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Épisode 99 – La Terre de Feu; Randonnée Au Bout Du Monde

Lima – Fin Octobre 2016
« J’aimerais célébrer le Nouvel An dans un endroit hors du commun »; l’une des premières choses que Tanzi m’avait dite en me rejoignant en Amérique du Sud.
« Que dirais-tu de célébrer le jour de l’an en Terre de Feu » lui avais-je lancé (sans trop y croire). Après tout, nous étions à plus de 5000km à vol d’oiseau et rien ne disait que nous serions rendu là 2 mois plus tard. 

11.30 – 30 Décembre 2016
Chose promise, chose dû…
Le petit avion bimoteur, dans lequel nous prenions place, survolait le Canal de Beagle, pour finalement atterrir à Puerto Williams…
Bienvenue en Terre de Feu!

        

LA TERRE DE FEU POUR LES NULS
Après 4.5 mois et 6900km (à vol d’oiseau), depuis la Colombie, à l’extrême nord du continent sud américain, j’ai enfin atteint l’extrême sud du continent… l’endroit le plus reculé et le moins visité (difficile d’accès et $$$) de tout le Chili; là où la Cordillère des Andes rencontre les 2 océans. 
Ferdinand de Magellan, voyant beaucoup de feux sur les plages (allumés par les tribus autochtones), lors de son célèbre passage du désormais Détroit de Magellan (1520), surnomma l’endroit « Terre de Fumée » (un peu poche). L’endroit fut plus tard rebaptisé « Tierra del Fuego (Terre de Feu) ».
Auparavant territoire autonome habité par des tribus indépendantes, le Chili et l’Argentine ont commencé à revendiquer les terres vers la fin 19eme siècles. La Terre de Feu est aujourd’hui un archipel partagé entre l’Argentine et le Chili, et séparé du continent par le Détroit de Magellan. 
La découverte d’or au tournant du 20ème siècle amena une immigration massive d’européens… et l’extermination quasi totale des communauté autochtones…
L’extrême sud de la Terre de Feu est le tristement célèbre Cap Horn (Cabo del Hornos), passage maritime réputé comme étant le plus dangereux/difficile à négocier sur Terre, aujourd’hui considéré comme étant le plus grand cimetière de bateaux au monde (épaves de tous les bateaux ayant tenté de franchir le Cap Horn… sans succès).
La plus grande ile de l’archipel appartient à l’Argentine; Isla Grande de Tierra del Fuego. C’est sur cette ile que se trouve Ushuaia, sans le moindre doute la ville la plus connue (et touristique) de la région. Avec Christchurch (en Nouvelle-Zélande) et Punta Arenas (Chili), Ushuaia est l’un des 3 points de départ sur Terre pour les excursions scientifiques et touristiques vers l’Antarctique.
Triste note pour finir, le « célèbre » trou dans la couche d’ozone se situe tout près de Isla Navarino. On dénombre un taux très élevé de cancer de la peau chez les habitants… et les moutons du coin (pas des jokes). 

PUERTO WILLIAMS
L’expression « au bout du monde » semble avoir été inventée pour décrire Puerto Williams. 

  
Contrairement à la croyance populaire, largement répandue par l’Argentine, la ville la plus au sud sur Terre n’est pas Ushuaia (Argentine), mais Puerto Williams (Chili).
En effet, Isla Navarino, sur lequel se trouve Puerto Williams, se situe à plus de 1km au sud de Isla Grande de Tierra del Fuego, sur laquelle se trouve Ushuaia, par delà le Canal de Beagle… fin de la discussion. 
Le Canal de Beagle fut nommé en l’honneur du bateau HMS Beagle. Le bateau britannique et son capitaine Fitzroy firent 2 voyages en Terre de Feu. Lors du 1er voyage, Fitzroy rapporta (le terme exact serait « fit prisonnier ») avec lui 4 indigènes en Angleterre. Il revint en Terre de Feu pour un second voyage avec les 3 survivants… et un certain Charles Darwin… qui entreprenait alors son périple historique qui le mènerait éventuellement aux Iles Galapagos, où il formulerait sa désormais célèbre Théorie de l’Évolution.
Fondé en 1953 en tant que base militaire chilienne, pour faire sur que l’Argentine ne revendiquerait pas Isla Navarino, Puerto Williams est aujourd’hui une ville de moins de 3000 habitants, qui allait nous servir de point de départ pour notre prochain défi. 
Fait intéressant (ou non), la circonférence de la Terre est de 40075km, ce qui veut dire que de chez vous, l’endroit le plus éloigné sur Terre est à 20037.5km… parce que si vous allez plus loin vous commenceriez à revenir sur vos pas. Tout cela pour dire qu’à Puerto Williams, j’étais à 14500km de chez moi, tandis que Tanzi était à exactement 17000km de chez elle. Nous sommes sur à 99% que Isla Navarino est l’endroit terrestre tle plus éloigné (excluant les océans et l’Antarctique) que Tanzi puisse aller de chez elle.

    

LES DENTS DE NAVARINO
Seulement 3 jours après avoir terminé notre randonnée de 8 jours dans le Parque Torres del Paine (nos bottes n’avaient pas eu le temps de sécher), nous quittions le confort (relatif) de notre auberge de Puerto Williams, pour entreprendre le sentier de Grande Randonnée (sur plusieurs jours) le plus au sud de la planète; la randonnée très en dehors des sentiers battus « Dientes del Navarino (Les Dents de Navarino) ».
Créé de toute pièce par un auteur du Lonely Planet en 1991, le circuit est d’une longueur d’environ 50km, fait le tour des Aiguilles de Navarino, une chaine de montagnes constituée de plusieurs sommets pointant vers le ciel tels des aiguilles, et passe au travers d’une contrée perdu, faite de forêts vierges, de lacs et de montagnes.
On raconte que le sentier n’en est pas vraiment un; il n’y a pas de sentier à proprement parler, que de rares totems/poteaux à repérer… un sentier réservé au expert ayant un excellent sens de l’orientation. 
Autre fait intéressant, il n’y a pas de parc national sur Isla Navarino. L’ensemble de l’ile fait cependant parti de la « Reserva Cabo del Hornos (La Réserve du Cap Horn) », une réserve nommée au Patrimoine de l’UNESCO dans la catégorie « Natural Biosphere Reserve ». Seuls 37 endroits sur Terre ont reçu ce titre.
En clair, la Réserve est à l’état quasi vierge (une présence humaine minimale). C’est donc dire que le circuit Dientes de Navarivo ne comporte aucune installation, aucun espace de camping officiel (tu campes où tu veux), et donc aucun frais à payer (ce n’est pas un Parc National). 
Pour ceux qui n’ont pas encore compris, notre randonnée serait dans la nature la plus totale. 
Nous ne le savions pas encore, mais « I lost the trail / Where is the trail (J’ai perdu le sentier / Où est le sentier) » seraient les 2 phrases que moi et Tanzi allions employer le plus souvent durant nos 4 jours de randonnée.

Jour 1 – NOUVEL AN SAUVAGE

31 Decembre 2016
08.00 – Puerto Williams
La dame de notre auberge était épatée (le mot n’est pas assez fort) par la petitesse de nos sacs de randonnée. Elle en avait vu passer des randonneurs depuis la dizaine d’années qu’elle tenait son auberge, et me disait qu’elle n’avait jamais vu 2 sacs aussi petits et légers. Et pourtant, dans nos sacs de 7 et 11kg, se trouvait sleepings, matelas de sol, tente, vêtements chauds et une autonomie de 5 jours en nourriture (pates, riz, chocolats, peanuts, salamis, pains, fromages, des biscuits… et du vin).
10.30 – Après avoir marché quelques km sur un chemin forestier, nous atteignions le début officiel du sentier. En chemin nous avions rencontré 2 cabots qui avaient décidé de se joindre à nous. 

  
L’ascension se faisait via un beau sentier forestier, la « Ruta Patrimonial Cabo de Hornos (Sentier Patrimoniale du Cap Horn) ». 

  
Premier objectif; le Cerro Bandera, le sommet d’une petite montagne derrière Puerto Williams, facilement reconnaissable de par son drapeau chilien. Le Cerro Bandera dominait le Canal du Beagle et Puerto Williams du haut de ses 610m. Nous pouvions même apercevoir Ushuaia tout au loin à l’ouest.

      
Nous marchions ensuite sur le sommet de la montagne, une toundra où presque rien ne poussait sauf du lichen. À partir de là, il n’y avait plus de sentier à proprement parler, que des signes (poteaux) de temps en temps. 

        
Nous disions Au Revoir à Puerto Williams et au Canal de Beagle pour basculer dans la Valle Robalo, ceinturée par des montagnes sur 3 cotés et avec 3 lagunas (lacs) en contrebas. 

   
   
C’est sur les berges du dernier de ces 3 lacs, le Laguna del Salto, que nous installerions notre campement pour la nuit.
La pluie nous attrapait sur le final, juste avant d’arriver au Laguna del Salta, faisant sur que la dernière section (toute en descente dans un champ d’éboulement sur 200m de haut) soit bien glissante et que notre site de camping soit détrempé. 
15.05 – Laguna del Salto après 12km de marche, une journée facile pour les jambes, mais éprouvante pour le cerveau. 

    
Nous pouvions entamer les célébration du Nouvel An avec le vin qui coulerait « à flot » (1L en boite).
23.55 – 31 Décembre 2016

Le réveil sonnait juste à temps pour moi et Tanzi de sortir de la tente et d’entamer le décompte sous la nuit étoilée.
10… 9… 8… 7… 6… 5… 4… 3… 2… 1… 
Chow Bye 2016!
Bienvenue 2017!
Pas de feu d’artifice… Pas de fancy souper au resto… Pas de party entre amis… Juste une tente détrempée avec une jolie fille prête à me suivre jusqu’au bout du monde (littéralement). 
Certains disent que votre nouvelle année sera comme vous la commencez… mmm…
Allez… dodo…

Jour 2 – PAR DELÀ LA FIN DU MONDE

1 Janvier 2017
Un nouveau jour… une nouvelle année… les mêmes bottes détrempées…
Programme du jour; rejoindre le Lago Windhond se situant à l’écart du circuit Dientes de Navarino tout au sud de l’ile.
08.30 – Faux départ en me plantant 2 fois dans la boue lors des 5 premières minutes. La journée allait être longue. 
Dès le départ, nous montions sans relâche pour rejoindre la Paso Austral 350m plus haut; bienvenue en 2017!!!

            
L’ascension se passait dans un sentier que je surnommais « la rivière » (devinez pourquoi); quand nous n’avions pas les 2 pieds dans l’eau, nous avions les pieds dans la boue…
Quelques km plus loin, nous arrivions à la jonction du sentier menant au Lago Windhond. 

            
Après être descendu dans une vallée toute verte, nous pouvions apercevoir les ravages que les castors font sur l’écosystême de l’île. Introduit ici il y a moins d’un siècle (ils ont en faitvété introduit en Argentine… et ont nagé jusqu’à Isla Navarino), le castor canadien détruit des forêts, bloque des rivières et se reproduit en quantité industrielle (aucun prédateur sur l’ile).

    
Le sentier entreprenait de monter au sommet du Cerro Bettinelli, un immense tas de gravas qui dominait les environs et offrait un formidable panorama à 360 degrés. Nous avions alors l’impression d’être au sommet du bout du monde. 

              
Un brouillard cachait alors le sud de l’ile et le Cap Horn. Comme si Isla Navarino nous disait « attendez à demain »… puisque nous aurions à reprendre le même sentier en sens inverse dès demain. 

  
En guise de sentier, des totems à tous les 200-300m. Dans une mer de roche, il fallait avoir les yeux grand ouvert pour localiser ces petits tas de pierre faits par l’homme.

  
13.45 – Nous pénétrions dans une espèce de forêt enchanté… qui se transformait rapidement en une patinoire de boue à la verticale. Comme si ce n’était pas suffisant, la présence de nombreux troncs d’arbre tombés sur le sentier ne facilitaient en rien notre tâche. 
Une grosse heure et demi de contortion et d’équilibre était nécessaire pour franchir cette forêt de moins de 2km (et nous avions descendu tout le long). Sortir de cette forêt sans être couvert de boue relevait du miracle… miracle que ni moi, ni Tanzi n’étions en mesure d’accomplir.

  
Cette forêt désenchantée était suivit d’une marche de 5km dans une plaine… que dis-je… dans un marais… un espèce de labyrinthe sans mur composé de trous d’eau rouge… où flottaient d’étrange substance ressemblant à du vomis… et d’espèce de tapis végétal spongieux et dangereusement instable. Bref, pas l’endroit où tu veux remplir ta gourde.

      
16.30 – Nous installions notre camp sur le bord du Lago Windhond. Le lac en lui-même n’avait rien de spécial, mis à part du sable noir. C’est plutôt le chemin pour s’y rendre qui avait été hors du commun.
Il nous avait fallu 8 intense heures de marche pour franchir les 18km, +800m de dénivelé positif et tout autant en descente… 18km qui nous avaient fait marcher par delà de hautes montagnes, des forêts et des marais, et sur tous les terrains imaginables; roche, neige, eau, sable, boue, bois, boue, etc.

Déjà que le circuit Dientes de Navarino était très peu fréquenté, ce sentier alternatif jusqu’au Lago Windhond l’était encore moins. J’avais le sourire fendu jusqu’aux oreilles à penser que depuis le début de l’histoire de l’humanité, nous étions parmi les rares à être venu ici.

        
Un peu au sud de la 55ème latitude, à 56km au sud de Ushuaia et 96km au nord du dernier rocher du Cap Horn, cette nuit serait notre nuit la plus au sud sur Terre (sauf si nous allons un jour en Antarctique… $$$).

Regardez la flèche BLEUE

          

Jour 3 – DU RÊVE AU CAUCHEMARD

2 Janvier 2016
Copier Coller inversé de la veille alors que nous devions retourner sur nos pas pour rejoindre le circuit; marais, forêt (dés)enchantée, plaine stérile, sommet en tas de gravas, forêt ravagée par les castors et finalement la jonction avec le circuit.
L’ayant vécu la veille ne rendrait pas la tâche plus facile. Nous étions simplement conscient de l’ampleur de la tâche à accomplir.
Comparativement à la veille, nous avions une vue dégagée au sommet de Cerro Bettinelli. Nous pouvions ainsi voir la fin de l’ile et l’archipel inhabité du Cabo del Hornos (Cap Horn) tout au fond… donc la fin de l’Amérique du Sud.

                      
Il nous fallait pas moins de 7 heures pour retourner sur nos pas et aller dormir sur les berges d’un petit lac quelques km après notre retour sur le circuit. 

    
Cette journée, qui avait jusque là été fantastique, se transformait en cauchemar à peine arrivé au lac; une pluie diluvienne nous tombait dessus alors que j’installais la tente.
La pluie allait gagner en intensité et perdurer toute la nuit, si bien que ma petite tente prenait tranquillement l’eau; au milieu de la nuit, le sol était imbibé d’eau si bien que nos 2 sleepings étaient rapidement détrempés eux aussi… tout comme nous à l’intérieur. 
Le bruit de la pluie qui frappe ma tente est normalement un bruit qui m’aide à dormir… mais pas cette nuit là… il me rendait fou…
Par je ne sais quel miracle, et malgré le fait que nous étions mort de froid, nous parvenions à fermer l’oeil quelques heures. 

Jour 4 – SKYFALL

(Le Ciel Nous Tombes Sur La Tête)

3 Janvier 2016
08.35 – La pluie avait finalement cessée et le soleil était de retour. 
Après passé plus d’une heure à tout faire sécher sur des rochers, nous étions reparti pour un tour.

    
Nous marchions au travers de champs d’éboulement, à chercher les rares totems, jusqu’au sommet de la Paso Ventarron. Du haut de ses 680m, nous disions Au Revoir aux paysages des 2 derniers jours pour basculer dans une nouvelle vallée.

  
  

10.00 – Nous pensions avoir passé au travers du pire la nuit dernière… ERREUR. Nous étions sur le point d’entreprendre le plus pénible Boot Camp (marche forcée) de notre vie. 

Nous ne le savions pas encore, mais c’était la dernière fois de toute la journée que nous verrions le soleil. Dès lors, la pluie allait prendre toute la place et nous tomber férocement dessus sous toutes ses formes; pluie, grêle et même tempête de neige.  

PASO VIRGINIA; LE BAIN DE BOUE

Après avoir longé plusieurs lacs, marché sur le flanc de montagnes, traversé des torrents sur des roches glissantes, évité du mieux possible les trous de boue et négocié des sections de forêts glissantes, il fallait maintenant s’attaquer à la dernière (et plus grosse) difficulté du circuit; l’ascension de la Paso Virginia.

         
Pour atteindre le sommet de Paso Virginia, il nous fallait négocier un sentier de 1.5km avec un dénivelé positif de +700m… une section qui nous prenait 2h à négocier. 
Jusque là, même si le circuit avait été très boueux, nous avions presque toujours pu éviter la boue en prenant des sentiers alternatifs. Durant l’ascension du Paso Virginia, nous n’allions pas avoir ce luxe; il y aurait un sentier et un seul pour atteindre le sommet… un sentier défoncé comme je n’en avait encore jamais vu à ce point de toute ma vie.
De la base jusqu’au sommet de la montagne, le sentier était un champ de boue aussi profond que dense. Chacun de nos pas était une bataille. Plus souvent qu’autrement, nous perdions de vue nos bottes dans la boue, et nous devions lutter/tirer très fort pour les en sortir… et ainsi de suite.
C’est impossible de décrire la sensation de dégout que vous avez lorsque vous savez que vous devez poser les 2 pieds dans la boue, que vous allez probablement en avoir jusqu’au genou, et que tout ce que vous voyez en avant de vous est de la boue. Vous le savez, votre cerveau le sait, mais la sensation reste totalement répugnante. 
Au début de l’ascension, Tanzi était en larme et sur le bord de la crise de nerf (j’étais à peine mieux). Je ne l’avais jamais vu aussi à fleur de peau (j’ai appris de nouveaux mots en russe ;-). 
Vers le sommet, toujours dans cette mer de boue, à avancer à pas de très vieille tortue dans cette mer de boue, avec la pluie qui s’abattait violemment sur nous, complètement détrempé et gelé, nous avions tous les 2 le sourire aux lèvres et trouvions le moyen de rigoler. Au début, votre cerveau lutte pour vous empêcher de faire une chose pareille… puis… il lâche prise… comme si il se disait « ahh… tu veux marcher dans la boue… fais donc ce que tu veux ». Le corps humain a une capacité extraordinaire d’adaptation. Même les endroits les plus inhospitalier pour l’homme peuvent devenir « agréable ».
Une fois au sommet de Paso Virginia, je regardais le chemin parcouru en contrebas et lâchais un « FUCK YOU NAVARINO » bien senti qui résonnait dans toute la vallée. Tanzi me lançait alors; « il y a certains endroits sur Terre qui ne sont pas fait pour l’homme. Cette montagne est l’un de ces endroits ».

  
Dès lors, nous marchions pendant plus de 2km sur le sommet plat de la montagne. L’endroit n’était qu’un tas de gravas, mais la traversée était rendu difficile par une tempête de neige intense qui soufflait sur nous (oui… une tempête de neige). Ce fut probablement l’un des seuls moment dans ma vie où je n’ai pas apprécié la neige. 

    Après s’être fait pleuvoir dessus toute la journée, et avec tous nos vêtements ayant dépassé depuis très longtemps le niveau « détrempé », cette neige mixée avec un fort vent d’hiver nous refroidissait les ardeur.
Une fois de l’autre coté, nous étions au sommet d’une montagne escarpée avec un lac tout en bas. Le sentier descendait alors en droite ligne dans la zone d’éboulement… de loin la section la plus rapide que nous allions négocier durant la journée… à courir à la verticale dans les gravas (comme skier… sans ski). 

  
15.30 – Nous étions à l’extrémité opposé du lac où se trouvait le dernier campement avant la fin du circuit. 

  
Officiellement, nous avions alors parcouru 17km en 7h. Officieusement, avec tous les détours que nous avions fait, la distance devait exploser les 25km. 
Vous pensez que c’est lent? Eh bien sachez que durant la journée, nous avions dépassé (et ensuite largué) plus de 8 randonneurs. Tous ces randonneurs étaient dans la force de l’âge comme nous (il n’y avait pas de randonneurs faible sur ce circuit). 
16.00 – La pluie n’ayant pas arrêté de nous tomber dessus depuis la matinée, et avec encore à l’esprit la nuit passée, nous décidions d’y aller tout pour le tout; nous allions rallier Puerto Williams dès ce soir. 
L’avenir nous donnait raison de pousser jusqu’à Puerto Williams dès ce soir puisque la pluie redoublait d’ardeur et perdurait jusqu’au lendemain. Le lendemain, il tombait 30cm de neige sur toute la cordillère de Dientes de Navarino… en plein milieu de l’été austral (imaginez en hiver). Tous les randonneurs sur le circuit étaient bloqués; il était absolument impossible de localiser le sentier et était très dangereux de se fouller/casser une jambe en marchant dans les sections rocheuses recouvertes de neige.   
Nous allions donc descendre les 2 derniers km en moins d’une heure pour atteindre le niveau de la mer et la route… pour ensuite nous faire ramasser en stop et être à Puerto Williams avant 18.00. 
Trop beau pour être vrai…
Les 2 derniers km jusqu’à la route nous prenaient finalement 2h à franchir; il y avait une tonne de section de boue (pas nouveau) et une quantité industrielle d’arbres tombés au travers du sentier. Nous allions en ligne droite dans la boue sans s’en soucier. Après tout, nous étions détrempé et le moindre espace dans nos bottes était occupé par un mélange d’eau, de boue et de végétation quelconque. Qu’est-ce que plus d’eau/boue allait changer; RIEN. 
18.00 – Après avoir perdu (pour une dernière fois) le sentier, nous terminions le Dientes de Navarino dans la cour arrière d’une ferme après avoir marché durant quelques centaines de mètres dans un marais. Je manquais perdre mes bottes quelques fois tellement l’endroit était profond et visqueux. 

  
Nous rejoignions finalement la route principale de l’ile (route de gravelle), reliant les 2 seules villes sur Isla Navarino (Puerto Navarino et Puerto Williams). Avec encore 7.5km à faire, ne restait plus qu’à prier pour qu’une voiture passe… et quelle daigne nous prendre en stop. 
18.45 – 2 très gentils samaritains nous ramassaient en stop. Ils s’étaient arrêté par eux-même puisque nous n’avions pas osé lever le pouce tellement nous étions détrempé et couvert de boue (je ne m’aurais pas pris en stop). 
19.15 – Nous étions dans une chambre d’hôtel de Puerto Williams… complètement exténué. 
C’est impossible pour moi de décrire à quel point cette journée fut difficile mentalement (parce que le corps est entrainé). Toute la journée, du début à la fin, il fallait avoir des yeux tout le tour de la tête pour ne pas se blesser ou pire; marcher sur une roche instable, se ramasser un tronc d’arbre en pleine face ou se casser une jambe en perdant pied dans une section boueuse en pente, etc. les dangers étaient constant. 

TIERRA DEL JUVIA 

*Nous avons rebaptisé Tierra del Fiego, Tierra del Juvia (Terre de Pluie), un nom qui lui va comme un gant. 
C’est fait! Nous avions survécu aux sévices du Dientes de Navarino. Nous avions bouclé le circuit Dientes de Navarino + un extra de 30km jusqu’au Lago Windhond en 4jours 3 nuits. La plupart des gens prennent 4 à 6 jours simplement pour faire le circuit.
Malgré toute la pluie et la tonne de boue dans les bottes, une randonnée sur le circuit Dientes de Navarino est une expérience unique dans un endroit difficile d’accès et presque vierge de toute présence humaine. Dientes de Navarino n’est cependant pas pour n’importe quel randonneur. Il faut avoir fait beaucoup de randonnée dans sa vie, et vouloir se challenger, pour apprécier cette randonnée. 
Si quelqu’un cherche à organiser une Spartan Race, ou une course à obstacle du genre, sur un vrai sentier, le Dientes de Navarino est tout désigné. 

De retour à Puerto Williams, nous étions quitte pour un repos bien mérité de 2 jours.

    

  
Je ne manquais pas d’essayer le plat typique du coin (Centolla… du crabe géant) et de visiter la communauté de Ukika. Située juste à coté de Puerto Williams, le village est habité par les derniers descendants de la tribu Yámana, premiers habitants de l’ile, comptant désormais moins de 70 membres. 
Ce sont les bottes encore détrempé, même après avoir passé 2 jours complet à sécher sur le bord d’un feu, que nous sautions dans l’avion pour retourner à Punta Arenas. Pour l’occasion, toutes les montagnes autour du Canal de Beagle avaient mise leur grand manteau blanc.
   
 
Notre séjour au Chili tirait à sa fin. Dès le lendemain, nous allions sauter dans un bus pour l’Argentine.
Au Revoir Bout du Monde. 
… 
ÉPILOGUE CHILE
Difficile à croire, mais nous avons passé presque 2 mois au Chili. Je suis entré au Chili en ne connaissant absolument rien du pays et je pars comme si je quittais un vieil ami. 
En une phrase; le Chili c’est le Canada version sud américaine. J’ai trouvé BEAUCOUP de similitudes entre le Chili et le Canada; qualité de vie, peuple aux origines similaires et paysages quasi identiques (exception faite des volcans).
Rare sont les endroits où nous n’avons pas posé les pieds. Mis à part quelques destination soleil au nord, la Carretera Austral est le seul endroit qui manque à mon tableau de chasse. Il me faudra revenir au Chili un jour pour faire cette route de Puerto Montt (Chili) à Villa O’Higgins (Chili), pour ensuite marcher de Villa O’higgins à El Chalten (Argentine). 
Nous pouvons dire que nous avons fait un tour quasi complet de ce pays longiligne… un pays que peu de gens connaissent comparativement à ses très connus voisins l’Argentine, le Pérou et même la Bolivie, mais qui gagne à être découvert.
Il faut cependant avoir un bon compte en banque pour visiter le Chili. Alors que je dépensais en moyenne de 25-35$ canadien par jour en Colombie, Équateur, Pérou et Bolivie, la facture est montée à 60/65$ canadiens pour le Chili. 
On se revoit un jour Chili.

P.S. – Notre départ de Isla Navarino marque la fin d’un mois de décembre complètement fou. Du 1er décembre au 3 janvier (34 nuits), nous avons dormi 15 fois dans une tente. 

Publié par Nicolas Pare le 19 janvier 2017
1 commentaire Poster un commentaire
  1. 01/23/2017
    Jeanne-Mance Gauthier

    Vraiment une fin et un début d’année 2017 très laborieux. Félicitations vous l’avez fait et vous nous faites découvrir des endroits éloignés. Merci pour les magnifiques photos, bisouxxx

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