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Épisode 85 – La vallée de la longévité

30 septembre 2016

MISE EN GARDE
Cet épisode NE contient PAS de randonnée en haute altitude, pas de volcan, pas de personne qui s’évanouisse et je n’y dis pas de mensonge à des gardiens de parc.
C’est toujours en Équateur?!?
Oui!!!
UN PUBLIC AVERTI EN VAUT 2
C’est avec Chimborazo dans les nuages, mais avec le sommet dégagé, que je disais Au Revoir à Riobamba et à l’Avenue des Volcans. À partir d’ici et jusqu’à la frontière avec le Pérou au sud du pays, les hauts volcans aux sommets enneigés feraient maintenant place à des montagnes de moyenne altitude.
Au Revoir Pichincha, Pasachoa, Ilinizas, Quilotoa, Tungurahua et Chimborazo (soupir)… il fallait maintenant passer à un autre appel.
L’intérieur des terre du sud de l’Équateur n’était que collines/montagnes. À perte de vue, tout ou presque est couvert de prés aux diverses teintes de jaune et vert. Rare était les forêts ou endroits non aménagés par l’homme, même sur les flancs les plus escarpés. Le bus montait et descendait sur les routes sinueuses de montagne comme si nous étions sur une montagne russe.
Terminus Cuenca, 3ème ville en importance du pays.
EL DORADO
Réputé pour son architecture coloniale, qui lui a valu une place au patrimoine de l’UNESCO, Cuenca, de son nom complet « Santa Ana de los cuatro rios de Cuenca », se situe à la confluence de 4 rivières et possède une histoire trouble.
Les vestiges de civilisations remontent à il y a plus de 8000 ans. Plus près de nous, la ville de Guapondeleg fut fondée en l’an 500 de notre ère par le peuple Cañari. Signifiant « la terre aussi grande que le Paradis », Guapondeleg allait passer aux mains des Incas au début du 16ème siècle.
Une fois sous l’influence Inca, la ville allait être renommée « Tomebamba » et gagner en importance, jusqu’à être considérée comme la seconde Cuzco (capitale de l’Empire Inca).
Les chroniques de Conquistadors racontent que des (amér)indiens avaient vanté la grandeur de Tomebamba… avec ses nombreux temples d’or. Or, les Conquistadors trouvèrent la cité Inca en cendre.
2 hypothèses persistent à ce sujet. D’une part, la ville aurait été détruite par une guerre interne chez les Incas quelque temps avant l’arrivé des espagnols.
L’autre hypothèse veut que les Incas aient détruit Tomebamba en sachant l’arrivé imminente des Conquistadors… pour que ceux-ci ne puissent pas « profiter » de cette cité (d’or?!?).
Il faut savoir qu’à leur arrivé sur le continent, les Conquistadors avaient eu vent d’une cité Inca faite de temples d’or… qu’ils avaient surnommé « El Dorado ». El Dorado ne fut jamais découverte…
1 + 1 = 2… certains historiens croient que Tomebamba pourrait avoir été cette fameuse El Dorado. Le mystère persiste toujours et on ne saura probablement jamais la vérité.
Dans tous les cas, l’actuelle ville de Cuenca fut fondée en 1557 par les espagnols sur les cendres de Tomebamba.
Cuenca version 21ème siècle est une ville qui respecte son passé, tout en étant définitivement tournée vers l’avenir.
Tout commence dans le Parque Calderon, centre de la ville, avec 2 églises qui se font face; la vieille et la nouvelle (moins vieille). Ville très croyante, on dénombre pas moins de 50 églises pour environ 300000 habitants.
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Autres faits d’arme, Cuenca est réputée pour être la grande ville la plus sécuritaire d’Équateur, c’est la seule ville d’Équateur où l’on peut boire l’eau l’eau du robinet, un tramway sera mis en service sous peu & desservira l’ensemble de la ville, et plus de 70km de pistes cyclables urbaines seront aménagés dans la prochaine décennie.
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C’est sans mentionner qu’il fait bon de vagabonder dans les rues de la vieille ville avec de l’histoire à tous les coins de rue… une marche urbaine… sans boue et avec aucune difficulté à respirer… pour faire changement.
Je me laissais entrainer dans une visite du « Museo del Sombrero » pour y voir comment on fabrique les fameux « Panama Hat ».
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Chapeaux fabriqués en Équateur, ils doivent leur nom au Président américain Roosevelt. En visite à Panama pour y voir la construction du Canal… de Panama il y a environ 1 siècle, celui-ci remarquait que les travailleurs portaient de jolies chapeaux… qu’il surnommait « Panama Hat »… avant d’en commander une tonne. L’histoire est une succession d’erreurs. N’a-on pas « découvert » l’Amérique en cherchant une nouvelle route pour les Indes.
Bref, hyper intéressant (je ne suis pas sarcastique) et beaucoup plus compliqué qu’il n’en paraît de fabriquer des chapeaux en « paille ».
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CAJAS NACIONAL PARK
Moins de 3 jours après Chimborazo, et même si je m’étais promis de me reposer une bonne semaine, je remettais mes bottes de montagne. Que voulez-vous, c’est comme une drogue, mes pieds ne peuvent se passer de l’odeur de mes bottes.
Direction le Parque Nacional Cajas dans les hauteurs de Cuenca à moins de 30km.
Avec plus de 250 lacs, Cajas est l’endroit le plus riche en lacs de toutes les Andes (et les Andes font tout le continent sud américain). Entre 3400 et 4500m d’altitude, on y a aménagé 8 super sentiers allant d’une marche de 2 heures à une randonnée de 2 jours. Bref, pour tous les gouts… à condition d’aimer la nature et les paysages jaune délavés.
Pour ma part, j’entamais le sentier numéro 2 jusqu’au sommet du Cerro (mont) San Luiz culminant à 4300m. Parti à 3850m, je réalisais assez vite que mes jambes n’avaient aucune envi de marcher. Cerise sur le Sunday, le sentier était vraiment glissant et remplis de boue.
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LOJA… OU COMMENT ALLER DANS UN ENDROIT OÙ JE NE VOULAIS PAS VRAIMENT ALLER
J’en avais fini avec Cuenca, et il n’y avait pas de place à l’endroit où je voulais aller.
On fait quoi dans ce temps là? On reste une journée de plus dans une superbe ville comme Cuenca… ou on prend une chance d’aller voir ailleurs.
Je sautais donc dans un bus encore un peu plus en direction du sud.
Terminus Loja…
Ville réputée pour son architecture coloniale, il m’aura fallu 5 minutes à marcher dans les rues pour comprendre que je n’aurais jamais du venir ici… que Loja n’était qu’une grande ville bruyante et sans charme. Tout ce que mon guide me disait de visiter était laid. Qu’on se le tienne pour dit; mis la part la nourriture (le restaurant El Tamal Lojano est à ne pas manquer si vous faites la gaffe d’arrêter à Loja), RIEN (architecture et/ou culture) ne justifie d’arrêter à Loja. J’irais même jusqu’à dire que Loja donnait à Riobamba (épisode précédent) des airs de ville touristique.
J’allais donc faire ce que je fais de mieux quand je m’emmerde; trouver un supermarché, m’acheter une bouteille de vin et boire seul comme un grand.
Vous savez les vieux motel crado sur le bord d’autoroute. Eh bien ma chambre ressemblait à cela… mon lit avait même un sommier en forme de coeur (sans commentaire).
LA VALLÉE DE LA LONGÉVITÉ
À peine réveillé que je sautais dans un nouveau bus. Bye Bye Loja… direction le sud… encore.
Situé à seulement 30km de Loja, on prend tout de même plus de 1h30 à négocier la route en lacet qui mène jusqu’à Vilcabamba. Ces 30km sont assez pour faire changer le décor du tout au tout. D’un paysage verdoyant et à plus de 2500m d’altitude autour de Loja, je me retrouvais maintenant sous la barre des 1500m dans un environnement semi-aride jaune.
On ne vient pas à Vilcabamba pour le village (sans grand intérêt), mais pour l’esprit des lieux (l’intangible). La vallée est d’ailleurs appelée « la vallée de la longévité ». Bon… comme pour l’oeuf et la poule, je ne sais pas qu’est-ce qui est arrivé en 1er; la vallée fait vivre les gens plus longtemps… ou une tonne de vieux sont venu habiter ici et on nomma la vallée ainsi parce qu’on croit que les gens vivent plus vieux parce qu’ils sont tous vieux? Posez la question c’est y répondre…
Bref, je ne sais pas si la vallée allonge la durée de vie, mais ce que je sais c’est que l’endroit pullule de vieux hippies à la barbe blanche et aux chemises hawaïennes. J’avais l’impression qu’il y avait plus de blancs que de locaux dans le village.
J’atterrissais à l’auberge Izhcayluma. Dominant la vallée et signifiant « entre 2 collines » en quechua, ça allait me couter 9.5$ pour un super dortoir, un bar avec tables de ping pong et de billard, une piscine, de la nourriture allemande et des séances de yoga gratuites. Qui dit mieux?
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FORGOTTEN ROAD TRAIL
J’entreprenais de faire l’un des sentiers pédestres balisés des environs. Je choisissais (bien sur) le plus long (boucle de 8 heures) et le plus difficile (5 étoiles sur 5 en terme de difficulté). J’entreprenais de faire le graaaaasnd tour de la vallée afin de faire partir la rouille (alcool) de la dernière semaine.
Je m’en remettais entièrement aux petits points rouge (aménagé par les gens de mon auberge) délimitant le sentier à travers cette contrée labyrinthique.
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Quelques collines à monter plus tard que je me retrouvais dans le village extrêmement pauvre de Tumanuma. Il fallait vraiment aimer l’endroit pour rester dans cette contrée ou rien ne semble vraiment pousser outre des cailloux et de la mauvaise herbe.
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À partir de là, le sentier passait par une ancienne route de terre abandonnée par les voitures en raison de glissements de terrain répétés (LA Forgotten Road). Ne me restait plus qu’à zigzaguer dans le fond de la vallée entre les montagnes. J’y croisais un fermier habillé en businessman avec ses 2 chiens et son troupeau de vaches.
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Parti à 08.00, je revenais à mon auberge sur les coups de 14.00. 6 heures pour marcher plus de 25km sous une chaleur accablante.
AVENIDA AMAZONAS
Une fois fini avec Vilcabamba, il ne me restait plus qu’une chose à faire; direction Pérou.
Il est possible de passer de l’Équateur au Pérou par la voie terrestre, ou vice-versa, via 3 postes frontaliers; l’un sur la cote pacifique (où 95% des voyageurs passent), l’autre un peu plus dans les terres, mais quand même desservi par une grande route (où 4.99% des voyageurs passent) et celui que j’avais décidé de franchir… en plein coeur de la jungle.
Pourquoi faire comme tout le monde et prendre le chemin facile quand on peu prendre celui difficile? C’était décidé; j’allais passer par la jungle. Je ne le savais pas encore, mais j’allais en baver.
J’entamais donc mon (beaucoup plus long que je ne l’aurais imaginé) périple avec un bus en direction de Zumba via une route sinueuse (vous l’avez déjà entendu souvent cette expression… mon petit doigt me dit de vous dire de vous habituer à l’entendre parce que je n’ai pas de synonyme et que 60% des routes que je prends son des « route sinueuse de montagne ») au travers des montagnes.
En bon québécois, on peux dire que le bus « rushait » un bon coup avec les cotes. Le conducteur avait soit les 2 pieds sur les freins, soit la pédale d’accélérateur bien enfoncée dans le plancher. À regarder le plan de la route sur ma carte, on aurait cru regarder un rythme cardiaque sur un électrocardiogramme; monter une vallée, basculer dans une nouvelle, la descendre, la remonter de l’autre coté, basculer dans une nouvelle… et ainsi de suite.
Environ 1h après mon départ de Vilcabamba, les paysages semi-arides avaient complètement disparus pour faire place à de la jungle… de la jungle très dense avec presque aucune trace humaine sauf pour la route et quelques très rares villages. Nous étions loin des grands centre d’Équateur. Ici les gens vivaient dans des cabanes en bois sans vitre en bord de route à flanc de montagne.
On pouvait voir plein d’anciens glissements de terrain partant du haut des montagne et qui avaient dû emporter la route dans les dernières années… ou des rivières qui étaient parti avec des ponts. Bref, Le nom de la route était très révélateur « Avenida Amazonas ».
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À un certain moment, la route cessait d’être pavé et se faisait de plus en plus étroite, mais les ravins eux restaient tout aussi profond.nPar moment, j’avais l’impression de faire une randonnée en montagne… en autobus. Je bouclais les 128km séparant Zumba de Vilcabamba en 6h de bus… ça dit tout.
Ma derbière nuit en Équateur allait donc être dans un trou… oups… à Zumba… dans la jungle à la frontière du Pérou. Rendons à César ce qui lui revient, je dois admettre que je m’attendais à tomber sur un minuscule village perdu au milieu de nul part. Je tombais plutôt sur une petite ville en plein essor économique avec la construction de beaucoup de bâtiments un peu partout… assurément du à l’ouverture d’une mine à proximité.
Le registre de mon hôtel montrait que le dernier étranger à avoir séjourné ici remontait à il y a 5 jours…
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Après exactement 30 jours passés en Équateur, il est maintenant temps d’aller voir ailleurs si j’y suis.
J’ai aimé la Colombie, mais adoré l’Équateur. Je quitte la tête pleine de paysages magnifiques, le corps endolori et avec une excitation réelle d’y revenir très bientôt… ce que je ferais assurément avant de quitter le continent sud américain dans quelques mois. En effet, il y a 2 grands absents de ma tournée actuelle de l’Équateur (je ne vous dit pas lesquels) et j’ai bien l’intention de remédier à la situation.
Pérou me voilà!
P.S. I – Après maintenant 2 mois en Amérique du Sud, je dois admettre que mon espanol a fait un bon de géant. Je suis encore nul, mais je peux maintenant avoir de courtes conversations et comprendre presque à tout coup ce qu’on me dit/demande. J’ai même pu suivre l’histoire d’un film dans le bus l’autre jour.
Mon truc; ne pas avoir peur d’avoir l’air fou. En fait, je sais que j’ai l’air fou donc ça facilite les choses.
P.S. II – Tel que mentionné dans un blog précédent, il en coute un peu plus cher de voyager en Équateur qu’en Colombie. En excluant mon ascension guidée du Chimborazo, j’ai dépensé en moyenne 40$ canadien par jour. Comptez;
– 2 à 5$ pour le déjeuner (quelquefois compris avec l’auberge)
– 2-5$ pour le lunch
– 5-12$ pour le souper
– 8-15$ pour un lit en dortoir
Le $ canadien qui est aussi bas par rapport au $ américain plombe mon budget.
Catégories : Équateur
Publié par Nicolas Pare le 9 octobre 2016

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