdiales
Arrivé Santona
Distance Parcouru Aujourd’hui 37.1km
Distance Parcouru depuis Irun 241.9km
Distance Jusqu’à Compostelle 564.1km
Jour 8 – THE BEACH
19 Mai 2016 – Santona
08.00 – La scène était surréel; sous une pluie fine, je marchais pied nue sur une plage déserte au bruit des vagues qui venaient se briser sur la grève. Un épais brouillard m’empêchait de voir à plus de 50m devant moi… on aurait dit que le temps n’existait plus et que j’allais marcher jusqu’à l’infini. L’endroit me remplissait d’une grande sérénité… qui sait… j’étais peut-être mort et cette plage était mon paradis.
Cette hypothèse était tout à fait plausible. Peut-être avais-je perdu pied en contournant le cap rocheux qui m’avait mené à cette plage un peu plus tôt? Peut-être ma chance, de gars qui se croit invincible, m’avait abandonnée sur ce sentier boueux, glissant et à flanc de montagne… à marcher avec mes flip flop mouillées (AUCUNE adhérence) avec des pieds tout aussi détrempés par l’eau (AUCUNE adhérence dans les flip flop). Moi, funambule de la vie sur cette mince ligne séparant « danger/insouciance » et « confort/sécurité », peut-être avais-je goutté à ma médecine…
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Puis, le village de Noja sortait du brouillard au loin. Était-il réel ou le fruit de mon imagination?
À peine avais-je posé les pieds sur le bitume que je revenais à la réalité et que le brouillard se dissipait. Arrangé avec le gars des vues vous dites?
Ayant perdu les flèches jaunes, je me dirigeais tout droit vers le clocher et retrouvais le chemin jacquaire (dans le doute toujours se diriger vers l’église du village… le Camino passe à coté 99% du temps).
Je marchais ensuite de village en village dans la campagne détrempée. Au sortir d’une forêt sans charme, j’apercevais la plaine côtière parsemée de petit valons, champs et habitations jusqu’à l’horizon. Je pouvais même voir Santander (ma destination du jour) à plus de 10km.
Je terminais ma journée comme je l’avais commencé; à marcher pied nu sur une plage déserte aux sons des vagues. Je me dirigeais alors vers le port pour prendre un bateau qui me mènerait de l’autre coté de la baie.
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Ville côtière d’importance, située dans une baie à l’abri des intempéries de la mer, Santander avait presque entièrement brulée en 1941, pour être reconstruite à la va-vite. Il y avait donc peu de bâtiments historiques à se mettre sous la dent.
Contrairement aux petites villes, où je me pointais et dormais dans les albergues pour pèlerins sans réservation, j’avais décidé de me « gâter » un peu en m’offrant un bon auberge jeunesse (ouuuu… les dépenses). Le hic c’est que j’étais tellement fatigué quand j’avais réservé, que j’avais réservé… pour la veille
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Santona
Arrivé Santander
Distance Parcouru Aujourd’hui 37km
Distance Parcouru depuis Irun 278.9km
Distance Jusqu’à Compostelle 527.1km
Jour 9 – CHANGER L’EAU EN VIN
20 Mai 2016 – Santander
08.30 – Parti « tard » de mon auberge, j’avais moins de 35km à marcher (1ère fois en 5 jours)… pffff… trop facile.
Le sentier d’aujourd’hui était plus un passage obligé qu’autre chose; marche qui n’en finissait pas dans Santander, puis dans un quartier industriel, sur l’accotement d’une route régionale… avec des paysages sans aucun intérêt.
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Je faisais ma seule entorse à mon règlement de ne pas prendre de bus/train pour éviter une section du Camino; je prenais un train pour éviter un ravin de 500m de long. Autrement, j’aurais du faire un détour de 10km par un autre quartier industriel… même les livres sur le Camino recommandent de faire ainsi.
13.15 – J’arrivais à Santillana del Mar. Élu parmi les plus beaux village d’Espagne, le village médiéval, perdu au travers des champs, respirait l’histoire. Comme tout endroit transpirant l’histoire, il y avait 2 choses; une tonne de vendeurs et beaucoup de touristes à tête blanche.
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Je séjournais dans une vieille albergue construite au 16ème siècle. On aurait dit que je dormais dans un musée.
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RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Santander
Arrivé Santillana del Mar
Distance Parcouru Aujourd’hui 30.6km
Distance Parcouru depuis Irun 309.5km
Distance Jusqu’à Compostelle 496.5km
Jour 10 – ON AURA TOUT VU
21 mai 2016 – Santillana del Mar
06.30 – Premier pèlerin levé dans mon dortoir… une première.
Je quittais Santillana par la porte d’en arrière à travers des champs couverts de brume alors que le clocher de l’église de Santillana sonnaient les coups de 07.00.
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Le sentier passait par des champs et forêts avec l’océan jamais trop loin… pour déboucher sur la ville de Comillas, ville touristique avec un charmant centre-ville comprenant un bâtiment de Gaudi (les architectes me comprendront) et un vieux cimetière fait à même l’enceinte d’une ancienne église-forteresse.
Comillas revêtait un cachet particulier dans la légende du Camino de Compostelle. On raconte que c’est à cette endroit qu’un cavalier, se dirigeant à Compostelle après avoir entendu la nouvelle de la découverte du tombeau de Santiago, n’eut d’autre choix que de traverser la rivière à la nage avec son cheval. La légende veut que tous 2 sortirent de l’eau couvert de coquillages… des coquilles Saint-Jacques. Depuis, la coquille Saint-Jacques est l’emblème du Camino de Santiago et la majorité des pèlerins portent une coquille sur leur sac.
Je continuais mon chemin jusqu’à San Vincente de la Barquera, ma destination du jour. Situé dans un cadre enchanteur, avec une magnifique église au sommet d’une colline, j’étais déjà au lit à 18.40.
Fatigué oui, mais je voulais surtout me reposer un peu avant que les « ténors » entre en scène et ne gâchent mon sommeil. J’avais aussi le talon gauche qui me faisait souffrir… on aurait dit que l’os était fêlé… vraisemblablement le résultat de ma semaine à marcher en flip flop.
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RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Santillana del Mar
Arrivé San Vincente de Barquera
Distance Parcouru Aujourd’hui 34km
Distance Parcouru depuis Irun 343.5km
Distance Jusqu’à Compostelle 462.5km
Jour 11 – PÈLERINS CONTRE DAME NATURE
22 Mai 2016 – San Vincente de Barquera
06.40 – Une dizaine de pèlerins se tiennent devant la porte à fixer l’obscurité et la pluie qui tombe comme des cordes dehors. Tous ont leur sac sur le dos. C’est inévitable, mais aucun n’ose franchir le seuil.
Quelqu’un doit donner l’exemple. Je donne un coup dans les flancs de Boule de Quille pour m’assurer que tout y est… et je m’élance. Je cri « vamos a la playa » avec le sourire dans la voix.
À peine 2 minutes dehors que mon sourire a disparu et que je suis détrempé. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais j’avais décidé d’exclure mon imperméable de mon sac. J’allais aujourd’hui le regretter.
Après 30minutes de marche, il ne me restait presque plus de chaleur corporelle. Je pouvais à peine bouger mes doigts tellement ils étaient congelés. Un exercice aussi facile que me gratter la craque de fesse devenait impossible. La pluie et le froid avait au moins l’avantage de me faire oublier mon mal de talon… comme quoi il y a toujours du positif dans chaque négatif.
Félicitation Champion… Tu es bien le seul gars qui penserait consciemment à ne pas inclure ton imperméable dans sac à dos… pour sauver du poids.
La 1ere partie du trajet empruntait le même parcours qu’un autre pèlerinage important; le Camino Toribio. Au 7ème siècle, un moine (Toribio), avait rapporté de Palestine le plus gros morceau de bois provenant de la croix de Jésus. Depuis, les gens accourent de partout pour l’admirer.
Pensez-y une minute; le gars fait un voyage en Palestine… au 7ème siècle… 600ans après la mort de Jésus sur la croix… il trouve la dite croix?!?… en coupe un morceau?!?… et le rapporte avec lui en Espagne (royaume de Castille à l’époque).
Je ne veux pas dire que ce moine est un menteur… mais bon… je vais le dire quand même. Comme l’a si bien dit l’un des pèlerins avec qui j’ai partagé mes doutes; « si on prenait tous les morceaux de croix sensés provenir de la croix de Jésus, cela ferait une croix G I G A N T E S Q U E« .
09.00 – La pluie cessait enfin mais le vent se levait… le mal était fait; j’étais frigorifié.
Le sentier alternait alors entre campagne et collines, en essayant tant bien que (surtout) mal d’éviter l’autoroute. Les petits villages charmant se succédaient; Unquera et sa petite route de pierre montant sur la colline, Colombres et La Franca, petits villages aux allures coloniales françaises, et Pendueles.
14.20 – Llanes, ma destination du jour, se pointait le bout du nez. La ville était protégée de l’océan par un très haut rempart construit il y a très longtemps.
De la ville, seule une toute petite plage près de la vieille ville rappelait que la ville était en bord de mer.
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Aujourd’hui, j »avais quitté la province de Cantabrie pour entrer dans celle des Asturies. Province semi-autonome de l’Espagne, les Asturies pouvaient se targuer d’être le seul endroit en Espagne à avoir résisté aux envahisseurs romains et maures (musulmans). En d’autres mots, les Asturies n’avaient jamais été conquis… ils étaient des espagnols « purs ». Cela pouvait s’expliquer en raison du paysage accidenté (montagnes dépassants les 2000m), isolant la province du reste du pays. Le roi et futur prince d’Espagne se nomme d’ailleurs « Roi/Prince des Asturies ».
Pour l’heure, toute ma concentration allait à trouver le meilleur resto pour déguster du cidre… la spécialité des Asturies. Ici, on ne pouvait pas commander un verre de cidre, c’était la bouteille ou rien. Les barmans asturiens ont une technique bien particulière pour verser le cidre; le verre sur le comptoir, ils prennent la bouteille par derrière, au-dessus de leur épaule, et laisse couler de très haut… pour aérer le cidre.
Disons que les barmans ne sont pas les plus précis… et qu’au moins 1/3 du cidre se retrouvait sur le comptoir!
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ San Vincente de Barquera
Arrivé Llanes
Distance Parcouru Aujourd’hui 41.7km
Distance Parcouru depuis Irun 385.2km
Distance Jusqu’à Compostelle 420.8km
Jour 12 – UNE JOURNÉE PARFAITE
23 mai 2016 – Llanes
06.40 – Dès le départ, le sentier menait à l’écart de la civilisation, à travers des champs en bordure d’océan. Un sublime lever de soleil m’y attendait.
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À un certain moment, le Pico de Europe (plus haut sommet d’Espagne) se dévoilait dans toute sa splendeur avec son manteau de neige.
J’avais marché une bonne parti de la journée avec Gérard, un très sympathique français (ça existe) de l’âge de mes parents et pince sans rire. Il avait passé la journée à me vendre les vertus de jeuner (ne pas manger de la journée) une fois par semaine. Depuis 30ans, il jeunait à chaque lundi… et nous étions lundi (boire de l’eau était permis).
13.30 – Ribadasella, magnifique ville côtière, pointait à l’horizon. Mon arrivé dans cette ville signifiait que j’avais désormais marché plus de kilomètres qu’il ne m’en restait… une petite victoire mentale… mais bon… il me restait quand même 391km…
Séparé en son milieu par une rivière serpentant dans la plaine, la ville est à cheval entre le passé et le présent; la rive gauche, protégée de l’océan par une montagne, forme la vieille ville de pêcheur, tandis que la rive, avec ses plages complètement exposées à la mer, est une station balnéaire. Au sommet de la montagne protégeant la vieille ville, et à l’embouchure de la rivière sur l’océan, se trouve l’Ermitage La Guia, un ancien poste de défense (offrant la meilleure vue des environs).
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J’allais m’endormir au son des vagues dans un auberge directement sur la plage. Que demander de mieux pour clore une journée de randonnée que j’oserais dire parfaite!
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Llanes
Arrivé Ribadesella
Distance Parcouru Aujourd’hui 29.8km
Distance Parcouru depuis Irun 415km
Distance Jusqu’à Compostelle 391km
Jour 13 – LE PETIT QUEBEC
24 mai 2016 – Ribadesella
06.40 – Je quittais le confort de mon auberge pour enfiler mon costume de marcheur. Je ne boitais presque plus et mes douleurs aux pieds étaient minimes. Les autres pèlerins étaient toujours étonnés de me voir les dépasser dans la journée, quand ils me voyaient marcher de peine et de misère le soir.
Ma destination du jour était totalement inconnue. J’avais décidé de marcher jusqu’à épuisement; je sacrifiais cette journée afin d’engranger le plus de km possible et me la couler un peu plus douce les jours suivants.
À La Isla, je disais « Au Revoir » à la cote et à l’océan ‘Atlantique. Dès lors, le Camino s’enfonçait dans les terres jusqu’à Compostelle sans jamais recroiser l’océan.
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En début d’après-midi, je marchais près d’une église, où 2 pèlerins prenaient une pause. J’entendais « Tabarnak« ! Ni une, ni deux, je quittais le sentier pour me diriger en direction de l’homme. Sans un mot je marchais droit vers lui et lui lançait un « ben criss!« .
À bout de force, j’aboutissais finalement à Villaviciosa, « ville du vice » traduit de l’espagnol, « ville sans charme » dans mon livre à moi. Comble de chance… ou de malchance… je tombais sur un 2ème québécois à l’auberge. Je faisais une entorse à ma loi non écrite (d’une bouteille de vin par soir) pour siroter de la bière avec lui.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Ribadesella
Arrivé Villaviciosa
Distance Parcouru Aujourd’hui 37.3km
Distance Parcouru depuis Irun 452.3km
Distance Jusqu’à Compostelle 353.7km
Jour 14 – LA CROISÉE DES CHEMINS
25 mai 2016 – Villaviciosa
08.19 – À peine sorti de Villaviciosa que je me trouvais à la jonction entre le Camino Primitivo et le Camino del Norte; 2 chemins menant à Compostelle, le Norte longeant la cote pour quelques jours encore, alors que le Primitivo s’enfonçait dans les montagnes Asturiennes. Direction Gijon pour le Camino del Norte, alors que le Primitivo mettait le cap sur Oviedo.
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Direction Oviedo!
Je marchais désormais sur de petites routes dans la campagne profonde. Je prenais bien soin d’éviter tous les escargots qui pullulaient sur le sentier, mais en écrasais un par inadvertance (sa carapace faisant un gros « crac » sous ma semelle).
Désolé petit invertébré!
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Après une journée sans histoire, la pluie m’attrapait solidement 2km avant la fin. Seulement 20 minutes… bien assez pour me tremper de la tête aux pieds.
14.00 – Live depuis Pola de Siero, grande ville sans charme avec des tours semblant sorties de nul part.
Il n’y a AUCUNE RAISON… AUCUNE… de s’arrêter dans cette ville… si ce n’est que pour séjourner à l’albergue. Cette ville peut se targuer d’avoir LE meilleur albergue pour pèlerins de tout le Camino; un bâtiment en bois, de 2 étages, flambant neuf avec wifi, douches modernes, très grand jardin. Tout cela pour un prix ridicule de 6 euros.
Aujourd’hui, mon esprit avait bien failli faillir; je m’étais surpris à penser d’arrêter le Camino à Oviedo (destination de demain) pour ensuite prendre une dizaine de jour de repos au Portugal et dans le sud de l’Espagne; Porto, Lisbonne, Grenade, Séville. Un peu de repos pour reposer mon pied droit (en très mauvais état) en préparation du GR20 en Corse (que je commence tout de suite après le Camino).
Quoique très attrayante, je balayais du revers de la main l’idée; si j’arrêtais, il n’y avait aucune garanti que je recommencerais un jour… et j’avais bien l’intention de fouler les vieux pavés de Compostelle.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Villaviciosa
Arrivé Pola de Siero
Distance Parcouru Aujourd’hui 27km
Distance Parcouru depuis Irun 479.3km
Distance Jusqu’à Compostelle 326.7km
Jour 15 – UNE PROMENADE DE SANTÉ
26 mai 2016 – Pola de Siero
07.40 – Seulement 18km me séparait d’Oviedo, mon objectif du jour. Dès le départ et jusqu’à destination, le sentier n’allait jamais quitter la ville.
12.00 – Une fois ma promenade terminée, tel Clark Kent, j’enfilais mon costume de civil et commençais à explorer.
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 Oviedo a une importance capitale dans l’histoire du Camino de Santiago!
Au 7ème siècle, le roi Alphonse II.. de Oviedo, ayant eu vent de la nouvelle à l’effet qu’un moine aurait trouvé le tombeau de Saint Jacques (Santiago – L’un des 12 Apôtres), parcouru la route jusqu’à Compostelle avec toute sa court pour en avoir le coeur net.
Une fois sur place, il déduit que c’était réellement la tombe de Saint Jacques (ouin… c’est ça… vous vous rappelez du morceau de bois du moine Toribio…) et ordonna la construction d’une cathédrale à Compostelle. Le Camino Primitivo (Chemin Original) reprend le trajet du 1er pèlerin, le roi Alphonse II.
En ce qui concerne la ville d’Oviedo, elle fut « fondée au 8ème siècle par le roi Fruela, la ville fut dévastée par les Maures. Son successeur et fils, Alfonso II le Chaste, la fit rebâtir, l’entoura de murailles et en fit la capitale du royaume des Asturies. […] À partir du 10ème siècle, des hordes de pèlerins accourent à la Basilique del Salvador pour vénérer les reliques qu’elle abrite. […] Oviedo n’a pas été seulement une étape pour les pèlerins en marche vers Santiago par le chemin du nord, ou chemin primitif »… au Moyen Age, plusieurs pèlerins marchant le Camino Francés considéraient leur pèlerinage vers Compostelle incomplet si il ne faisaient pas un détour (tout un détour) par Oviedo. On dit « qui va à Saint-Jacques (de Compostelle) et ne va pas à Saint-Sauveur (Oviedo), vénère le serviteur et délaisse le Seigneur« .
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La basilique, le musée adjacent (comprenant multiples artifacts religieux), le cloitre, les multiples sculptures/gravures sur pierre/or/argent, et les cryptes, ont fait de l’effet même sur le non croyant que je suis. La chambre sainte à elle seule vaut le détour, avec ses colonnes taillées à l’image des 12 apôtres… puisque les apôtres sont les « colonnes de la religion ».
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Cette visite m’avait donné soif; il était l’heure de mon verre (bouteille) de vin hebdomadaire.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Pola de Siero
Arrivé Oviedo
Distance Parcouru Aujourd’hui 17.9km
Distance Parcouru depuis Irun 497.2km
Distance Jusqu’à Compostelle 308.8km
Jour 16 – L’ÉCOLE BUISSONNIÈRE
27 mai 2016 – Oviedo
06.30 – Après avoir bien patché mon pied droit, je m’élançais à l’assaut de cette nouvelle journée tout excité de débuter le Camino Primitivo. J’avais l’impression de commencer une nouvelle aventure… même si c’était la même foutu marche que les 15 derniers jours.
Je déambulais longtemps dans les rues alors que la ville s’éveillait tranquillement. J’étais seul au monde toute l’avant-midi; ni pèlerins, ni âmes qui vivent dans les villages que je croisais.
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11.30 – J’arrivais à Grado, ville d’assez grande taille et sans charme. Grado me faisait regretter de ne pas y être arrêté pour la nuit, avec une montée longue et soutenue à peine sorti de la ville.
13.00 – À mi-chemin de la colline surplombant Grado, j’en avais mare de marcher et le soleil me plombait le cardio. Même si je me sentais en pleine forme, je ne voulais pas pousser trop fort pour abimer encore plus mon pied droit. Le Camino est un marathon et non un sprint… il ne faut pas aller au bout de ses forces à chaque jour sinon on ne se rendra pas à la fin.
Située derrière l’église, dans une ancienne école de village, l’albergue de Villapanada était tenue par un couple de bénévoles; dortoir et toilettes nickel, grande salle à manger avec cuisine toute équipée & laveuse gratuite. L’albergue vendait même de la nourriture au prix de l’épicerie.
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Au moment où je me disais que tout cela était trop beau pour être vrai et qu’il ne me faudrait qu’une seule chose pour être hyper heureux… le bénévole ouvrait la porte du frigo… une tonne de bouteilles de vin. Je n’avais qu’à en prendre une et faire un don… mon voeu était exaucé. Le paradis était bel et bien sur Terre. Il était dans l’albergue d’un petit village anonyme de la principauté des Asturies.
Seul pèlerin au gite durant 2-3 heures, je me sentais comme Ferris Bueller (film du même nom) lorsqu’il avait décidé de faire l’école buissonnière. Bouteille de vin, musique à tue-tête… que demander de mieux?!?
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16.00 – Un 2ème pèlerin cognait à la porte du gite; Gérard… mon ami français. La « fête » continuait avec une 2ème bouteille (pour moi puisqu’il ne boit pas).
Avant 20.00, le gite était complètement plein. Mis à part moi, Gérard et 2 autres personnes, tous les autres pèlerins avaient commencés leur pèlerinage à Oviedo. Ils en étaient à leur 1ère journée de marche et se plaignaient de tout et de rien. J’étais donc rendu un vétéran sur le circuit.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Oviedo
Arrivé Villapanada
Distance Parcouru Aujourd’hui 27.9km
Distance Parcouru depuis Irun 525.1km
Distance Jusqu’à Compostelle 280.9km
Jour 17 – BAINS DE BOUE
28 mai 2016 – Villapanada
06.20 – Noir, brumeux et pluvieux; 3 adjectifs qui décrivent très bien la température extérieure… et l’état de mon cerveau.
Debout avant que les premiers coqs ne chantent, je tâchais de terminer la monté que j’avais entreprise hier… à la différence qu’hier j’étais en pleine forme et que ce matin mes jambes étaient aussi flexibles que 2 troncs d’arbres.
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Une fois au sommet, je basculais dans une nouvelle vallée presque dénuée de traces d’hommes, sauf pour de petits hameaux ici et là. J’en profitais pour faire le plein de cailloux dans mes chaussures sur l’interminable chemin de gravelle.
10.15 – J’atteignais Salas, ville avec autant de charme qu’un marteau piqueur un samedi matin. Le Camino montait alors tout en haut d’une autre montagne à travers un sentier forestier.
12.00 – L’heure de la décision. J’avais atteint un plateau au-dessus des montagnes et le village de La Espina se dessinait devant moi. Autour de moi, se trouvait de petites collines et des champs à perte de vue. La Espina offrait les derniers hébergements avant 10km.
La température ne s’était pas vraiment arrangé depuis ce matin et Dame Nature se préparait à faire un show pyrotechnique à tout moment. Il n’y avait que du noir devant moi à l’horizon. Continuer et risquer de me faire tremper ou en terminer maintenant?
Allez! La pluie n’a jamais tué personne!!!
14.30 – J’avais entendu le tonnerre, vue des éclairs, mais n’avais pas reçu une seule goutte de pluie.
15.00 – Terminus Tineo. La ville était tout en haut d’une vallée, adossée aux montagnes.
Je séjournais Palacio de Meras, vieil édifice datant de l’An 1525. Hotel 4 étoiles, il y avait aussi une section hyper moderne 10 euros la nuit pour les pèlerins… avec bain turc et sauna à disposition… gratuitement…
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Villapanada
Arrivé Tineo
Distance Parcouru Aujourd’hui 39.1km
Distance Parcouru depuis Irun 564.2km
Distance Jusqu’à Compostelle 241.8km
Jour 18 – LA CAMPAGNE PROFONDE
29 mai 2016 – Tineo
06.40 – Comme c’était maintenant l’habitude, je gagnais la campagne en arpentant les rues désertes de Tineo, alors que les premiers rayons de soleil éclairaient le ciel. Je contournais la vallée par un sentier forestier avec une vallée et Tineo en contrebas sur ma gauche, la montagne sur ma droite… et la boue sous/dans mes souliers…
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De toutes les fois où j’ai cru m’égarer et perdre le Camino, le sommet de cette montagne fut le pire. Je marchais depuis une bonne heure et demi sur une route de campagne sans avoir vu quelconque signe. Mon coeur palpitait; moi, expert (autoproclamé) de l’orientation, je m’étais perdu sur un Camino fait « pour les vieux ». Au moment où j’allais rebrousser chemin, j’apercevais un coquillage… Hip Hip Hip… J’étais toujours sur le bon chemin.
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Je dépassais 3 jeunes franco-suisses complètement médusés par la petitesse de mon sac. Ils avaient commencé à Oviedo et ne me croyaient pas lorsque je leur disait que j’étais parti de la frontière française. Probablement parce qu’ils étaient jeune, arrogant, et peinaient à suivre mon rythme… même si je marchais en flip flop sur un sentier défoncé. J’ai dû leur montrer ma Credential avec tous mes tampons pour les convaincre.
13.05 – Tout comme hier, Dame Nature installaient tous ses pions (nuages) dans le ciel pour foutre en l’air mon après-midi. Heureusement pour moi, j’avais d’autres plan.
Après une longue descente dans le fond d’une vallée, je m’arrêtais à Pola de Allende, petit village composé de 2 rues.
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Il y a des avantages certains à être le premier arrivé à l’auberge de pèlerins; tu peux choisir le lit que tu veux et SURTOUT… prendre une looooongue douche sans que personne ne soit derrière à attendre.
Non négligeable et à ajouter à la liste des avantages à se lever tôt et finir en début d’après-midi; dans le Nord de l’Espagne, les chances de pluie sont bien plus grande en après-midi qu’en avant-midi. Autant être sous la douche, que sous la pluie, et décider de la température de l’eau…
Pourquoi plus de pluie l’après-midi… mmm… je ne suis pas météorologue… mais j’ai ma petite idée. Dame Nature est une femme… il lui faut donc beaucoup de temps pour se préparer le matin 😉
En faisant le tour du village, je me retrouvais à manger un festin dans un hôtel rétro chic. Cheveux et barbes en bataille, flip flop et vêtement pas vraiment propre (crasseux), je me trouvait dans une salle bondée, entouré de gens sur leur 31 venu manger le repas du dimanche en famille. Pas besoin de dire que je jurais dans le décor… mais bon… je m’en foutais… le vin était à volonté.
Je sortais de l’établissement 3h après y être entré. La lumiere du jour me brulait les yeux… je devais ressembler à un vampire… un vampire complètement saoul. La rue principale (seule rue) du village, que je devais arpenter jusqu’au bout pour me rendre jusqu’à l’albergue, me semblait alors infiniment loooongue…
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Tineo
Arrivé Pola de Allande
Distance Parcouru Aujourd’hui 27km
Distance Parcouru depuis Irun 591.2km
Distance Jusqu’à Compostelle 214.8km
Jour 19 – LE DÉLUGE
30 mai 2016 – Pola de Allande
Aujourd’hui sera une jour difficile selon ce que j’ai pu lire dans mon guide. Le sentier monte jusqu’au Col du Palo (@1146m), l’endroit le plus haut du Camino Primitivo.
Après une ascension constante, mais facile, dans une forêt détrempée, j’atteignais le sommet. L’environnement était alors TOUT sauf hospitalier; absence totale de végétation, pluie battante & vent intense qui fait tomber la pluie quasiment à l’horizontale. Je ne voyais pas à 10m devant moi tellement le brouillard était dense.
La journée avait commencé depuis moins de 2h que j’étais détrempé et frigorifié. Mes doigts étaient tellement rigide que je ne pouvais même pas faire une tâche aussi simple que d’agripper ma bouteille d’eau. Bref, si vous n’avez pas encore compris; c’était la galère…
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La descente n’était pas plus facile en raison de la pluie qui avait  »piégé » les pierres du sentier. Chaque pierre n’attendait qu’une seule chose; que je pose un pied trop assuré sur elle pour avoir l’honneur de me casser la gueulle.
Au bout d’une bonne (mauvaise) heure de descente, un petit village sortait du brouillard. Le village de Monte Furado, que dis-je, hameau (avec ses 8 bâtisses), existe depuis le 7ème siècle. L’endroit comptait sur un hôpital pouvant héberger les pèlerins épuisés (ayant survécus) venant de franchir la montagne. Malheureusement pour moi, cette hospitalité légendaire n’existait plus et je me butais à des portes closes. Même pas un tout petit magasin ou un abri de bus pour me réchauffer.
J’en profite pour faire une parenthèse; la définition d’hôpital a bien changé depuis le Moyen Age. À l’époque, les hôpitaux étaient des lieux où l’on pouvait trouver refuge pour la nuit si on était un sans abri, un voyageur, etc. Ce n’était pas des endroits pour soigner les malades.
Entre temps, mon valeureux cellulaire, que je croyais à tort waterproof, rendait l’âme. Il n’allait pas s’en remettre 😦
Je continuais mon chemin dans les champs détrempés, « champs détrempés » étant un synonyme pour « sentier boueux », jusqu’à un autre village; un cimetière, une église, une douzaine de bâtiments, et PAS de bar/restaurant/magasin. Je sortais du village de l’autre coté avec mon air résigné… et puis miracle… un restaurant. J’entrais, me dirigeais directement vers les toilettes et mettais mes mains sous le sèche-main durant un bon 5 minutes.
Le reste de la journée s’avérait beaucoup plus facile; plus j’avancais et moins il pleuvait. Je me permettais même un verre de vin sur les coups de midi. Je me trouvais alors à La Mesa, un endroit très invitant pour y passer la nuit, mais décidait de continuer jusqu’à mon objectif du jour; Grandes de Salime… 19km plus loin.
Ce que je ne savais pas encore c’est que ce segment entre La Mesa & Grandes était réputé comme la plus difficile portion de tous les chemins menant à Santiago. J’allais devoir descendre plus de 1000m jusque dans le fond d’une vallée et remonter ces 1000m de l’autre coté. Fait non négligeable (que je ne savais pas), je serais livré à moi-même; il n’y a pas de village/halte/restaurant. Bref, ayant déjà vécu beaucoup d’émotions en avant-midi, et ayant dépensé une bonne quantité de mon énergie, je n’était pas du tout préparé à cette épreuve.
Peu m’importait, j’étais invincible après tout?
La vallée dans laquelle je descendait, fut inondée par la construction d’un barrage dans les années 1950. Elle était beaucoup plus profonde que 1000m à l’époque.
14 villages et des milliers de personnes ont du être déplacés. Parmi ces villages se trouvait Salime, étape importante du Camino, avec ses nombreux Hôpitaux (endroits où séjournaient les pèlerins au Moyen-Age). Grandas de Salime, un tout nouveau village, avait donc été créé tout en haut de la vallée.
Au moment ou j’atteignais le barrage tout en bas et que j’entreprenais la remonté de 7km jusqu’à Grandes, le soleil avait choisi de sortir des nuages et me tapait sur la tête… rien pour m’aider à rallier mon objectif de la journée.
Complètement C R E V É, j’atteignais finalement Grandes en m’ayant tapé les 2 étapes les plus difficile du Camino en une seule journée! Mon pied gauche, qui était à toute épreuve depuis le départ, y avait gouté royalement. J’allais trainer les séquelles de cette journée jusqu’à la fin du Camino.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Pola de Allende
Arrivé Grandes de Salime
Distance Parcouru Aujourd’hui 39.6km
Distance Parcouru depuis Irun 630.8km
Distance Jusqu’à Compostelle 175.2km
Jour 20 – À BOUT DE SOUFFLE
31 mai 2016 – Grandes de Salime
Mon 20ème jour de marche! 20 jours qui commençaient à m’affecter physiquement et mentalement. Je peinais désormais à trouver la motivation pour me lever le matin et marcher. En d’autres mots; c’était le temps que ça finisse!
La rude journée d’hier n’aidait en rien puisque mes batteries étaient complètement à plat malgré une bonne nuit de sommeil. Déjà en début de journée, j’avais les mollets en feu et marchais le dos courbé, avec la tête penchée vers l’avant en fixant le sol.
Il n’y avait que 25km au menu du jour, mais ils me paraissaient interminable!
Ajoutez à cela (comme si cela n’était pas déjà assez) que les paysages d’aujourd’hui n’aidaient en rien pour mon moral en chute libre; de la forêt et encore de la forêt.
Seul fait notable, j’avais quitté la province des Asturies pour entrer en Galice… province où se trouvait Santiago de Compostelle.
Une grosse ville pointait à l’horizon. Perchée au sommet d’une petite colline, elle me semblait tout sauf attrayante. Faute d’alternative A Fonsagrada serait mon arrêt pour la journée.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Grandes de Salime
Arrivé A Fonsagrada
Distance Parcouru Aujourd’hui 28.1km
Distance Parcouru depuis Irun 658.9km
Distance Jusqu’à Compostelle 147.1km
Jour 21 – PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS
1 juin 2016 – A Fonsagrada
06.00 – Depuis quelques jours, j’étais entouré d’amateurs qui se levaient hyper tôt et prenaient bien soin de réveiller tout le monde au passage. Une règle d’or si tu dort en dortoir est de faire ton sac la veille si tu pars tôt le lendemain.
Ce matin j’avais pris plaisir à le fixer l’un de ces idiots. Il s’était levé en premier et faisait un vacarme. Je le fixais pendant une bonne vingtaine de minute; pack son sac, vide son sac puisqu’il avait oublié quelque chose, et ainsi de suite. Je suis alors sorti de mon lit, j’ai mangé 2 barres tendres, mis mon short, pris mon sac sur le bord de mon lit et je suis parti. Vous auriez du lui voir sa tête.
Dernier levé, 1er parti. C’est ce qu’on appelle être efficace!
Le soleil encore couché, mais le vent qui s’en donnait à coeur joie, il faisait un froid sibérien. Je marchais dans la forêt aux sons des oiseaux et des éoliennes. J’avais envie d’immiter Don Quichote et de me battre avec elles (lui c’était avec les moulin à vent… Pareil, mais pas pareil).
L’étape s’avérait beaucoup plus intéressante que celle de la veille; des paysages accidentés, formés de vallons et petites collines… loin du goudron.
Après un jour 20 extrêmement négatif, j’avais retrouvé une certaine joie de vivre.
C’est alors que se pointait O Cadavo, un village guère plus enchanteur que son nom l’indiquait. En d’autres mots; ça avait l’air mort. Ne restait alors plus que 9km jusqu’à Castro Verde, perdu au beau milieu de la forêt et qui se laissait découvrir au travers des feuillages.
14.00 – L’albergue du village était flambant neuve; un bâtiment réussi en terme d’architecture, avec de grandes pièces lumineuses et l’utilisation de matériaux nobles.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ A Fonsagrada
Arrivé Castro Verde
Distance Parcouru Aujourd’hui 33.9km
Distance Parcouru depuis Irun 692.8km
Distance Jusqu’à Compostelle 113.2km
Jour 22 – L’ESPRIT DU MOMENT
2 juin 2016 – Castro Verde
08.00 – Petite grâce matinée ce matin. Je n’avais que 20km à marcher pour arriver à Lugo, dernière ville d’importance avant Compostelle, et arrêt à ne pas manquer sur le Camino Primitivo.
Dès le départ, je m’enfonçais dans un épais brouillard qui allait limiter mon champ de vision au minimum. La campagne défilait au compte goutte sous mes yeux. Tout le reste avait disparu… même le bruit. J’admirais les rayons du soleil, qui tentaient bien que mal de percer le mur blanc. Les km me séparant de Lugo passaient en un clin d’oeil et je me retrouvais aux portes de la ville.
Passé la très laide nouvelle ville, je passais la porte San Pedro et pénétrais dans la vieille ville fortifiée, comme les autres pèlerins depuis les débuts du Camino.
Fondé au 14 siècles AVANT JC, transformé en camp romain au début de notre ère, et ayant passé au travers de toutes les époques moins glorieuses de l’humanité (Moyen Age), Lugo est la plus vieille ville de Galice. Classé au patrimoine de l’UNESCO pour son impressionnant rempart romain datant du 2ème siècle après JC, parfaitement conservé et ceinturant la vieille ville sur 2km, Lugo, en l’honneur de l’empereur romain Lucious Augustus, vaut le détour.
La cathédrale Santa Maria de Lugo, vaut le coup d’oeil. Je n’ai jamais vu un édifice religieux comme celui-là (l’intérieur).
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Castro Verde
Arrivé Lugo
Distance Parcouru Aujourd’hui 20km
Distance Parcouru depuis Irun 712.8km
Distance Jusqu’à Compostelle 93.2km
Jour 23 – LE CALME AVANT LA TEMPÊTE
3 juin 2016 – Lugo
07.00 – Je quittais Lugo à une heure où seul les pèlerins et fêtards (qui terminaient leur virée nocturne) triaient dans les rues. Comme hier, je marchais sous un couvert de brouillard, la magie en moins. Il en faudrait beaucoup plus pour me plomber le moral; j’étais dorénavant à moins de 100km de Compostelle!
Après une dizaine de km, je quittais le goudron pour entrer dans une espèce de forêt enchantée. Tout y était d’une couleur verte radioactive.
Au sortir de cette forêt, je me faisais surprendre par un gros chien en liberté… qui fonçait vers moi. Ce qui devait arriver arriva, mes flip flops, aussi courageuse soient-elles, ne résistaient pas à mon accélération brusque; l’une d’elle rendait l’âme sous mes pieds… manquant provoquer ma chute. Heureusement pour moi, le propriétaire du chien sortait de sa maison In Extremis pour retenir le chien qui était dorénavant au-dessus de moi. Plus de peur que de mal.
Après 17 jours de marche en flip flop, je me résignais à remettre mes bottes.
Les derniers 10 km avant Ponte Ferreira, ma destination du jour, étaient une loop sans fin de petites collines, suivit de petits villages, et ainsi de suite.
12.30 – J’atteignais l’Albergue Ponte Ferreira, une sympathique auberge privée. Je célébrais mon dernier jour sur le Camino Primitivo. À peine 20km de marche me séparaient dorénavant de la jonction avec le Camino Francés, le chemin le plus achalandé menant à Santiago.
6 jours maintenant que mon téléphone avait rendu l’âme. Ayant laissé mon ordinateur chez des amis en France, je n’avais plus de moyen de communiquer avec le monde 2.0. Lorsque j’avais voyagé pour la 1ère fois en Europe il y a 7ans, les Cafés Internet étaient partout et tous les auberges mettaient des ordinateurs à la disponibilité des voyageurs. À un certain moment entre il y a 7 ans et maintenant, les cafés internet et ordinateurs ont COMPLÈTEMENT disparus de la surface de la Terre. Résultat; si tu n’as pas un téléphone pour te connecter aux wifi, tu es un homme des cavernes!
Vous devriez voir la figure des gens à qui j’ai demandé d’utiliser leur téléphone; je voyais dans leurs yeux que l’idée les répugnait au plus haut point. Comme si je faisais une intrusion dans leur vie privé. Je n’ai donc pas pu souhaiter bonne fête à ma mère en ce 3 juin.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Lugo
Arrivé Ponte Ferreira
Distance Parcouru Aujourd’hui 27.4km
Distance Parcouru depuis Irun 740.2km
Distance Jusqu’à Compostelle 65.8km
Jour 24 – MARÉE HUMAINE
4 juin 2016 – Ponte Ferreira
Mes derniers kms sur le Camino Primitivo n’allaient pas passer à l’histoire; signes contradictoires et sentier monotones, sans mentionner la bonne odeur de purin dans les narines.
Moment fort de ma journée, j’étais à un carrefour de 3 voies au centre d’un village, un gros chien me bloquait la voie, jappait très fort, montrait des dents et avançait vers moi dangereusement.
Vous savez le truc de donner un coup de pied en direction du chien pour lui montrer que vous n’avez pas peur et le faire reculer? En plus de NE PAS le faire reculer, il était encore plus en colère. Je me résignais à prendre la direction opposée en me disant qu’il y aurait surement une nouvelle jonction sous peu, me permettant ainsi de reprendre le droit chemin.
1h plus tard, cette jonction se faisait toujours attendre. Je marchais sur une route qui n’était pas le Camino, sans carte, ni téléphone pour retrouver le droit chemin. J’hésitais entre revenir sur mes pas (et affronter le chien à nouveau) ou persister sur cette route. Je gagnais finalement une route régionale. Il me venait alors l’idée de regarder dans mon livre pour voir le nom des villages par lesquels le Camino passe. L’une des villes était affichée sur un panneau routier. Une fois dans cette ville, je me dirigeais vers l’église et Bingo; je retrouvais les signes du Camino.
Au sortir d’une forêt, dans une plaine avec des fleurs jaunes, j’apercevais Mélide au loin. Sans crier gare, j’étais sur le Camino Francès. J’éprouvais de la frustration en l’absence d’une plaque (ou quelconque signe) disant « Félicitation… vous avez survécu au Camino du Nord et Primitivo… vous voici maintenant sur le hyper facile & touristique Camino Francés« . Comme le mentionnait mon livre; rejoindre le Camino Francés « donne l’impression que la récréation est terminée et que l’on rentre dans les rangs ». Fini la marche en solitaire, alors que je pouvais passer des heures sans croiser de pèlerin sur le Norte et Primitivo, il y avait toujours quelqu’un devant et derrière moi. Ceux qui vont faire le Camino del Norte/Primitivo vont comprendre ma frustration une fois rendu à la jonction du Francés.
Les marcheurs du Francés avaient la vie beaucoup plus facile; il ne se passe pas 10 minutes entre les points d’eau, il y a des stands de nourriture dédié aux pèlerins à tous les 2-3km, et le sentier est aussi large qu’un boulevard. Les marcheurs du Francés n’ont jamais connu la boue.
J’allais donc digérer ma tristesse en passant la nuit à Arzua, ville dortoir (très laide) située au kilomètre 39 de Compostelle.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Ponte de Ferreira
Arrivé Arzua
Distance Parcouru Aujourd’hui 26.8km
Distance Parcouru depuis Irun 767km
Distance Jusqu’à Compostelle 39km
Jour 25 – TAIE-TOI ET MARCHE
5 juin 2016 – Arzua
07.00 – Le soleil à peine levé qu’il y avait déjà des hordes de pèlerins sur le Camino. Pas moyen d’avoir la paix 1 seconde.
Je n’avais ni la motivation, ni les jambes pour marcher. J’avais seulement envi de finir le Camino et m’envoler vers d’autres cieux. J’allais donc suivre à la lettre le titre de ma journée; taie-toi et marche!
La journée se résumais à marcher sur un « boulevard » de terre & de goudrons, par delà forêts, champs et villages.
Nonchalant, mes flip flop (fraichement rafistolé… vous auriez du voir le travail d’artiste) butaient sur une grosse roche. J’en serais quitte pour marcher les derniers km jusqu’à Compostelle avec un orteil foulé et une vive douleur, l’os de mon pied droit me résonnant dans tout mon corps à chaque enjambé.
Je parvenais de peine et de misère à rallier Monte D’Orzo (Mont Joie), colline située à 5km de Compostelle, l’endroit où les pèlerins aperçoivent Compostelle pour la 1ère fois.
Après le passage du Pape Jean-Paul II, il y a une vingtaine d’année, une gigantesque albergue ressemblant à des baraquements militaires et pouvant accueillir plus de 500 pèlerins, fut construite au sommet de la colline.
Plus que 5km… mais ce serait pour demain!
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Arzua
Arrivé Monte Gozo
Distance Parcouru Aujourd’hui 34km
Distance Parcouru depuis Irun 801km
Distance Jusqu’à Compostelle 5km
Jour 26 – SUR UN PIED
6 juin 2016 – Monte Gozo
06.30 – À l’albergue ce matin, une jeune allemande a vu l’état de mes pieds et mon « rituel » de mettre une tonne de bandages avant de prendre la route. Elle était horrifiée et ne pouvait concevoir que je puisse marcher aussi vite avec un pied en aussi mauvais état.
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Par un matin pluvieux, à littéralement trainer mon pied droit, je quittais une albergue de pèlerins pour la dernière fois.
Dès le départ, le Camino suivait un boulevard en banlieue de Compostelle. Je passais la Puerta del Camino (Porte du Camino) et pénétrais dans la vieille ville… pour finalement me trouver dans la Plaza del Opra d’Oyo.
26 jours à marcher avant l’aube, tout le matin, en après-midi, quelques rares soirée, au soleil, à travers la brume, sous la pluie battante, dans la forêt, dans les montagnes, sur le bord de l’océan, en bord de la route, dans les champs, sur le béton, sur des sentiers de terre battue, sur la roche, dans les rivières, dans la boue, en bottes, en flip flop…
Après 26 jours et officiellement 806km de marche (parce qu’officieusement j’en ai marché BEAUCOUP plus), de sueur, d’huile de genoux, de coup de soleil, de douleurs au pieds…
Après 26 jours, j’étais finalement devant la cathédrale de Compostelle. Mon pèlerinage était dorénavant chose du passé. Pendant plus d’une demi-heure, je me tenais debout sans bouger au centre de la place presque vide. Je regardais la cathédrale et ne pouvais m’empêcher de penser qu’un pan important de l’histoire de la religion catholique se trouvait devant moi.
J’avais peine à croire que j’avais réussi à marcher toute la distance depuis la France, dans le délai que je m’étais fixé. Je me rappelais avoir regardé la carte au tout début et m’être dit que j’étais fou.
La morale de l’histoire; comme pour tout rêve-objectif, il n’y a pas de recette magique. Regarder le défi dans son ensemble peut faire peur, mais c’est en bout de ligne une simple addition de petit pas.
Je ramassais un dernier tampon dans mon carnet du pèlerin (à l’office du pèlerin) et obtenais ma Compostella (certificat d’attestation d’avoir marché le Camino de Santiago)… l’un des rares pèlerins de l’histoire moderne à avoir marché le Camino en flip flop
Trêve de célébration, mon vol pour Genève quittait Santiago dans quelques heures.
RÉSUMÉ DU JOUR
Départ Monte Gozo
Arrivé Santiago de Compostelle
Distance Parcouru Aujourd’hui 5km
Distance Parcouru depuis Irun 806km
ÉPILOGUE
Pendant 26 jours, j’ai vécu la vie de pèlerin; lever du corps un peu avant le soleil (vers 06.00), départ avant 07.00, de 6 à 7 heures de marches… des fois plus, le reste de l’après-midi pour flâner et/ou me reposer, et coucher vers 8h le soir.
Une vraie vie de moine… les moines peuvent boire du vin non?!?
Le Camino de Santiago ne se résume pas simplement aux kilomètres que vous marchez et les paysages qui défilent devant vos yeux, c’est aussi les gens qui partagent votre chemin. Je pense à Quentin (jeune belge qui était parti de Bruxelles), à Marie-Aimée (française avec qui j’ai échangé beaucoup de fou rire), à Kevin (anglais de 66ans qui suivait mon rythme), à Gérard (français pince sans rire avec qui j’ai partagé beaucoup de bons moments et qui m’a partagé son savoir), à Hervé (français qui pensait tout savoir et qui me tombait sur les nerfs au début, mais que j’ai fini par apprécier), à Sarah et Helena (2 jeunes américaines), et j’en passe.
DÉMYSTIFIONS LE CAMINO
Il faut le dire haut et fort; le Camino de Santiago n’est pas un sprint, mais un très long marathon. Il n’y a pas de prix pour le plus rapide à la fin. Chaque pèlerin va à son propre rythme. J’ai fait la distance en 25 jours, mais la très grande majorité vont arriver à Compostelle après 30, voir 40 jours de marche.
Il vous faudra tout d’abord choisir le Camino qui vous convient; Camino Francés, Camino del Norte, Camino Primitivo, Camino Anglais, Camino Portuguese, etc.
3 éléments majeurs sont à ne pas négliger Avant et Pendant le Camino;
AVANT – Sac à Dos & Matériel 
+ Il vous faut un sac confortable et (surtout) ne pas trop le charger. Vous séjournerais dans une ville à chaque soir (magasin général et pharmacie accessible tous les jours).
+ Un sleeping bag est essentiel,
+ Des vêtements pour la marche,
+ Des vêtements pour après la marche.
AVANT – Soulier de Marche
+ Il vous faut des souliers confortables pour marcher de longues distances
+ Ajoutez une paire de soulier de rechange (préférablement des scandales ou des flip flop) pour reposer vos pieds le soir venu.
PENDANT – Gérer l’état de vos pieds
Avoir des ampoules ou quelconques blessures est INÉVITABLE sur le Camino.
Il faut simplement apprendre à les limiter et vivre avec. Vous pensez qu’une ballerine a de beaux pieds? Oh que Non!!! C’est le sacrifice à faire…
UN PÈLERIN C’EST…
– Quelqu’un qui marche 20/30km par jour et qui, une fois arrivé à destination, prend une douche rapide et va faire le tour de la ville… à pied.
– Quelqu’un qui est habitué à se faire japper dessus.
– CE N’EST PAS automatiquement une personne âgé. Ils composent la majorité, mais il y a beaucoup de jeunes.
– CE N’EST PAS automatiquement quelqu’un de profondément religieux. Je ne crois pas avoir rencontré une seule personne qui marchait le Camino pour des motifs religieux.
P.S. I – J’ai pu me moquer un peu des « vieux » marchant le chemin de Compostelle durant cet épisode, mais sachez que j’ai le plus grand respect pour eux. J’ai fait le camino dans la fleur de l’âge, j’ai donc peu de mérite. J’ai croisé beaucoup de 60+ marchant sur le chemin avec des sacs à dos très (trop) lourd.
P.S. II – L’état de mes pieds et le fait que je marche en flip flop auront été des sujets de discussions constants. Je passais pour un extra terrestre à chaque fois que quelqu’un me voyait marcher en flip flop… et je voyais des visages d’horreur quand ils apercevaient l’état de mes pieds.
P.S. III – Il n’est pas nécessaire de marcher 800km+ pour obtenir la Compostela. Il faut au moins marcher les 100 derniers kilomètres menant à Saint-Jacques de Compostelle peu importe par quel chemin, en faisant bien sur de collectionner les tampons dans son passeport de pèlerin.
P.S. IIIII – Je vais m’ennuyer de l’Espagne et de ses restos servant de bons repas 3 services, incluant une bouteille de vin, à 10 euros (13$). En fait, c’est le seul pays où je vois un avantage de manger seul; si tu es seul, tu as 1 bouteille de vin incluse… si tu es 2, 3, 4, tu as toujours une seule bouteille d’incluse 😉
P.S. IIIIII – « Est-ce que je suis toujours sur le Camino?!? Je n’ai pas vu de signes depuis un bon moment! ». Cette question, je me la suis posée au moins une fois à tous les jours. Ne vous inquiétez pas, vous ne savez peut-être pas où vous allez, mais le Camino sait toujours où il va.
Instagram @the.longwayhome
Publié par Nicolas Pare le 3 août 2016
1 commentaire Poster un commentaire
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