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Épisode 83 – Ilinizas… ou la fois où j’ai battu 2 cavaliers de vitesse sur 1000m de dénivelé positif

20 septembre 2016

Ayant quitté Baños un peu plus tôt et fait un transit à Machachi, moi et mon pote Martin étions dans un bus en direction de El Chaupi… ville minuscule située en dehors des sentiers (touristiques) battus et en plein coeur de l’Avenue des Volcans; Pasachoa, Ruminahui, Cotopaxi, Corazon et Ilinizas… plus particulièrement les 2 derniers… étaient tous à moins de 20km à vol d’oiseau.
ME CORAZON
À peine arrivé et nos sacs déposés à l’auberge que nous étions en quête de notre 1er sommet; le Corazon, pointant à 4790m. Parti à 3350m (El Chaupi), notre périple prenait abruptement fin à 3800m, 6.5km plus loin à l’entrée officielle de la montagne où 3 chiens vraiment mal élevés en voulaient (férocement) à nos mollets. Nous n’avions d’autre choix que de rebrousser chemin 😦
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Disons simplement que ce Corazon (coeur en espanol) n’était pas à prendre…
AS-TU MANGÉ DES ÉPINARDS?!?
08.00 – Après une nuit glaciale passée à l’auberge de El Chaupi, moi et Martin prenions la route. Direction le refuge Nuevo Horizontes situé à 4770m au milieu des jumeaux pas pareils Ilinizas Norte (Pas de neige, orangé et pointant à 5126m) et Ilinizas Sur (Enneigé et pointant à 5248m). Comme pour beaucoup de trucs en Équateur, le terme Iliniza provenait du langage Quechua et signifiait « les yeux » (cherchez pourquoi…).
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Photo D’archive

La journée s’annonçait parfaite avec une absence presque totale de nuage. On pouvait alors admirer Cotopaxi et les jumeaux Ilinizas.
Il fallait dans un premier temps marcher sur une route de gravelle zigzaguant dans les plaines et sur le dos de collines. Je ne pouvais m’empêcher de fixer Cotopaxi sur ma gauche. Cette montagne me fascinait… depuis des années que je voulais atteindre son sommet et quand enfin j’étais à coté d’elle… elle venait d’avoir une première mini éruption en plus de 150ans, était considérée trop à risque et aucune ascension du sommet n’était permise 😦

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Credit: Martin Schmid

10.00 – Nous arrivions au parking « La Virgen », entrée officielle de la « Reserva Ecologica Los Ilinizas » à 3950m… fin de la route et début du sentier… avec déjà plus de 12km dans les jambes.
Il n’y avait aucune personne pour surveiller l’accès au parc ou nous demander qu’est-ce que nous venions faire. Tant mieux… je n’aurais pas à mentir 😉
Le sentier était extrêmement bien balisé jusqu’au refuge. L’ennemi était encore une fois l’altitude… mais mon corps semblait parfaitement acclimatés à 5000m et moins.
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À peine commencé le sentier que je larguais Martin, qui ne pouvait pas suivre mon rythme, et rattrapais 2 cavaliers, qui s’avéraient être les gardiens du parc. L’un de ceux-ci me lançait « tu muy fuerte (tu es fort) ».
Quand le sentier devenait plus abrupte, l’un des 2 rangers se retournait et semblait hyper surpris de me trouver encore directement derrière les chevaux. Il me lançait « tu es encore là » et me demandait si j’avais mangé des épinards au petit déjeuner. Le sentier était alors fait de sable volcanique et avait une inclinaison de plus de 45 degrés.
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Je décidais alors de mettre toute la gomme… et laissais les 2 chevaux en plan derrière moi 🙂
11.30 – Arrivé au refuge (4770m) juste avant que les jumeaux Ilinizas se couvrent de brouillard, les gardiens du parc arrivaient juste après moi et me disaient que c’était la première fois qu’un « gringo » les battaient sur la monté jusqu’au refuge.
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Quand 2 gardiens de montagne, qui font le sentier jour après jour, te disent qu’ils sont impressionnés par ta forme physique, tu prends le compliment. J’avais alors bouclé 17km et +1420m en 3h40… ce qui faisait une moyenne de 4.6km/h en monté… du jamais vu pour moi auparavant.
Pour confirmer le tout, Martin (un ex-militaire en très bonne forme physique) arrivait au refuge 1h20 après moi. Tout comme les gardiens, il se montrait très étonné de mon ascension; « tu as gardé la même vitesse en ascension que lorsque nous étions sur le plat ».
Pour couronner le tout, les gardiens du parc oubliaient de me demander si j’avais quelconque carte de membre de club de montagne… parce que le propriétaire de l’auberge où nous avions séjourné à El Chaupi nous avait mentionné que tout le monde devait avoir un guide dans le parc… sauf si on détenait une carte de membre d’un club de montagne… carte que je n’avais évidemment pas. J’avais du faire trop bonne figure.
Il était maintenant 14.00 et nous décidions de tenter l’ascension de Ilinizas Norte. La température n’annonçait rien qui vaille avec un brouillard très épais et des intenses rafales de vents. Or, j’avais bon espoir que le ciel s’éclaircisse complètement après 15.00.
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Photo Prise à LLovinas Hostel

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Tel que mentionné dans mon épisode sur Quilotoa, Ilinizas Sur et Norte étaient autrefois un seul et même volcan. Une dernière grosse explosion avait fait s’effondrer le méga volcan pour créer les 2 montagnes qui me faisaient face aujourd’hui.
En ce qui concerne Ilinizas Sur, il n’était pas question de tenter l’ascension. D’une part, cela avait l’air suicidaire et d’une autre, depuis 2012 il était obligatoire d’avoir un guide en Équateur pour grimper quelconque sommet enneigé ($$$).
Après le refuge, le sentier devenait de l’escalade dans un zone de glissement de terrain avec de grosses roches un peu partout. Un casque était de rigueur pour monter cette section de la montagne (casque que nous avions loué à notre auberge de El Chaupi).
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Je peinais à trouver le sentier/traces de pas dans la mini-tempête, mais gardais tout de même le cap; direction le sommet et rien d’autre.
La température changeait extrêmement rapidement; pendant 10 minutes j’étais dans la tempête et ne voyais rien à 10 mètres autour de moi, l’autre instant j’avais une vue imprenable sur la vallée en contrebas et les montagnes environnantes, 5 minutes plus tard j’étais de nouveau enveloppé dans un mur blanc.

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Credit: Martin Schmid

15.30 – J’atteignais le sommet à 5126m. J’attendais là une vingtaine de minutes dans l’espoir d’avoir une vue dégagée… qui ne venait pas. Les éléments se déchainaient autour de moi; il faisait un froid à vous glacer le sang, le brouillard était dense et le vent était à déraciner des arbres.
Je me sentais dans mon élément dans toute cette pagaille. J’irais même jusqu’à dire que j’appréciais le moment au plus haut point. Après tout, la très grande majorité des gens auraient rebroussé chemin bien avant le sommet.
Oui j’avais peur (comme je l’ai dit souvent dans le passé, la peur est cette petite switch dans votre cerveau qui vous empêche de faire des trucs (trop) stupides), mais j’utilisais cette énergie positivement. La peur et l’adrénaline, qui coulait à fond dans mes veines, me permettaient de rester focus en permanence.

 

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Credit: Martin Schmid

Je décidais finalement de descendre lorsque je ne sentais plus l’extrémité de mes doigts.
Je retrouvais Martin à 4950m. En étant à sa première ascension aussi haut, il s’était plain de douleur au thorax. Je lui avais alors conseillé de ne pas monter plus haut et de m’attendre pour redescendre (je lui avais tout d’abord proposé de redescendre tout de suite avec lui, mais il ne voulait pas « gâcher » mon ascension et m’avait poussé à continuer seul jusqu’au sommet).
Nous restions sur la montagne à cette altitude encore 1 heure à essuyer les vagues de tempête et les périodes d’accalmies offrant des vus spectaculaires sur les environs… pour finalement descendre jusqu’au refuge sans encombre avant le coucher du soleil.
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Contrairement au refuge de Tungaruhua (épisode précédent), le refuge Nuevo Horizontes méritait d’être appellé Refuge; une cuisine avec un four fonctionnel, une source d’eau, pas de fenêtre brisée et de véritables matelas. Le confort était cependant incertain, mais la nuit glaciale était garantie.
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Cette nuit à 4770m allait être la plus haute de ma vie (je crois avoir dormi à environ 4700m au High Camp du circuit Annapurna au Népal).
Sommaire du jour;
– 21km de marche
+1780m de dénivelé positif
-1360m de dénivelé négatif
– Ascension de mon 2ème volcan de plus de 5000m en moins de 4 jours.
Ilinizas était peut-être beaucoup moins dangereux que le très actif Tungurahua (Ilinizas est un volcan éteint), mais le sentier jusqu’au sommet était beaucoup plus difficile.
Tout comme Tungurahua, je m’étais pointé à El Chaupi avec une absence totale d’information et sans savoir si il m’était possible de monter la montagne… et comme pour Tungurahua j’avais réussi l’ascension.
TOUT CE QUI MONTE, DOIT REDESCENDRE… EN VITESSE
Malgré un marteau piqueur qui m’avait transpercé le crâne toute la nuit (altitude), j’avais relativement bien dormi (oui oui) dans mon sleeping -25, avec mon manteau d’hiver, ma tuque et des bas thermiques… en ayant seulement un peu froid.
05.45 – Je quittais le refuge et laissais mon pote Martin derrière. Je devais être à El Chaupi pour 09.00, alors qu’il désirait rester un peu plus longtemps sur la montagne.
En l’espace de 25 minutes, soit de 05.45 à 06.10, le ciel passait du noir total, au bleu avec le soleil levé. On m’avait expliqué qu’il n’y avait pas (ou très très peu) d’aube (cette période entre la nuit et le lever du soleil) à l’équateur… qu’on passait de la nuit au jour extrêmement rapidement. De le voir de mes yeux était impressionnant.

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Credit: Martin Schmid

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Credit: Martin Schmid

Le soleil se levait, mais la température restait glaciale. Malgré le froid intense, il faisait bon descendre la montagne en raison de la vue imprenable sur Cotopaxi (avec la tête au-dessus des nuages) et le soleil qui se levait tranquillement directement devant moi.
Je jetais un dernier coup d’œil aux jumeaux Ilinizas avant qu’ils s’enveloppent totalement dans le brouillard et gagnais El Chaupi en vitesse.
À 08.35, j’étais de retour au village avec 18km et -1400m dans les jambes… juste à temps pour récupérer mon sac à l’auberge, sauter dans le bus jusqu’à Machachi et attraper de justesse un bus privé qui allait me mener au Secret Garden Cotopaxi.
SECRET GARDEN COTOPAXI
Perché à 3500m sur les flancs du volcan Pasachoa en banlieue de Machachi et à quelques km seulement de l’entrée du Parc National Cotopaxi, on pourrait décrire le Secret Garden Cotopaxi comme un resort (auberge) de montagne pour backpackers.
L’endroit était tout simplement sublime; tout autour de moi, il n’y avait presque pas de présence humaine… de la nature à l’état pur. En premier plan se trouvait une plaine où les vaches et chevaux vagabondaient comme ils le voulaient. En second plan se trouve le clou du spectacle; Cotopaxi tout près droit devant, et les très photogéniques volcans monolithiques Sincholahua (à gauche – 4887m) et Ruminahui (à droite – 4721m). Tout au loin à l’extrême droite, je pouvais aussi voir les jumeaux Ilinizas. Bref, vous avez compris que la vue était merdique.
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À la minute où j’arrivais, on partait pour une marche de 2h jusqu’à une chute. De la marche… encore (j’étais crevé)… une randonnée à la queue leu leu comme je les aimais :-(. Je me demandais vraiment ce que je faisais là… entouré de tous ces touristes qui étaient à bout de souffle après une promenade de 2h.
Je passais la fin de journée dehors assis sur une buche à contempler les volcans qui me faisaient face… avec la musique du groupe Audioslave (n’en déplaise à Guillaume Fafard) à mes oreilles… des mélodies qui parlent de liberté avec un grand L et qui résonnaient partout dans mon corps en regardant le paysage fantastique qui était devant mes yeux; Shadow of the sun, I am the Highway, Show me how to Live, Like a Stone.
Pour faire changement, j’allais passer la nuit en montagne… mais au chaud.
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PASACHOA; LE VOLCAN MAISON
Je me laissais tenter par la visite guidée gratuite jusqu’au sommet du volcan Pasachoa. Pointant à 4200m, le dénivelé positif était de seulement 700m, autant dire que ce serait une journée de repos.
Mené par 2 chiens; un petit chien saucisse et un dalmatien, j’atteignais le sommet sans trop souffler… tout le contraire des touristes qui m’accompagnaient 🙂
La vue du sommet était fascinante avec la crête du volcan qui agissait comme un espèce de mur invisible bloquant le brouillard. D’un coté tout était blanc et de l’autre la vue était dégagée.
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Volcan facile, mais tout de même un volcan… mon 4ème en Équateur.
Pour une 2ème fin de journée d’affilée, je contemplais Cotopaxi pendant de longue minutes.
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MES AVENTURES ATTIRENT LE RESPECT
Même si la plupart des gens que je croises ont beaucoup d’expérience de voyage (la plupart ont voyagé plusieurs mois), à la minute où je commence à parler de mes voyages, que j’ai vécu à Dubai et (surtout) que j’ai atteint le sommet des volcans Ilinizas et Tungurahua par moi-même, tout le monde est bouche-bée et m’écoute religieusement. À mon 2ème soir au Secret Garden Cotopaxi, il y avait ce gars (Stuart) travaillant à l’auberge avec beaucoup d’expérience en montagne;
Moi – « Est-ce possible de grimper le volcan Ruminahui par moi-même? » (le volcan de 4700m juste à coté du Cotopaxi et juste en face de l’auberge… que je planifiais monter le lendemain)
Stuart – « Non, tu vas assurément te perdre! »
Moi – « On m’a dit NON 2 fois déjà cette semaine à propos de la possibilité d’atteindre le sommet de volcans en Équateur par moi-même et les 2 fois j’ai atteint le sommet. »
Stuart – « Lesquels?!? » (dit-il sur un ton de challenge… en s’attendant que je mentionne des volcans minables)
Moi – « Ilinizas Norte et Tungurahua »
Stuart – « Tu as atteint le sommet de Ilinizas Norte et Tungurahua par toi-même?!? » (dit-il sur un ton surpris et extrêmement sceptique)
Moi – « Oui… seul »
Stuart – « Je ne te crois pas… tu as des preuves?!? »
Moi – (je lui montrais les photos et videos prises avec mon IPhone)
Stuart – « WOOOOO… tu es un vrai montagnard… je m’excuse, je t’avais pris pour un autre de ces touristes… tu devrais réussir à atteindre le sommet de Ruminahui relativement facilement » (en me serrant la main chaleureusement et en me demandant comment faire pour monter ces 2 volcans en solo).
Malheureusement pour moi, la température était merdique le lendemain et je décidais de ne pas tenter ma chance sur le Ruminahui. Une journée de repos n’allait surement pas faire de tort après la semaine complètement folle que je venais de vivre.
Je me rabattais donc sur l’espèce de trampoline (pas trampoline) qui servait d’espèce de hamacs et espérer que Cotopaxi sorte de la brume… toute l’après-midi… ma vie était un enfer 😉
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« SKY IS THE LIMIT » EN ÉQUATEUR
Je retournais sur Quito l’instant de quelques jours pour souffler un peu et repartir en force.
J’avais maintenant la conviction que j’étais dans la forme de ma vie en terme de « shape de montagne »; j’avais des jambes et un cardio incroyable, j’étais parfaitement acclimaté à 5000m et j’avais perdu tout le gras de bébé que j’avais gagné au Canada.
J’allais donc hausser la barre un peu plus dans les prochaines semaines en essayant de frôler/dépasser les 6000m et potentiellement battre mon actuel record d’altitude (5980m sur le Kilimanjaro).
Publié par Nicolas Pare le 26 septembre 2016

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