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Épisode 82 –  Une demi-bouteille d’eau, un sac de peanut presque vide et un gars vraiment stupide

Dictionnaire du Petit Paré

BAÑOS – Nom Commun en espagnol qui signifie « salle de bain ».
15 septembre 2016
Un prêtre qui baptise des moteurs de voiture, des camions de collecte d’ordures qui font de la musique de marchand de crème glacé et une tonne de salons de massage; Bienvenue à Baños.
L’endroit n’a pas été baptisé Baños en raison de sa mauvaise odeur. De son nom complet « Baños de Agua Santa », l’endroit a plutôt été nommé en l’honneur de ses sources thermales.
Village sans histoire jusqu’à il y a quelques années, la ville est rapidement devenue la capitale du plein air en Équateur; rafting, escalade, vélo de montagne, randonnée, tyrolienne, parapente, name it… on peut pratiquer toutes ces activités ici.
Situé à 1840m d’altitude dans une vallée toute verte, large et profonde, l’endroit me faisait beaucoup penser à Chamonix en été… version Sud Américaine. C’est comme si on remplaçait le Mont Blanc par un volcan à peine plus grand; le volcan Tungurahua.
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Directement à coté de la ville et pointant à 5016m, le très actif géant à la tête blanche est une menace permanente pour la région. En 1999, le volcan a couvert la ville de cendre et plus de 17000 personnes ont dû être évacuées par mesure préventive. D’autres éruptions majeures se sont produites en 2006, 2008, 2009, 2010. Celle de 2010 a projeté des nuages de cendre jusqu’à Guayaquil, quelques 200km plus loin sur la cote pacifique. Son nom veut d’ailleurs dire « gorge de feu »… je vous laisse deviner pourquoi.
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Malgré tous les désavantages reliées à la présence de Tungurahua, Baños doit sa renommé au volcan qui lui fournit l’eau chaude pour ses sources thermales… un mal nécessaire.
RUTA DEL CASCADAS
Vous aimez faire du vélo, mais n’aimez pas trop forcer… eh bien j’ai une solution pour vous; la Ruta del Cascadas. Vous faites du vélo toute la journée sans même pédaler… il n’y a qu’à se laisser descendre et tourner le guidon.
Longue de 61km, la route qui relie Baños, en plein coeur des Andes équatorienne, à Puyo, au porte de l’Amazonie, est réputée comme l’une des plus belles routes du pays. Il y a plus de 1000m de dénivelé entre les 2 villes, et plusieurs chutes et tunnels. À noter qu’il y a autant de ziplines (tyroliennes) le long de la Ruta del Cascadas (dont l’une de plus de 1300m) qu’il y a de salons de massage à Banos.
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MANTO DE LA NOVIA… alias le « voile de la marié »… je vous laisse figurer pourquoi.
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PAILON DEL DIABLO… alias « le chaudron du Diable »
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Parmi les finalistes de la plus impressionnante chute que j’ai vu de ma vie… et assurément la plus amusante. L’endroit est rendu magique par tous les sentiers, ponts et tunnels creusés dans le rock et qui permettent d’admirer la chute sous toutes ses coutures et de très très près.
Je me trouvais littéralement à moins de 1 mètre d’une chute déversant à chaque seconde un véritable torrent d’eau… le son était grandiose.
Je m’arrêtais après un peu plus de 20 des 61km. Il y avait beaucoup d’autres chutes à visiter, mais après avoir vu Pailon del Diablo, je m’imaginais mal m’émerveiller à nouveau devant l’une d’elle.
Ne me restait plus qu’à monter à l’arrière d’un truck avec mon vélo pour remonter jusqu’à Baños.
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LA MAISON DANS L’ARBRE
Aujourd’hui, je décidais de me perdre dans les collines entourant Baños.
Je m’attaquais à la paroi végétale, que dis-je… au mur séparant Banos du volcan Tungurahua. Pour ce faire, il existait 2 sentiers; l’un abrupte et l’autre très abrupte.
Je prenais le sentier abrupte (avec l’intention de conserver mon déjeuner dans mon estomac) mais me rendait vite compte qu’on ne niaisait pas avec la puck ici; c’était hyper à pic… je n’osais imaginer comment était le sentier abrupte.
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Une fois au sommet, je me retrouvais dans le village de Runtun, garde-mangée de la région avec ses multiples serres.
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J’aboutissais finalement un peu plus haut à la « Casa del Arbol ».
Il y a quelques années, un jeune entrepreneur local avait construit une balançoire extrême (on se balance dans le vide) à flanc de montagne, à 2660m d’altitude dans un paysage enchanteur. L’endroit était vite devenu un lieu à ne pas manquer pour tout voyageur parcourant l’Équateur. L’endroit s’avérait malheureusement (pour moi) TRÈS touristique.
Je me balançais et ne tardais pas à « sacrer mon camp ».
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La descente par la voie très abrupte, en passant par une statue de la Vierge Marie, s’avérait brutale pour les genoux (je me félicitais de ne pas avoir monté par là).
TUNGURAHUA – LA « GORGE DE FEU »
Tel que mentionné en début d’épisode, Baños a un voisin un petit peu dérangeant… un voisin explosif qui peut lui en faire voir de toutes les couleurs (surtout rouge et gris)… le très actif volcan Tungurahua, pointant à un peu plus de 5000m et faisant parti du Sangay National Park, un site UNESCO.
Dès mon arrivé à Baños, j’ai tout fait pour savoir si on pouvait accéder au sommet. La seule info que j’avais pu soutirer venait du bureau d’information touristique. Ils avaient été catégorique;
« Il est strictement interdit d’accéder au sommet du volcan Tungurahua et déconseillé d’aller dormir au refuge du parc. »… conseil que j’avais instantanément décidé d’ignorer.
Ayant localisé le refuge de montagne sur ma carte, je décidais de tenter ma chance.
Je quittais Baños à la première heure, sous un ciel couvert, avec Boule de Quille chargée comme une mule (ma tente, mon sleeping et de la nourriture pour 2 jours).
Objectif du 1er jour; atteindre le refuge.
Objectif du 2ème jour; monter jusqu’au sommet.
Jamais auparavant je n’avais commencé une randonnée avec autant d’incertitude et de questionnement;
– Allaient-ils me laisser entrer seul/sans guide dans le parc?
– Était-il possible de dormir dans le refuge?
– Serais-je capable d’atteindre le sommet seul?
Une chose était sur; j’avais 100% de chance de ne pas atteindre le sommet si je n’essayais pas.
La seule variable connu était que je me dirigeait à l’entrée du parc qui se situait juste après le village de Pondoa quelque 12km et 1000m plus haut.
J’avais localisé un sentier menant à Pondoa sur un dessin à main levé trouvé à mon auberge. Contre toute attente, le sentier se trouvait exactement à l’endroit indiqué sur le dessin. Un écriteau au-dessus du départ du sentier indiquait en grosse lettre « Probido el ascendo al volcan Tungurahua »… mmm… mais qu’est-ce que cela pouvait bien dire 😉
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10.00 – Pondoa
Tous mes doutes s’effaçaient lorsque je rencontrais Ricardo, un vieil homme vivant à Pondoa et responsable du refuge. Il me disait que le refuge était ouvert, que je pouvais y séjourner et que l’ascension jusqu’au sommet du volcan était relativement facile… mais interdite sans guide.
HIP HIP HIP
Plus rien, sauf une température de merde, ne pourrait m’arrêter.
Passé Pondoa, je montais à un rythme infernal sur la route de terre zigzaguant à travers les champs à flanc de montagne… pour arriver à l’entrée officielle du parc.
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J’y rencontrais Hernando, très sympathique gardien de parc, qui me donnait une tonne d’info utile sur Tungurahua et les autres montagnes du pays. Il me faisait promettre de ne pas tenter l’ascension du volcan jusqu’au sommet… ce que je lui garantissais 😉
Dans les circonstance avec laquelle j’avais quitté Banos ce matin, tout cela était plus qu’inespéré.
11.00 – J’entrais officiellement dans le parc via un petit sentier bien aménagé. Je traversais d’étranges tunnels faits de racines qui me donnaient l’impression d’être dans « L’Empire Contre Attaque » à m’entrainer à devenir un Jedi avec Luke et Yoda.
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Je pénétrais ensuite dans une forêt humide avec une tonne d’oiseau-mouches. La brume ne tardait pas à tout envelopper autour de moi.
Juste avant mon arrivé au refuge, les nuages se dissipaient l’instant d’une seconde pour me permettre d’entrevoir le sommet du volcan… comme si il voulait me narguer en me disant « pas game de venir en haut ».
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13.10 – J’atteignais le refuge… un peu plus d’une heure avant l’heure que je m’étais fixée. Situé à 3830m, j’avais marché 16km et monté 2000m (sans jamais descendre 1 seconde) depuis Baños.
Le mot rustique prenait alors tout son sens; une vieille cabane de bois non isolée et mal entretenue, avec un table et un comptoir au rez-de-chaussée (et des vitres brisées) et un espace pour dormir dans les combes à l’étage. L’endroit ressemblait à s’y méprendre à une maison abandonnée. Peu m’importait en autant que j’ai un toit sous lequel dormir…
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Seul véritable hic, je n’avais croisé aucune source d’eau… et mes 2 bouteilles étaient sur le point d’être à sec. Pour ceux intéressé par cette randonnée, prenez bonne note; après Pondoa il n’y a aucun moyen de s’approvisionner en eau (pas de rivière et/ou de lac).
Ayant beaucoup de temps à tuer, je décidais de monter un peu plus haut en espérant que le brouillard se dissipe et que je puisse admirer le panorama.
Je laissais tous mes trucs au refuge sauf… une demi bouteille d’eau et un sac de peanut presque vide.
Passé 4000m, tout autour de moi n’était que végétation. Le reste était noyé dans une marée blanche. Je décidais de monter plus haut dans l’espoir d’y voir quelque chose.
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J’étais désormais au-dessus des nuages. Le sommet était par contre caché par une mince nappe de brouillard. Il n’y avait plus de végétation/arbre… que de la roche volcanique. Je décidais de monter un peu plus haut.
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Ma vision était provisoire; 1 seconde j’étais frappé par de grands vents et noyé dans le brouillard, l’autre seconde j’avais une vue imprenable sur l’ensemble de la vallée et sur le sommet. Je décidais de monter encore un peu plus haut.
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Le sentier montait en ligne droite sans zigzag avec un pourcentage d’inclinaison d’au moins 60%. Si j’avais le malheur de perdre pied, j’en serais quitte pour toute une glissade qui (au mieux) me pèterait quelques cotes. C’est quand on fait des trucs extrêmement stupides qu’on se sent le plus vivant… eh bien je me sentais extrêmement vivant en grimpant cette paroi volcanique. J’essayais surtout de ne pas penser à oh combien casse gueulle serait la descente.
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Je me trouvais désormais au-dessus des nuages. Les roches volcaniques avaient fait place à du sable volcanique… ce qui rendait l’ascension plus difficile. J’avais tellement mal au mollets que j’avais l’impression qu’ils étaient sur le point de déchirer.
Le sommet semblait si près et si loin en même temps. On pouvait clairement voir différentes teintes rougeâtres et des spots de neige.
Je décidais de monter encore plus haut. Je me donnais 16.30 comme point de non retour. Cela voudrait dire que j’avais quitté le refuge 2h30 plus tôt… et que j’aurais 1h30 pour redescendre avant qu’il fasse noir. Le dernier endroit au monde où je voulais être était sur cette paroi, de nuit et sans lampe frontale (dans mon sac au refuge).
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J’avais fait une erreur majeure en quittant le refuge; j’avais oublié d’apporter mon chargeur externe, si bien que mon téléphone se déchargeait hyper rapidement en raison du froid… au point ou il n’avait plus de batterie. Ma seconde erreur avait été de ne pas apporter ma GoPro.
Après tout, j’étais parti du refuge sans véritable intention d’atteindre le sommet. Je voulais simplement trouver un endroit où me poser avec un beau point de vue et faire un peu de repérage pour tenter l’ascension le lendemain matin. Je continuais donc ma « promenade » vers le sommet sans pouvoir prendre de photo.
15.30 – Le ciel commencait à se découvrir à vitesse Grand V.
16.00 – Il n’y avait presque plus un seul nuage, le ciel était bleu et je voyais parfaitement toute la vallée de Banos, le sommet et les montagnes environnantes.
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Le cratère était juste à coté de moi. Il n’y avait plus rien à monter. Moi, gorge sec, était seul en tête tête avec « gorge de feu ».
16.30 – Ding Ding Ding. Il était temps de descendre.
Passé 17.00, le vent tombait complètement. Je décidais de m’assoir sur un rocher afin de profiter au maximum de cette fin de journée. Je ne pouvais qu’être en admiration devant toute cette beauté. J’étais assis sur le balcon des Dieux…
Peu importe où je regardais, tout me paraissait minuscule. Il n’y avait aucun son, outre le bruit de ma respiration. L’un des plus beaux moments de ma « carrière » de randonneur. Pendant mon heure passé sur cette roche, j’avais entre autre pu admirer Chimborazo, plus haute montagne du pays du haut de ses 6300m, sortir des nuages.
Avec le soleil qui s’apprêtait à se coucher, le brouillard faisait tranquillement son retour sur la montagne. Cela ne voulait dire qu’une chose; la récréation était terminée. Je devais me résigner à lever mon cul de la roche sur laquelle j’étais assis depuis trop longtemps et redescendre jusqu’au refuge.
Comble de malheur, je me rendais alors compte que j’avais oublié ma bouteille d’eau au sommet. J’avais gardé ma dernière demi-bouteille d’eau pour la descente. Il n’était pas question que je remonte là-haut.
La descente était quelque chose. J’avais arrêté de compter les fois où je perdais pied pour me retrouver sur le cul.
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18.30 – Je retrouvais le refuge comme je l’avais laissé; vide… et sans électricité.
Sommaire du jour;
– 22km de marche,
+ 3200m d’ascension positive,
– 1200m d’ascension négative.
Sur papier c’était l’une de mes journées de randonnée les plus brutales à vie, mais physiquement et mentalement je ne la ressentais pas du tout. Je me sentais de retour dans la forme de ma vie… celle que j’avais avant de la passer 1 mois au Canada cet été et de tout bousiller à coup de (trop de) nourriture et de (beaucoup trop) d’alcool.
J’allais donc passer la nuit seul dans une maison abandonnée au milieu des bois à presque 4000m. Ce n’était surtout pas le moment de penser à mon « Best Of » de films d’horreur.
Avec comme seul ustensile mon couteau suisse et éclairé à la lampe frontale, je me faisais un souper de cordon bleu; thon et sardines en canne… mais qu’est-ce qui avait bien pu me passer par la tête d’acheter seulement du poisson?!?
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J’avais tellement soif… sans eau ni breuvage, je décidais de boire l’huile des sardines… grave erreur puisque je restais avec le gout dans la bouche toute la nuit…
J’allais rêver à toutes les bouteilles d’eau que j’allais acheter au supermarché de Banos à mon retour.
06.00 – Le réveil sonne… je me lève en sursaut et me pête la tête sur le toit. Ah oui… le refuge de montagne.
La vue du refuge était splendide. Sur la gauche tout en haut se trouvait Tungurahua avec son tout nouveau manteau de givre blanc (il avait plu durant la nuit). Devant on pouvait admirer parfaitement Cotopaxi tout au loin et Chimborazo tout près. WOW
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Il y avait un silence de mort sur la montagne et l’ensemble de la vallée. On aurait dit que le temps était figé.
06.35 – Il fallait maintenant défaire mon chemin et descendre jusqu’à Baños.
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Passé 07.30, le brouillard reprenait son dû et enveloppait rapidement tout sur son passage.
Passé 08.00, il commençait à pleuvoir  … de plus en plus fort… jusqu’à atteindre le niveau « pluie battante ». Il me restait alors un peu plus de 10km de marche et 1400m de descente.
En me levant ce matin, j’avais souhaité pouvoir prendre une douche. J’aurais du être plus spécifique dans ma demande; prendre une douche… chaude… à l’intérieur d’un bâtiment. Le plus drôle dans tout cela, c’est que j’étais trempé jusqu’aux os et que le seul endroit sec était ma bouche… j’étais mort de soif.
Je trouvais cette vieille photo aérienne de Tungurahua sur le mur de mon auberge. J’avais peine à croire que j’étais allé au sommet aussi facilement… la montagne avait l’air infranchissable vue d’en haut… mais pourtant, un pas à la fois peut vous mener loin.
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Je passais le reste de la journée à me reposer à Baños, retrouvais mon pote Martin et nous sautions dans un bus à la première heure le lendemain. La vallée était alors enveloppée dans une nappe de brouillard… impossible de dire Au Revoir à Tungurahua 😦
P.S. – Après avoir vécu comme un roi en Colombie avec 25/30$ canadien par jour, mon arrivé en Équateur fut un choc. Sans aucun artifices, je dépense au moins 40$ canadien par jour.
Catégories : Équateur
Publié par Nicolas Pare le 25 septembre 2016

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