Épisode 31 – P pour Palawan…. et Paradis
PUERTO PRINCESA – Passage quasi obligé pour tous ceux qui vont sur Palawan, cette ville n’a de beau que son nom…
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SABANG – Petit coin de paradis.
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Finir la soirée avec un film sur la plage… pourquoi pas?
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Outre pour sa plage magnifique, l’endroit est renommé pour sa rivière souterraine de 8km sous une montagne…
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EL NIDO – Beaucoup trop touristique à mon gout, mais tout de même le moment fort de mon voyage sur Palawan
De ma chambre…
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L’un de mes endroits préférés sur Terre pour prendre une bière en fin de journée…
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Day trip dans les îles et lagoon de l’archipel de Bacuit
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Pourquoi pas se louer un vélo (les motos c’est pour les paresseux) et faire les tours de environs…
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Épisode 30 – Manille et la Cordillera
VOICI LES PHOTOS DE MA 1ère PARTIE DE VOYAGE SUR L’ILE DE LUCON; MANILLE, BATAD, SAGADA ET VIGAN… TEXTE À VENIR PLUS TARD
Vocabulaire important aux Philippines;
– Jeepney
– Tricycle/sidecar
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De mon auberge, 1ère image que j’ai eu de Manille à 5am après un vol de nuit depuis Borneo
La ville… de mon auberge…
La ville…
Rizal Park… un grand parc au milieu de la ville à la mémoire de Josef Rizal, le Gandhi philipinos
Intramuros – La vieille ville espagnole… entourée d’un terrain de golf (WTF)
Le bord de la mer de Chine
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BATAD ET SES RIZIÈRES VIEILLES DE PLUS DE 2000ans
En route…
Ma chambre…
Les rizières…
La chute à proximité…
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SAGADA ET SES CAVERNES MAGNIFIQUES (on a fait un trip de 4heures dans des cavernes… wow)
La ville…
Les grottes…
L’entrée des grottes qui servait à l’époque de cimetière…
L’aventure…
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VIGAN; VILLE SITE DE L’UNESCO, RÉPUTÉE COMME ÉTANT LA VILLE COLONIALE ESPAGNOLE LA MIEUX PRÉSERVÉE EN ASIE…
S’y rendre… on a pas pris le chemin le plus facile, loin de là…
Notre auberge…
La ville
Ses cimetières et églises…
Épisode 29 – On TOP of Borneo
Octobre 2013
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Après un bus interminaaaaaable de 10h (c’était sensé en prendre 7… je ne me plaindrais plus jamais des 3 petites heures de route à faire entre Québec et Montréal) en provenance de Semporna, j’arrivais finalement au Kinabalu National Park armé de mes nouveaux coups de soleil et du sel plein la tête… pas dans la tête… sur la tête… comme dans; j’ai pas pris de douche entre la dernière fois où j’ai été me baigner dans l’océan et ma ride de bus… bon, je crois que vous avez compris et vous vous en foutez un peu beaucoup…
Après m’être retrouvé la tête sous l’eau l’instant de quelques jours, je m’apprête à m’envoyer en l’air avec la plus haute (seule) montagne de Bornéo et incidemment la 2ème plus haute de toute l’Asie du Sud-Est… la plus haute se trouve sur l’ile de Papua du côté Indonésie, mais il est défendu de la grimper.
Franchement arrivé au parc, je me suis dirigé tout droit vers le bureau d’information pour réserver ma place afin de réaliser l’ascension de la montagne dès le lendemain matin. Arrivé quelques minutes avant l’heure de fermeture (18h), j’étais convaincu que toutes les places pour le lendemain allaient être déjà bookés. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que j’étais le premier et le seul à vouloir réaliser l’ascension en 1 jour le lendemain. Ce n’était pas moi qui allais m’en plaindre… le moins de gens sur la montagne, le mieux ce sera…
Après avoir rempli toutes les décharges qu’on me présentait… la montagne est dangereuse, vous montez à vos risques et blablabla et blablabla… on m’a dit de revenir au bureau d’information à 7h demain matin pour qu’on m’assigne un guide.
En 2 temps, 3 mouvement, je me dirigeais à une auberge qu’on m’avait recommandé un peu à l’extérieur du parc… parce qu’il est possible de coucher à la base du parc… si vous êtes millionnaires.
En prenant possession de mon lit dans le dortoir, j’ai fait la connaissance de Sarah (Britannique) et Anja (Allemande), 2 jeunes femmes qui voyageaient en Asie depuis quelques mois déjà. Disons que passer du temps en compagnie de charmantes jeunes femmes faisait contraste avec ma compagnie habituelle… un barbu chauve héhé… sans rancune Roark… tu sais que je t’adore… sauf quand tu bois trop de rhum.
Contrairement à moi, elles avaient booké un trip pour faire l’ascension du Mont Kinabalu en 2 jours et elles devaient commencer tout comme moi demain.
Fait cocasse; je crois que la très (trop) jeune fille qui travaille à l’auberge a un crush sur moi. Elle me fixe constamment et peu importe ce que je lui demande, elle a un rire nerveux comme une gamine… disons que ça fait bizarre.
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MONT KINABALU; INFO PERTINENTES… ET INUTILES… moi je les trouve utiles bon…
1er site de l’UNESCO de toute la Malaisie;
Distance à parcourir pour monter jusqu’au sommet – 8,7km allé
Hauteur (base de la montagne) – 1866m
Hauteur (sommet) – 4095m
Dénivelé à monter/descendre – 2329m (le sentier descend de 100m tout de suite après le départ)
Du haut de ses maigres 4095m, le Mt Kinabalu est très loin dans le palmarès des plus hautes montagnes au monde. Cependant, le dénivelé entre la base et le sommet, le place au 20ème rang des montagnes… ce qui n’est pas à négliger. Sur papier, une montagne peut-être très haute par rapport à la mer, mais son dénivelé peut-être ridicule… prenons l’exemple de beaucoup de montagne en Inde et au Népal, qui dépassent le Mt Kinabalu dans la liste des plus hautes montagnes au monde, où il est très rare que le dénivelé dépasse 1000m, même si les montagnes font 5000m et + (ces montagnes là sont des tricheuses…). Cela veux donc dire qu’elle est beaucoup plus coriace à vaincre que sa « maigre » altitude ne peut le laisser présager.
Alors que l’ile de Borneo est entièrement plate, le mont Kinabalu est entouré d’une jungle très dense. La végétation disparait peu à peu avec l’altitude pour faire place à du rock pur et dur dans les derniers 1000m, donnant à la montagne une apparence de bloque monolithique qu’on aurait déposé au milieu de nulle part.
En fait, je pourrais m’assoir toute la journée devant le Mont Kinabalu et ce serait une belle journée tellement elle est belle à regarder. Ajoutez à cela le mouvement improbable des nuages tout autour qui fait en sorte de constamment modifier le paysage et ça vous donne un panorama époustouflant.
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FAUX DÉPART
L’amitié nouvelle que j’avais développée avec mes 2 cochambreuses aurait du en rester à une agréable soirée à jouer au carte, se raconter nos histoires de voyage et boire de la bière qui ressemblait beaucoup plus à du jus de lime. Or, Dame Nature avait prévu autre chose…
6h00 – L’heure du départ… la météo était affreuse; il pleuvait à siaux, le brouillard enveloppait toute la montagne, il ventait à écorner les bœufs et il faisait un froid de canard… tout cela à la base de la montagne… je n’osais pas imaginer ce que ça pouvait être sur la montagne et principalement au sommet.
La bonne nouvelle; en bookant ma randonné hier, on m’avait dit que si la météo n’était pas bonne, le départ serait reporté d’une journée… je me suis donc empressé de retourner dans les bras de Morphée.
Après un avant-midi de cul, la météo s’était finalement calmée. Tout comme moi, Anja et Sarah avaient réussi à reporter le départ de leur randonné au lendemain. Nous avons donc décidé de tuer le temps en allant faire un tour aux Poring Hotspring, afin de profiter des sources thermales et faire de petits trek tout autour. Il y avait notamment une canopy walk (promenade suspendu dans les hauteurs de la forêt) qui n’avait finalement de spectaculaire que son nom.
Coté positif du report de mon trek en raison de la mauvaise température, cela m’a permit de faire la connaissance de Jaime (28 ans, Britannique) avec qui j’allais faire équipe pour vaincre la montagne… et séparer les frais (guide, transport).
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« TIK TOK TIME VERY FAST »
Cette phrase toute simple, je l’ai entendu très souvent durant toute la journée que j’ai passé à taquiner la plus haute montagne de Bornéo… principalement lors de la descente. J’étais alors devenu une véritable loque humaine et je m’excusais constamment à mon guide pour la vitesse très lente (à mes yeux) à laquelle j’allais… il me disait alors « no no no… tik tok time very fast ». En effet, malgré le fait que j’avais fait tout le trek avec une paire de sandales de filles, j’étais revenu au point de départ en moins de 7h30… il faut normalement entre 9 et 10h au randonneur typique qui fait l’ascension en un jour.
Faire un trek avec des sandales de filles trop petites… WTF?!? Revenons donc à la veille de cette palpitante aventure.
Juste avant de me coucher, j’étais à finaliser mon sac à dos et à préparer tous mes trucs pour le trek, quand je me suis rendu compte que j’avais égaré mes bottes de montagnes. J’ai alors eu un flash; lorsque nous sommes parti des Poring Hotsprings, j’ai décidé d’enfiler mes flip flops et trainer mes bottes… je me suis ensuite assoupi dans le bus qui nous ramenait… pour me réveiller en sursaut alors qu’il s’arrêtait devant notre auberge… j’ai alors pris mon sac à dos et je suis sorti en vitesse… laissant mes bottes confortablement assises sur le siège arrière.
Oublier ses bottes de montagne dans un bus la veille de mon ascension du Mont Kinabalu… BRAVO CHAMPION. C’est le genre d’histoire qu’il est impossible d’inventer tellement ça a ni queue, ni tête. Mes 3 compagnons ont apprit beaucoup de jurons canadiens français à ce moment.
Il faut savoir que je voyag…ais avec une simple paire de flip flop et des bottes de montagne. Il ne me restait donc que la 1ère et il était hors de question de tenter l’aventure avec des souliers non fixés à mes pieds. Ajoutez à cela qu’il était 22h passé… donc aucune possibilité d’acheter/louer une nouvelle paire…
FUCK
Pourquoi je ne peux pas avoir des aventures qui vont comme sur des roulettes comme la plupart des gens… il faut toujours qu’il m’arrive quelque chose de complètement inattendu.
Alors que j’étais à faire une croix sur mon ascension du Mont Kinabalu, Sarah m’a proposé de prendre ses sandales. Après avoir pouffé de rire en m’imaginant monter une montagne en sandales et en me disant que c’était l’une des idées les plus folles que j’avais entendu… je décidé de les essayer.
Elles me faisaient à merveille… mis à part le fait qu’elles étaient au moins 2 pointures trop petites… faisant en sorte que tous mes orteils se retrouvaient en position très vulnérable devant les sandales et donc exposées aux « dangers » de la montagne. Elles avaient au moins l’avantage de répondre à un critère très important que mes flip flops ne remplissaient pas; elles étaient bien fixées à mon pied.
Je faisais donc face à un dilemme; ne pas monter la montagne ou monter la montagne en sandale au risque de me scraper les pieds et peut-être plus.
Mon désir de monter la montagne était plus fort que tout. J’ai donc décidé de tenter ma chance peu importe ce que ça m’en couterais… à noter que mes pieds et mes genoux ont tenté de me dissuader de me lancer dans l’aventure, mais bon… mon corps est une dictature et non une démocratie… c’est donc le duo cerveau/cœur qui prend les décisions et c’est sans appel.
En me voyant avec les sandales, Anja a pouffé de rire et m’a lancé; « If you go to the summit with those shoes, I’ll give you a foot massage (si tu vas jusqu’au sommet avec ces chaussures, je te ferais un massage des pieds) ». C’était tout ce qu’il me fallait pour me donner la petite poussé nécessaire… quel homme sensé aurait craché sur un massage des pieds fait par une superbe jeune femme…
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Passons donc au programme principal… je sais que vous mourez d’envi de savoir si je me suis foulé une cheville ou mutilé un/des orteil(s). Ma gang de vous autres, vous ne changerez donc jamais…
6h30 – La température était parfaite. Après un petit petit déjeuner, moi et Jaime avons pris la direction du centre d’information afin de finaliser la préparation du trek. Ayant un peu beaucoup peur qu’on me refuse l’accès à la montagne avec ce que j’avais dans les pieds, j’ai fait tout en mon possible pour cacher les sandales; paire de bas, pantalon long et ne jamais me tenir trop loin du comptoir ou de Jaime afin d’éviter qu’ils puissent voir mes pieds. Ils n’y on vu que du feu…
On nous a ensuite attitré notre guide, un jeune malaysien de 20ans du nom de Wilfred… j’ai dit malaysien, pas as been acadien…
7h45 – C’est un départ. Les 5 premiers kilomètres d’ascension se sont donc déroulés à un rythme effréné dans la jungle. L’ascension était pénible et ne faisait pas dans la dentelle. Les sections planes étaient rares, voir inexistantes, ne laissant aucune chance pour le moindre repos… ça montait TOUT LE TEMPS. Tantôt le sentier était composé de marches très abruptes en bois, l’instant d’après c’était un champ de roches… tout aussi abrupte… et l’autre tantôt un sentier de terre… très abrupte… J’ai dit le mot abrupte… nahhhh. Bref, mon cœur a trouvé le temps long et la patate a pompée sans arrêt…
10h20 – Le campement de Laban Rata, l’endroit hors de prix où couchent les gens faisant l’ascension en 2 jours était désormais derrière nous… de même que la végétation, qui se faisait de plus en plus rare, laissant de grand pan de la montagne sur le rock tel un homme d’un certain âge ayant des cheveux tout le tour de la tête, mais pas au sommet. À partir de là, il restait moins de 3km à franchir…
À partir de là, la montagne nous dévoilait ses plus beaux atouts et le spectacle était tout simplement incroyable… un paysage comme je n’en avais jamais vu auparavant… un véritable No Man’s Land… aucune végétation… seulement du rock… et Il fait un froid d’enfer gracieuseté du vent qui règne en roi et maitre sur cet endroit. Le sommet était maintenant à porté.
Rendu là, c’étais marqué suit et agrippe toi à la petite corde blanche; c’est ton chemin et ton assurance vie. En effet, la seule façon d’avancer… et éviter de se retrouver dans le fond de la vallée, était bien souvent de s’accrocher et se hisser avec la corde.
11h50 – Après avoir eu à franchir certaines sections très techniques, toute la montagne se trouvait désormais sous nos pieds. Le mont Kinabalu était VAINCU.
Congestionnée de touristes le matin, qui viennent voir le lever de soleil (principale raison de faire l’ascension en 2 jours), nous étions tout fin seul sur le sommet et il n’y avait personne d’autre à des milles à la ronde. Seulement moi, Jaime et Wilfred…
Autant j’adore le Népal et le Ladack (Inde), autant cette montagne se hisse maintenant au sommet des treks que j’ai pu faire dans ma vie. Les 3 derniers km avant d’atteindre le sommet volent le show. Oui, le panorama est super, mais c’est la montagne en elle-même qui impressionne.
L’ascension s’était bien déroulé… pour ceux qui ne s’en rappelle pas, je portais des sandales… je n’avais aucune difficulté à suivre le rythme de Jaime. Bien sur, le feeling était très bizarre… avec les pieds/orteils exposés, je devais être doublement vigilant pour ne pas m’estropier ou pire encore.
Il restait cependant de faire à rebours le sentier que nous avions arpenté lors de la monté… très beaucoup plus pas mal plus facile à dire qu’à faire… C’est effectivement à partir de ce moment que les choses ont commencé à se gâter pour moi et mes pieds/jambes.
Jaime avait alors disparu de mon écran radar assez vite, allant à un rythme infernal… un rythme qui aurait aussi été le mien si j’avais toujours eu mes bottes. Je suis donc resté avec le guide et l’état de mes jambes s’est rapidement détérioré. Toute la pression était maintenant sur mes orteils et je les scratchais souvent sur des roches. C’est donc devenu très pénible de marcher. Pour ceux qui ont déjà eu mal au pied, notre subconscient tente de compenser en changeant notre façon de marcher. Résultat d’un changement de démarches pour éviter de trop souffrir; les genoux en prennent pour leur rhume…
Après quelque temps, je descendais avec les genoux barrés (comme si j’avais des jambes de bois) puisque quand je pliais les genoux, je perdais l’équilibre et je manquais tomber. Je m’accrochais à tout ce que je pouvais pour ne pas me planter…
À mi-chemin de la descente, j’ai croisé Sarah et Anja qui montaient jusqu’à Laban Rata pour y passer la nuit. Quand je les ai vues, je me suis littéralement effondré. Elles ont donc pris le temps qu’il fallait pour me remonter le moral, Sarah tentant même de relâcher mes points de pression… ou quelque chose comme cela… truc de yoga chose machin. Je tiens donc à les remercier puisqu’elles ont été d’un très grand support moral.
J’ai donc continué la descente infernale. Même si je descendais comme un handicapé et que j’avais l’impression d’aller vraiment lentement, je n’arrêtais pas de dépasser des gens et mon guide n’arrêtait pas de me dire « slow slow… tik tok time very fast ». En langage compréhensif, il voulait me dire que malgré le fait que j’étais blessé et que je pensais aller lentement, j’allais malgré tout très vite…
Vous auriez du voir le regard des gens quand ils se rendaient compte que je ne portais pas des bottes, mais bien des sandales… Ils me fixaient ensuite droit dans les yeux et je pouvais voir leur visage plein de préjugés… et je les comprends très bien… j’aurais été à leur place et j’aurais fait de même…
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3h20 – De peine et de misère j’ai atteint le départ du trek. L’aventure est terminé. Résultat de la journée; 18km de marche en monté ou en descente constante et aucune cheville de foulée… cela tient du miracle.
Le guide m’a expliqué que normalement les gens qui font l’ascension en 1 jour partent entre 7h30 et 8h et reviennent entre 5 et 6h du soir… malgré le fait que je chaussais des sandales et que j’ai peiné lors de la descente. On ne parle pas ici de pieds de céleri puisque pour avoir la permission de faire l’ascension en 1 jour, il faut être en grande forme… le fait que nous ayons retranché plus de 1h30 au chrono normal est donc un bel accomplissement… surtout si on pense qu’on est resté une bonne demi-heure au sommet, au grand dam de notre guide qui nous pressait de redescendre, et qu’on s’est arrêté un peu partout pour prendre une tonne de photos.
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I AM A LEGEND
En finissant ce trek, je crois affirmer sans trop me tromper que j’entre dans le livre des records du Mont Kinabalu comme étant le seul homme à avoir fait le trek avec des sandales… de fille… 2 pointures trop petites… Ce record devrait tenir trèèèèès longtemps…
Le trek terminé, c’était maintenant le temps d’évaluer les dégats…
De retour à l’auberge, j’ai retiré mes sandales pour trouver mes 2 pieds en sang et avec la chair à vif à certains endroits.
Est-ce que j’ai regretté mon choix de faire le trek en sandale? C’est malheureusement le prix à payer pour avoir vécu une aventure incroyable sur une montagne formidable. Si c’était à refaire, je referais la même chose… Je suis à finaliser l’écriture de l’épisode 4 jours plus tard et je marche encore comme un vieillard… mes genoux sont complètement détruits.
Il faisait super beau… en fait, on aurait difficilement pu demander une plus belle température… on a été très chanceux parce qu’en cette période de pré-mousson, il pleut presque tout le temps ces temps-ci et/ou le ciel et la montagne sont couverts de nuages… alors que nous avons eu juste assez de nuages pour bien meubler les photos, tout en ayant une vue dégagée de la vallée en dessous.
Le lendemain à Kota Kinabalu, j’ai recroisé Anja, qui revenait à peine du Mont Kinabalu (je leur avais prêté mon sleeping bag pour coucher au chaud dans la montagne… elle m’a dit qu’alors que tout le monde a gelé cette nuit là, elle et Sarah se sont réveillées en sueur tellement mon sleeping était chaud).
Elle m’a alors dit que le sujet de l’heure sur la montagne le soir où elles ont couché là-bas; « you’re quite famous right now up the mountain… there’s a story about a Crazy Canadian who went up and down the mountain in one day… in sandals (tu es maintenant très connu sur la montagne… il y a une histoire qui circule à propos d’un Crazy Canadian qui a réalisé l’ascension/descente en 1 journée… en sandales) ».
Je suis donc malgré moi devenu une légende… peut-être que si vous allez faire un tour sur cette montagne dans quelques années, mon histoire sera encore raconté … Peut-être même que l’histoire aura complètement changé, digne du téléphone arabe… le crazy canadian aura réalisé toute l’ascension sur les bras parce qu’il n’avait plus de bras… qui sais ahah
Bref, même quand je veux me la jouer low profile, je trouve le moyen de faire parler de moi et de faire les choses de manière peu conventionnelle.
La morale de l’histoire… du moins la morale que j’aimerais que vous tiriez de cette histoire… autre que de dire « t fou »… non… j’aimerais plutôt que vous reteniez que la vie n’est pas un film de Disney. Parfois des embuches viennent se mettre en travers de notre chemin… mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras. Il faut plutôt se retrousser les manches et aller au-delà des limites que nous aurions cru possible pour réaliser nos rêves. Je ne dis pas de monter une montagne en sandale… oh que non croyez-moi sur parole c’est tout sauf une bonne idée…
Accrochez-vous à vos rêves/ambitions quelque soit les embûches qui se profilent à l’horizon ou les gens qui vous disent que c’est impossible. Les sacrifices que vous allez faire vont paraitre dérisoires et ils seront vite oubliés, tandis que vos accomplissement tiendront pour toujours.
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THE TEAM
From left to right; Jamey Storey, Nicolas Pare, Anja Thiele and Sarah Given
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INFO UTILE POUR RÉALISER L’ASCENSION DU MONT KINABALU
Il faut savoir que la plupart des gens qui se rendent jusqu’au sommet, je dirais un bon 95%, le font en 2 jours. Il y a un campement comportant plusieurs accommodations au 2/3 de la montagne, mais le prix demandé pour coucher là est EXORBITANT. C’est en fait la seule et unique raison pourquoi je désirais faire l’ascension en 1 jour. Or, le nombre de permis pour réaliser l’ascension en 1 jour est en quantité très limité.
Même si le sentier est très linéaire et qu’il faut vraiment faire par exprès pour se perdre (le sentier est linéaire), toute personne qui désire monter la montagne (1jour ou 2 jours) doit être accompagné d’un guide. Je déteste cette obligation puisque notre guide a été complètement inutile, parlant à peine anglais et ne nous expliquant absolument rien à propos de la montagne, de la faune et la flore. En plus, il n’était pas à nous guider en avant, mais blotti bien tranquillement derrière nous (le guide doit rester derrière la personne la plus lente). En fait, une fois le trek commencé, il n’y a aucune obligation du randonneur de rester avec son guide. Si le randonneur va plus rapidement que son guide il peut y aller par lui-même… ce qui est complètement ridicule et qui apporte encore plus d’eau à moulin qui veut que l’obligation d’avoir un guide soit simplement afin d’aller chercher le plus de cash possible dans la poche des touristes. En fait, le guide n’a qu’une véritable fonction; s’assurer que vous avez franchit certains endroits clés avant une heure précise. Autrement, vous aurez à rebrousser chemin…
Ceux qui voudraient réaliser l’ascension en 1 jour, vous n’avez qu’à vous présenter à centre d’information à l’entrée du parc la veille. Si vous êtes chanceux, vous aurez un départ le lendemain, au pire vous attendrez 1 ou 2 jours.
Cela vous en contera;
15rn (5$) – Entrée dans le parc
100rn (35$) – Permis pour monter la montagne
35rn (12$) – Transport pour se rendre jusqu’au départ du trek et revenir
128rn (40$) – Guide
Je ne sais pas pour vous, mais j’ai toujours trouvé drôle de devoir payer pour monter une montagne… ça revient à payer pour souffrir.
À noter qu’un maximum de 2 randonneurs peuvent partager un guide et le transport… cela coupe donc en 2 le cout de ces 2 éléments.
Pour ceux désirant faire l’ascension en 2 jours, et donc coucher au 2/3 de la montagne, il faut booker à l’avance via Sutera Lodge, la seule agence permise dans le parc (d’où l’explosion des couts… monopole). Vous pouvez toujours tenter de vous pointer à l’improviste dans le parc, mais ce sera beaucoup plus difficile. Peu importe, vous ne vous en sortirez pas en bas de 700ringet (donc plus de 230$) par personne.
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Avis aux amateurs de sensations fortes; chaque année depuis bientôt 20ans se tient le « Climbathlon », une course qui regroupe les fous parmi les plus fous. L’idée consiste à monter la montagne jusqu’au sommet et la redescente le plus rapidement possible. Le gagnant de l’an passé à bouclé le tour en 2h30… pour vous donner une idée, il nous aura fallu un peu plus de 7h pour faire l’allé/retour. Voici le lien de l’évènement;
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MATÉRIEL NÉCESSAIRE
1 jour;
– Vêtement chaud pour le sommet (tuque, gant, chandail long/manteau)
– Bottes
– Snack, repas et eau (il est possible de manger au campement, mais les prix sont ridicules… on peu par contre remplir sa gourde gratuitement)
– crème solaire, lunette, bandana… bref, choses pour se protéger du soleil
– Volonté, cardio et jambes
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BILAN DE BORNEO
La Malaisie, et principalement l’ile de Borneo, ne sont pas des endroits qu’on entend beaucoup parler au Canada, mais ils gagnent définitivement à être découverts. Il y a quelque chose pour plaire à tout le monde sur cette ile; de la jungle à l’état pur avec des animaux comme on en voit nulle part ailleurs, une gigantesque montagne à conquérir… avec de bonnes bottes, des plages, des petites iles quasi désertes et des sites de plongé parmi les plus reconnu dans le monde. De plus, le peuple est hyper gentil et accueillant, mis à part dans les grands centres, il y une culture très intéressante et toujours bien vivante, on y parle une langue très amusante à apprendre, etc.
Arrivé à Bornéo le 6 septembre, je la quitte le 5 octobre… 1 mois… j’ai pourtant l’impression de n’avoir fait que gratter la surface des choses à faire sur cette gigantesque île. Bon, en ce qui concerne l’état du Sabah (Malaisie) et le Brunei, j’ai pas mal fait le tour… mais il reste tout l’état du Sarawak (Malaisie) et la province du Kalamantan (Indonésie) que je n’ai pas touchés et qui représentent plus de 75% de l’ile. J’aurais plus particulièrement bien aimé aller faire un tour à Miri et Kuching dans le Sarawak, notamment au Niah National Park et au Bako National Park, mais bon, dans la vie il faut faire des choix. Pour paraphraser mon buddy Roark; dans ce coin de l’Asie (Indonésie, Borneo, Philippines, bref les archipels), il n’y a aucun moyen de faire le tour de manière linéaire… chaque choix de destination t’ouvre une porte et en referme plusieurs. Cependant, pour ceux qui aimeraient visiter cette partie du monde, je crois que la meilleure manière de visiter Borneo serait d’arriver à Kuching, de traverser l’ile et de quitter par Kota Kinabalu… ou vice-versa.
J’espère que j’aurais réussi à vous faire connaitre un peu plus cette partie du monde qui gagne à être connu à travers mes humbles épisodes.
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Next Stop; Manille et les Philippines…
Ce périple, je le commence seul… non je ne me suis pas chicané avec Roark, il est toujours mon best travel buddy. Pour ceux qui se sont attaché à ce curieux personnage, ne vous en faite pas, vous entendrez à nouveau parler de lui avant longtemps…
Bon… c ça qui est ça… Chow Bye Groupe
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RENDONS GLOIRE AUX DISPARUES
Mes pieds ont passé d’agréable moment dans vous… je ne passerais pas par quatre chemin; JE VOUS ADORAIS. J’ai vécu une tonne d’histoires avec elles et j’avais l’intention d’en vivre encore beaucoup. Au fil des mois, elles avaient développé leur odeur bien particulaire qui faisait en sorte de les rendre uniques… Où que vous soyez, vous allez me manquer. J’espère juste que vous ne finirez pas dans les pieds d’un chinois… vous méritez bien mieux que cela.
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Pictures / Photos; Nicolas Pare – Jaime Storey
Épisode 28 – A taste of Paradise
SEMPORNA
Fin septembre 2013
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Entre le moment où je suis parti de Sukau et l’instant où j’ai posé les pieds à Semporna, j’ai appris une chose; ne jamais plus faire confiance à quelqu’un pour me booker un billet d’autobus. Le gars qui nous a réservé les billets nous a pris un bus hyper luxueux qui nous a couté la peau des fesses… asiatiquement parlant.
Arrivé à Semporna… la ville en soit n’a absolument rien d’intéressant. On me dirait que c’est une ville indienne et je n’aurais aucune difficulté à le croire. Très étendue sur le rivage et composée d’une population très pauvre, le centre-ville, où tous les hébergements se trouvent, est un gigantesque attrape touriste; les chambres, la bouffe et la bière sont à des prix exorbitants… ajoutez à cela que l’endroit a été pris d’assaut par des australiens tout droit sorti de la puberté… ou pas encore sorti. En regardant certains d’entre-eux, j’ai l’impression que je pourrais être leur père. Tout cela pour dire que je déteste l’endroit.
Heureusement, nous ne sommes pas là pour visiter la ville, mais bien pour nous envoler (bateau) vers l’une… ou plusieurs, on verra bien… des petites iles paradisiaques qui forment l’archipel de Semporna à proximité. Composé d’une bonne douzaine d’iles à plus ou moins 1 ou 2 heures au large, l’endroit est reconnu comme l’un des plus beaux au monde pour la plongé sous-marine. De plus les îles ont tout pour être sur des cartes postales.
En plus de Semporna la ville, il est possible de séjourner sur les iles de Kapalai ($$$) et Mabul ($). Autrement, toutes les autres iles sont accessibles, mais il faut y faire des excursions d’un jour et retourner sur la terre ferme en fin de journée.
Le bijou de cet archipel a pour nom Sipadan. Une excursion d’un jour sur cette ile pour y faire de la plongé coutent par contre plus de 200$ et il faut réserver longtemps à l’avance (il est possible de trouver de la place à dernière minute en raison de désistement, mais ne comptez pas trop là-dessus ou ayez beaucoup de temps devant vous). Sinon, pour des gens recherchant la tranquillité… donc des iles désertes avec de belles plages et du bon snorkeling/diving, les îles de Sabuan et Maiga sont taillées sur mesure pour vous…
En soirée, nous avons fait la connaissance de Martin et Emma, un couple d’anglais en voyage depuis 6 mois. Nous avons passé une soirée haute en alcool.
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MABUL ISLAND
Dès le lendemain, je me suis réveillé à l’aube pour me diriger vers Mabul Island, petite île à 1 heure au large et invisible de la cote, puisque grosse que mon cul… donc très petite. Pour sa part, Roark voulait passer plus de temps à Semporna (hangover) et allait me rejoindre le dès le lendemain.
Au premier coup d’œil, l’ile est très petite et semble remplie à trop pleine capacité de Resort de tout genre. Étant l’une des seules iles de l’archipel à pouvoir être habité, c’est un peu compréhensible. La plupart des bâtiments ne sont pas construits sur l’ile, mais sur des pilotis sur l’eau tout autour de l’ile.
Le Resort que j’ai choisi est super; océan s’étendant jusqu’à l’infini tout juste devant, personnel charmant, de la bouffe à volonté et parfaitement orienté plein Ouest… donc couché de soleil magnifique à prévoir. Aussi, si je voulais, je n’aurais qu’à retirer l’une des planches de bois simplement clouée qui représentent le plancher de ma chambre pour voir l’océan sous mes pieds héhé… mais bon, je me garde une petite gêne… pour l’instant.
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SNORKEL IN KAPALAI
À peine arrivé là-bas que je m’embarquais pour aller faire un trip de snorkeling à environ 1h de là près de Kapalai Island… île qui n’en est pas vraiment une puisque c’est essentiellement un gros banc de sable créé par l’homme… qui disparait complètement sous l’eau pas grande marée où avec des vagues intenses. Sur ce banc de sable on retrouve 1 ou 2 Resorts de luxe. Bref, pas le genre d’endroit que je peux me payer. Ma seule chance d’approcher cette ‘’ile’’ était donc avec un masque et un tuba.
Tout comme l’ile, le récif tout autour a été créé artificiellement. Pour ce qui aime voir des coraux de toutes les couleurs et plus beaux les uns que les autres, ce n’est pas l’endroit. En revanche, pour ceux qui voudraient voir une TONNE de poissons, c’est l’endroit où aller. J’étais littéralement entouré de sushis de toute sorte et toute grosseur; des plus minuscules, au plus gros… en permanence.
Je prenais un malin plaisir à nager à toute vitesse dans les bancs de poissons pour qu’ils se sauvent de tout bord tout coté. À un certain moment, j’étais complètement entouré de beaucoup de petits poissons… je n’avais alors qu’à bouger la main dans une direction pour que tous les poissons dans cette direction s’écartent. Une fois mon bras revenu le long de mon corps, les poissons reprenaient leur place… wow, j’ai du faire cet exercice un bon 10min tellement je m’amusais comme un petit fou. Il y avait aussi des espèces de poisson-oiseaux ou oiseau-poissons… bref, je ne sais pas. Ce que je sais c’est qu’ils sortaient de l’eau pour ensuite franchir 30-40m à toute vitesse et replonger dans l’eau.
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Une fois revenu sur la terre ferme de ma petite ile, j’ai entrepris de faire le tour en compagnie de 2 jeunes allemands…
À un certain moment, j’ai voulu aller faire une trempette dans l’eau. Quand j’ai commencé à me baigner, il y avait déjà 2 enfants dans l’eau et très loin de moi… puis, ils sont venu me voir… et enfin je suis sorti de l’eau et ils m’ont suivit… pour que je réalise qu’ils étaient complètement nu… un garçon et une fille de 10-12ans. Vous auriez du voir ma tête lorsque j’ai réalisé qu’ils n’avaient aucun maillot; je ne savais plus ou regarder tellement j’étais mal. J’ai donc pris la poudre d’escampette assez vite.
Moins d’une heure plus tard, nous étions de retour à notre point de départ. Même si l’île est minuscule, elle regorge de trésors; que ce soit le village très rustique qui occupe le centre et environ le 1/3 de l’ile, les luxueux bungalows sur pilotis au large, comme on en voit dans les films, les fils d’électricité qui sont à hauteur d’homme… entk à ma hauteur d’homme… et dans lesquels je reste coincé, l’endroit n’est pas simplement une destination soleil. En fait, ce n’est pas une destination soleil puisque les plages sont très ordinaires… ceux cherchant une belle plage tranquille pour se baigner et prendre un bain de soleil devraient passer leur chemin. Par contre, c’est l’endroit tout désigné pour ceux désirant relaxer, faire du snorkeling et SURTOUT pratiquer la plongé sous-marine.
Voici donc quelques infos intéressantes… ou pas… c’est selon… à propos de Mabul island. Les Resorts de tout genre et pour tous les budgets… il y en a des TRÈS luxueux… comme on voit dans les films… de gigantesques complexes sur pilotis au-dessus d’une eau d’un bleu clair avec une multitude de poissons visible des passerelles. Un truc maison pour pouvoir entrer et circuler librement dans ces Resorts qui ont des gardiens à l’entrée (donc quand la passerelle sur pilotis touche terre); faire semblant de rien, ne pas leur demander si tu peux aller voir 5min, fermer ta gueule, marcher comme si tu savais où tu t’en allais et passer les gardiens… et vlan… te voila à te promener dans les Resorts luxueux. Ahhh, être un maillot de bain, pas de chandail, avec un masque de plongé sur la tête et des palmes dans les mains aide aussi à rendre le tout plus crédible…
Tous ces Resorts côtoient un très village de pêcheurs très pauvre. On aurait dit que la presque totalité de la population était constituée de jeunes de moins de 15ans. Où sont les parents?!?… aucune idée… tellement que j’ai pensé que cette ile pourrait en fait être un orphelinat; tu donnes naissance à un enfant non désiré, Mabul Island est là pour régler ton problème. Ajoutez à cela que cette population d’adolescents pré pubères est en nombre beaucoup trop important… en clair, il y a surpopulation. Un jour ou l’autre, ils vont avoir à prendre le taureau par les cornes et régler le problème… mais bon… c’est une autre histoire… relisez mes histoires sur l’Inde si vous voulez m’entendre parler de pauvreté…
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Après, il ne restait plus qu’à attendre le clou de la journée; le coucher de soleil. Le moment venu, j’étais au rendez-vous bien assis sur ma chaise au bout du quai. À ce moment, un très petit bateau est passé tout près devant nous. À peine hors de l’eau, il avait à son bord un jeune garçon… qui pagayait… est un très très jeune garçon… qui enlevait l’eau de l’embarcation avec un contenant en plastique. Je sais très bien que ces enfants sont surement hyper pauvre et que c’est la raison pourquoi leurs parents ne peuvent leur offrir un meilleur bateau… mais une partie de moi était jalouse et aurait voulu être l’un d’eux. Comme quoi, l’eau est toujours plus bleue chez le voisin (j’ai adapté le dicton à mes conditions de vie actuelle). Malgré la présence de nuages, qui m’ont empêché de voir le soleil disparaitre dans l’eau, ça en valait le coup. De toute façon, ce n’est que parti remise pour demain…
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Le lendemain matin à la 1ère heure, j’ai pris mon masque/tuba et mes palmes et j’ai entrepris d’aller faire du snorkeling par moi-même. En effet, la totalité des sites de snorkeling/plongé sur Mabul sont à au plus une centaine de mètres du rivage. Il est donc facile… pour une personne téméraire… d’y aller sans avoir à payer pour un bateau… ce qui me sauve au moins 15$ de la shot. En fait, la seule raison pourquoi je me suis précipité sur la bateau d’hier est parce qu’il allait sur une autre ile et que c’était très rare…
Après quelques minutes de marche, j’étais donc à nager au travers des bungalows sur pilotis. Au départ, je ne savais pas vraiment si j’étais dans un véritable endroit pour le snorkeling, mais après quelques minutes, 2-3 bateaux remplis de chinois sont apparus et ont commencés à faire du snorkeling à l’endroit où j’étais (j’ai appris par après que les meilleurs récifs sont au travers des bungalows… à l’endroit où je me trouvais).
C’était drôle à voir, alors que j’étais parti de la berge, tout seul et sans flotte… avec bien souvent les mains dans le dos (pas besoin de faire d’effort pour flotter, il faut simplement bouger les pieds pour se propulser), j’étais entouré de chinois qui se tenaient la main… parce que certains ne savaient pas nager ou avaient peur de l’eau… en groupe de 3-4 avec guides, flottes, bouées, etc.
Les coraux étaient encore une fois assez ordinaire, mais les poissons étaient encore au rendez-vous… en plus de tous ceux que j’avais déjà vu la veille, j’ai même eu la chance d’apercevoir 2 grosses tortues… et de les suivre pendant un très long moment. Je suis aussi tombé sur un groupe de barracudas (espèces de serpent des mers), un champ d’étoiles de mer qui allait jusqu’à perte de vue et un poisson tout jaune en forme d’épée.
Puis, après plus d’une heure dans l’eau, j’ai fait mon petit bonhomme de chemin jusqu’au rivage. J’ai du me perdre en chemin parce que je me suis retrouvé sur la portion de plage du village, rempli de bateaux de pêcheurs et de maisons de fortune. De là, il me fallait maintenant regagner mon Resort… plus facile à dire qu’à faire. Je n’aurais jamais cru pouvoir me perdre sur une ile aussi petite et pourtant s’est arrivé…
C’était surréel… je portais simplement un short, j’avais mon masque/tuba sur la tête et mes palmes dans les mains et je déambulais dans les ruelles du village alors que tout le monde me faisaient des signes de la main et voulait attirer mon attention…
Lorsque je suis finalement retourné au Resort, Roark m’avait rejoint… il avait une bien meilleure mine que lorsque je l’avais vu la dernière fois héhé…
S’en ai suivit une autre fin de journée tranquille à regarder un coucher de soleil… presque sur l’eau… maudit nuages grrr…
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Après maintenant 3 jours et une bonne demi-douzaine de snorkeling plus tard, il y a 2 constats à faire. D’une part, même si j’ai vu des poissons magnifiques et que le paysage est digne de cartes postales, je suis beaucoup plus dans mon élément les 2 pieds dans des bottes puantes à monter une montagne. D’une autre, même si je n’ai pas vraiment les aptitudes nécessaires (je suis un nageur très moyen), je suis tout aussi casse cou dans l’eau qu’en montagne. Outre ma première sorti ou j’ai pris un bateau pour me rendre sur une autre ile, je me suis rendu tout seul comme un grand à tous les autres sites à quelques centaines de mètres au large autour de l’ile… et ce, armé simplement de mes palmes et d’un masque/tuba… alors que tous les autres que j’ai vu s’y rendaient en bateau avec guide et flotte.
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Une autre journée s’est écoulée à m’occuper comme je l’avais fait lors des précédentes… c’est donc dire me gaver dans le buffet à volonté de mon Resort, regarder l’océan en buvant du thé, aller faire du snorkeling quelque part autour de l’ile armé de mes palmes et de mon masque/tuba, faire un somme, remanger comme un ogre…
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Puis, il a fallu que je me résigne à quitter cette ile. J’ai donc pris le bateau pour retourner sur la terre ferme à Semporna… frisson de dégout. Bien que j’avais hâte de passer à autre chose, ce ne fut pas une mince tâche de quitter cette ile…
En arrivant à Semporna, on nous a dit que Mabul était une attrape touriste et que c’était très pollué… mais je n’ai rien vu de tout cela. Oui l’ile est remplie à trop pleine capacité de Resorts et de population locale, mais on s’en fou, nous n’allons pas là pour ça, on est là pour faire la farniente et/ou profiter des charmes de l’océan… et l’ile remplie amplement ces 2 critères.
Le fait demeure que je me trouvais sur une petit coin de paradis perdue au milieu de l’océan et que je n’avais qu’à aller au bout de la salle à manger de mon Resort et me pencher pour voir des poissons nager dans l’eau transparente, ou regarder droit devant et voir l’océan… océan tout d’abord d’un bleu clair sur quelques centaines de mètres, puis d’un bleu foncé jusqu’à perte de vue.
Cet endroit est tout simplement le paradis sur terre pour les plongeurs/snorkeleurs… bref, ceux qui aiment se mettre un tuba dans la bouche et braquer leur tête vers le fond de l’eau, ceux qui aime se mettre une grosse bonbonne sur le dos et s’habiller d’un one suit très moulant… et pour ceux qui cherchent une tranquillité certaine… ou une certaine tranquillité, c’est selon encore une fois.
Cependant, ceux qui recherche de belles plages pour faire du sunbathing ou pour se simplement se baigner seront très déçu… si vous êtes dans la dernière catégorie, ne vous inquiétez pas… je trouverais votre paradis très bientôt héhé…
Pour moi, c’est le plus bel endroit… paradis tropicalement parlant… où j’ai pu poser les pieds dans ma vie… point à la ligne… jusqu’à maintenant. Avec les Philippines qui s’en viennent dans peu de temps, je doute cependant que cela tienne très longtemps.
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SENDING OUT AN S.O.S.
Le bateau et la promenade de 2h qui devait me ramener sur Borneo n’avaient à l’origine rien de bien attrayant. C’était sans compter les talents… inexistants… du pilote du bateau. À bord d’une petite chaloupe avec 2 touristes coréens… sans commentaire…
Donc, comme je le disais, MENTION SPÉCIALE au pilote du bateau qui a failli nous faire échouer à plusieurs reprise sur une multitude de haut fond (moins de 1m d’eau). La 1ère fois que c’est arrivé, je me suis dit ‘’bon, ça a bien l’air que c’est la route, qu’est-ce que je peux y faire’’. Puis, la 2ème fois, j’ai changé d’avis en voyant une demi-douzaine de chaloupe comme la notre passer quelques mètres à côté de nous à toute vitesse en évitant la zone à risque. Je me suis alors tourné vers le pilote et j’ai lâché un ‘’mais quel crétin’’ en français. Il m’a alors fait un sourire nerveux, du genre ‘’je vais lui faire croire que tout est sous contrôle, même si je suis dépassé par la situation’’. Le 4ème haut fond où nous nous sommes semi échoué était en fait un champ d’algue à perte de vue. On est resté immobilisé pendant un bon 15min alors que le crétin de pilote essayait tant bien que mal d’enlever les algues qui s’étaient enroulées autour des rotors du moteur. Pendant ce temps, les chaloupes nous passaient encore une fois à pleine vitesse à quelques mètres. À ce moment là, nous étions encore bien loin de Borneo et je commencais à m’imaginer des scénarios catastrophes du genre ‘’être pris au milieu de l’océan avec pilote plus con que con et 2 coréens avec les trop grosses valises qui roulent’’. Qui allaient passer par-dessus bord le 1er? En temps normal j’aurais répondu les 2 coréens, mais dans le cas présent, ils ne seraient pas mes 1ères cibles…
Puis, par je ne sais quel miracle, on s’en est sorti sain et sauf et on est arrivé à bon port.
Ce périple haut en couleur n’a pas seulement eu que des inconvénients. Le paysage était MAGNIFIQUE. J’ai pu admirer la superbe ligne d’horizon de Borneo, avec ses multiples petites montagnes, ses water villages un peu partout et sa jungle omniprésente. Il y avait aussi plein de maisons/complexes bâtis sur pilotis un peu partout au milieu de nulle part sur l’océan. On m’a par la suite raconté que ces maisons, et même parfois villages, sont occupés par des pêcheurs et que c’est leur maison. J’aimerais bien essayer l’instant d’une nuit, mais de vivre là c’est une autre histoire. Imaginez par tempête, grand vent, etc., quand ton seul moyen de transport est le bateau, bien souvent une petite chaloupe, et que la rive est à plus d’une heure.
DE RETOUR À LA RÉALITÉ
Bon, vous serez d’accord avec moi, je ne vous ferez pas trop pleurer en vous disant que je quitte cette ile paradisiaque pour retourner à ma réalité… de voyageur héhé. Je pose donc à nouveau ma maison sur le dos et je me dirige où le vent m’emportera… non, en fait, j’ai décidé de donner un petit coup de pouce au vent…
Une petite nuit à Semporna… frisson de dégout… et à la 1ère heure je prendrais un bus en direction du Mont Kinabalu, la cerise sur le Sunday de mon voyage à Borneo. De là, je finaliserais les préparatifs pour monter la montagne du même nom… qui pointe à plus de 4000m.
Roark n’ayant pas trop envi de s’attaquer au Mt. Kinabalu… je suis sur qu’il va finir par le regretter… je me sépare donc à nouveau de mon fidèle compagnon. Pour sa part, il a décidé de rester un peu plus longtemps sur Mabul afin d’y faire d’autres plongés… mais bon, je suis sur que nos routes vont finir par se recroiser avant longtemps…
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P.S. – En allant manger dans un restaurant malaysien… j’ai eu de la misère à trouver un vrai restaurant malaysien avec des prix raisonnable, mais j’ai réussi… la jeune fille qui m’a servi m’a tendu un menu de touriste… en anglais. Je n’y comprenais rien moi qui est habitué à lire les indications en malay. Riz, pasta, egg (œuf), bread (pain), etc. ne me disait rien… J’ai donc demandé un menu en malay… la jeune fille était très surprise par ma demande… Enfin j’avais retrouvé mes repère; ayam (riz), mee (sorte de pasta), telur (œuf), roti (pain) etc.
Épisode 27 – Dans la jungle, terrible jungle…
OH OUiiiiiiiiiiii…. i i i i… AWIMBOWÉ
Bon, il n’y a pas de Lion dans la jungle de Borneo… mais c’est une jungle quand même bon…
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RETOUR DU BRUNEI
À la fin de mon dernier épisode, je vous avais laissé tout de suite après avoir passé LES frontières pour revenir dans l’état du Sabah en Malaisie après un court séjour de 3 jours au Brunei… et un TRÈS COURT séjour de moins d’une heure au Sarawak.
L’idée était alors de regagner Kota K afin de planifier le reste de notre voyage ici. Avant d’y parvenir, nous avons fait un pit stop à Beaufort. Première ville d’importance rencontré après notre départ du Brunei, on s’y est arrêté en pensant qu’il y aurait quelque chose à faire/voir… mais ce n’était pas le cas…
On a donc tué le temps en se trouvant un bar miteux vendant de la bière pas cher… après tout, on était revenu dans un état qui vendait de l’alcool, il fallait bien célébrer. De toute façon, il n’y avait rien d’autre à faire en attendant de prendre le train pour Kota K le lendemain matin, via la seule ligne de ferroviaire de l’île (entre Beaufort et Kota K).
Avant de passer à autre chose, je veux juste être sur qu’on s’est bien compris concernant Beaufort… qui porte très mal son nom; ce n’est pas beau et il n’y a pas de fort… si vous allez un jour sur l’île de Borneo, passez votre chemin…
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KOTA K… ENCORE
Avec ce retour à Kota K, la ville peut officiellement entrer dans un club sélect des villes asiatiques que je considère comme étant mon chez moi. Pour être considéré comme tel, la ville doit répondre à certains critères. D’une part, je dois aimer l’endroit et être en mesure de m’imaginer y vivre. D’une autre, je dois y avoir séjourné plus d’une semaine… pas besoin d’être consécutif. Enfin, je dois y être allé plus d’une fois durant mon voyage. Elle rejoint donc les villes de Kolkata et Kathmandou.
Les quelques jours que nous y avons passé ont été des journées de Geek à trier nos photos, écrire nos blogues respectifs, aller au cinéma et planifier le reste de notre voyage sur Borneo.
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EN ROUTE VERS L’EST
Habitué depuis quelques jours au confort de notre chambre, à notre petite routine et à faire la grâce matinée… ce fut un très pénible retour dans la peau de backpackers pour aller prendre le bus à l’aube…
6 heures et des poussières très pénibles plus tard, nous étions à Sandakan…
Nous ne savions absolument rien à propos de cette ville avant d’y arriver. Rien d’autre si ce n’est que la ville a la particularité d’avoir le seul lien maritime (ferry) pour rejoindre les Philippines (tout pays entourant les Philippines confondus). Lors de notre arrivé sur Borneo, nous avions planifié de prendre ce ferry jusqu’au Philippines une fois notre aventure à Borneo terminée, mais bon… je ne sais pas si vous suivez les nouvelles internationales ces temps-ci… NON… eh bien moi non plus… mais on nous a informé qu’il y a eu une insurrection dans la région, et particulièrement la ville, où le ferry arrive au Philippines. Toute la zone est en proie à une terrible guerre civile entre les forces de l’ordre et un groupe de musulman séparatistes. Les tensions existent depuis plus de 50ans (ça on savait), mais il y a eu une recru d’essence depuis début septembre; on dénombre plusieurs morts et blessés sérieux et beaucoup de kidnapping. Bref, on a décidé de changer notre fusil d’épaule…
Nous avons donc été agréablement surpris de découvrir une petite ville très charmante. Ville côtière qui sur papier comporte autant d’habitants que Kota K, le centre-ville est plus petit que le Vieux-Québec. Le reste de la population est éparpillée dans les très laides et très américanisés banlieues tout autour.
Aussi, contrairement à Kota K, qui a été détruit presque entièrement durant la guerre et ensuite reconstruit, Sandakan transpire l’histoire… elle a en effet été marquée au fer rouge par les évènements qui s’y sont passés durant la 2ème Guerre Mondiale … je parlerais un peu plus loin dans l’épisode.
Depuis notre arrivé sur l’île, on trouvait que tout était beaucoup trop chic’n swell; pas de pauvreté, les rues propres, les bâtiments bien entretenus, etc. La ville comporte un bon mélange de bâtiments historiques, de bâtiments crasseux et de bâtiments contemporains, ce qui fait en sorte de la démarquer complètement par rapport aux autres villes que nous avons pu voir sur Borneo jusqu’à présent.
Le meilleur moyen de qualifier cette ville en 1 mot serait d’utiliser le mot « ghetto »… pas dans le sens de « ne mettez pas les pieds là, c’est dangereux », mais plutôt dans le sens de « on voit que l’endroit a du vécu, tout n’est pas rose, mais les gens semblent heureux, hyper gentils et accueillants ». Ce qui aide à renforcer ma vision de Sandakan étant un ghetto est le fait que la plupart des bâtiments du centre-ville pareils. Ils ont cependant été approprié par les habitants depuis le temps ce qui les rends tous unique.
En se promenant un peu, on a finalement découvert de la pauvreté en Malaisie… pas qu’on voulait en trouver absolument, mais bon… vous me comprenez. En marchant sur le bord de l’eau, on a aperçu un bidonville. Sans même se consulter, moi et Roark avons instinctivement changé de cap pour aller y faire un tour.
Je crois très sincèrement que nous sommes parmi les premiers touristes, sinon les premiers, à aller dans cet endroit. Pourquoi? Parce que de l’extérieur ces endroits semblent dangereux, ou à tout le moins pas vraiment sécuritaire. Pourtant, à la minute où on pose les pieds, les gens nous ont inondés de « welcome (bonjour) », « nice to meet you (content de vous rencontrer) », etc. Ils étaient simplement content de nous voir (ça paraissait sur leur visage) et le simple fait de les regarder et de leur répondre leur mettait un sourire fendu jusqu’aux oreilles sur le visage. C’est gens là sont sensés être les plus démunis de leur société, mais ils sont très riche de cœur…
En fait, le côté gentillesse peut s’appliquer à toute la population de Sandakan. Les gens sont tellement gentils avec nous ça na pas de bon sang. Peu importe ou on va, on reçoit de beaux sourire, des saluts de la main. Ce n’est pas complique, je pourrais m’installer sur le bord d’une rue toute une journée et ma journée serait superbe; les gens me salueraient et viendrais me parler. Le plus drôle ce sont les groupes de jeunes filles; elles nous regardent toutes gênées et nous demandent plus souvent qu’autrement la même question; « what’s your name (quel est ton nom) ». Une fois qu’on leur a dit Nicolas et/ou Roark, elles se mettent à rire entre elles comme si le plus beau gars de l’école au secondaire avait daigné leur parler.
En partant de là, j’ai demandé à Roark s’il aurait osé poser les pieds dans ce genre d’endroit sans être allé précédemment en Inde. La réponse fut tout autant immédiate que sans équivoque; NON… et je partage son avis. Pourtant, c’est ce genre d’endroit qui rend mon voyage si unique depuis le début.
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SEPILOK ORANG OUTANG CENTER
Le Orang Outang Center est une activité à ne pas manquer si vous êtes dans les environs de Sandakan. C’est en fait la 2ème activité la plus populaire de toute l’ile de Borneo. Cependant, on y écrit de séjourner à Sepilok, donc à proximité du Centre, et de ne pas perdre son temps à aller à Sandakan. Je ne sais pas qui a pu écrire cette connerie puisque Sandakan est une superbe petite ville.
En opération depuis 1964, le centre a pour but de soigner et réhabiliter les Orang Outangs trouvés blessés dans la jungle. Ce n’est donc pas un zoo à proprement parler puisque dès que ceux-ci sont complètement rétablis, on les retourne dans la jungle.
Le terme « Orang Outang » signifie « homme de la forêt » en Malay. À ce sujet, le seul terme « Orang » signifie « homme ». Il est très fréquent de voir ce mot écrit un peu partout (toilette, etc.). Au début, je trouvais cela un peu bizarre puisque pour moi Orang signifie automatiquement Orang Outang… mais bon… je m’accepte désormais comme je suis et je n’ai pas peur de le dire; JE SUIS UN ORANG.
Formant la 3ème espèce d’animaux ressemblant le plus aux humains (génétiquement parlant) après les chimpanzés et les gorilles, on retrouve les Orang Outang uniquement sur les îles de Sumatra (tout près d’ici en Indonésie) et Borneo (ici). Ils ont 2 bras hyper longs et musclés (qui peuvent atteindre 2,4m) et 2 jambes très fines et petites. Le plus impressionnant est le fait qu’autant les bras que les jambes ont des mains… ils peuvent donc manipuler les objets, etc. aussi bien avec les bras que les jambes… ce qui les rends hyper agile.
Pour la 1ère fois de ma vie, je m’en suis voulu de ne pas avoir un bon zoom sur ma caméra aujourd’hui. J’aurais bien aimé prendre des photos des visages de ces charmants demi-hommes.
Au final, je considère cet endroit un semi attrape touriste; c’est un peu cher, tous les touristes sont cordés sur une rampe et attendent que les demi-hommes se pointent pour leur lunch à quelques mètres de nous… mais bon, ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de voir des Orang Outang de près.
Vous trouverez ci-joint le lien vers un vidéo que j’ai pris d’un Orang Outang me passant au-dessus de la tête… c’est une mère et elle a un petit dans ses bras… ahhh… et désolé pour le cadrage… l’écran de mon appareil photo est brisé depuis des mois. Je m’y suis habitué, mais cette fois-ci j’ai complètement raté mon coup;
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WORLD WAR II PARK MEMORIAL
À notre retour, nous sommes passés par le WWII Memorial Park.
À quelques kilomètres à l’extérieur de Sandakan, les japonais avaient établi leur camp pour garder en captivité les prisonniers Alliées qu’ils avaient fait durant la 2ème Guerre Mondiale.
Alors qu’ils savaient pertinemment que ce n’étais qu’une question de temps avant que les Alliées reprennent possession de l’ile, les japonais ont pris soin de faire disparaitre le plus de preuves des atrocités qu’ils ont pu commettre durant leurs 4 années d’occupation avant de capituler l’ile. Ils ont détruit le camp de prisonniers et ont entrepris de faire marcher tous les prisonniers du camp jusqu’à Sarau, quelques 260km plus loin.
Il ne reste aujourd’hui presque plus rien du camp. Cependant, un parc a été aménagé et rempli très bien sa tâche d’éduquer les gens à propos de ce qui s’est passé là-bas, afin de ne pas oublier pour que pareille chose ne se reproduise jamais.
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DEATH MARCH
Voici donc un peu de détails concernant les atrocités qui se sont passés sur l’ile de Bornéo sous l’occupation Japonaise pendant la 2ème guerre mondiale.
En 1942, après avoir envahi Singapour, les japonais ont transférés quelques-uns des prisonniers de guerre (communément appellés POW – Prisoners Of WAR) qu’ils y avaient faits (principalement des australiens et des britanniques) au Nord de l’ile de Bornéo, plus précisément à leur camp de Sandakan… donc où je me trouve présentement.
Début 1945, alors qu’ils commençaient à sentir la soupe chaude, en d’autres mots quand ils savaient pertinemment que ce n’était plus qu’une question de temps avant que les Alliées ne les délogent de Bornéo, les japonais ont entrepris de faire le ménage.
Janvier 1945 – La 1ère marche – Ils ont entrepris de faire marcher 470 prisonniers, sélectionnés parmi les prisonniers les plus en forme dans le camp, de Sandakan à Ranau, ne leur donnant que 4 jours de rations. Le trajet pris 9 jours aux prisonniers. Ceux qui ne pouvaient pas avancer à un bon rythme étaient exécutés sur le champ. Une fois rendu à Ranau, les survivants de la marche ont été ont été laissés pour mort dans un camp au pied du mont Kinabalu (montagne de plus de 4000m).
Mai 1945 – La 2ème marche – 540 prisonniers ont été sélectionnés dans le camp de Sandakan pour marcher jusqu’à Ranau. Ayant encore une fois 4 jours de ration, la marche dura 26 jours…
Juin 1045 – Les 250 prisonniers toujours en vie à Sandakan ont tous été convié à entreprendre la même marche jusqu’à Ranau. Avant le 50ème kilomètre, il n’y avait plus aucun survivant…
À la fin aout, les 38 prisonniers ayant survécu aux 2 premières marches et qui étaient alors laissés pour mort à Ranau ont finalement été exécutés.
À la fin de la guerre, de tous les prisonniers de guerre qui avaient été incarcéré au camp de Sandaka, seulement 6 étaient toujours en vie… parce qu’ils s’étaient échappés à un moment ou à un autre lors des marches ou de l’incarcération à Ranau. Au total, 2345 prisonniers de guerre ont été tués durant leur détention à Borneo… Ils sont aujourd’hui commémoré au cimetière que nous sommes allé visiter sur l’île de Labuan (voir épisode 25). Toutes ces atrocités ont été commise alors que la Convention de Genève avait déjà été signée… convention qui vise à protéger les prisonniers de guerre.
Autrement, d’autres endroits à proximités de Sandakan et chargés en histoire méritent le déplacement…
Une visite au cimetière japonais vaut le détour. Non seulement ils ont une manière propre à eux de faire leur tombe, mais aussi le cimetière est gigantesque et on a une superbe vue de la baie de par sa position sur de petites collines surplombant la ville. Attention; si vous décidez de vous aventurer dans les profondeurs, vous feriez mieux de laisser des traces derrière vous pour retrouver la sorti. Croyez-moi sur parole…
Mémorial chinois faisant référence au massacre de centaine de civils chinois par l’armé japonaise le 27 mai 1945. Nous n’avons pas été en mesure d’en savoir plus à propos de cet évènement, mais nous présumons que juste avant de quitter Sandakan avec les prisonniers de guerre, les japonais ont surement fait un « grand ménage » de la population afin d’éliminer les traces.
Pour ceux qui aimeraient en savoir plus sur l’occupation japonaise de Bornéo, voici le lien vers un très bon livre en version PDF; http://www.dva.gov.au/aboutDVA/publications/commemorative/sandakan/Documents/sandakan_book.pdf
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LA RIVIÈRE KINABANGAN
Nous quittons donc Sandakan après y avoir passé 3 belles journées. L’endroit ne passera pas à la postérité comme étant un endroit magique, mais il est certainement à considérer pour quelqu’un qui s’aventure dans l’Est de l’ile de Borneo. De part son centre-ville charmant, ses nombreux monuments commémoratifs de la WWII et le centre d’Orang Outang, cette ville a quelque chose pour plaire à tous.
Direction Sukau…
Les bus ne se rendant pas directement dans ce village, nous déposant plutôt quelques 40km plus tôt, on nous a référé à un dénommé Mr. Choi, qui opère un service de transport illégal entre Sandakan et Sukau…
Bien que le tout nous semblait un peu louche, nous avons quand même décidé d’appeler ce type. Quelques minutes plus tard, tout était réglé; il allait venir nous chercher directement à notre hôtel et nous aider à sélectionner un endroit où demeurer une fois rendu à Sukau… pour un prix légèrement inférieur à ce que cela nous aurait couté d’y aller en bus.
Il aurait été hyper facile de booker un trip tout inclus de 2 ou 3 jours à partir de Sandakan… il en pleut… mais qui dit « trip tout inclus », dit $$$… et $$$ va à l’encontre du code d’honneur non écrit de tout backpacker venant du Backpackistan (ce n’est ni un pays, ni une religion… c’est à quelque part entre les 2); un vrai bon backpacker ne doit pas se laisser tenter par la facilité et incidemment $$$, il doit plutôt tenter par tous les moyens de faire l’aventure par ses propres moyens et en dernier recours… je dis bien DERNIER RECOURS, c’est donc dire après avoir TOUT TENTÉ… il pourra se résigner à faire affaire avec une agence offrant des tours organisés sans que son Honneur n’en soit affecté.
Ne restait plus qu’à attendre l’heure prévue le lendemain et espérer que le type se pointe… j’ai appris à la dur que quand quelque chose semble trop beau en Asie, c’est que c’est trop beau et qu’il y a anguille sous roche… Laissons la chance au coureur et jugeons par la suite…
Avance rapide jusqu’au moment où Mr Choi devait nous ramasser…
À l’heure précise, le gars s’est pointé. Mr Choi était complètement différent de ce que j’avais pu m’imaginer. On m’avait dit qu’il s’occupait d’un service de transport illégal… je m’attendais donc à voir un gars un peu amoché par la vie dans une voiture un peu louche…
J’avais devant moi un gars tout souriant, semblant plus inoffensif qu’une mouche… dans un minivan familial flan ban neuf. En discutant un peu avec, on a compris que Mr. Choi était en fait l’un des habitants de Sukau… nous l’avons d’ailleurs rebaptisé le Seigneur de Sukau…
Le très petit village de 1300 habitants qu’est Sukau se situe le long de la rivière Kinabatangan, une rivière d’une couleur brun-chocolat… donc tout sauf bleu clair, la 2ème plus longue rivière de la Malaisie. Après avoir marché tous les environs, on se demande bien où peuvent se trouver les 1200 autres habitants… ils ont peut-être compté les Orang Outangs et autres animaux dans le décompte…
Ce village est l’image que je me faisais de la Malaisie avant d’arriver sur Borneo; c’est rural et en plein milieu de la jungle… tout le contraire des endroits où nous sommes allé jusqu’à présent; comprendre Sandakan, Kota K et Labuan.
Pourquoi être venu ici… surement pas pour son climat, puisque c’est l’un des endroits les plus humides où j’ai pu aller dans ma vie. NON… c’est plutôt parce que l’endroit est réputé comme étant un incontournable pour tous ceux qui veulent voir la jungle, et incidemment les animaux qui l’habite, de Borneo; un véritable zoo à ciel ouvert où les humains et les animaux cohabitent. On y retrouve des Orang Outangs, des Singes Proboscis (ils ont le nez en choux fleur comme Robert Charlevoix… vous savez un nez d’ivrogne…) et des serpents… notamment de gros pitons. Les plus chanceux auront aussi la chance d’admirer des Éléphants Pigmés (j’imagine qu’ils sont plus petits) et/ou des Rhinocéros de Sumatra (il y a 5 espèces de rhinocéros dans le monde et celle-ci est la plus ancienne et la plus petite). Ahhh aussi… j’oubliais de vous mentionner que toute la rivière Kinabatangan est INFESTÉE de crocodiles d’eau salée.
Fait un peu comique… c’est assurément l’endroit depuis le début de mon voyage où je suis le plus à risque en ce qui concerne la malaria (piqure d’insecte) puisqu’ils sont en très grand nombre ici. Fait un peu pas du tout comique… je me suis débarrassé de mon filet à moustique (vous savez le cossin que vous mettez au-dessus du lit pour vous protéger des moustiques quand vous dormez) il y a 1 semaine puisque je ne m’en étais encore jamais servi et qu’il prenait beaucoup de place dans mon sac… Autant vous dire que j’ai recommencé à prendre mes pilules contre la malaria illico…
Ne vous inquiétez pas, vous ne serez pas en reste… j’ai bien l’intention de vous raconter l’aventure… en fait, c’est beaucoup mieux pour vous puisque moi j’ai du attendre entre le moment où j’ai écris ces lignes et où j’ai vécu l’aventure… tandis que vous, vous n’avez qu’à passer au prochain paragraphe… gang de chanceux.
…
LES YEUX RONDS COMME DES 30 SOUS
À notre premier soir à Sukau, nous avons booké une balade en bateau… de nuit. C’est en effet le meilleur moment de la journée… nuit… pour apercevoir les pas très gentils mammifères tout droit sorti de l’ère préhistorique que sont les crocodiles… et de s’offrir une petite frayeur… mon guide et les gens rencontrés nous ont mentionnés que c’est une expérience unique en raison de tous les bruits étranges qui peuvent mettre nos sens en alerte.
Moi et Roark étions donc embarqués dans une petite chaloupe en compagnie du conducteur et du guide/teneur de lampe… appelons-le Boris… le gars le plus important sur la planète pour les 2 heures prochaines heures de notre existence.
Tout de suite en partant, le guide nous a dit sur un ton très sérieux « don’t worry guys, crocodiles are vegetariens (ne vous en faites pas les gars, les crocodiles sont végétariens) ». Ben oui toué… as-tu vu la belle poignée qu’on vient de m’installer dans le dos. Comme si ces mammifères avaient survécus durant des milliers d’année, alors que la très grande majorité des espèces autour d’eux disparaissaient tour à tour, en mangeant des algues, etc.
Avant même d’avoir aperçu un animal, l’expérience était déjà unique; sur une chaloupe, à voguer sur une rivière infestée de crocodiles, de la jungle partout autour de nous sur les 2 rivages, un ciel étoilé sans nuage, le bruit des animaux tout autour de nous et une obscurité TOTALE. Contrairement à la totalité des aventures que nous avons faites jusqu’à maintenant, notre champ de vision était restreint à l’endroit où pointait Boris… tout le reste était enveloppé par l’obscurité. Le feeling est difficile à décrire; un mélange de peur de ne pas savoir qu’est-ce qu’il peut bien y avoir à quelques mètres de moi et une soif d’aventure à combler (oui oui, j’ai toujours une soif d’aventure à combler). Juste cela rendait l’expérience unique et valait le prix que nous avions payé.
Durant les 2 heures qu’a duré notre balade, à tout moment le bateau s’arrêtait à proximité ou directement en-dessous d’arbres remplis à craquer de singes de toute sorte. On aurait dit de véritables hôtels pour singes où chaque famille avait sa branche bien à elle. L’un de ces singes était particulièrement amusant; quand le gars pointait le faisceau de lumière en sa direction, il faisait un signe de la main en voulant dire « eille le cave, j’essai de dormir… ». Bon, je dois avouer que je trouvais cela très drôle, mais que si j’avais été à la place de ce singe, j’aurais probablement sauté dans le bateau pour faire connaitre mon mécontentement.
Quelques minutes plus tard, un premier… et dernier… crocodile se pointait à une dizaine de mètres de nous et faisait son petit bonhomme de chemin sur la rivière. Après l’avoir observé nager pendant quelques secondes, il a décidé que s’en était assez cette foutu lumière qui l’éblouissait et il a plongé… disparaissant définitivement de notre champ de vision. À ce moment là, mon cerveau à comme réalisé que j’étais dans une très petite chaloupe au beau milieu d’une rivière infesté de crocodile… en pleine nuit. J’ai alors commencé à avoir la chienne au point où j’ai souhaité que l’activité se termine au plus sacrant. Ma crainte était surtout que les crocodiles attaquent le fond du bateau… mais cette crainte était infondée puisque je n’ai jamais entendu parler d’un crocodile qui était capable d’attaquer à la verticale… donc en remontant du fond de l’eau… je ne suis pas un expert, mais je crois qu’ils attaquent toujours à l’horizontale… peu importe, j’ai décidé de rentrer mes bras à l’intérieur du bateau, de déporter tout mon corps vers le milieu de l’embarcation et de mettre mes pieds sur le siège d’en avant… moi avoir peur… nooooon.
Plat de résistance de la balade, la chaloupe s’est immobilisée en-dessous d’un gros arbre qui se trouvait en porte-à-faux au-dessus de la rivière. Une fois le moteur du bateau coupé, Boris nous a expliqué que cet arbre était le repère d’un énorme Piton… À la minute où j’ai entendu le mot Piton, mon cerveau s’est mi à s’emballer; Piton (énorme serpent) + Arbre plein de feuilles (repère du Piton) + chaloupe immobilisée en-dessous de l’arbre + moi dans la chaloupe + incapable de voir au travers du feuillage = c’est officiel, je vais servir d’encas de début de soirée à ce serpent…
Il ne s’est malheureusement (heureusement) pas pointé… onnnn.
Décompte final; nous avons vu une tonne de chauve-souris… dont un immense nid et quelques-unes qui ont tentées de jouer au kamikaze en fonçant sur notre bateau… une bonne cinquantaine de singe (que ce soit des Macaques ou des Singes Proboscis), 1 crocodile, plusieurs crocodiles invisibles (à tout moment Boris nous pointait un crocodile, mais il était impossible pour moi et Roark de le voir), 1 très beau hibou et 2 très beaux et très petits oiseaux qui avaient un battement d’aile vraiment spécial.
Si vous passez un jour par Borneo, il vous faut à tout prix faire un trip de bateau sur la rivière Kinabatangan la nuit. L’expérience est unique et même si vous ne voyez pas beaucoup d’animaux, la balade va stimuler votre imaginaire et juste cela vous fera vivre des sensations fortes. Durant toute la balade, j’avais les yeux ronds comme des 30 sous et tous mes sens étaient en alerte.
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À LA POURSUITE DE MARLON BRANDO
Dès le lendemain matin à l’aube, soit à peine quelques heures après notre balade nocturne, nous étions de retour dans le petit bateau pour faire une autre croisière… cette fois, on y voyait clair; le meilleur moment pour y observer les singes, les oiseaux et les serpents. Dès les premiers instants, le pilote du bateau nous a fait pénétrer dans l’un des affluents de la Kinabatangan, une rivière très étroite, jonchée d’arbres morts, etc. Le pilote faisait preuve d’une grande dextérité en contournant chacun des obstacles avec soin… parfois, il y avait à peine de l’espace pour l’embarcation et il trouvait malgré tout un moyen de passer.
Encore une fois, mon imagination fonctionnait à plein régime; cette fois, je me croyais en plein milieu du film Apocalypse Now à remonter la rivière, en compagnie de Martin Sheen et Lawrence Fishburne, afin de retrouver Marlon Brando. À tout moment, je nous imaginais passer en-dessous d’un avion écrasé sur les berges ou encore nous faire pilonner par une pluie de flèches sorti de nulle part. Ne manquait plus qu’une trame sonore composée du Best Of de Pink Floyd et des Rolling Stones et le tout aurait été parfait.
Alors qu’hier nous avions entrevu quelques secondes un crocodile de loin, ce matin nous sommes tombé face à face avec l’un de ses frères à seulement quelques mètres devant nous. Sa démarche élégante, à zigzaguer dans l’eau, ses écailles dorsales pointées vers le ciel tels des couteaux et son regard vif ne pouvait faire autrement que forcer notre admiration… et faire trembler légèrement mes jambes. Puis, il a disparu… nous étions cette fois à la lumière du soleil, j’ai eu le même genre de feeling qu’hier; je suis dans une boite de conserve flottante… dans SON territoire. Pour ajouter à ma nervosité, le guide nous disais au même moment de rentrer toutes les parties de notre corps à l’intérieur de la limite du bateau… c’est fait Chef.
Alors que la rivière était pleine de crocodiles, les arbres fourmillaient d’animaux. Au final, nous avons vu 1 bébé crocodile, 2 ou 3 crocodiles adultes, quelques oiseaux exotiques et une bonne trentaine de singes de toute sorte. Encore une fois, ce fut une expérience mémorable.
Fait très cocasse… en revenant de notre croisière, le manager de notre campement est venu me voir tout gêné pour me demander si j’étais un acteur américain. Il m’aurait apparemment vu dans un film ou une émission télé il y a peu de temps héhé. En racontant l’histoire à Roark, il m’a dit qu’il comprenait très bien l’impression du manager puisque lui-même trouvait que j’avais des ressemblances avec l’acteur Damian Lewis, vedette de la série « Homeland » et de la très bonne télésérie « Band of Brothers ».
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ILS DANSENT AVEC LES SINGES
Pour clore en beauté notre périple à Sukau, nous avons décidé d’aller faire un trek dans la jungle à proximité du village… sans guide. La randonnée était sans histoire, voire très plate, jusqu’à ce que nous arrivions à la lisière de la jungle… là où la jungle a été coupé pour faire place à une plantation de palmiers entourée d’un ruisseau et de fils de fer électrifiés…
À ce moment, nous avons commencé à voir les arbres bouger et à voir voler des singes au-dessus de notre tête… ils se sont alors regroupés un peu plus loin dans la jungle et ont commencé à crier… probablement un moyen de défense. À ce moment, je ressentais une certaine excitation, mélangée avec un peu de peur.
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TOUT N’EST PAS ROSE À SUKAU
Comme mon sous-titre l’indique, il n’y a pas que de bons côté à Sukau. Comme à beaucoup d’endroit en Malaisie, le principal moteur économique de la région est l’exploitation de l’huile extraite des palmiers. Or, afin de combler le besoin grandissant de la demande, on coupe la jungle coupée au profit de nouvelles plantations de palmiers. Mis à part sur le bord des cours d’eau, où la jungle est essentielle pour faire vivre le 2ème moteur économique de la région, j’ai nommé le tourisme, la jungle est appelé à être remplacé par des plantations. Quel est le problème? Eh bien, la faune (animaux) que l’on retrouve dans la jungle peut difficilement vivre dans les plantations; mis à part les petits rongeurs, les oiseaux, les serpents et les lézards, les plus gros mammifères tels que les singes, les éléphants et les rhinocéros ne peuvent vivres dans pareil endroit. À court terme, les locaux se réjouissent puisque tous ces animaux « s’entassent » en bordure des cours d’eau, ce qui fait la joie des touristes… mais à long terme cela aura des conséquences néfastes et irréversibles.
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C’est déjà l’heure de plier bagages après avoir passé seulement 2 jours ici. On aurait bien voulu rester plus longtemps, parce que l’endroit est intéressant et que ce n’est pas cher, mais l’humidité… et surtout la quantité industrielle de moustiques et de fourmis PARTOUT (même dans nos lits…). Cela fait en sorte qu’on veut partir A.S.A.P.
Le plan pour demain est donc de se réveiller tôt, de déjeuner en vitesse et de se rendre jusqu’à l’intersection de la route principale reliant Kota Kinabalu/Sandakan à Semporna, notre prochaine destination, afin d’attraper un bus en faisant du pousse. Reste à savoir combien de temps on va poiroter le long de la route…
Jusque là, portez-vous bien…
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P.S. I – Même si ça fait maintenant plus de 2 semaines que je suis en Malaisie et que je me trouve presque quasi continuellement à proximité de l’océan, les occasions de s’y baigner ne sont pas très nombreuses. En effet, rare sont les fois où j’ai vu des plages depuis quelques temps. Il faut bien souvent prendre un bateau vers les petites iles qui sont disposées par-ci par-là à proximité de la cote pour profiter un peu de l’eau tempéré…
P.S. II – Roark étant un fumeur à temps partiel, depuis que nous avons séjourné à Sukau et que j’ai aperçu une affiche pour inciter à arrêter de fumer avec TAK NAK écrit en grosses lettres (je présume que cela veut dire LA CIGARETTE TUE), je n’arrête pas de lui dire ces 2 mots à chaque fois qu’il se roule une cigarette.
P.S. III
Kota K entre dans mon livre des records pour le plus grand nombre de films que j’ai pu aller voir au cinéma dans une seule ville en Asie. C’est fou comme durant les 6 premiers moi je n’ai rien vu de nouveauté cinématographique excepté 2 films à Kathmandou et en l’espace de 2 semaines, j’aurais vu tous les films américains/européens possible.
Pour les intéressés, voici la note que Roark et moi avons donnée aux films que nous avons vus à Kota K (note sur 5 et total sur 10)
Jobs – 3,5 – 4 (7.5)
Riddick – 4 – 3.5 (7.5)
Frozen Ground – 3 – 4 (7)
Immortal blablabla of Bones – 2 – 2.5 (4.5)
We’re the Millers – 4 – 4 (8)
RIPD – 3 – 4 (7)
Malavita – 4.5 – 4.5 (9) – À NE PAS MANQUER
2 Guns – 2 – 2 (4)
Prisonners – 4.5 – 4.5 (9) – À NE VRAIMENT PAS MANQUER
Épisode 26 – Brunei; le dernier royaume
Septembre 2013
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Levez la main ceux qui avaient déjà entendu le mot « Brunei » avant d’entamer la lecture de cet épisode?
Bon, maintenant gardez la main levé ceux qui savaient que c’était un pays… en Asie du Sud-Est… sur l’île de Bornéo… ancien empire très puissant… désormais enclavé dans la Malaisie sur le bord de la mer de Chine?!?
Mmmmm… c’est bien ce que je pensais…
On va être bien franc, la seule chose qui nous a incité à aller faire un tour au Brunei est qu’on trouvait ça con d’être tout près et de ne pas aller y faire un tour. En d’autres mots, on voulait simplement pouvoir dire qu’on y avait posé les pieds afin de pouvoir s’en vanter après.
Ne vous inquiétez pas, je ne vous laisserez pas en reste… avant la fin de cet épisode, vous en saurez un peu plus à propos de ce pays minuscule dont le slogan est « Adobe of Peace (un havre de paix) » et qui se targe d’être le pays musulman le plus ouvert d’esprit sur la planète.
…
Commençons donc l’épisode avec le désormais traditionnel bourrage de crane…
Très petit pays de 400 000 habitants, le Brunei n’est plus l’ombre du grand empire qu’il a déjà été autrefois… nous en reparlerons à la fin de l’épisode… mais représente tout de même la plus vieille monarchie de toute la planète. Celle-ci est plus vivante que jamais… comprendre qu’elle a encore tous les pouvoirs, contrairement à celle d’Angleterre par exemple. Le Sultan (roi) représente l’autorité suprême dans tous les domaines.
Géographiquement parlant, sa situation est pour le moins particulaire; le pays est complètement entouré par la Malaisie et se trouve sur une petite section de terre sur le bord de la mer de Chine.
Économiquement parlant, le pays est EXTRÊMEMENT RICHE grâce au pétrole. Contrairement à Dubai, qui exhibe sa richesse à en devenir indécent et dont seule une élite en profite alors que le peuple crève de faim, le Brunei est plutôt sobre (ils ne construisent pas de bâtiments flamboyants pour montrer qu’ils sont riches) et tous les habitants en profitent. En effet, chacun d’entre-eux a une assurance santé/médicaments gratuite, accès à l’école gratuitement, peu importe le niveau d’éducation, et tous les installations sportives, musées, etc. sont… gratuits. Si bien que la pauvreté n’existe pratiquement pas ici. Trop beau pour être vrai… je vais même en rajouter; les plus pauvres reçoivent une allocation pouvant aller jusqu’à 1000B$ par mois… ce qui est beaucoup d’argent.
Bon… je vois déjà certains d’entre-vous partir en peur; « si eux peuvent avoir accès à tous ces services gratuitement, pourquoi pas nous ». Arrêtez tout de suite votre démagogie… vous oubliez quelque chose d’important; EUX ont décidé de profiter de leur richesse (le pétrole)… EUX ont donc de l’argent et non des dettes par-dessus la tête… EUX ne sont pas un peuple de pissou qui se cache derrière de foutus moratoires à chaque fois qu’un projet pourrait contribuer à la richesse collective… EUX ne pensent pas que le terme « développement des richesses » signifie automatiquement « on va bousiller l’environnement » (au contraire, environ 80% du territoire du pays est une jungle laissée à l’état vierge)… EUX ne sont pas menottés par les syndicats quand ils veulent apporter tout changement qui ferait assurément mal à court terme, mais qui serait bénéfique à moyen/long terme…
Bon, je crois que je me suis perdu en cours de route… mais ça fait du bien héhé.
Tout cela est beaucoup trop beau… je vais encore en ajouter…
Comme je le disais dans mon introduction, le Brunei se décrit lui-même comme le pays musulman le plus ouvert de la planète.
Malgré le fait qu’ils soient des musulmans très pratiquants, rare sont les hommes portant l’habit, le chapeau blanc et la longue barbe typique à l’image qu’on se fait des musulmans et peu de femme portent le voile. C’est une société très très souple de ce coté.
De plus, les musulmans d’ici (et j’inclus ceux de la Malaisie) sont très ouvert et respectueux des autres cultures. En fait, ils ne comprennent pas comment les musulmans du Moyen Orient peuvent aussi mal interpréter le Coran (le livre sacré des musulmans). Selon eux, le Coran incite essentiellement à l’entraide (à aider son prochain) et à respecter/aimer tous les êtres vivants (musulmans et non musulmans).
Le joyau de cette couronne est sans aucun doute la capitale et plus grande (seule) ville du pays… qui compte plus de la moitié de la population du Brunei… j’ai nommé Bandar Seri Begawan, communément appelé BSB ou Bandar… j’aime mieux BSB.
Pour citer Roark à propos de BSB « Everywhere you look, it’s like a postcard (Peu importe où on pose notre regard, on dirait un décor de carte postale) »… et il avait entièrement raison.
Pour être plus précis… et pour cette fois paraphraser Roark, on dirait que BSB ressemble vraiment à un royaume… comme on pouvait en voir au Moyen-âge, mais version 21ème siècle; un Roi très puissant qui règne sur son peuple depuis son immense et TRÈÈÈÈÈS LAID château (tout en béton, gigantesque… de l’architecture moderne à son pire) un peu en retrait de la ville.
Cependant, tout n’est pas nécessairement rose ici. L’alcool et fumer sont strictement interdits sous risque d’amende sévère (les étrangers peuvent boire, mais pas dans les lieux publics et ils doivent l’apporter de l’extérieur du pays… pas plus de 2 bouteilles). Cela n’a pas toujours été le cas… Il y a 28 ans, l’alcool était légal au Brunei. C’était même l’endroit le moins cher de tout Borneo… même que plusieurs personnes convergeaient ici la fin de semaine pour boire… et malheureusement foutre le bordel. Après quelques incidents fâcheux, le Sultan a décidé de fait interdire complètement l’alcool dans tout le pays. Pendant longtemps, bons nombres de bars clandestins ont continués de vendre de l’alcool illégalement, mais ils ont fini par tous être démantelés. En fait, un musulman qui est trouvé en train de boire se verra remettre une contravention de 500B$ (beaucoup d’argent). Le plus drôle dans tout cela, c’est que s’il tente de se débarrasser de sa bière en la lançant dans l’eau ou sur le sol, il se verra remettre une contravention de 1000$ pour avoir pollué l’environnement (un règlement interdit de jeter des choses par terre/dans l’eau). J’ai dit que le Brunei était un pays très propre?
Cela dit, je serais prêt à gager un petit 2$ (du Brunei, pas US) que le Sultan a un salon privé, à quelque part dans son gigantesque château, rempli de meilleurs breuvages des Dieux.
Je fini de dégonfler la baloune de ce véritable paradis sur Terre que j’avais bâti plus tôt avec une dernière information qui nous a troublé moi et Roark…
Nous avons appris que les garçons… ET les filles… doivent être CIRCONCIS. Vous saviez qu’une fille pouvait être circoncise?!? Moi non… bon, je n’entends aucunement à rire avec ce sujet parce que la circoncision féminine réfère vraisemblablement à l’excision… mais nous n’avons pas été en mesure d’avoir plus d’information; à qui veux-tu demander cela?!? « Hey jeune fille, es-tu circoncise?!?… et disons que je n’ai pas vraiment envi d’en savoir plus non plus.
En revanche, peu importe ce qu’ils font… j’ai une petite idée de ce qu’ils peuvent faire… je considère cela comme étant un rituel barbare complètement dépassé qui témoigne qu’il y a du chemin à faire pour atteindre l’égalité Homme – Femme. Et je ne veux entendre personne penser « ouais mais si on fait cela au garçon, c’est normal de le faire aussi au fille »… d’une part, si quelqu’un pense vraiment comme cela, je vous conseille de vous renseigner un peu plus sur le sujet avant de le dire tout haut… et d’autre, je peux comprendre que pour une question d’hygiène on le fasse aux garçons… mais l’argument ne tient pas la route pour les filles et c’est une pratique complètement inadmissible.
Bon… je crois avoir fait le tour du sujet 2-3 fois… cessons la leçon d’histoire et passons à l’histoire…
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Après avoir quitté à reculons… non ce n’est pas parce que nous étions encore pompette… l’île de Labuan, endroit où nous étions à la fin du dernier épisode et où moi et Roark avions recommencé à profiter des plaisirs du 9ème art (l’alcool), nous avons mis le cap sur le Brunei via un speedboat (bateau rapide).
À peine sorti du ferry, nous faisions la connaissance de Hugo et Laure, couple de français qui allait devenir nos compagnons de voyage l’instant de quelques jours…
Une fois notre accommodation trouvé, downtown centre-ville, et le ventre rempli de plein de bonnes choses trouvées au marché en plein air à proximité, nous étions fin près à commencer notre aventure. Quoi de mieux que d’aller voir le coucher du soleil sur une magnifique mosquée…
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KAMPONG AYER
Alors que sur la rive Ouest de la rivière se trouve la grande ville moderne, on retrouve Kampong Ayer directement en face sur la rive Est.
Nous avons un programme chargé aujourd’hui; visiter toute la capitale… mais bon, la très grande majorité des choses à voir se font très bien à pied. Autrement, il suffira de prendre un bateau taxi pour se téléporter dans un autre endroit.
Question de commencer la visite du bon pied, nous sommes allé visiter Kampong Ayer, le plus grand water village (pour ceux qui n’ont pas lu mes épisodes précédents ou qui on une mémoire de poissons… donc environ 10sec… un water village est un village où tous les bâtiments sont construits sur des pilotis au-dessus de l’eau) au monde avec plus de 20000habitants.
Surnommé « Venise de l’Est », Kampong Ayer porte très bien son nom. Durant plus de 1000ans, le village a été la capitale de l’empire du Brunei. Par contre, pendant très longtemps, la capitale était constamment relocalisée en raison du tempérament nomade de son peuple. Puis, ils ont fini par s’installer définitivement à l’endroit où ils se trouvent actuellement.
Début 1900, les habitants ont commencé à aller habiter les terres et Kampong Ayer a graduellement perdu de son importance. De capitale de l’empire Brunei, elle est devenue un simple village… mais il demeure un endroit UNIQUE. En fait, c’est l’un des endroits les plus fascinants où j’ai pu poser les pieds dans ma vie.
La majeure partie de la journée a donc consisté à se promener au travers du labyrinthe qu’est ce Water Village… c’est donc dire sur des passerelles de bois au mieux très questionnable structuralement parlant.
On a rapidement pu se rendre compte que le mode de vie des habitants est encore intimement lié à l’eau et incidemment au bateau… en fait, les bateaux sont essentiels… en refait, au lieu d’avoir des arrêts d’autobus, ils ont des arrêts de bateau taxi (chaloupe en bois); tu n’as qu’à t’assoir là et un bateau va finir par passer et peu importe où tu veux aller, ça te couteras 1B$.
…
VIVE LE ROI
15 septembre – Jour du Roi
Chanceux comme on est, la 2ème journée complète que nous avons passée au Brunei correspondait au début des festivités entourant le 67ème anniversaire de l’actuel Sultan Chose Machin Chouette Bla Bla Bla Prout Prout (son nom est imprononçable et s’étend jusqu’à l’infini)… festivités qui allaient se poursuivre durant 2 semaines… sans la moindre goutte d’alcool.
En fait, ça aurait été très difficile de ne pas savoir que l’évènement approchait; il y avait des pancartes avec la photo du Sultan PARTOUT dans le pays… quand je dis partout c’est P A R T O U T; sur les bâtiments, des banderoles au-dessus des routes, sur les bus, etc. En fait, je n’ai pas essayé l’exercice, mais je crois que si je m’étais arrêté à un endroit quelconque de la capitale et que j’avais regardé autour de moi, il m’aurait été impossible de ne pas voir au moins une pancarte.
7h30 du matin dans le parc au milieu de la ville à 2 pas de notre hostel… en fait tout est à 2 pas de notre hostel. Il n’y a pas un chat, pas une voiture et aucun son en ville. Tout le monde qui ne travaille pas ce matin se trouve autour du parc pour le début des festivités. Nous avons donc eu la pénible tâche d’assister à la cérémonie… vraiment plate héhé…
Nous avons donc assisté à la cérémonie de type militaire (le Sultan a eu une formation militaire étant jeune) avec le peuple dans une foule compacte entassé à l’extérieur des limites du parc alors que 2 gros estrades remplis de dignitaires étaient bien installés de part et d’autre du parc linéaire. Tout cela avec la magnifique mosquée en arrière plan.
Alors que nous faisions le piquet depuis un bon moment et que nous attendions l’arrivé du Sultan, un reporter est venu nous voir moi et Roark pour nous interviewer l’un après l’autre.
Par la suite, on nous avait dit que si on était chanceux, on serait en mesure de voir le Sultan de près (wow… lire le sarcasme), eh bien sa voiture est passée à 2 pas de nous et il a salué la foule en notre direction.
Puis, une fois le Sultan bien assis sur son estrade, des canons en or à proximité de nous on rugits avec un son d’enfer. La première salve nous a pris complètement par surprise et j’ai eu le réflexe de me pencher, de lâcher un sacre et de me protéger la tête. Si il y avait quelqu’un qui dormait encore dans cette ville, il venait de se réveiller en était de choc à cet instant.
8h45 – Le Sultan a ensuite passé en revu ses troupes et la cérémonie a tranquillement tirée à sa fin. En route vers notre hostel, on s’est de nouveau fait interviewer par un journaliste du Brunei Time, la presse écrite.
Voici le lien pour voir l’article paru dans le Brunei Time;
http://www.bt.com.bn/happenings/2013/09/16/tourists-expats-happy-be-part-celebrations
S’en ai suivit une visite de marché public à 2 pas du centre-ville, où il est possible de manger de la bonne nourriture local à très bas prix…
… et d’un très beau cimetière…
… pour ensuite se diriger vers la plus grosse mosquée du pays, la Jame blablabla un peu à l’extérieur de la ville. Je n’ai rien d’autre à dire que wow… Ok, de l’extérieur c’est un peu kitch (TRÈS)… ça ressemble à un gros gâteau… mais l’intérieur est très impressionnant (pas le droit de prendre des photos). Tout ce que je peux dire c’est que les musulmans ont de l’argent et que leurs mosquées sont flamboyantes et bien entretenus.
Fait intéressant, à un moment dans la journée, je ne sais plus trop quand et dans quel circonstance, j’ai appris que le Sultan avait 3 femmes… tous plus laides les unes que les autres (j’ai vu les photos). En fait, sa première femme ressemble à une dragqueen qui aurait complètement ratée son déguisement… je le comprends donc très bien d’avoir voulu une seconde femme héhé… mais celle-ci et la 3ème ne sont guères mieux. Fait cocasse, j’ai dit que le Sultan AVAIT 3 femmes puisqu’il s’est séparé de l’une d’elle. D’origine malaysienne et 2 fois plus jeune que lui… assurément un mariage par amour héhé… elle a été surprise en train de voler de l’argent (4 millions de dollar du Bruner… donc environ 3 millions de dollar US)… elle envoyait le tout par cargo en Malaisie…
J’ai donc à ce moment eu la confirmation que les musulmans qui le désirent peuvent avoir autant de femmes qu’ils le veulent. Seule restriction; ils doivent tout d’abord obtenir le consentement écrit de toutes leurs autres femmes… c’est donc dire que si chose a 2 femmes et qu’il en veut une 3ème, il doit obtenir le consentement écrit de ses 2 femmes…
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L’HOTEL À 1 MILLIARD DE DOLLARS
En fin d’avant-midi, nous avons pris un bus en direction de la cote du pays, à environ 45min, pour aller visiter l’Empire Hotel.
Construit au début des années 2000 par un prince de Brunei, alors ministre des finances du pays, dans le but de servir de « résidence » pour les invités du gouvernement, le complexe s’est avéré un véritable désastre financier; à la fin des travaux, la facture s’élevait à plus de 1.1 MILLIARD de dollars US. Afin d’éponger un peu les pertes, le tout a vite été transformé en hôtel de luxe. Pour ce qui est du prince, il a préféré fuir le pays que d’assumer ses responsabilités. Il vit donc aujourd’hui en Angleterre et comble de malheur pour lui, le gouvernement de Brunei lui verse une « pension » de 500000$ par année… on raconte qu’il s’est souvent plain que cela n’était pas assez suffisant pour le faire vivre lui… et ses 35 enfants. Pousse, mais pousse égal, tu fraudes ton pays, celui-ci est tout de même assez sympathique pour te verser de l’argent et tu te plain. Avoir été le Sultan, je t’aurais coupé les vives et tu aurais rapidement appris ce que vaut l’argent en travaillant pour ta subsistance.
Vous n’avez jamais entendu parler de cet endroit? Eh bien c’est parce que malgré le budget complètement ridicule, on repassera coté architecture. Entendez-moi bien, le complexe est très impressionnant… de par sa démesure… mais ce n’est pas beau. Ce n’est qu’un ramassis de déjà vu, une espèce de très grosse maison Bonneville… il n’y a rien d’original et ils ont complètement mi de coté l’architecture traditionnelle du pays.
Donnez-moi 1 milliard de dollar pour faire un hôtel et je vais en profiter pour faire un bâtiment unique en sont genre qui fera en sorte de faire parler de lui à l’extérieur des frontières du pays comme l’Opéra de Sydney, la Tour Eiffel, l’Empire State Building, la tour Burj Dubai et tant d’autres tout autour du monde. Tous ces bâtiments font en sorte de faire rayonner leur pays à l’étranger. Ils sont plus que des bâtiments, ils sont des icones auxquels les gens s’identifient…
On a donc fait le tour du lobby grandiose et on s’est dirigé vers la piscine pour piquer une petite saucette… sans que personne ne vienne jamais nous dire « non non non, vous n’avez pas le droit ».
En fin de soirée, alors qu’on prenait ça cool dans notre chambre à faire nos adieux à Laure et Hugo, qui partent dans une direction différente de la nôtre demain, le manager de notre hostel est venu nous dire qu’il nous avait vu à la télé et que le bulletin allait repasser dans quelques minutes. Tout excité, nous sommes donc descendus dans le lobby regarder la télé… puis, une bonne heure et un discours complètement soporifique du Sultan plus tard, Roark et moi étions à la télévision. Tout cela boucle très bien la boucle d’un voyage extraordinaire au Brunei.
Ci-joint le lien vers le vidéo de notre entrevue télé;
Vous trouverez aussi ci-joint le lien du site web de nos copains français pour voir les photos qu’ils ont pris durant notre séjour au Brunei
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EN ROUTE VERS KOTA K… ENCORE
Direction Kota K… non pas en retournant sur nos pas, c’est-à-dire en prenant un ferry via Labuan, mais bien par l’intérieur des terres.
Dans un premier temps, nous avons eu droit à une superbe ride de vrai speedboat (les autres que nous avons pris n’en était pas vraiment) qui zigzaguait sur de petites rivière au travers d’une forêt de mangroves (espèce de swamp… forêt semi submergée) de BSB jusqu’à Bangar, ville se situant près de la frontière avec la Malaisie.
D’une durée d’environ 45min, le trajet nous a fait entrer/sortir plusieurs fois du Brunei et de la Malaisie. En effet, par une suite d’évènements complètement stupides, le Brunei a perdu la portion centrale de son territoire aux mains de la Malaisie, de sorte qu’il est impossible d’aller d’une portion à l’autre sans changer de pays. J’avais Roark juste à coté de moi qui regardait la course du bateau sur son GPS et me disait « We just left Brunei (on vient juste de quitter le Brunei) »… puisque quelques instants plus tard; « Malaysia in 3, 2 (la Malaisie dans 3, 2) »… « Brunei again (de nouveau au Brunei) »… « Here we go again… Malaysia (et revoici la Malaisie) »… « We just left Brunei for real this time… Ohhh… wait a minute… Brunei again (nous venons tout juste de quitter le Brunei pour de bon… ohhh… attends une minute… nous revoici au Brunei) ».
Juste cette promenade en bateau valait la peine de faire le voyage au Brunei… C’était particulièrement impressionnant quand le bateau prenait des virages très serrés sur des sections très étroites de la rivière… sans véritablement ralentir… on aurait dit que le bateau avait un break à bras. À ce moment, le bateau penchait tellement que j’aurais pu toucher l’eau en sortant ma main du bateau si j’avais voulu. C’est définitivement le meilleur investissement à faire au Brunei si vous avez 6B$ à dépenser.
Nos derniers moment au Brunei auront été passé à attendre un bus comme des pousseux sur le bord de la route dans à Bangar, un village en plein milieu de la jungle.
Nous quittons donc le Brunei après y avoir passé 3 jours et des poussières. Pour le reste de ma vie… ou jusqu’à ce que j’y retourne… ce très petit pays occupera une place spéciale dans mon cœur.
Le mythe selon lequel Brunei est hors de prix pour les backpacker’s voyageant avec un budget serré est en très grande partie faux. Avant d’y mettre les pieds, on avait entendu que voyager là-bas coutait cher et qu’il n’y avait pas vraiment de chose à faire… bref, que ça ne valait pas la peine d’y aller. Ces personnes n’auraient pu nous induire plus en erreur. Tous les endroits où nous sommes allés sont gratuits (on est allé dans 3-4 musées et dans 3 gigantesques mosquées). À quelques endroits on nous a même donné des trucs. La nourriture est bonne et peu cher et si on cherche un peu, il y a moyen de s’en sortir sans trop payer dans l’un des rares hostels de la ville (je crois qu’il y en a 2). Peu importe où tu vas en bus, que ce soit à 100m ou à l’autre bout du pays, ça coute 1B$.
Ce pays est MAAA GNIIIII FIIIII QUE, à commencer par sa capitale, incontournable lors d’un voyage dans ce pays et vous pouvez facilement faire le tour en 2-4jours.
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BONJOUR LA BUREAUCRATIE
Passer du Brunei à l’état du Sabah en Malaisie par la terre (bus) est un exercice couteux en espace dans le passeport. En effet, le trajet passe de Brunei, au Sarawak (province de la Malaisie), pour finalement aboutir au Sabah (aussi une province de la Malaisie). Or, pour passer du Brunei au Sarawak, il vous faut 2 étampes; celle de sorti du Brunei, suivit une centaine de mètres plus loin de celle d’entrée dans l’état du Sarawak… ce qui est tout à fait normal puisqu’on change de pays. Ce qui l’est un peu moins se produit 1h plus tard en passant du Sarawak au Sabah. Pourtant dans le même pays, il y a un poste frontière… en clair, il faut à nouveau se procurer l’étampe de sorti du Sarawak et celle d’entrée au Sabah.
Vous n’en avez pas assez? Eh bien si nous n’avions pas pris le speedboat que nous avons pris entre BSB et Bangar (0 étampes) et que nous avions plutôt pris un bus entre les 2 mêmes endroits, nous aurions eu 2 autres postes frontaliers à passer… et donc 4 étampes additionnelles puisque le pays est séparé en 2. Vous n’avez pas tout compris… sachez que c’est tout à fait normal…
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BORNEO + BRUNEI + MALAISIE = HISTOIRE
L’histoire de la Malaisie et de Brunei sont intimement liées. Je profite donc de cette dernière section de mon présent épisode pour vous tracer les grandes lignes… comme je les ai compris. Je ne prétends pas détenir la vérité universelle puisque j’ai du me procurer mes renseignements de diverses sources et elles ne disaient pas toutes la même chose… mais bon… je n’ai jamais prétendu être historien ou opérer un site web à vocation éducative…
Aujourd’hui un très petit pays, l’empire du Brunei a autrefois été très puissant. À son apogée, le royaume s’étendait sur la très grande majorité de l’ile de Borneo et sur certaines iles qui forment aujourd’hui les Philippines et l’Indonésie.
Pendant très longtemps, l’endroit était connu uniquement des chinois, qui avaient établi des liens commerciaux solides avec l’empire du Brunei.
À l’époque des grandes explorations maritimes, donc vers le 15-16 et 17ème siècle, les Espagnols, puis les Hollandais ont tenté de s’emparer de Borneo par la force… mais sans succès. À noter que sans réussir à conquérir Borneo, les hollandais ont fait beaucoup de dommage sur les autres iles qui forment aujourd’hui l’Indonésie. D’ailleurs, le nom de la majorité des iles de l’Indonésie sont d’origines Hollandais; Sumatra, Java, Bali et même Borneo… mais bon, c’est une autre histoire que je vous raconterais peut-être un jour si je pose les pieds là-bas… ce qui n’est pas prévu pour le moment.
Le déclin de l’empire du Brunei s’est amorcé au 19ème siècle avec l’arrivé des britanniques, qui ont décidé d’employer la ruse de la diplomatie afin de s’emparer de l’ile pacifiquement. En effet, proposant tout d’abord leur aide à l’empire pour prévenir toute autre tentative d’invasion, les britanniques ont fait signé une série de traités, plus stupide les uns que les autres, qui faisaient en sorte de déposséder le Brunei de ses territoires… petit peu à petit peu.
Après quelques décennies de « partenariat » avec ceux-ci, l’empire s’est réveillé un bon matin plus petit et plus faible que jamais et sous le contrôle des britanniques.
Au début du 20ème siècle, alors que l’empire était sur le point de s’effondrer complètement et se faire manger par le Sabah et le Sarawak, territoires limitrophes et alors état indépendant, le Brunei a découvert du pétrole sur la portion de territoire encore sous son contrôle. Du jour au lendemain, le pays est passé d’un endroit faible et moribond, à l’une des puissances économiques de l’Asie… qui était malgré tout encore sous le contrôle britannique.
Vint ensuite la 2ème Guerre Mondiale et l’occupation japonaise de 1941 à 1945…
Il fallu par contre attendre jusqu’en 1981 pour que le pays parvienne finalement à s’émanciper complètement, et donc redevenir indépendant, des britanniques.
En ce qui concerne la Malaisie, depuis environ 1000ans, la Malaisie péninsulaire… sur le continent entre Singapour et la Thaïlande… formait une contrée nommé Malay (je vous parlerais plus en détails de la péninsule de la Malaisie lorsque j’irais y faire un tour dans quelques mois). Ce n’est qu’en 1967 que les états indépendants du Malay, du Sarawak et du Sabah, se sont joints pour former le pays que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Malaisie.
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C’étais donc « l’histoire de Bornéo, du Brunei et de la Malaisie pour les nuls »
TERAMA KASIH (merci)
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P.S. – Pour Hugo Sudrie… Je me suis permis de prendre quelques-unes de tes photos pour mon blogue, j’espère que tu ne m’en voudras pas… si c’est le cas, je vais les retirer sans problème…
Épisode 25 – Borneo Express
Septembre 2013
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SEE YOU… NOT SOON… INDIA
Après plus d’une semaine à végéter à Manali (Nord-Ouest de l’Inde), je me suis finalement résigné à prendre un bus de nuit… à la dernière minute… j’ai fait un acte de foie envers les transports en commun indien en espérant qu’il n’y ai pas de pépin… pour me rendre jusqu’à Delhi (frisson dans le dos) en vue d’y prendre l’avion qui allait enfin de faire déguerpir de l’Inde POUR DE BON…
D’une durée théorique de 14h, il m’en aura fallu moins de 11 pour atteindre l’objectif. En d’autres mots, le conducteur était un vrai MALADE. Autant j’étais toujours d’un calme olympien depuis mon arrivé en Inde, ayant accepté que je n’étais pas à l’abri d’un accident, loin de là, autant j’avais une maudite chienne dans ce bus. Je trouvais cela complètement ridicule d’avoir un accident à la veille de mon départ. Tout s’est heureusement bien passé… mais je ne prédis pas une très longue vie à ce jeune conducteur…
Arrivé à Delhi, j’ai complètement évité la ville… merci métro… pour me diriger directement à l’aéroport. Arrivé là-bas à 7h du matin, j’ai attendu qu’on procède à l’embarquement de mon vol dans le lobby jusqu’à 17h… l’une de mes plus belles journées héhé.
Un premier vol sans embuche et je me retrouvais désormais dans le gigantesque aéroport de Bangkok… pour 6h… en plein milieu de la nuit.
Afin d’économiser 300$, vous seriez prêt à faire quoi? Sachez que pour ma part, je suis prêt à prendre 2 billets d’avion au lieu d’un seul. En clair, j’ai booké un vol Delhi-Bangkok et un autre Bangkok-Kota Kinabalu via Kuala Lumpur. En très clair, arrivé à Bangkok, je n’avais pas la possibilité de faire un transfert… donc de rester dans le terminal. J’ai plutôt du passer par la douane, pour ensuite récupérer mon sac et rentrer à nouveau dans le terminal. C’est le prix à payer pour sauver 300$… pas si mal.
1:00 – Aéroport de Bangkok
J’étais alors incapable de dormir même si j’en avais très envi… mon cellulaire n’avait plus de batterie et je n’avais pas passé l’enregistrement. Je risquais donc de rater mon vol, 5h plus tard, si je passais tout droit (une fois l’enregistrement passé, il n’y a plus de problème puisque si tu ne te pointes pas à la porte au moment de l’embarquement, ils appellent ton nom à l’intercom). Il me fallait donc rester éveiller encore 2 petites heures le temps que mon vol soit appelé à l’enregistrement.
J’ai donc tué le temps en m’offrant des sushis. C’est le 1er repas que je mange autre que du végétarien depuis 6mois. Un vrai délice; des sushis qui semblaient être frais, du wasabi, de la sauce tériaki et du gingembre…mmm… Je me gâtais fort pour mon anniversaire de 6mois de voyage…
3h15 – Malgré mes efforts pour rester éveiller… je me suis quand même endormi. Heureusement, des asiatiques qui tentaient de voler mon spot de « camping » m’ont réveillé en sursaut alors qu’on procédait au début de l’enregistrement pour mon vol. Pour une fois que des chinois sont utiles. Merci à vous autre ma gang de zieux bridés au teint jaunâtre.
À cette heure de la nuit, l’aéroport de Bangkok tournait au ralenti. J’ai ainsi procédé à mon enregistrement, passé les douanes et je me suis rendu à ma porte d’embarquement en moins de 5min. J’étais TOUT FIN SEUL à chaque étape… tellement que je me demandais si j’étais au bon endroit.
Après un 2ème vol sans histoire, je me retrouvais maintenant à l’aéroport de Kuala Lumpur pour quelques heures. Cet aéroport est d’un zen (tranquillité) déstabilisante. L’aéroport avait beau être bondée, ça ne paraissait pas le moins du monde puisqu’il n’y avait aucun bruit.
Tout comme Bangkok, ce n’est que parti remise pour Kuala Lumpur puisque j’y retournerais dans quelques mois lorsque j’entreprendrais mon périple de Singapour à Hanoi.
Au moment d’écrire ces lignes, je me trouve étendu sur une série de banc près de ma porte d’embarquement et je me sens fatigué comme jamais. Il est simplement 11h de l’avant-midi… mais je n’ai pas dormi depuis 2 nuits (bus de nuit + avion).
Direction Kota Kinabalu…
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MALAYSIA TRULY ASIA
Traduction du titre… qui est en fait le slogan du pays; « La Malaisie; Vraiment l’Asie »
Salamat Datang (bonjour/bienvenue en Malay)
Voici donc un petit bourrage de crane nécessaire à la compréhension de mes aventures des prochaines semaines…
Je débarque donc sur l’ile de Bornéo, considéré comme la 3ème plus grosse ile au monde après le Groenland et Sumatra (Indonésie), plus précisément à Kota Kinabalu, plus grosse ville de l’île. On retrouve 3 pays sur cette île; le Brunei (très petit pays), l’Indonésie (l’une de leur ile parmi tant d’autre) et la Malaisie où je me trouve présentement…
Je n’apprendrais rien à ceux qui sont déjà allé en Malaisie, mais pour ceux pour qui le nom de dit pas grand-chose d’autre que Kuala Lumpur et les Tours Petronas… parmi les plus hauts bâtiments au monde… la Malaisie est constitué de 2 sections bien distinctes; la péninsule malaysienne, comprenant Kuala Lumpur et ceinturée par la Thaïlande au Nord, Singapour au Sud et l’eau à l’Est et à l’Ouest et la Malaisie/Borneo, vous vous en douterez sur l’ile de Borneo et séparé en 2 États bien distincts; le Sarawak et le Sabah, le dernier étant l’état où je me trouve.
Concernant le peuple malaysien, vous êtes probablement comme moi… des indiens ce n’est pas tout à fait comme des asiatiques et pas aussi noir que des noirs… des japonais ça a les yeux bridés, c’est vieux et ça fait de bons jeux vidéos… les chinois ont les yeux bridés et sont laids… les indonésiens sont des indiens avec de beaux colliers de fleurs autour du cou… les thaïlandais sont des hommes déguisés en femmes… les philippins ressemblent à des hommes primitifs… mais les malaysiens ça ressemblent à quoi?!? Eh bien, sachez que les malaysiens sont un mélange de toutes les nationalités ci-hautes, principalement de chinois et d’indonésiens.
Comme je le disais précédemment, ma première destination se nomme Kota Kinabalu, que j’ai déjà affectueusement rebaptisé Kota K. À la base, la ville se nommait Jesselton, mais à la fin de 2ème Guerre Mondiale, la quasi totalité de la ville avait été détruit par des bombardements, etc. Ils ont alors décidé de repartir à zéro en 1950 avec un nouveau nom (Kota Kinabalu), un plan d’urbanisme et en ne conservant que 3 bâtiments. Le résultat est quand même très intéressant… beaucoup plus intéressant que Chandigarh en Inde… et je ne dis pas cela parce que Chandigarh est en Inde…
Il n’y a pas à dire, l’Inde est désormais loin derrière moi… c’est comme si je passais de l’université à l’école primaire; tout est BEAUCOUP plus facile. Je suis passés de l’Enfer sur Terre à un petit paradis tropical qui pourrait facilement passer pour une ville du Sud de la Floride; c’est propre, les routes sont belles, les conducteurs sont civilisés, on n’entend aucun coup de klaxon, je ne me fais pas achaler à toutes les minutes par un vendeur de je-ne-sais-quoi et les bâtiments sont bien entretenus et ne donnent pas l’impression que la ville a été l’objet d’une attaque nucléaire il y a quelques années. Bref, c’est civilisé… c’est fou comment le changement de décor peut faire du bien.
Voici donc pour la partie informative… passons maintenant à la section très peu pas beaucoup instructive…
J’ai aussi profité de ce stop pour renouer avec mon buddy Roark avec qui j’ai partagé la route 2 fois déjà (trek dans l’Annapurna au Népal, etc.). En fait, pour dire vrai, je n’avais jamais vraiment entendu parler de Borneo… bon, le nom m’était familier, mais sans plus… avant de discuter avec lui lors de ma semaine de repos à Manali pour finalement booker un vol Inde-Borneo sur un coup de tête. Après 2 mois à voyager chacun de notre côté, nous avions beaucoup d’histoires à nous raconter. Quoi de mieux qu’un bar un peu miteux avec de la bière forte en alcool et faible en prix pour rattraper le temps perdu. Pour dire vrai, je ne me rappelle plus trop de cette soirée… hic… mais les quelques souvenirs que j’en ai me font croire que ce fut très agréable. Je me souviens notamment d’avoir vu un rat monter sur le comptoir du bar… mais bon, c’est une autre histoire. Je vous ai dit que la bière était pas cher?!? C’est tout ce qui importe héhé…
Au lendemain de cette soirée bien arrosée, nous avons fait les choses en grand… en fait c’est tout le contraire. Nous avons récolté toutes les informations que nous avions besoin en vue de notre tour de la Malaisie/Borneo, on a mangé toute la journée et on est allé voir 2 films. Aussi, en bon voyageur alcoolique, nous avons vite fait de retourner à notre nouveau quartier général… le bar miteux. On évite les endroits remplis de touristes parce que l’alcool coute la peau des fesses. Ça fait donc 2 nuits que je passe ici… et 2 lendemains de veille.
Notre escapade au cinéma mérite quelques lignes…
Le centre commercial dans lequel se trouve le cinéma est un gigantesque labyrinthe. Même si nous sommes 2 gars qui savent très bien s’orienter, on s’est perdu une coupe de fois avant de finalement trouver. Si tu n’utilises pas l’ascenseur… ce que nous avons appris trop peu trop tard… il est quasiment impossible de passer d’un étage à l’autre… et le cinéma était au 8ème. Comme Roark l’a si bien dit, je ne sais pas si les architectes qui ont imaginé ce centre d’achat sont de purs imbéciles ou s’ils ont fait cela volontairement. Si c’est volontaire, ils sont de vrais génies puisque nous devons arpenter chaque recoin du bâtiment pour se rendre du point A à B. En tant qu’architecte qui connait pas mal beaucoup le Code National du Bâtiment régissant la construction des bâtiments en Québec, disons que je cherchais les issus… et je les cherche toujours.
En sortant du film, nous étions tout aussi fourrés que nous l’étions à notre arrivé. Nous avons donc décidé de suivre la parade (les gens qui sortaient de la salle comme nous). ERREUR… Tous ces gens se dirigeaient vers le stationnement, qui est une souricière pour piéton (aucune sortie mis à part les rampes pour voitures). Nous étions donc pris au piège et nous avons du refaire notre chemin jusqu’au cinéma pour trouver une autre issue (plus facile à dire qu’à faire). Cette escapade dans le stationnement a malgré tout valu le coup puisque nous sommes tombés sur une section de parking strictement réservé aux femmes… What the fuck?!? J’ai alors demandé à Roark si une femme conduisant une voiture et accompagnée de 3 hommes pourrait se stationner dans ce secteur… la question est toujours sans réponse. Et vous, qu’est-ce que vous en pensez?!? Autrement, fait très cocasse… pas pour moi, mais pour ceux qui étaient avec moi… quand la porte d’ascenseur se referme, vous êtes mieux d’être d’un côté ou de l’autre. Une porte d’ascenseur qui se referme dans ce bâtiment n’est pas une lumière jaune qui signifie « met ta main dans la porte pour qu’elle s’ouvre »… oh que non. C’est une lumière rouge qui signifie « peu importe ce qu’il y a sur mon chemin, moi je ferme ». Je vous le donne donc en mille, j’ai eu une peur bleue quand j’ai voulu rouvrir la porte en mettant ma main et que celle-ci a continué sa route en se foutant totalement de mes os et de ma chair…
Sinon, on s’est très vite adapté au rythme de vie d’ici. Ça fait maintenant 2 jours que nous finissons nos soirées dans des restos typiquement malaysien. À cette heure là, ce genre d’endroit est bondé et tout le monde a les yeux fixés vers la petite télévision perchée dans les hauteurs… à regarder religieusement de la lutte américaine (WWF, etc.).
Il y a une chose pour laquelle on se garde une petite très grosse gêne; les bars de karaoke… qui se retrouvent en quantité industrielle partout en ville. Il est très fréquent de passer devant un endroit et d’entendre de grands classiques se faire complètement démolir; les années 80 sont particulièrement à l’honneur. En fait, si vous passez une soirée à Kota K sans entendre du Bon Jovi, Bryan Adams, Scorpion et Guns’n Roses, c’est très simple; VOUS N’ÊTES PAS À KOTA K. Tout bar qui se respecte a soit une section karaoké ou l’ensemble du bar est karaoké… il y a même des salles destinés au Karaoké en famille ou en groupe dans le cinéma où nous allons.
Pour tout dire, même si la majorité des gens sont musulmans pratiquant, je crois que la lutte et le karaoké sont les vrais religions dominantes. Quelqu’un je-ne-sais pas où, je-ne-sais pas quand m’a déjà dit « Karaoke is Asia (le karaoke c’est l’Asie) » et je commence à le croire sérieusement. On dirait que tout le monde ici a une envie viscérale de se faire humilier devant un public à chanter comme une casserole. Mention honorable, c’est une mélodie à mes oreilles après avoir entendu toutes ces femmes « chanter » en Inde (si un cri strident peut-être interprété comme de la musique).
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SAPI ISLAND
Bien que Kota K soit en bordure de la mer de Chine, il n’y a pas de plage à proprement parler sur l’île. Pour prendre un bain de soleil et/ou aller taquiner les poissons, il faut prendre un speedboat (bateau rapide) jusqu’à l’une des 5 petites iles situées à quelques kilomètres au large de la ville et formant le Tunku Abdul Rahman National Park…
Oui, je sais… ma vie est difficile.
Pour cette 1ère aventure en sol Malaysien, nous avons choisi Sapi Island, la plus petite des 5 îles.
Se rendre sur l’ile fut plus compliqué que nous l’avions anticipé. Il y a des tonnes de transporteurs et les prix sont fixes, là n’est pas le problème. Le problème est plutôt qu’il a fallu qu’on tombe sur le mouton noir des compagnies de transport. Alors que tout le monde embarquait sur les bateaux, le nôtre se faisait toujours attendre, encore et encore. Pour finalement se pointer, nous embarquer à son bord… et éprouver des problèmes de moteur. Après avoir niaisé sur l’eau pendant plus de 30min, on nous changeait finalement de bateau et le fun pouvait commencer; trip en speedboat d’une vingtaine de minutes au moins pour rejoindre les iles. Comme si Dieu avait voulu nous donner quelque chose en échange de toute la perte de temps que nous avions été victime, le pilote du bateau s’est trompé d’ile… Nous avons donc vu de plus près 2 îles dont nous n’aurions pas du voir en théorie.
Que veut dire Sapi en Malay? Je n’en ai aucune idée. Cependant, pour moi et Roark ça voulait clairement dire « Island FULL of chineses peoples (île pleine de chinois) ».
La plupart de ces chinois étaient là avec leur équipement de plongé au complet; masque, tuba, flotte, wetsuit… pour observer des coraux dans moins de 2-3m d’eau. Moi et Roark passions à coté d’eux sans flotte et avec pour seul équipement des petites lunettes de plongé.
Après avoir fait copain copain avec les poissons et taquiné les coraux, il était temps de faire un flip flop trek pour découvrir le centre de l’ile. En moins de 30min, nous étions de retour à notre point de départ… je vous ai dit que l’ile était minuscule… un peu plus petite qu’un terrain de football.
Après coup, il était temps de faire le « chinese island beer contest », qui consistait à nous bander les yeux et essayer de deviner quelle bière était laquelle. On s’occupe comme on peu sur une ile grosse comme mon cul et remplie de chinois héhé.
Après la bière, c’était le moment de faire le « after beer swim contest » qui consistait à se rendre jusqu’à un récif à un peu moins de 100m de la cote… peut-être un peu plus de 100m finalement… dans une zone non surveillé par les lifeguards. Nous étions donc les 2 seuls épais dans toutes la zone, mais ça en valait le coup; nous devions nager dans moins de 1m d’eau, dans une zone pleine de roche sur lesquelles une quantité industrielle de coquillages coupant avaient fait leur niche. C’était complètement débile avec tous les poissons qui tournaient autour de nous… hic.
Puis, nous avons gagné une petite ile rocheuse… un récif, à peine sorti de l’eau étant le repère de pleins de petits crabes tout noir. À notre retour sur Sapi, nous étions tous les 2 couverts de blessures et on saignait abondamment des jambes et des bras. Peu importe, l’expérience avait été formidable.
De retour en ville, nous en étions à notre 4ème film en 3 soirs avec le film. En arrivant un peu trop tôt, nous sommes allés faire un tour aux arcades à coté, le genre d’endroit typiquement asiatique. Ces jeunes adultes peuvent dépenser tellement d’argent dans une soirée à ces jeux, ça n’a aucun bon sang… et de toutes les personnes que j’ai vu jouer, aucune ne semblait s’amuser. Le plus navrant dans tout cela; beaucoup de ces jeunes adultes sont des parents. On pouvait en voir beaucoup complètement absorbés par les jeux vidéo… et leurs jeunes enfants, voir même des poupons, à coté d’eux en train de se tourner les pouces ou errer sur l’étage. Il y avait aussi d’autres kids qui étaient assis à coté de leur parent et s’occupait d’insérer les jetons dans la machines… vous pensez qu’il va faire quoi le kid plus tard?!? Au mieux, l’un des 2 jeunes parents s’occupe de l’enfant alors que l’autre joue au jeu…
Mon cerveau a tout de suite fait le parallèle avec le problème de la dépendance au jeu (casino) que peuvent avoir certaines personnes en Amérique. Heureusement que les enfants ne sont pas autorisés dans les Casinos sinon nous aurions des situations similaires à ce que j’ai pu voir ici.
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MANUKAN ISLAND
Contrairement à hier où les nuages étaient menaçant en début de journée et où nous avions quand même pris la chance d’aller faire un tour sur Sapi, la température d’aujourd’hui ne laisse aucune place à l’interprétation; il fera beau et très chaud. Il n’y avait donc qu’une seule chose à faire; remplir notre sac de bière et aller faire une expédition sur l’une des 4 autres îles.
Notre choix s’est arrêté sur Manukan, à peine plus grande que l’ile où nous sommes allés hier. Environ le ¼ du pourtour de l’île est constitué de plages… encore une fois c’est pleines de chinois, tandis que le reste est laissé à l’état sauvage avec des récifs, etc.
Contrairement à hier, nous n’avons pas attendu d’être pompette avant de nous soustraire à la vue des lifeguards… nous avons entrepris de faire le tour de l’ile à la nage.
À nouveau, on se retrouvait à nager dans moins de 1mètre d’eau, au travers de récifs à demi-submergé, remplis de coraux et de poissons. Les surfaces étaient soit recouvertes de coquillages coupants, soit hyper glissantes. Il n’y avait donc pas beaucoup d’endroit pour poser les pieds afin de se reposer. Résultat; j’ai ajouté de nouveaux éléments à la collection de cicatrices que j’avais commencée hier.
En moins d’une heure, l’affaire était dans le sac. J’étais alors COMPLÈTEMENT exténué, mais quelle expérience. Roark étant un très bon nageur, il avait fait le tour sans problème… pour ma part, je me débrouille ok, mais c’est surtout le fait que j’ai retrouvé mon syndrome d’invincibilité qui a fait la différence (cela ne m’aura finalement pris que 2 petites semaines, après mon trek pénible en Inde, pour recommencer à me penser invinsible).
En arpentant le très petit sentier qui faisait le tour de l’ile, nous sommes tombés sur un très gros lézard… comprendre plus de 1m de long. J’ai tout de suite pensé à un dragon de Komodo, mais on m’a plutôt expliqué que c’était des lézards Monitors. N’empêche, quand vous tombez sur l’un d’eux et qu’il bloque le sentier au complet en grognant et en sortant sa langue qui ressemble à une fourchette de fondue (vous savez avec le bout en Y), vous ne pouvez que rester de marbre et attendre qu’il passe.
De retour sur la plage remplie de chinois, j’ai décidé d’aller voir ces fameux coraux qui demandaient d’être tant équipé pour être admiré (comme hier, il y avait ici plein de chinois équipé de tout le matériel de plongé nécessaire pour aller plonger au large). Après quelques minutes de recherches, je suis tombé sur un banc de poissons sublimes. Alors un peu beaucoup pompette… j’ai tout de suite commencé à pourchasser le plus beau d’entre-eux et à le toucher du bout de l’index. À chaque fois il devenait complètement fou et paniquait. Puis, après un certain temps, je me suis rendu compte que j’étais complètement entouré de poissons de petite/moyenne taille. Cela ne m’a pas empêché de continuer mon bulleing sur le plus beau poisson. Puis, certains des poissons ont commencés à me picosser et l’un d’entre-eux m’a finalement mordu. À ce moment là, j’ai commencé à déchanter et que j’ai gagné la rive en vitesse.
En fin de soirée, nous étions de retour au cinéma afin d’y voir notre 5ème film en 4 soirs. Disons que la qualité a diminué de beaucoup, voir complètement disparu…
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DUTY FREE ISLAND
Exit Kota K, bienvenue Labuan. Surnommé « Pearl of Borneo (La Perle de Borneo) « , c’est une petite ile d’environ 30km de diamètre composé de Labuan City, ville d’environ 100 000habitants, le reste de l’ile étant très rural. Celle-ci peut-être atteinte à l’aide d’un ferry directement depuis Kota K et sert de porte d’entrée pour aller au Brunei. C’est aussi le seul port en eau profonde de Borneo/Malaisie, ce qui fait en sorte que l’endroit est très industriel et qu’il y a beaucoup de gros bateaux à proximité du rivage.
Enfin, élément le plus intéressant, l’endroit était décrit comme le Las Vegas de la Malaisie… sans la prostitution… En fait, ce n’est pas compliqué, si vous avez passé beaucoup de temps en Asie et que des choses de l’Occident vous manquent; bons vins américains/européens, bonnes bières, spiritueux, cigares… bref, tout sauf de la nourriture… cette petite île est l’endroit où aller passer quelques jours. Tous ces éléments et bien plus encore s’y retrouve à des prix dérisoires. Cependant, tout cela a un prix, les accommodations pour backpacker’s sont inexistantes.
Après avoir cherché un bon bout de temps, nous avons finalement trouvé un hôtel qui entrait/défonçait un peu notre budget. Malheureusement, sur cette ile, notre budget correspond aux plus bas des plus bas de gamme… nous dormirons donc dans une chambre délabrée en compagnie de cafards.
Y-a-t’-il d’autre chose à faire sur cette île que d’en virer une me demanderez-vous? La réponse est oui…
Labuan ayant été occupé 4ans par les japonais durant la 2ème Guerre Mondiale (de 1941@1945) avant que les Alliés ne les délogent finalement, l’île comporte son lot de mémorial de toute sorte. Il y a tout d’abord « Surrender Point » (bof), l’endroit où les japonais ont capitulés et le WWII Memorial, un cimetière militaire (vous savez avec les petites pierres tombales blanches).
Cette dernière visite nous a permit d’en apprendre un peu plus sur l’un des évènements lugubres s’étant passé durant la WWII à Borneo. Alors que les japonais se savaient vaincu dans un futur très proche, ils ont entrepris de faire marcher les prisonniers Alliés qu’ils avaient sous leur contrôle. Évènement très marquant de l’ile de Borneo, je vous parlerais plus en détails de cela quand j’irais à Sandakan.
Autrement, on peu y visiter des Water Village, village traditionnel dans cette partie du monde et véritable petite ville construite sur pilotis à quelques mètres au-dessus de l’eau. Tant qu’à visiter, quoi de mieux que de visiter le plus vieux Water Village de toute la Malaisie, nous nous sommes donc rendu à Patau Patau II.
Je sais ce que beaucoup d’entre-vous pouvez penser; « eille chose, si c’est la plus vieille, pourquoi elle a un II (2) après?!? » Je sais pas ok… ce que je sais c’est que c’est le plus vieux bon…
L’image la plus marquante de la visite fut ce petit gars qui essayait de me rattraper… en tricycle… sur la promenade faite de planche de bois… une promenade que moi qui la parcourais à pied, je devais faire bien attention de regarder où je marchais pour ne pas me retrouver dans l’eau quelques mètres plus bas.
En voyant les photos du village, vous penserez peut-être que ces gens vivent dans la pauvreté, mais détrompez-vous. Chaque maison dont nous avons vu l’intérieur possède un très grand salon avec une grosse TV au milieu et de la porcelaine/argenterie sur tous les meubles.
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BIKE TRIP AROUND THE ISLAND
En cette 2ème journée à Labuan, je m’apprête à faire ce que je m’étais pourtant juré de ne plus jamais faire il y a un peu moins de 5mois; moi et Roark nous apprêtons à louer des scooters pour faire le tour de l’ile. C’est cependant un risque calculé; les scooters semblent en TRÈS BON ÉTAT, voir flambant neuf, les routes sont en parfaites conditions, il y a des feux de circulations, des stop, bref un code de la route et les conducteurs se comportent comme des Occidentaux (comprendre ici qu’ils sont à l’opposé des indiens). À noter que personne ne klaxonne ici… ça fait du bien en maudit.
Dès le départ, le scooter que j’ai hérité n’avait plus beaucoup d’essence. J’ai tout de même pris la décision de commencer le trajet sans faire le plein en me disant que nous allions tôt ou tard tomber sur une station service… je n’aurais pas pu être plus dans le tort.
Autant on pouvait tomber sur une grosse raffinerie dans chaque recoin de l’île, autant les stations services étaient rares, sinon inexistantes en dehors de Labuan City. Résultat, notre promenade s’est transformée en une course contre la montre pour trouver de l’essence. Il était minuit moins 1 quand on a finalement trouvé.
Je ne sais pas si le prix de l’essence a encore monté au Canada, mais ici j’ai mi 4 litres dans le scooter et ça m’a couté 6 ringet… donc environ 2$.
Je me retrouvais donc quelques minutes plus tard à enfin rouler l’esprit en paix…
Puis, en tâtant ma poche de short, je me suis dit que quelque chose clochait. Mes shorts étaient curieusement beaucoup moins lourds qu’à l’habitude. En tapochant un peu, j’ai tout de suite compris; mon portefeuille n’y était pas…
La panique s’est alors emparé de moi « non… pas encore… je vais devoir aller à mon ambassade pour avoir un nouveau passeport »… « ma carte de crédit, ma carte de guichet, mon argent liquide… TOUT… j’ai tout perdu »…
Je devais alors être à une dizaine de kilomètres de la station service… Je me suis alors rangé sur le coté, j’ai viré de bord, pour ensuite rouler à toute allure vers la station service. Je me suis dirigé à la pompe où j’avais fait mon plein… RIEN. C’est alors qu’une des pompistes s’est dirigée vers moi et m’a lancé un « you’ve forgot something (vous-avez oublié quelque chose) » en ayant mon portefeuille au bout des bras… OUFFFF
Roark étant arrivé sur l’entrefaite… je n’ai pas eu besoin de lui faire un dessin…
Après avoir fait le tour et être allé pratiquement dans tous les recoins (ça prend moins de 5h pour visiter toute l’ile… et ça c’est en allant partout), l’endroit est assez « ordinaire ». Il manque la petite étincelle pour rendre le tout spécial; les plages sont belles, mais sans plus (eau pas transparente). Aussi, exception faite de Labuan city, il n’y a que 2 ou 3 endroits où j’ai daigné sortir mon appareil photo et encore là. Cependant, si vous aimez faire des promenades en scooter dans un climat tropical, l’ile est parfaite.
Pour couronner le tout à cette belle journée et conclure notre périple ici, nous sommes allés manger dans un All You Can Eat de Seafood (vraiment haut de gamme), en plus d’acheter 2 bons vins pas cher et finir la soirée à boire sur le bord de la grève. On se gâte un peu, après tout c’était mon 6 mois d’anniversaire de voyage il y a quelques jours et pour Roark c’était hier…
NEXT STOP; Brunei
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P.S. I – La langue officielle de la Malaisie et du Brunei est le « Bahasa Melayu »… mais tout le monde emploi plutôt le mot « Malay ». Le langage est facile à comprendre pour les français/anglais puisque les mots sont très similaires, mais en version simplifié. Par exemple, Police devient Polis, Taxi devient Teksi, School devient Skool, Mère devient Ibu…
P.S. II – Depuis maintenant 1 semaine que je suis en Malaisie, peu importe où on va, il n’y a que des indiens (peau très foncée) et des philippins (petits et ressemblant légèrement à des hommes primitifs)… qui représentent la main d’œuvre bon marché… et des chinois (laid, peau pâle et qui se déplacent rarement sans un gros appareil photo autour du cou), qui représentent la très grande majorité des touristes ici. Sinon, les seuls autres blancs ici, et il n’y en a pas beaucoup, sont principalement des australiens (hey mate). Tout cela pour dire que je ne suis toujours pas en mesure d’identifier les malaysiens. Pourquoi? Principalement parce que ce peuple est un joyeux mélange de tout ce beau monde.
P.S. III – L’une des choses que j’adore depuis mon arrivé à Borneo, que ce soit en Malaisie; les prix sont fixes et bien indiqués peu importe l’endroit au on va. On paie donc le même prix que tout le monde… sauf quand on va dans des parc nationaux où les touristes se font littéralement voler (c’est au moins 5 fois plus cher pour un touriste que pour les locaux).
P.S. IIII – Depuis que je suis arrivé ici, je n’ai fait que manger de la viande… tout un contraste par rapport à mes 6 premiers mois de voyage. Tous les plats contiennent de la viande. Mon corps commençait à penser que les mets à base de viande avaient disparu de la surface de la Terre… ça fait du bien. J’ai dit le mot viande… ahhh non… eh bien viande viande viande… mmmm. Cela n’enlève rien à la superbe nourriture indienne… c’est juste que mon corps n’a pas été conçu que pour manger de l’herbe et des légumes…
P.S. IIIII – Chaque fois que je vois le drapeau malaysien, j’ai l’impression que c’est le drapeau américain, il lui ressemble comme 2 gouttes d’eau excepté que les étoiles dans le coin en haut à gauche ont été remplacées par un croisant de Lune… ressemblant à un PacMan… mangeant un soleil.
Épisode 24 – Les Z’Indes; Stockholm Syndrom
5 septembre 2013
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EXACTEMENT 6 mois après avoir débuté mon voyage en Asie (5 mars 2013) à l’aéroport de Delhi, je boucle aujourd’hui la boucle en étant au même aéroport à la veille de mon départ définitif de l’Inde.
Fait cocasse, à peine 2 semaines après avoir posé les pieds dans ce pays chaotique (le mot n’est pas assez fort), je m’étais juré que je ne resterais pas une semaine de plus…
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UN PEU DE RÉPIT À MANALI
Entre la fin de mon éprouvant trek de 3 semaines dans la vallée de Zanskar (épisode 23 à être publié sous peu) et mon arrivé à l’aéroport de Delhi, il s’est écoulé 1 semaine… semaine que j’ai passée entièrement à Manali.
C’est complètement exténué et plus maigre que jamais je ne l’ai été dans ma vie que j’ai entamé mon 2ème séjour dans cette ville.
J’avais alors besoin de 2 choses; du repos et manger comme un ogre. Un seul mot d’ordre; hors de question de sortir de mon hôtel autrement que pour aller m’acheter à manger et me gaver de sucreries. Ne pensez cependant pas que je me suis pogné le cul. Au contraire, je trié mes photos et écris mes « mémoires » à temps plein.
L’instant de quelques jours, je mets donc mon voyage sur pause et je prend des vacances de voyager… comme je l’avais déja fait à Katmandou avant. Le dernier mois a été très haut en couleur, il faut donc que je mette de l’ordre dans ma tête et mes affaires…
J’en ai aussi profité pour faire le Grand Ménage d’automne en vue de ma rentrée très prochaine en Asie du Sud-Est; tous les poils, si utile durant le trek pour me réchauffer, et doivent quitter le navire. Je fais peau neuve. Pour ceux qui se le demanderais, je conserve les poils sur mon torse… bien que plusieurs pourraient les trouver inutiles, ils font partis de mon patrimoine familiale et il est HORS DE QUESTION de même les effleurer.
Ce fut ensuite au tour des vêtements d’y passer… ce qui ne fut pas une tâche facile puisque la crasse s’était incrustée dans la moindre maille.
Une fois la barbe parti, les cheveux court et les vêtements propre sur le dos, je redevenais un simple touriste parmi tant d’autre. J’avais perdu toute mon Aura et je ne donnais surtout pas l’impression d’avoir passé 6 mois en Inde et ses environs.
Durant les 7 jours que j’ai passés à Manali, j’avais établi ma petite routine; grâce matinée jusqu’à 8h, petit déjeuner au resto de l’hôtel, je remontais ensuite m’enfermer dans ma chambre pour me mettre au travail; trier mes photos et écrire. Durant tout le reste de l’avant-midi, j’attendais avec impatience les coups de midi pour faire ma seule sorti en ville de la journée… pour aller me chercher une tonne de croisants au chocolat et au fromage tout frais sorti du four à la patisserie tout près. Je me remettais ensuite à la tâche jusqu’à 19-20h en grignotant mon butin petit peu par petit peu… après tout, j’étais en mode « on regagne de la masse au plus cr!ss ». C’était ensuite l’heure du souper à l’excellent resto de l’hôtel encore une fois… bien que la cuisine est hyper minuscule, le menu comprend des plats de partout dans le monde et contrairement à la majorité des endroits en Inde, les plats occidentaux étaient tout aussi bon que ceux indiens.
Bien que mon hôtel était rempli à pleine capacité tous les soirs, j’étais un véritable ermite et en aucun temps je n’ai essayé de socialiser. Dans quelques jours je décampe de l’Inde et je mets tous mes efforts pour finir mes épisodes relatant mes aventures du dernier mois. De plus, je dois être le seul touriste dans l’hôtel à ne pas parler hébreu… pas que je n’aime pas les juifs, au contraire… mais bon…
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LES Z’INDES
Vous avez peut-être remarqué le titre de mon épisode; Stockholm Syndrom…
Non je ne fais pas référence à l’excellente pièce du tout aussi excellent groupe de musique britannique Muse.
Non… Mon titre fait plutôt référence au véritable syndrome de Stockholm.
De kessé?!?
Pour faire une histoire brève, dans les années 70, une fille a été kidnappée à Stockholm. En échange de sa libération, les ravisseurs demandaient alors une rançon très importante à son père milliardaire. Après un certain temps en captivité, la jeune fille a fini par « épouser » la cause de ses ravisseurs. Eh bien depuis ce temps, on désigne une personne qui « épouse » la cause de ses ravisseurs « Stockholm Syndrom ».
Pourquoi je vous parle de cette histoire, eh bien l’Inde a été très longtemps une sorte de bourreau pour moi et je m’apprête à écrire quelque chose qui aurait été complètement inconcevable il y a quelques mois; l’Inde va me manquer… Peut-être pas demain, ni dans 2 semaines, pas plus dans 2 mois, mais ce pays va finir par me manquer… mais shut, ne lui dite pas…
Bien sur, les premiers pas y sont TRÈS difficile, une fois adapté… pour ceux qui réussiront… vous allez ouvrir les yeux sur quelques chose d’unique.
Que ce soit à pied, à dos de cheval et de chameau, à vélo, en tuk tuk, en voiture, en taxi, en jeep, en autobus, debout dans la boite d’un camion, à la nage, en kayak, en ferry, en train, en avion… j’ai parcouru l’Inde de long en large et de haut en bas lors de 6 derniers moi (entrecoupé d’un séjour de 2,5 mois au Sri Lanka et au Népal). Pourtant, je n’ai fait que voir la pointe de l’iceberg…
Vous ne croyez plus, ou n’avez jamais cru, aux histoires des « Milles et Une nuits » et bien sachez qu’il y a un pays sur Terre où tous ces racontars sont plus vrais que vrai. Un pays ou réalité, nouvelles technologies et modernité doivent faire ménage avec fiction, religionS et légendeS ne font qu’un dans le coeur et le quotidien de ses habitants.
Quel est ce pays mystérieux… je vous le donne en mille; les Z’Indes.
Aussi grand que l’Europe ou le Québec en superficie, il est impossible de décrire l’Inde en une seule affirmation sinon la suivante; l’Inde est un pays aux multiples facettes et tout en contraste.
En fait, les Z’Indes sont en fait un regroupement de plusieurs pays;
– Le Nord-Est de l’Inde (Sikkim, Assam et Darjeeling); dans ce pays, très similaire au Népal, règne la simplicité et la nature,
– Le Sud de l’Inde (au Sud de Mumbai); zone essentiellement rurale, tout tourne autour des plantations de thé, de la pêche et des plages. C’est aussi là qu’on peut trouver la meilleure nourriture…
– Centre (autour de Delhi et le Rajastan); cet endroit pourrait être représenté comme l’enfer sur Terre… C’est l’Inde surpeuplé et TRÈS pauvre. Là-bas, tout est chaos et il faut avoir l’esprit bien attaché pour ne pas être emporté. Malgré tout, il y a des endroits magnifiques qui valent le détour (Taj Mahal, Pushkar, Jaisalmer, Jodhpur, Udaipur, etc.)
– Le Nord-Ouest de l’Inde; peut-être le parados sur Terre… pour les amateurs de plein air; désert, hautes montagnes, vues à couper le souffle, tout y est,
Il y a aussi quelques microcosmes;
– Varanasi – Endroit UNIQUE sur Terre et impossible à cataloguer dans une section autre que celle intitulé « Varanasi »…
– Mumbai et Kolkata; mégapoles tout en contraste, alliant modernité et pauvreté cote à cote.
En effet, l’Inde d’aujourd’hui un pays très susperticieux, qui accorde une place très importante aux contes et légendes. À première vue, cela peut sembler très farfelu vue les avancés technologiques et les connaissances que nous possédons de nos jours. Les indiens sont comme des enfants à l’échelle mondiale; ils sont naif et très impressionnables.
L’Inde est un pays qui possède absolument TOUT, que ce soit au niveau des ressources (forêts, eau, etc.), des montagnes parmis les plus belles et hautes du monde, des déserts, des plaines cultivables, des plages magnifiques et surtout… un patrimoine culturel énorme (que ce soit par les anciennes civilisations où les britanniques à l’époque de la colonie). Qu’est-ce qu’ils en font?
Depuis leur indépendance, ils sont en train de tout dilapider. Je ne suis pas en mesure de nommer une seule chose que j’ai vu qui a été fait par les indiens. Il y a en fait 1 chose que je pourrais nommer; la construction de Chandigarh, mais ce fut dirigé par des étrangers. Tout est à l’abandon et ils ont l’écart entre les riches et les pauvres est probablement la plus importante au monde. Les riches sont plus riches et vivent mieux que ceux en occident et les pauvres sont les plus pauvres de la planète. Et ce n’est pas demain la veille que ca risque de changer puisque tout cela est justifié par la religion et son système de caste complètement stupide.
Je me demande si la mondialisation, les nouvelles technologies et la société de consommation dans laquelle nous visons n’ont pas fait en sorte qu’ils ont manqué une coupe de marches dans l’escalier de l’évolution. Avant toute chose, je tiens à dire que je ne me considère aucunement supérieur à eux en écrivant cela… c’est simplement mon constat après avoir fait le tour.
C’est simplement que l’Europe, l’Amérique du Nord et quelques autres pays étaient à l’avant garde lors du siècle passé. Pendant ce temps la, des pays comme l’Inde se développaient beaucoup moins rapidement. Avant l’arrivé de la télévision et plus spécialement de l’internet et de la téléphonie sans fil, cette différence n’était pas vraiment un problème puisque les indiens vivaient dans leur petit monde et évoluaient à leur rythme. Avec l’arrivé de ces technologies, les frontières sont devenus obsolètes et du jour au lendemain, des pays qui étaient beaucoup moins avancé se retrouvait avec toutes nos technologies sans trop savoir quoi en faire.
Pour vous imager mon point, je prendrais en comparaison le jeu Civilization (désolé pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle). C’est comme si l’Inde avait acheté d’une autre civilisation les technologies « Internet »et « Téléphonie sans fil » sans avoir au préalable découvert la « roue » et « l’écriture » (j’exagère, mais c’est pour imager mon point). Bien sur, il y a une élite qui vie comme nous les occidentaux, mais la grande majorité vivent encore au moyen-âge…avec des ordinateurs et des téléphones intelligents. Encore une fois, ce paragraphe n’est qu’un essai de ma part pour essayer de comprendre cette question qui me chicote depuis mon arrivé ici. Vous pouvez être donc être complètement en désaccord avec moi.
Après avoir passé quelques mois en Inde, au Népal et au Sri Lanka, je suis en mesure de faire ma petite analyse personnelle de ces 3 pays qui partagent plus que des frontières communes, mais bien une histoire et des racines similaires. Quand on commence à jouer au jeu des comparaison, le constat est affreux pour l’Inde. Autant niveau de la qualité de vie de ses habitants que de tout autre champ, l’Inde est loin derrière ses 2 voisins. Alors que le Sri Lanka sont déjà bien en avance et semblent avoir des plans bien défini pour développer leur pays dans un avenir à plus ou long terme, je ne vois pas comment l ‘Inde va pouvoir faire pour se sortir du marasme dans laquelle elle se trouve. Oui, du point de vue purement industriel et monétaire, l’Inde s’en sort très bien au niveau mondial, mais mon analyse concerne le point de vue humain uniquement. Ces avancés au niveau mondial se font au détriment d’une très grande portion de la population qui est laissé en plan, livré à son propre sort, c’est à dire la désorganisation et bien souvent la famine.
Il n’y a rien pour eux, aucun avenir (j’espere vraiment me tromper). Je vois difficilement un enfant issue de la rue se sortir du cycle infernal de la pauvreté. Pendant ce temps, les riches indiens vivent tels les occidentaux avec la meilleure education, etc.
C’est bien sombre pour un pays qui se targue d’être la plus grande démocratie du monde (en terme de nombre d’habitants).
Mais bon…
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C’EST REPARTI…
C’est maintenant l’heure de redémarrer mon voyage…
Après plus de 1 mois à voyager avec le strict minimum dans mon petit sac bleu, me revoici avec mon gros sac de 70livres hyper lourd sur les épaules…
Je quitte l’Inde le coeur TRÈS léger avec un incroyable sentiment du devoir accompli. Il y a bien sur beaucoup d’endroits que j’aurais aimé visiter (Amritsar, Dharamsala, Srinigar, le Sikkim, la vallée de Lahaul et Spiti, etc.), mais pour être franc, je n’en peu plus de ce pays tout croche. J’ai besoin de changer d’air et découvrir de nouveaux horizons.
Direction Kota Kinabalu… vous n’avez jamais entendu parler de cette ville, eh bien je suis dans la même position que vous… plus importante ville de la partie Malaisie de l’ile de Borneo. J’y rejoint mon compagnon de toujours Roark… après avoir pris des chemins différents il y a un peu moins de 2 mois, nous refaisons équipe pour une 3ème fois…
L’idée est donc de passer quelques semaines à Borneo/Malaisie, pour ensuite prendre un ferry jusqu’au Philipines et nous y amuser un peu. Par la suite, ce sera direction Singapour, qui se situe à l’extrémité Sud du continent Sud-Asiatique, afin d’entreprendre une remonté jusqu’à Hanoi – Vietnam, dernier arrêt supposé de mon voyage, en passant par la Malaisie, la Thailande, un détour au Myanmar, le Laos, le Cambodge et finalement le Vietnam. Tout cela devrait me prendre un 5-6mois…
Je vous donne donc rendez-vous dans un prochain épisode près de chez vous, afin de vous faire découvrir une nouvelle partie de l’Asie…
10-4 Inde T E R M I N É…
Nananana nananana hey hey hey GOODBYE
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P.S. – L’Inde va essentiellement me manquer pour sa cuisine. Je tiens donc à rendre hommage à mes meilleurs repas;
– Déjeuner au restaurant Sonam de Darjeeling
– Thali à mon hotel de Varanasi (Sani River View Guesthouse) et au restaurant de Shimla
– Poisson frais acheté sur la grève à Kochi
– Masala Dosa du restaurant Anang de Kolkata
– Palak Paneer à Leh
P.S. II – Voici un petit test afin de savoir si vous êtes prêt pour l’Inde;
– vous aimez être entouré d’étranger, qui ne parle pas votre langue,
– vous aimez avoir toute l’attention, être dévisagé continuellement,
– vous êtes près à être confronté au quotidien au chaos et la pollution,
– vous êtes insensible à la pauvreté… autrement, vous allez vite le devenir,
– vous aimez prendre des photos avec des inconnus et répondre à la question « tu viens de où toué »,
– pour vous, le cri strident d’une femme peut être interprété comme étant de la musique,
– la nuit, vous aimez entendre des chiens japper,
– vous recherchez un délice culinaire,
– vous êtes végétarien… ou allez vite le devenir,
Et bien plus encore.
Bref, vous voulez vous retrouver dans l’endroit le plus déstabilisant au monde…
Épisode 23 – Zanskar Vallée; sortir des sentiers battus
Du 8 au 28 aout 2013
…
Voici le récit de mon épopée dans la vallée de Zanskar, l’un des endroits les plus reculé de l’Inde, et par le fait même de la planète. Pendant 3 semaines, j’ai parcouru à la marche cet endroit surprenant de Lamayuru à Darcha en passant par Padum.
Tandis que la majorité des randonneurs font ce trek avec un guide, des porteurs et dans un luxe quasi indécent, une carte, mon instinct et mes pieds me servaient de Guide, tandis que mon dos agissait comme porteur.
ATTENTION
Ces 3 semaines ont été parmi les plus difficiles de ma vie, tellement que par quelque fois, j’ai même cru que mon heure était venue. Sur le moment même, j’ai écrit beaucoup de choses très crus et sombres qui peuvent s’apparenter à une sorte de délire. J’ai pris la décision de conserver ces sections afin de vous faire partager au mieux l’expérience que j’ai vécue.
Aussi, la qualité des photos est affreuses puisque j’ai éprouvé un problème avec ma caméra dès le départ… toutes les photos ont donc été pris avec mon IPhone. Cela ne rend donc pas justice à la vallée de Zanskar. Comble de malheur, je savais pertinemment que je n’avais plus beaucoup d’espace sur ma seconde et très petite carte mémoire d’appareil photo (ma grosse étant pleine de mon trip de vélo), j’ai donc réservé l’espace aux meilleurs endroits du trek, qui ont sans aucun doute été les jours 4, 5 et 6… mais j’ai perdu cette carte une fois rendu à Karsha (jour 10). Un merci tout spécial à Clémentine (je sais pas ton nom de famille) pour avoir partagé avec moi quelques bonnes photos des jours 17-18 et 19.
…
TABLE DES MATIÈRES
– LA VALLÉE DE ZANSKAR
– Jour J – DIRECTION LAMAYURU
PREMIÈRE MOITIÉ (Jour 1 à 10)
– Jour 1 – RIEN NE SERT DE COURIR, IL FAUT PARTIR À POINT…
– Jour 2 – LA VALLÉE ARC-EN-CIEL
– Jour 3 – DE SI JOLIE CHEVAUX
– Jour 4 – LE JOUR DE LA MARMOTTE
– Jour 5 – A WILD NIGHT INTO THE WILD
– Jour 6 – LE FOND DU BARIL
– Jour 7 – QUAND DAME NATURE S’EN MÈLE
– Jour 8 – REBORN
– Jour 9 – VOYAGE DANS LE TEMPS
– Jour 10 – SUR LA ROUTE
– Jour 11 – STOP
– Jour 12 – PADUM TERRE PROMISE
DEUXIÈME MOITIÉ
– Jour 13 – PAS D’EXCUSE
– Jour 14 – PURNE COUTE QUE COUTE
– Jour 15 – PREMIER CONTACT
– Jour 16 – CATCH ME IF YOU CAN
– Jour 17 – QUAND LES TORRENTS SE DÉCHAINENT
– Jour 18 – LE VENT DU NORD
– Jour 19 – À DOS DE… CAMION
– MINUIT MOINS UNE POUR MANALI
– FIN DU CHEMIN DE CROIX
– EXPÉRIENCE CULINAIRE ZANSKARIENNE
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LA VALLÉE DE ZANSKAR
Ancien royaume prospère du Nord-Ouest Indien, Zanskar est aujourd’hui la plus isolée des vallées Himalayennes. Jusqu’au début des années 80, il n’y avait aucune route reliant la vallée au reste du Ladack. Complètement entourée de hautes montagnes, les fortes accumulations de neige bloquent les cols (passages), de sorte que tous les accès routiers et les sentiers pédestres sont impraticables… il est donc impossible d’y entrer ou d’en sortir plus de 8 mois par année.
Zanskar compte aujourd’hui un peu plus de 14000 habitants répartis dans une vallée formant un Y; la branche Ouest (Padum à Kargil), la branche Nord (Padum à Lamayuru) et la branche Sud (Padum à Darcha). Les 3 vallées se rejoindre en un centre où se situe Padum. Avec ses quelques 1400 habitants, Padum est la capitale et le centre commercial de cette région faisant partie du Ladack. L’ensemble de la population de la vallée est bouddhiste, exception faite de 40% des habitants de capitale qui sont musulmans.
Anecdote pas très drôle, même si les 2 religions cohabitent quand même bien, il est strictement interdit à un homme/femme musulman et un homme/femme bouddhiste de se fréquenter. Il y a quelques semaines, il y a eu un bran le bas de combat au village entre musulman et bouddhiste quand un musulman s’est enfuit de la région avec une bouddhiste pour aller vivre leur amour loin de toute cette tension. S’en est suivit un véritable bain de sang entre les 2 familles.
La situation géographique unique de la vallée, qui les isolent plus de la moitié de l’année, a fait en sorte que les habitants du Zanskar ont développé une identité très forte qui n’a rien à voir avec les autres habitants du Ladack; c’est un peuple bien distinct. De plus, ils ont démontrés beaucoup de ténacité et vivent en parfaite harmonie avec la nature, ce qui leur permet de survivre dans un endroit extrêmement hostile.
Pour les aventuriers, à noter qu’il est possible de faire un trek dans le Zanskar en plein hiver au mois de février. Le trek emprunte la seule route possible… soit directement sur la rivière Zanskar… alors gelée. Pour plus d’informations, cherchez « Chadar Trek ».
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Jour J – DIRECTION LAMAYURU
C’est très nerveux que j’entreprends ma 3ème aventure un peu folle depuis le début de mon voyage. Après un trek de 1 mois au Népal et un trip de vélo d’une dizaine de jour entre Manali et Leh, je trouve encore le moyen de hausser le niveau de difficulté avec ce trek de 3 semaines en solitaire et en autonomie semi-complète; j’apporte avec moi tente, mon sac de couchage et une certaine quantité de nourriture.
Ma dernière journée à Leh avant le départ a été looooongue. Je me suis levé comme à l’habitude avant 7h et j’ai tué le temps jusqu’au moment d’aller prendre mon bus à 1h30.
Bien que j’avais pris la peine de me déplacer en personne à la station d’autobus (marche de 40min allé) hier afin de m’enquérir sur quel bus prendre, l’heure, etc., les informations qu’on m’a données étaient incomplètes et erronées. D’une part, le bus ne partait pas à 1h30, mais bien à 2h30… j’ai donc poiroté comme un con plus de 2h… d’une autre, il fallait faire une réservation et le gars au comptoir ne m’a jamais mentionné cette info. Sans réservation, les seules places disponibles pour un touriste stupide comme moi étaient à l’avant sur le moteur à coté du conducteur. Ça commençait bien mon nouveau périple.
J’étais donc dans la cabine du bus à somnoler quand j’ai vu une touriste sortir d’un taxi avec une tonne de bagages. Elle se dirigeait vers mon bus avec le chauffeur de taxi qui peinait sous le poids. Je me suis alors dit « yen as-tu des gens qui ne savent pas voyager », puis je me suis refermé les yeux.
Quelques minutes plus tard, j’entendais un « excuse me »… c’était la même fille qui me demandait pour s’assoir dans la même cabine…
Elle – « Hi… where are you from? (salut… de où tu viens?) »
Moi – « Canada… (d’un air désintéressé) »
Elle – « Me too… I’m from Quebec and you? (moi aussi… je suis du Québec et toi?) »
Moi – (je m’éveille tout d’un coup) « ahhh ouais… moi aussi »
Quelle ne fut pas ma surprise de voir arriver une québécoise (Catherine – 23ans – beauceronne et étudiante en enseignement) et son chum Thibault (français – ayant étudié au Québec, plus précisément à Chicoutimi). Elle était arrivé avec une tonne de bagage puisqu’ils reviennent d’avoir travaillé 6 mois en Nouvelle-Zélande et voyagé 2 mois au Ladack.
J’ai donc passé le reste de la journée à parler québécois pour la 1ère fois depuis mon séjour à Mumbai avec mes amis Franko et Pascale. J’ai souvent parlé français avec des français de France, mais québécois sans m’efforcer pour bien parler afin de me faire comprendre… Wow…
S’en est suivit un trajet de 4h jusqu’à Lamayuru, lieu de départ du trek.
18h00 – Moi et mes nouveaux copains avions désormais quitté notre luxueuse cabine d’autobus…
Une fois l’hébergement trouvé, nous avons profité des derniers rayons du soleil pour visiter un peu le village et nous rendre à la Gompa tout en haut. Lamayuru possède un beau petit monastère comprenant plusieurs bâtiments éparpillés sur une colline.
Au moment de l’année où nous y sommes allé, il n’y a qu’un seul moine au monastère (en temps normal ils sont plusieurs). La rumeur veut que les moines aient tirés à la courte paille et celui qui a perdu devait rester au monastère durant la saison touristique (l’un des monastères les plus connus du Ladack) avec la tonne de touristes qui se pointent et qui veulent prendre des photos. Bon, c’est moi qui ai parti la rumeur, mais c’est une rumeur quand même…
Nous sommes alors tombé sur une gang de morveux… euh… littles bouddhas… ou si vous voulez de jeunes moines bouddhistes en herbe.
Pas moyen de les empêcher de bouger et de se chamailler 2 secondes. Puis, Catherine a sorti sa tablette numérique pour prendre des photos et ils ont alors concentré leur regard dessus, ne sachant probablement pas qu’est-ce que c’était…
…
Jour 1 – RIEN NE SERT DE COURIR, IL FAUT PARTIR À POINT…
Info;
– Lamayuru (3510m)
– PringLa Pass (3730m)
– Shila
– Wanla (3160m)
Nombre de kilomètres; 6km
Description;
Bon… allez, je me lance…
Réveil pénard à 6h pour ensuite aller à l’ouverture du monastère entendre les chants avec Catherine et Thibault.
Quand le plus vieux des moines entonnait ses mantras, on aurait dit le bruit d’un Digeridou… instrument de musique des aborigènes en Australie. Le son de sa voix imitait le son de l’instrument à merveille… ce qui n’a pas manqué de me faire sourire.
8h30 – Après avoir fait mes adieux à Cath et Thibault (c’est fou comme on s’attache rapidement en voyage), qui prennent l’autobus pour Srinigar, je m’élance officiellement pour mon trek.
Ce sera donc moi, ma barbe de pas propre, mon bandana rouge et mon sac à dos bleu pour un trek de 3 semaines au beau milieu du désert Himalayen.
Après avoir suivit la route et m’être engagé dans une espèce de tranché tout sauf accueillante, je traversait un ruisseau pour officiellement m’engager sur le sentier.
Tout de suite, la première épreuve pointait à l’horizon; franchir la PringLa Pass, pointant à 3730m, soit 500m plus haut que Lamayuru…
L’ascension, qui se fessait dans de petites crevasses assez étroites, s’est faite les doigts dans le… ahhh non, on m’informe que j’ai souffert durant cette ascension…
9h45 – Le sommet était atteint et j’entamais la descente très abrupte à l’intérieur d’un ravin étroit qui menait directement à la rivière… et au village de Wanla.
Pas de vent, soleil de plomb, zéro végétation, aucun bruit… pas de doute, l’ennemi no.1 ne sera pas l’altitude ici, mais bien la chaleur.
10h40 – Je commence à apercevoir de la végétation sur les parois, puis j’aperçois au loin un drapeau, puis une maison en-dessous du drapeau. Nul doute, la gorge aride que je descend depuis plus d’une heure est terminée au petit village de Shila tout juste avant Wanla.
Je quitte alors le sentier sinueux pour me retrouver sur une route de terre.
11h30 – Après quelques kilomètres à marcher sur la route longeant la rivière. je pose finalement les pieds à Wanla. Village en construction… ou en destruction… Wanla est construit sur un flanc de montagne avec quoi comme cerise sur le Sunday?!? Un monastère sur le dessus de la montagne… Ouiiiiiiiii
Ne pouvant empêcher le progrès, une route a été construite pour relier les villages de Shilla, Wanla et quelques autres sur mon chemin à la route Leh/Srinigar. C’est donc dire que si j’avais fait ce trip 2 ans plus tôt, tout ces petits villages n’auraient eu que des sentiers pédestres comme chemin principal.
Bien qu’il soit simplement midi, j’ai pris la décision de rester ici pour la nuit. Plusieurs raisons ont motivés ma décisions.
1er – Le poids de mon sac avec les nouveaux arrivants pèse lourd et mon dos n’a pas vraiment aimé ce matin. J’ai donc besoin de m’y habituer en douceur,
2ème – Je suis parti très tard ce matin (8h30) et bien que j’ai marché seulement 3h, la chaleur est accablante et ne pardonne pas,
3ème – Le village que j’avais en tête est à au moins à 4h (sinon plus de marche),
4ème – Mon genou droit n’a pas aussi bien récupéré de mon trip de vélo que je l’aurais cru,
5ème – Mon trek s’apparente plus à un marathon qu’à un sprint et je ne me suis pas beaucoup reposé (seulement 1 journée à Leh) entre le début de cette aventure et la fin de mon trip de vélo. Je ne veux pas me bruler dès le départ et trainer une fatigue/mal durant 3 semaines,
6ème – Dernier argument et non le moindre; IL N’Y A PAS LE FEU, J’AI TOUT MON TEMPS
Bref, pour toutes ces raisons, j’ai pris la décision de me reposer dans ce village pour le reste de la journée. Si vous n’êtes pas content, vous pouvez bien aller au Di@bl€… c’est ma vie après tout héhé.
En me promenant un peu et en demandant aux gens, j’ai trouvé une très belle homestay (rester chez les gens) dans le village; la maison du maitre de l’école d’ébénisterie. Pas besoin de vous dire que ma chambre est très somptueuse et ornée de magnifiques boiseries.
Je repousse donc à demain mon camping héhé…
Après seulement quelques heures à arpenter le sentier, il m’apparait clair que contrairement à Annapurna (Népal), où même un aveugle aurait pu retrouver son chemin tellement c’était facile et les indications étaient claires, au Zanskar c’est tout le contraire; on ne prend pas le trekkeur par la main et une bonne carte est essentielle. En fait, je crois qu’il me sera très difficile de terminer ce trek sans m’être perdu au moins une fois. L’avenir nous le dira…
Autre constat, la communication sera très difficile avec les locaux. La très grande majorité d’entre-eux ne parlent/comprennent pas l’anglais et les autres baragouinnent quelques mots par-ci par-là.
…
Jour 2 – LA VALLÉE ARC-EN-CIEL
Info;
– Wanla (3160m)
– Phanjila (3270m)
– Hanupatta (3760m)
Nombre de kilomètres; 17km
Total; 22km
Description;
Chassez le naturel, il revient au galop…
Après une journée assez pénard passée principalement dans une superbe chambre de Wanli, le réveil a sonne à 4h30 du matin, me ramenant brutalement sur Terre.
Hier, je me suis offert de petite vacance, mais aujourd’hui il est temps de se mettre à l’ouvrage le plus tôt possible afin de me trouver un abri et éviter la chaleur accablante de l’après-midi.
La promenade d’aujourd’hui a principalement consisté à marcher durant plusieurs heures sur une route longeant un cours d’eau dans le fond d’une vallée.
7h30 – J’atteint le beau petit village de Phanjila, qui se trouve à la croisé de 2 rivières. De là, on peu faire un autre trek jusqu’à Alchi/Chilling et connecter acec la Markha Valley.
Puis, un manchot n’aurait pas fait pire… j’ai échappé ma gourde par terre et il ne me restait presque plus d’eau pour la suite du chemin.
Plus j’avançais vers Hanupatta et plus la vallée devenait étroite. Les montagnes se sont ainsi rapprochés l’une de l’autre, on aurait dit qu’elles avaient été tranchées au couteau, et le torrent s’est déchainé plus bas dans la rivière. Ajoutez à cela le soleil qui, en frappant les montagnes, faisait apparaitre une multitude de couleurs; mauve, gris, orange, vert.
Les 2 dernières heures ont été TRÈS pénible. C’est complètement agonisant (vous savez comme les zombies qui se trainent les pieds) que je suis finalement arrivé à Hanupatta à 11h20. Pour dire vrai, les yeux m’ont tournés une coupe de fois, mais j’ai réussi à me concentrer pour éviter de m’évanouir.
Je n’avais alors qu’une idée en tête; trouver de l’eau… beaucoup d’eau.
1er bâtiment en entrant en ville; le magasin général (un garage de fond de cour avec 2 portes de grange, mais contenant de la nourriture… et de l’eau.
J’ai ensuite demandé si il y avait un homestay en ville et on m’a répondu que pour 800rs ça pourrait s’arranger. Je n’ai pas dit 1 mot, je me suis levé et je suis parti.
Moins de 1h de marche plus loin, j’ai trouvé un camping… avec une tente restaurant très très très rustique… où il était possible de souper et d’y établir mon campement pour la nuit.
L’endroit est tenu par un ancien guide dans la Zanskar valley originaire de Lamayuru. Il passe ses étés ici avec ses 5 garçons. Vous aimeriez passé 3-4mois au milieu de nul part à coucher dans une tente plus petite que mon cul avec votre père et vos 4 autres frères?!?
J’ai tout d’abord repris mes esprits… un peu… et j’ai ensuite entrepris de monter ma tente… vous savez, celle que j’ai acheté il y a 4 jours et qu’en gars hyper intelligent, j’ai jugé bon de ne pas essayer de la monter avant de partir.
Disons simplement que d’être à bout de force et manquer s’évanouir à toutes les 2 minutes n’est pas le meilleur moment pour comprendre comment ça marche. Résultat; ça m’a pris 1h30 pour la monter.
Pour ce qui est du camping, le site est à un endroit très avantageux dans la vallée, étant perché dans les hauteurs, offrant à la fois une vue sur Hanupatta en contrebas, sur les montagnes tout autour et étant en bord de falaise avec la rivière en contrebas. J’aurais donc le bruit du torrent pour me tenir compagnie…
Vers 17h, tout le beau monde est finalement parti, me laissant tout fin seul avec ma petite tente à 4000m d’altitude. Le village de Hanupatta étant à quelques kilomètres, cela veut dire que pour la première fois, je serais la seule âme qui vive à des kilomètres à la ronde. La sensation de liberté est difficile à égaler; seul entouré de gigantesques et magnifiques montagnes. Quand on y pense, c’est quand même ironique puisque l’Inde est l’un des pays les plus peuplés de la Terre. Je dois me pincer pour véritablement y croire…
Entretemps, on aurait dit que le paysage s’était mit sur pause, seul le son de la rivière en contrebas trahissait un quelconque mouvement; la pluie avait cessée, le vent aussi, mais le froid, cet ennemi invisible, s’installait tranquillement dans tous les pores de ma peau.
Je suis donc resté dehors à contempler le jour qui s’en allait peu à peu, laissant tranquillement toute la place aux étoiles. Une journée pénible qui se termine de manière très douce.
Puis, je me suis finalement résigné à rentrer me coucher. J’étreins pour la première fois ce qui sera ma maison pour les prochaines semaines; une petite tente très solide et un sleeping très chaud… disposé directement sur le plancher des vaches (intentionnellement, je n’ai pas acheté de matelas de sol)… avec un sac de compression remplis de trucs en guise d’oreiller.
Ayez une pensée pour moi quand vous soulèverez votre couverte en allant au lit ce soir… et pensez-y à 2 fois la prochaine fois que vous me direz « tu es dont ben chanceux de voyager ». En voyage, il faut bien souvent faire des sacrifices…
…
Jour 3 – DE SI JOLIE CHEVAUX
Info;
– Hanupatta (3760m)
– SisirLa Pass (4805m)
– Photoksar (4120m)
Nombre de kilomètres; 15km
Total; 37km
Description;
6h du matin; bouge tes fesses le grand, il est temps de défaire le campement et de se mettre en route… sous un couvert nuageux qui n’annonce rien de bon.
Comme première nuit dans ma tente, on aurait difficilement pu trouver un meilleur test; il a fait un froid d’enfer, il ventait comme le criss et ce dernier n’a pas cessé de brasser mon abri de tout bord, tout coté. Résultat; mon amanchure a tenu le coup et mon sleeping m’a tenu bien au chaud. Par contre, chaque partie de mon corps est en état de choc après cette première nuit passé à dormir directement sur le sol.
Aujourd’hui, le chemin m’amène à franchir la SirSirLa Pass, qui pointe à plus de 4800m. Selon toute logique, je devrais ensuite m’arrêter un peu plus loin près du village de Photoksar.
Bonne nouvelle, mon corps et mon esprit sont sur le même diapason pour une 1ère fois depuis le départ. C’est peut-être en raison de mon matelas… inexistant… qu’ils se sont dit « hey les gars, si on coopère, il va pouvoir aller plus vite et on aura moins de nuit à passer comme ça ».
11h10 – Non sans peine, j’atteint le sommet de la SisirLa Pass quelques 1000m plus haut que mon point de départ ce matin.
Durant l’ascension, j’ai dépassé un groupe organisé d’environ 10 allemands d’âge mur qui me regardaient comme si j’étais un extraterrestre.
Ma journée de travail se résume donc maintenant à descendre jusqu’au village de Photoksar quelques 2h plus bas.
C’était cependant plus facile à dire qu’à faire puisque pour descendre la SirSirLa Pass, il a fallu que j’emprunte une section de sentier des plus dangereuse, comprenant des zigzag très serrés, tout en étant très inclinée. Une perte d’équilibre se serait résultée en une chute d’une bonne centaine de mètres… mais j’aurais probablement survécu.
Tout de suite après que je me sois élancé dans cette section, un groupe de chevaux a fait de même. Sur le coup, je me suis dit « tiens c’est amusant, des chevaux qui descendent la montagne ». J’ai cependant déchanté très vite quand j’ai commencé à avoir des roches par la tête.
La nouvelle vallée dans laquelle je viens de basculer est beaucoup plus belle que la précédente; il y a de la végétation en contrebas, mais pour le reste, c’est complètement désertique. C’est dur à expliquer, mais les couleurs et les formes sont très attrayantes pour l’oeil.
Tout en suivant le sentier qui me menait au fin fond de la vallée, à un endroit où il m’était impossible d’apercevoir jusqu’à la dernière minute, il n’y avait aucun son… même pas le bruit habituel du vent, ni de la rivière… RIEN. C’était quelque chose d’assez troublant. Je me surprenais à penser que si Guillaume Fafard avait été à plusieurs kilomètres de moi, je l’aurais clairement entendu.
Les caravanes de chevaux/ânes sont nombreuses sur la route aujourd’hui et il y a beaucoup de bergers avec leur troupeau le long de la route. Même si il y a la route à proximité, je n’ai pas vu de voiture depuis mon départ de Wanla. Je peux me tromper, mais j’ai l’impression que tout se fait encore par convoi.
Puis, Photoksar s’est finalement pointé à l’horizon. Un peu à l’écart du sentier principal, qui passe sur l’autre rive, le village vaut le détour. Bien installé sur le bord d’une falaise très abrupte (quand je dis bord c’est BORD), qui ne demande qu’un petit tremblement de terre pour faire table rase, et adossé à une très haute montagne, qui ne demande qu’un signe pour lancer quelques pierres, le village est très impressionnant. Ayant été relié au reste de l’Inde par une route carrossable il y a moins de 1 an, le village n’a encore rien perdu de son authenticité et s’y promener équivaut à un voyage au Moyen-Age. Ne cherchez pas de magasin général ou même un endroit ayant de l’électricité… c’est peine perdu. Par contre, ayez à porté de main votre appareil photo, affichez votre plus beau sourire, faites un signe de la main et dites « Juley » lorsque vous croisez l’un des habitants. Avis aux intéressés, j’ai tout de même distingué 2 homestays.
12h40 – Mon campement pour la nuit un peu en marge du village dans un espèce de camping broche à foin, comportant une teahouse tout ce qu’il y a de plus basic (un cabanon en pierre dans lequel il y a une « cuisine »). Fait intéressant, il y a un pâturage à 2 pas de ma tente et des centaines de chevaux y ont élus domiciles… c’est assurément le genre d’endroit que ma soeur détesterait héhé.
J’ai monté ma tente en moins de 10min… mon nouveau record… pas de niaisage… pour ensuite aller me promener dans le village…
Autant hier soir j’étais tout fin seul dans mon petit monde, autant ce soir je me sens seul… mais pour une raison différente. Je suis le seul blanc avec une vingtaine de locaux dans le campement. Au moment même où j’écris ces mots, 2 d’entre-eux ne quittent pas des yeux mon crayon et le papier tout chiffonné sur lequel j’écris. Ils n’arrêtent pas de crier aux autres « english » en faisant des signes de la main vers mes hiéroglyphes.
Ouin… bon… ceux qui me connaissent un peu savent à quel point je peux écrire en pattes de mouches (je ne comprend toujours pas comment j’ai fait pour passer le cours de « convention graphique » en 1ère année d’architecture… où on était sensé apprendre à écrire comme de vrais architectes…). Ils leur est donc IMPOSSIBLE de distinguer quoique ce soit.
De toute façon, mes nouveaux « amis », en plus d’être très crasseux (je suis mal placé pour parler) et habillés avec les moyens du bord (il y en a un qui porte des lunettes de ski), ne parlent/comprennent aucun mot d’anglais. D’un autre coté, je suis en minorité et ce serait plutôt à moi de faire un effort pour parler leur langue…. mais je ne comprend absolument rien de ce qu’ils peuvent se raconter. En fait, les seuls langages universels sont la monnaie et les signes. Quand je dis « how much? (combien?) » en pointant quelque chose, ils comprennent très bien. Pour le reste, je me contente de sourire, de faire ma petite affaire et d’amuser les enfants.
Ce problème (qui n’en est pas vraiment un) de communication me fait réaliser à quel point je peux être loin de mon bon vieux petit Québec présentement. J’essai de penser à un film pour vous faire imaginer l’environnement où je suis présentement, mais le seul exemple qui me vient en tête… et c’est un très mauvais exemple… c’est le film « Ironman I », lorsque Tony Stark est retenu prisonnier dans une caverne dans le désert au début du film. Oubliez la caverne… et les armes, mais l’endroit et le peuple (pacifique) sont identiques.
…
Jour 4 – LE JOUR DE LA MARMOTTE
Info;
– Photoksar (4120m)
– BurmitseLa Pass (4400m)
– SenngeLa Base Camp (4480m)
Nombre de kilomètres; 20km
Total; 57km
Description;
Autant dormir devrait logiquement représenter l’étape relaxante de ma journée, autant ce n’est qu’un autre défi douloureux auquel je dois faire face. Ma décision de ne pas apporter de matelas de sol fait en sorte que peu importe la position que j’adopte, une partie de mon corps souffre en raison d’un caillou mal placé, etc. Malgré tout, cette tente représente un véritable cocon pour moi. Peu importe où je l’installe, j’ai l’impression que plus rien ne peut m’arriver une fois à l’intérieur. C’est mon havre de paix, mon « vaisseau spécial ».
Parfois, que dire, plusieurs fois par jour, je me demande qu’est-ce qui a bien pu me passer par la tête pour entreprendre ce trip complètement fou. Je me dis que je serais tellement mieux en Thaïlande, en Indonésie ou sur une quelconque plage perdue de l’Asie. Mon seul problème serait alors de savoir si je vais prendre un Mijoto ou un Rum’n Coke. Après toutes les choses folles que j’ai faites depuis 2 mois, mon corps commence à demander un peu de repos. Mais bon, je me réveille, je sors de ma tente et j’ai la raison pourquoi je suis ici; de magnifiques paysages. Rien ne peut venir troubler ces moments… Ahhh si… un manque de batterie dans ma caméra.
6h40 – C’est un départ. Dès les premiers instants, j’éprouve de la difficulté à trouver le sentier. Heureusement, j’avais prévu le coup hier en observant durant plusieurs minutes le groupe d’allemands avec leur guide négocier cette portion.
Dès le départ, je fais face à mon premier défi; l’ascension de la BurmikseLa Pass, 300m plus haut que Photoksar et lui faisant directement face. Durant l’ascendion, 3 choses pouvaient être aperçus. D’une part, il y a des marmottes, d’un orange Halloween et noir, PARTOUT. La majorité du temps, tout ce que je voyais d’eux c’était un gros derrière et 2 pattes qui prenaient la poudre d’escampette. Sinon, en se tournant vers la gauche, on aperçoit le formidable village de Photoksar avec ses maisons toutes cordées sur le bord de la falaise comme si c’était la plage. Finalement, en se tournant complètement pointe le mur désertique qu’est la SisirLa Pass, le sommet que j’ai arpenté hier.
En moins de 2h, j’avais atteint le sommet de cette passe. L’instant de dire Au Revoir à Photoksar et Sisir, je basculais dans une nouvelle vallée toute verte où rien ne pousse plus haut que de vulgaires touffes d’herbe, complètement exempte de traces humaines (exception faite du sentier) et emprisonnée de tout bord tout coté par les montagnes.
À partir de là, 2 moyens s’offraient à moi pour en sortir; faire demi-tour et redescendre vers Photoksar, ou me diriger droit devant à l’endroit le plus éloigné de moi, vers une montagne ressemblant à une grosse tache noir. C’est en effet au milieu de cette tache noire que se trouvait la SenngeLa Pass, pointant à plus de 5000m, selon ma carte.
J’étais cependant encore loin du compte puisqu’il me fallait tout d’abord traverser une vallée extrêmement vallonnée et qui semblait se prolonger jusqu’à l’infini.
Allez… lève-toi de la roche sur laquelle tu es en train d’écrire… il faut se mettre en route si on veut arriver un jour.
Tout au long de la promenade dans la plaine parsemée de roches orange et noire… et de marmottes de la même couleur (peut-être un camouflage héhé), se trouve une chaine de montagne continu, abrupte… bref infranchissable… d’une couleur rouge/orangé sur ma gauche et des montagnes toutes vertes, mignonnes et où broutent plusieurs animaux sauvages sur ma droite. Ajoutez un ciel bleu tacheté de quelques moutons blancs et on aurait pu dire que je fessais parti d’une espèce de peinture à numéro sur laquelle l’auteur aurait décidé d’utiliser une panoplie de couleurs qui tranchent l’une part rapport à l’autre.
Encore merci à l’effet de profondeur trompeur dans cet espace démesuré où il est difficile de trouver un repère afin d’établir la grandeur et les distances à parcourir… je croyais bien franchir cette plaine en moins d’une heure, mais j’étais encore bien loin du compte après 3h de marche.
Puis, après avoir traversé un torrent avec mes bottes sous le regard médusé du groupe d’allemands, que j’avais redépassé quelques instants plus tôt, je me suis ensuite amusé à les regarder essayer par tous les moyens de ne pas se mouiller le petit orteil, pour finalement se rendre à l’évidence qu’il n’y avait qu’une option possible; l’assaut frontal sans dentelle… comme je l’avais fait. J’ai donc pris plaisir à assister à cette scène pendant plusieurs minutes en compagnie d’un des allemands qui, tout comme moi, avait vite compris comment faire.
Il m’a alors expliqué que son groupe comprenait une femme de 78ans et un homme de 77 et que mis à part un adolescent qui accompagnait son grand-père, il était le benjamin à 57ans. Je n’ai pas manqué de lui dire que je trouvais cela super, que je les admirais au plus haut point et que j’espérais être dans une aussi bonne forme qu’eux plus tard.
Bon, cessons le bavardage… s’en était maintenant fini des beaux petits vallons à monter/descendre, la montagne se pointait désormais directement devant moi.
Un peu avant que ça commence à véritablement se corser, moi et mon estomac, qui rêvait depuis un bon moment de casser la croute, sommes tombés sur une teahouse au milieu de nul part. Tout comme à Photoksar, je n’étais pas capable de communiquer avec les 4 habitants (un vieillard, 2 hommes et un enfant), mais le langage de la nourriture est universel comme celui de l’argent; tu n’as qu’à mettre tes mains près de ta bouche et le message est entendu.
Sur un coup de tête, j’ai alors décidé d’établir mon camp pour la nuit à proximité de la teahouse.
Alors que je montais ma tente, le vieillard s’est approché de moi et m’a tendu une pelle en me faisant un signe de demi-cercle autour de moi et en me pointant le ciel rempli de nuages peu commodes. Installé sur un terrain boueux, le message n’est pas rentré dans l’oreille d’un sourd. Tout de suite après avoir fini l’installation, j’ai entrepris de creuser une tranchée sur le pourtour. Après tout, il valait mieux creuser une tranchée pour rien que de se retrouver avec une tente pleine de boue.
Coup de bole, quelques temps après mon installation, un très violent orage s’est abattu sur l’ensemble de la vallée. J’avais donc pris la bonne décision de m’arrêter sinon j’aurais été trempé jusqu’aux os.
Environ 1h après avoir finalisé mon installation et avoir mangé une soupe typiquement zanskarienne (thukpa), d’horribles crampes d’estomac, suivit de problèmes majeurs de plomberie m’ont littéralement cloués au « lit » (donc sur le sol).
J’étais dans mon « vaisseau spécial » à gémir et me tordre de douleurs avec une douleur abdominale à la limite du supportable. J’avais l’impression qu’un Alien allait me sortir du ventre…
Malgré tout, je trouvais le moyen de rire devant l’ironie de la chose; depuis 6 mois que je parcourais l’Inde et ses environs à manger tout ce que je voulais sans jamais me soucier de mon estomac parce qu’il m’avait prouvé qu’il pouvait digérer n’importe quoi, j’étais à des milles de toute civilisation au beau milieu de nul part et c’était maintenant que ça m’arrivait.
Quelques heures, qui ont paru comme une éternité, ont finalement passé sans que ma situation ne s’améliore. Puis, j’ai entendu 2 personnes parler un langage familier… enfin… pas vraiment familier, voire aucunement, mais 2 individus qui parlaient en crachant ne pouvaient être autre chose que des israéliens (beaucoup de mots en hébreu demandent de faire un son s’apparentant à un crachat). Dans les circonstances, je ne pouvais pas demander mieux… j’allais pouvoir communiquer…
…
Jour 5 – A WILD NIGHT INTO THE WILD
Info;
– SenngeLa Base Camp (4480m)
– SenngeLa Pass (5060m)
– Stayang
Nombre de kilomètres; +/-13km
Total; 71km
Description;
À mon réveil ce matin, j’étais tout sauf en grande forme. Ayant vu la majeure parti de la nuit défiler devant mes yeux en étant tordu de douleur, je me sentais très faible, mais au moins le pire était passé (c’est ce que je pensais).
J’ai donc pris la décision insensée de poursuite mon chemin et franchir le monstre que représente la SenngeLa Pass (3ème plus hait col du trek). Encore plus insensé quand j’y repense, j’ai décidé de faire tout cela ajun (sans avoir déjeuner), préférant ne rien mettre dans mon estomac puisque je savais pertinemment que le tout allait ressortir assez vite. J’ai donc callé une tonne d’eau dans la rivière, regarni ma provision de biscuit en dévalisant (façon de parler… j’ai payé… vous me prenez pour qui) et en moins de temps qu’il faut pour lire « 20000 lieux sous les mers » (autre manière de dire que ça m’a prit une éternité) j’étais en route.
J’ai donc décidé de continuer, mais en prenant cela easy; je vais prendre le temps qu’il faut pour franchir la Passe et je vais gagner le spot de camping que j’avais originalement prévu pour hier tout juste après.
Pourquoi bouger? Parce que je n’avais aucune intention de passer la journée dans cet endroit perdu près d’une teahouse louche qui était probablement à l’origine de mes maux. J’aimais mieux l’idée de rouler les dés et peut-être gagner un meilleur endroit.
À peine commencé l’ascension que j’étais déjà à l’article de la mort; la motivation était au plus bas, sinon complètement absente, j’avais faim… mais le gout de vomir simplement à l’idée de manger, mes jambes ne voulaient pas avancer, mon dos ne pouvait pas supporter une seule seconde la charge qui semblait aujourd’hui si atroce. Bref, j’étais Top Shape et dans les conditions idéales pour m’attaquer à la 3ème difficulté du parcours…
Durant cette ascension, je ne pouvais m’empêcher de penser à mon buddy Roark qui se la coulait douce au même moment en Indonésie.
Pourquoi je ne l’avais pas suivi là-bas au lieu de venir dans le Nord-Ouest de l’Inde tout seul?!?
Pourquoi je dois vouloir relever des défis qui sont toujours plus difficiles?!?
Pourquoi les mots « Danger/Hardcore » veulent dire pour moi « on y va »?!?
Comme Roark le disait si bien « You like to learn the hard way (tu aimes apprendre de la manière difficile) ». La voila la réponse à toute ces questions. Ça risque de finir par me couter cher…
J’ai écris ces dernières lignes assis sur une roche, au 3/4 de l’ascension, en contemplant l’extraordinaire vu autour de moi. Pourtant solitaire de nature, je ne me suis jamais senti aussi seul et sans ressource de toute ma vie que depuis quelques jours. À ce moment, un silence de mort régnait autour de moi. On aurait dit que Dame Nature me donnait toutes les bonnes cartes et retenait son souffle en se disant « y va tu finir par la franchir cette foutu Passe?!? ».
Bon… allez… debout… avancer à pas de tortue vaut toujours mieux que rester assis sur mon derrière.
Il restait alors moins de 200m à monter pour atteindre le sommet. À chaque 10m, je m’arrêtais plié en 2. La vue que j’avais en me retournant était magnifique; j’apercevais la SisirLa Pass, très loin derrière, et les 2 vallées que j’avais arpentées depuis. Tout petit en dessous de moi, je pouvais distinguer un petit point blanc qui correspondait à la teahouse que j’avais quitté ce matin. Cette vue m’a insufflé un brin de motivation. Après tout, même à avancer à la vitesse que j’avançais, j’avais réussi à parcourir/monter tout ce chemin… WOW.
Allez fainéant… En route…
J’étais rendu si près du but, mon équilibre précaire sur le sentier hyper étroit manquait me faire tomber à chaque 2 pas. Mon sleeping (fixé par le haut sur le coté de mon sac), qui balançait de tout bord tout coté, n’aidait en rien pour arranger les choses. À ce stade, basculer aurait résulté à faire une chute de plus de 200m, sans risque réel pour ma vie… mais bon, il n’était pas question de tenter l’expérience.
J’ai alors aperçu un monticule de pierres ornés de drapeaux de prières. Je suis au sommet… vraiment?!?
Sans hésiter, j’ai jeté un dernier regard en direction de la vallée que je m’apprêtais à quitter, pour ensuite me retourner et ne plus jamais regarder en arrière.
Devant moi se dressait une nouvelle vallée toute aussi désertique, mais beaucoup plus étroite et très très accidentée.
Les prochains 2h de ma vie allait me voir descendre un véritable pan de mur. Alors que de l’autre coté l’ascension se serait faite les 2 pouces dans le nez si j’avais été en forme, ce versant était un véritable monstre dont l’ampleur dépassait tout ce que j’avais pu monter comme montagne dans ma vie. Je plain ceux qui ont du s’y attaquer.
Durant la descente, je sentais mes forces revenir. Je me suis plutôt rendu compte une fois rendu sur le plat que tout était dans l’élan et que ce n’était qu’une illusion. Je me trainait littéralement les pieds jusqu’au village de Stayang, ma destination du jour, et chaque roche, aussi vulgaire pouvait-elle être, me faisait dévier de ma trajectoire.
Sensé être au détour de la colline devant moi, je me promettais de payer le prix qu’il faudrait pour avoir un lit et un repas décent afin de bien récupérer.
J’ai donc marché, marché et remarché et le village de Stayang n’était toujours pas en vue. Pourtant, selon ma carte, qui avait pourtant prouvée son extrême précision depuis mon départ de Lamayuru, j’avais dépassé son emplacement depuis très longtemps. Pourtant, tout ce que j’avais vu depuis mon départ du sommet était un misérable campement sur le bord de la route… un campement où devait à peu près se trouver Stayang… Ahh ta peu toi (je cherche dans mon livre)… fuck… Stayang n’est pas un village, mais bien cette dompe qu’ils osent appeler un camping. Il était hors de question de retourner sur mes pas et d’aller coucher là-bas…
Il y avait bien un village un peu plus loin… à environ 2h de marche… mais j’étais à bout de force et anéantit par ma récente découverte. La nuit dans une chambre avec un bon lit allait donc attendre encore un peu. J’allais plutôt m’improviser un camping là, sur le bord du sentier.
J’ai donc installé ma tente sur un petit plateau adossé à de petites montagnes. Tout de suite en avant de moi se trouvait une vallée qui plongeait de quelques centaines de mètres et il y avait une très impressionnante chaine de montagnes droit devant en background. Je n’étais donc pas en reste coté vu…
Jusqu’à maintenant, tous les endroits où j’ai installé mon vaisseau spécial étaient à proximité de Teahouse où dans des campings « officiels ». Il faut savoir que les zanskariens se sont appropriés tous les endroits populaires où les randonneurs s’installaient pour camper le long du parcours. Puisque la très grande majorité des trekkeurs qui viennent ici ont tout leur matériel et qu’ils ne dépensent pas un sous dans la région, ce « cover charge » est pour rééquilibrer la situation. Cette fois-ci, j’étais au beau milieu de nul part…
Bon, il faut que j’arrête d’écrire, il y a un orage qui s’en vient et ma tente n’est pas encore montée…
À peine le temps de planter mes 4 piquets principaux que l’orage s’abattait sur moi… et pas n’importe quel orage; de la grêle.
J’ai pris tout mon stock, je l’ai foutu en-dessous de la toile qui était étendu par terre (le toit de la tente) et je suis resté dos à l’averse avec mes 2 pieds bien installé sur la dite toile pour l’empêcher de partir au vent qui soufflait alors comme un déchainé. Ça a duré au moins 15-20min. Tout au long, si vous aviez passé par là au même moment, vous auriez pu entendre un québécois sacrer à tue-tête en se demandant qu’est-ce qu’il avait bien pu faire pour mériter tout cela.
L’orage une fois passé, rien n’était mouillé exception faite de la toile et de ma petite personne. J’ai monté le tout pour ensuite me réfugier dans mon vaisseau spécial bien à l’abri de cet environnement devenu très hostile en l’espace de 24h.
Aujourd’hui fut une journée où je n’ai pas croisé grand monde mis à part un couple de français avec un guide indien. Quand vous dites 2 personnes sans aucune personnalité, je crois qu’ils ne savaient même pas qu’ils étaient en Inde… même que c’est probablement leur guide qui les a forcé à faire ce trek tellement ils avaient l’air d’être aussi enthousiaste que Pierre Gauthier lorsqu’il était DG des Canadiens. À chaque fois que je leur demandais quelque chose, la réponse était toujours la même « mmm… je sais pas… demande à notre guide ».
De ce fait, je n’ai marché que 5h aujourd’hui, alors qu’au Népal je pouvais en marcher 7 ou 8. Je me trouve donc un peu paresseux, mais quand j’y pense un peu plus, ce n’est pas le cas. En effet, au Québec, si vous allez faire la randonnée des Loups au Parc de la Jacques Cartier en banlieue de Québec (magnifique randonnée en passant), en 3-4h ce sera bouclé. Si en revanche vous tentez le sentier principal au Parc des Hautes-Gorges dans Charlevoix, vous serez revenu au parking en 5-6h.
…
Jour 6 – LE FOND DU BARIL
Info;
– Stayang (4450m)
– KiupaLa Pass (4430m)
– Gongma
– Skyumpata
– MargunLa Pass (4380m)
– Lindshed (4100m)
Nombre de kilomètres; +/-16km
Total; 87km
Description;
Après avoir passé la nuit sur le cul, et c’est le cas de le dire, j’ai eu toutes les misères du monde à ranger mes affaires et démonter ma tente afin de me mettre en route. Une partie de moi se demandait à quoi bon continuer, préférant rester étendu sur mon sleeping dans l’espérance que quelqu’un vienne me porter secours. J’ai rarement été aussi faible de toute ma vie.
Je me suis finalement mis en route, mais la cadence n’était pas fameuse. En fait, je ne sais pas avec quelle force, mais je suis arrivé au sommet de la KiupaLa Pass, une petite montagne de rien du tout. C’est cependant tout ce qu’il me fallait pour me donner un peu le motivation puisque de là, je pouvais admirer une nouvelle série de sommets et surtout, 2 beaux petits villages entourés de pâturages en contrebas.
Si je comprenais mal pourquoi cette montagne était considérée comme une Passe du coté où je suis arrivé, n’étant qu’une vulgaire colline, j’ai vite compris en descendant l’autre versant; c’est un véritable pan de mur d’au moins 400-500m et le sentier ne fait pas de quartier. Pour se rendre en bas, c’est un série de zigzag sans fin, très étroit et abrupte.
En descendant, j’ai rencontré ce qui semblait être un père et son fil. L’homme ne cessait pas de répéter le mot « jeep » en pointant le sommet de la montagne, tout en me montrant le bras en écharde de son fils. J’ai catché assez rapidement qu’il me demandait si j’étais arrivé avec un jeep et si celui-ci attendait toujours en haut. Il voulait surement conduire son fils à l’hôpital/médecin le plus proche… qui ne devait pas être proche pentoute. J’ai malheureusement répondu par la négative à sa requête…
Il faut savoir que la route s’arrête présentement au sommet de la montagne où j’étais précédemment, c’est donc dire juste avant cette vallée. Le petit sentier de montagne que j’emprunterais alors était donc le seul moyen de circulation de toute la région.
Une fois la descente terminée, je suis enfin tombé sur une source d’eau… les rivières/villages/teahouses se faisaient très rares depuis mon départ de Photoksar, si bien que cela faisait un bon 24h que ma gourde était vide. Dans ma situation, ce n’était pas vraiment recommandable (de ne pas boire d’eau) puisque je me déshydratais par les 2 bouts… sans commentaire. Comble de malheur, l’une de mes 2 petites bouteilles d’iode, employées pour purifier l’eau que je bois, était mal fermée et s’est vidée dans mon sac durant la nuit, si bien que je dois désormais boire l’eau prise directement dans les rivières à partir de maintenant. Ce point ne m’inquiète pas trop puisqu’à cette altitude, l’eau provient la plupart du temps des glaciers environnants. Je ne suis quand même pas con au point de boire de l’eau prise dans une rivière en contrebas d’un village… où les femmes lavent le linge, etc. Il faudra que la rivière tombe directement d’une montagne et que je vois le fond de ma bouteille une fois pleine d’eau.
Les 2 villages que j’avais aperçu du haut de la montagne ce matin étaient désormais derrière moi et j’entamais la plus grosse difficulté de la journée; l’ascension de la MargumLa Pass, dernier obstacle entre moi et le village (cette fois c’est un vrai village… et un gros en plus) de Lindshed, mon stop pour la nuit.
Margum s’est avérée être un adversaire très coriace. Avançant à ma vitesse maximale, c’est donc dire à pas de tortue qui boite, j’allais de déception en déception. En effet, chaque fois que j’identifiais ce que je pensais être le sommet, une autre colline se pointait le bout du nez. La montagne a joué à ce petit jeu avec moi à plusieurs reprises…
Alors que j’étais complètement résigné à monter jusqu’à l’éternité, en conséquence de toutes les fautes que j’ai commises dans ma vie… donc environ 2 ou 3… j’ai entrevu mes bons amis les drapeaux tibétains. HOURA… Le sommet… une 5ème Passe de plus de 4000m dans la poche.
Mon ventre n’entendait alors pas à rire… Depuis Photoksar, aucune nourriture que j’avais ingérée n’était resté plus d’une heure dans mon estomac… remontant ou descendant subitement selon l’esprit du moment. Je marche donc depuis 2 jours sans la moindre miette dans mon estomac. Pas besoin de vous dire (je vous le dis quand même) qu’il me fait sentir son mécontentement. En plus, il fait maintenant la baboune quand j’ose penser à des plats indiens. Même si j’adore la cuisine végétarienne indienne, la seule idée de penser à un Dal Rice, un Thali, une Thukpa, des Chapatis, du Chowmein, un Masala Dosa (pourtant l’un de mes plats préférés dans le mooonde entier) me donne le gout de vomir.
NON… J’ai plutôt la tête à un bon repas préparé par mes parents, bien arrosé de (beaucoup de) vin… du bon vin, ça fait trop longtemps. Je m’imagine donc déguster une entrée de salade César, suivit d’une assiette de bons fromages et de salamis du Québec, avec comme plat de résistance de bonnes cotes levées (ça fait bientôt 6 mois que je mange uniquement végétarien, un Nord Américain s’écoeure).
Le lendemain, je veux être dans un restaurant de sushi de Qc en bonnE compagniE à siroter un bon chardonnay blanc Kim Crawford et à jouer à « mmmm… j’aime mieux celui-la ».
Deux jours plus tard, j’irais manger une bonne Poutine format régulière de Chez Ashton à Québec. MIAM MIAM… (que personne ne me parle de riz quand je rentrerais au Qc).
Le 4ème jour, j’irais au St-Hubert prendre mon classique 4 filets de poulet avec salade crémeuse, petit pain et sauce à volonté.
Puis, le 5ème jour, j’irais m’acheter un bonne pizza Deliscio, celle avec le plus de viandes dessus, et j’agrémenterais le tout de frites Cavendish.
Bon… allez… cesse de penser à toutes ces choses que tu ne mangeras pas avant un très long moment encore… ce n’est pas comme à vélo; la montagne ne se descendra pas toute seule… un dernier « sprint » jusqu’à Lindshed.
Puis, au détour du sentier, Lindshed s’est laissé admirer pour la 1ère fois. Du sentier, je surplombait le village. J’avais alors tout le loisir d’admirer ses nombreux et très beaux champs, aménagés sur des plateaux à différents niveaux dans la montagne. Autrement, les montagnes étaient exemptes de toutes forme de vie.
Ma seule inquiétude; le village est blotti dans les bras de gigantesques montagnes sur 3 cotés, formant un espèce de cul de sac… et le sentier pour continuer jusqu’à Padum est sensé passer par là. J’ai beau me plisser les yeux, je ne vois pas de section moins difficile où le sentier pourrait se faufiler. Nul doute, il faudra passer par-dessus… des heures et des heures de plaisir en perspective… mais bon, ce n’est pas pour aujourd’hui.
Une fois arrivé au village, on m’avait recommandé de séjourner à l’hôtel du village (je pèse le mot TRÈS FORT).
L’hotel se trouvait à l’entrée du village près d’un bâtiment contemporain devant lequel se trouvait une espèce d’aire de cérémonie avec des drapeaux tout autour. J’ai appris plus tard que ce bâtiment était une « nunnery »… comme seulement les hommes peuvent devenir moine, dans certains villages, certaines femmes ont décider de se regrouper et de faire ce qu’une tonne de femmes regroupées ensemble peuvent faire de mieux durant toute une journée; parler…
Bon, je vous rassure, elle font d’autres choses… euh… probablement… la preuve, quand je suis arrivé là-bas une vingtaine d’entre-elles s’affairaient à balayer le sol de leur aire de cérémonie avec des queues de yaks. Je regardais le tout d’un air amusé puisque je ne voyais pas la fin de leur tâche, le sol de l’aire de cérémonie étant en terre…
Bref, je me suis pointé à cet endroit complètement à bout de force, mais délivré puisque j’étais arrivé à destination. Tout cela pour apprendre que le manager de l’hôtel ne s’était pas présenté au travail aujourd’hui et donc, que l’hôtel était fermé.
Je me suis alors empressé de dire très fort « homestay possible » dans l’espoir que l’un d’entre-eux viennent à mes devants et me dise « oui oui… Tu peux venir chez moi ».
En guise de réponse, l’une des nonnes s’est arrêtée de balayer, a levé la tête et a balayé tout le village qui se trouvait légèrement en contrebas avec un signe de la main en me disant dans un anglais impeccable « go look (va voir) ».
À ce moment exact, mes 2 jambes sont devenus hyper molles. Dans un village normal, je n’aurais aucun problème à faire ce que la femme venait de me dire, mais Lindshed était tout sauf un village normal; les maisons étaient séparées d’au moins 50-100m l’une de l’autre, tout en étant éparpillées sur 2 flancs de montagnes séparés au milieu par une rivière. Je n’avais donc aucunement l’intention de faire ce que la femme venait de me dire dans l’état où je me trouvais.
Voilà plutôt ce que j’aurais voulu faire. J’aurais voulu aller chez le dentiste avec cette vieille dame ayant perdu la majorité de ses dents, j’aurais ainsi pu lui payer un beau dentier tout neuf. Une fois de retour au village, elle aurait pu exhiber fièrement sa nouvelle bouche à tous ses amis. Après coup, et c’est le cas de le dire, je me serais présenté devant elle et sans crier gare, je lui aurais pété chacune de ses nouvelles dents avec mon poing pour ensuite lui faire avaler le tout. On appelle cela de l’argent bien investi… mais bon, ce sera pour une autre fois.
J’ai donc quitté les environs de la nunnery et de l’hôtel complètement abattu alors que toutes les femmes riaient derrière moi. Je ne sais pas si elles riaient de moi ou quel genre de coutume douteuse et qui m’était inconnue cela pouvait être, mais cela ne faisait qu’augmenter ma colère.
Malgré tout ce que j’ai pu écrire dans les derniers paragraphes, en aucun moment je n’ai perdu mon sang froid (probablement parce que je n’avais plus d’énergie) et j’ai été courtois en tout temps.
J’ai donc arpenté les sentiers labyrinthiques du village, en demandant « homestay » à chaque personne que je rencontrais… en vain. J’étais alors rendu au plus bas du village à proximité de la rivière. Au moment où j’allais la traverser pour ne plus jamais poser les pieds sur cette berge, je me suis arrêté sec en me disant « ça ne se passera pas comme ça… tu vas retourner à l’hôtel et attendre que ce foutu manager se pointe… si il ne se pointe pas, tu n’auras qu’à tenter ta tente en plein milieu de l’aire de cérémonie une fois la nuit tombé pour faire chier les connes… euh… nonnes ».
J’ai donc remonté la montagne jusqu’à l’hôtel/nunnery. Quelle ne fut pas alors ma surprise d’y trouver le manager qui venait d’arriver. N’ayant plus assez d’énergie pour entretenir ma colère, j’ai alors tenté d’oublier les incidents et je me suis empressé de me reposer un peu.
Autrement, Lindshed possède l’un des plus gros monastère bouddhiste du Zanskar. Il y a donc plein de littles bouddhas partout en ville.
Autre fait inutile, l’hotel où je réside est aussi le magasin du village. Si j’avais à décrire le bâtiment, je dirais qu’une cabane de coureur des bois, à l’époque de la colonisation de l’Amérique, devait ressembler à cela. C’est surprenant tout ce qu’on peut trouver dans cet endroit. Bon, il y bien sur les désormais classiques (une tonne de biscuits, des bonbons, des noodles), mais aussi des choses inattendus comme de la teinture pour les cheveux (quand on pense que TOUT LE MONDE a les cheveux noir depuis la nuit des temps), des lunettes ayant des prescriptions, des graines pour planter dans le jardin, des stylos et des post-it…
Après ce qui fut probablement le pire souper qu’une personne a pu me préparer en Asie (du riz pas cuit avec de la salade pas fraiche, le tout sans aucune saveur) et que je me sois forcé à tout manger pour ne pas aller au lit le ventre vide pour une 3ème nuit d’affilée, j’ai gagné ma chambre.
Comme vous décrire cette pièce?!? Disons simplement que ma chambre pourrait s’apparenter à un bunker qu’on aurait bombardé la veille de mon arrivé; il y a des trous dans les murs de béton, je vois les étoiles dans le plafond… et elle ne sont pas peinturé… et on dirait qu’il y a une convention d’insecte près de la porte. N’empêche, ma chambre possède la seule chose qui occupe mes rêves depuis quelques jours; un matelas très confortable à même le sol… il est hors de question que je le soulève pour voir qu’est-ce qu’il y a en dessous… les ignorants sont bénis…
…
Jour 7 – QUAND DAME NATURE S’EN MÈLE
Info;
– Lindshed (4100m)
– SabkangLa Pass (4340m)
– HanumaLa Base Camp
– HanamuLa Pass (4720m)
– Snertse (3360m)
Nombre de kilomètres; +/-17km
Total: 104km
Description :
C’est sous les bèèèè que j’ai quitté Lindshed ce matin. En effet, à peine traversé la rivière que je me retrouvais submergé par une horde de gentils moutons. Je me suis alors amusé comme un fou puisqu’à la minute où je m’approchais de l’un d’entre-eux, la panique s’installait dans leur rang et ils prennaient la poudre d’escampette… au grand dam des éleveurs qui devaient les rattraper (je m’amuse avec ce que j’ai sous la main héhé). Je vous rassure, aucun mouton n’a été maltraité dans l’exercice et je ne me suis mis aucun éleveur à dos… en fait ils riaient tous de bon coeur avec moi.
La forme dans tout ça; la plomberie tient le coup et j’ai mangé un peu ce matin… assez pour me mettre en route.
10h15 – Après 3h d’ascension, je pointe finalement au sommet de la SabkangLa Pass, montagne secondaire qui sépare Lindshed de la HanumaLa Pass, véritable bête. Tout au long plein de sentiers secondaires m’ont induits en erreur… j’ai même marché pendant une heure dans la mauvaise direction et grimpé une grosse montagne pour absolument rien… Heureusement, je me suis rendu compte de mon erreur.
Ajoutez à tout cela, qu’une fois rendu au sommet de la montagne, Dame Nature, qui ne collaborait déja pas depuis quelques jours (je suis sensé être au beau milieu d’un été aride et tout ce que je vois depuis le départ c’est un couvert nuageux opaque et de la pluie) était d’une humeur massacrante. Juste avant de redescendre de l’autre coté pour atteindre le camp à la base de Hanuma, je me suis fait acceuillir par la pluie batante…
Rendu à la teahouse située au pied de la HanumaLa, mes batteries étaient complètement épuisée et TOUT restait à faire. Le monstre que représentait HamunaLa se dressait désormais directement devant moi tel un mur et je pouvais apercevoir le sentier zigzaguant dangereusement jusqu’à son sommet. En me plissant les yeux, je pouvais même apercevoir un convoi de chevaux/ânes en plein milieu… Wow
J’avais alors le choix de m’arrêter à la teahouse et y installer mon campement, ou avaler la pilule et monter la foutu montagne comme un grand. L’idée de rester une nuit dans cet endroit sans charme ne me disait rien qui vaille.
En rentrant dans la teahouse en quête d’un bon thé bien chaud, quelle ne fut pas ma surprise d’y trouver une slovène… virée complètement maboule. Elle séjournait dans cette teahouse perdue au milieu de nul part depuis bientôt 2 semaines. J’ai essayé d’avoir une conversation avec elle, mais elle n’arrêtait pas de dire « I need to finish my painting (je dois finir ma peinture) »… Oui oui… elle avait entrepris de peinturer chaque maudite pierre autour de la teahouse. Il fait avoir l’esprit attaché avec de la broche si on ne veut pas virer complètement fou après avoir passé trop de temps en Inde. Pauvre fille…
J’ai donc débuté l’ascension…
La première section était une prairie très abrupte, mais sans grande difficulté. Je me suis donné un rythme qui me permettait de bien respirer et j’ai monté le tout sans trop de problème.
En revanche, la deuxième section était très technique et assez dangereuse, à contourner et marcher au travers de massifs rocheux très accidentés. Un faux mouvement à ce moment aurait pu résulter en moi qui se ramasse tout en bas de la montagne en quelques secondes. Entretemps, en plus de la pluie, la brume s’était aussi pointée, mais bon, tant que le vent ne se joignait pas à la partie, moi et mon équilibre précaire n’étions pas menacés.
Puis, je suis arrivé sur un plateau. À partir de là, j’entamais la 3ème section, une plaine très inclinée où une chute ne serait pas mortelle.
J’ai alors vu une espèce d’ouverture avec beaucoup de lumière un peu plus haut. Je me disais que comme hier ce serait un faux sommet, alors je ne m’emballais pas trop. Puis, j’y ai vu un monument avec des drapeaux de prière. Ça y était… j’étais véritablement rendu au sommet.
J’ai ensuite entrepris ma descente dans une très petites vallées en forme d’entonnoir. La pluie avait alors cessé depuis quelques minutes, mais le mal était fait; j’étais gelé comme jamais. Il régnait un silence de mort que seul mes pas incertains et mon souffle lourd brisaient.
Durant au moins 3h, j’ai descendu cet entonnoir. Plus j’avançais, plus le gentil petit ruisseau se transformait tranquillement mais surement en torrent, tandis que les montagnes se rapprochaient et gagnaient en amplitude… si bien qu’au bout d’un moment, le sentier était devenu très abrupte et changeait constamment de coté de rivière… avec pour seuls ponts des roches glissantes et à demi/complètement submergés. En temps normal, j’aurais adoré cette section, mais nous n’étions pas en temps normal; j’étais malade, j’avais faim et j’étais gelé.
Puis, ne voyant pas le campement de Snertse arriver et surtout ne voyant pas la fin de cette vallée interminable, j’ai commencé à chercher un terrain de camping de fortune; trop en pente, de grosses roches, dans le lit de la rivière, parfait… mais juste en dessous d’une montagne qui me semble instable (donc très à risque de recevoir des pierres)… aucun site ne me semblait convenable.
Le campement n’était toujours pas en vue… puis, j’ai trouvé un site vraiment pas idéal, mais proposant un juste compromis; dans le lit de la rivière… mais en hauteur, terrain fait de semi-grosse roche (bonjour les courbatures demain) et montagne qui n’avait pas l’air hyper menaçante au-dessus. Bref, ce n’était pas le Hilton, mais je pouvais faire avec…
J’étais alors convaincu que le campement, et son teahouse/restaurant, se trouvait tout près (on verra bien demain), mais mes jambes tremblaient, ma concentration était très déficiente et je commençais à avoir de petites pertes de conscience… pas les choses les plus pratiques quand tu arpentes une section de sentier de plus en plus difficile.
J’ai donc installé mon vaisseau spécial au plus vite et je m’y suis réfugié. Je n’en menais pas large… j’étais complètement détruit; je me suis mit en boule, j’ai serré mon sac de toutes mes forces et j’ai relâché la pression… pour la 1ère fois de ma vie, je pleurais comme un bébé… et ce n’était pas parce que j’avais mangé quelque chose de trop épicé.
Comment j’avais fait pour en arriver là?!? Par excès de confiance? Probablement…
Parce que, comme beaucoup de jeunes, je me crois invincible? Très certainement.
Quelques facteurs peuvent expliquer où j’en suis présentent; j’ai commencé le trek fatigué après mon trip de vélo éprouvant, le parcours est beaucoup plus difficile que j’aurais pu l’imaginer, la mauvaise température n’aide en rien et l’indigestion alimentaire que j’ai subit il y a quelques jours a laissé de grosses séquelles.
Je suis exténué, je souffre d’atroces crampes au ventre, j’ai même cru pendant un moment à une crise de l’appendicite tellement la douleur était vive, mon genou droit, amoché en vélo, est pire que jamais et mes 2 mollets me font un mal de chien. Tout homme a une limite et la mienne avait été atteinte. Depuis quelques jours, mon corps me criait du mieux qu’il le pouvait qu’il n’était plus capable de suivre la parade et moi je m’entêtais à ne pas l’écouter.
Une partie de moi voulait continuer la bataille, mais une partie de plus en plus grande ne demandait qu’à rester allonger jusqu’à ce que quelqu’un vienne à mon secours.
Désormais, mon seul objectif était d’atteindre Padum… qui se trouve au milieu du parcours à encore 2 ou 3 jours de marche. J’avais perdu toute joie de vivre… j’étais tout simplement en mode survie.
Pour l’heure, je ne souhaitais qu’une chose; dormir. J’espère simplement me réveiller en grande forme demain… ça fait 4 jours que je souhaite la même chose..
…
Jour 8 – REBORN (La renaissance)
Info;
– Snertse (3360m)
– ParfiLa Pass (3950m)
– Hanumil (3380m)
Nombre de kilomètres; +/-16km
Total; 120km
Description;
6h00 – Levé du corps. Celui-ci est curieusement Top Shape… mais bon, ça ne veut rien dire puisque j’étais aussi en grande forme hier matin et vous avez bien vu ce que ça a donné.
C’est donc l’esprit bien en place, le ventre extrêmement vide et la plomberie cousi cousa que j’ai fait mon sac en un rien de temps et que j’ai repris la route.
Comme je l’avais prédit la veille, j’ai gagné le campement de Snertse en moins de 20min. J’y ai fait la connaissance d’un couple d’allemands et d’un couple de sud-africains qui font malheureusement le trek dans le sens contraire. Ce fut une véritable délivrance d’avoir un bon déjeuner, du thé bien chaud et de piquer la jasette avec des gens… exactement ce qu’il me fallait pour me remettre sur les rails. Quand je me suis remus en route, on aurait dit que les derniers jours n’avaient jamais existés… j’étais prêt à affronter vents et marées.
Depuis hier, j’avais un doute à savoir si j’étais sur le bon sentier (je ne vous en ai pas parlé pour ne pas vous faire paniquer pour rien). Ils m’ont ainsi rassuré et m’ont aussi dit que le sentier était maintenant très linéaire jusqu’à Padum. Aussi, mis a part une dernière montagne difficile aujourd’hui, il n’y avait plus de difficulté par la suite. En quittant, ils étaient tous les 4 très impressionnés par la petite taille de mon sac et le fait que je faisais le trek tout seul…
Après un peu plus de 30min de marche, le sentier a débouché tout en haut d’une gorge qui donnait l’impression d’avoir été tranché au couteau (L’endroit me rappelait King’s Canyon en Australie ou le Grand Canyon aux États-Unis… en plus petit).
Au croisement de 3 rivières, cette gorge a débouchée sur un petite vallée. Il fallait donc que je descende la montagne sur laquelle j’étais pour ensuite traverser la rivière et remonter toute la montagne de l’autre coté (la ParfiLa Pass). On ne change pas une formule gagnante, mainte et mainte fois testé depuis le Népal.
Puis, on descendant vers la rivière, un convoi de chevaux complètement affolés est arrivé derrière moi. Ils ont commencé à dévaler l’étroit sentier comme des boules de quilles. Vous faites quoi quand votre seule expérience avec des chevaux se résume à un film indien et que vous ne pouvez pas vous tasser pour les laisser passer?!? Vous criez de toutes vos forces WOOOO et ils arrêtent par magie? OUIIIII… pas plus compliqué héhé… dit-il avec un rire nerveux et une jambe qui tremble.
Une fois en bas et avoir traversé un autre de ces ponts très peu stable et sécuritaire, il étant temps de s’attaquer à ParfiLa. Malgré le fait quelle pointe « seulement » à 3900m et que j’affichais ma meilleure forme physique depuis le début du trek, cette montagne m’en a fait baver un bon coup avec une pente très inclinée en permanence.
Le truc pour monter une montagne à cette altitude, avoir un rythme constant (trouver son rythme) et ne pas s’arrêter… parce qu’à la minute où tu repars, tu es aussi fatigué qu’avant de t’arrêter.
Pour être bien sur de gâcher ma victoire sur ParfiLa, Dame Nature a ouvert les gicleurs un peu avant le sommet. Eille ma c@l!ss€, pas moyen d’avoir la paix une seule journée?!? Je suis au beau milieu d’un désert au cas où tu ne l’aurais pas remarqué. Si tu m’envois encore de la pluie demain, je jure que quand je vais monter au Paradis (parce que ma vie est exemplaire… euh… mmmm), je te trouve, je baisse mes pantalons (c’est en supposant quand nous ayons toujours une forme humaine) et je te pisse dessus. Tu vas voir ce qu’on ressent…
11h15 – Je pointe finalement au sommet. Voila, la dernière des 7 Passes de la 1ère moitié du trek est derrière moi… il serait plus juste de dire qu’elle se trouve en dessous de moi.
Un peu avant de m’élancer vers une nouvelle vallée, un convoi d’ânes est passé, au plus grand bonheur de ma caméra. Après avoir échangé le traditionnel « Juley (bonjour) » avec les guides tout souriant, j’étais reparti.
Je me trouve désormais dans la vallée de la Zanskar river, la rivière la plus importante de toute la région. À partir de maintenant, il ne me reste plus qu’à suivre la rivière jusqu’à Padum, la capitale et le centre de la Zanskar valley.
La vallée est très large et plutôt verte, tout en étant difficilement cultivable vu la présence de pierres de toutes tailles un peu partout. Le rivière a creusé un énorme sillon qui serpente en plein milieu de la vallée. Sur la droite se trouve le sentier, tandis qu’on peu apercevoir une route fraichement asphaltée et complètement déserte sur la gauche en flanc de montagne. À la vitesse ou les indiens travaillent, j’imagine qu’ils ont entamé la construction de cette route avant les pyramides d’Égypte… ils sont pires que des syndiqués…
Aussi, aucun arbre ne pousse dans les environs. En fait, la dernière fois que j’ai vu un arbre, cela devait être lors du jour 1 ou 2 du trek. Cela veut donc dire que tous les matériaux ont été acheminés à un moment où à un autre par convoi.
Lors de la descente, j’ai rencontré beaucoup de groupes organisés allant dans le sens inverse; une bonne vingtaine de personnes. Ils avaient tous l’air de souffrir et certains me regardaient en disant que j’étais chanceux de descendre… Bon… Regarde ce que j’ai eu a monter ce matin pendant 3h alors que tu dormais, ton cote de montagne c’est de la tarte.
J’ai même rencontré un gars qui avait commencé le zanskar trek en vélo de montagne pour très vite se rendre compte que c’était du suicide. Il a alors engagé en « horseman » (un homme avec son cheval) et continué le trek à pied alors que son vélo voyage bien tranquillement sur des chevaux.
Un bon lunch de biscuits au chocolat et je me sentais ensuite d’attaque pour franchir le dernier droit jusqu’à Hanumil. J’ai beau encore avoir des Maggi (noodle) et des amandes et abricots séchés, juste de penser à en manger me donne le gout de vomir. Je m’abstiens donc…
Dans les derniers km, le sentier a quitté la plaine tranquille pour s’enfoncer dans le sillon de la rivière.
À un certain moment, une rivière s’est mise en travers de mon chemin. Depuis 2-3minutes, que je me tortillais l’esprit à savoir comment passer cette foutu rivière; « bon… je vais mettre le pied sur cette roche… ahhh non, ça marche pas… Ok d’abord, je vais essayer par ici… ahhh, ça marche pas non plus ».
Aucune de mes solutions ne me permettait de m’en sortir avec les pieds bien au sec…
Puis, en me tournant la tête, j’ai eu une idée de génie; « pourquoi ne pas utiliser le pont piéton qui se trouve à moins de 10m sur ma gauche » (Vous savez quand vous êtes complètement absorbé par quelque chose et que vous finissez par en oublier ce qui vous entoure).
Malgré tout, j’aurais presque préféré tenter ma chance avec les pierres. En effet, le tablier du pont était en béton et l’armature sortait par le bas et par le haut… l’ingénieur qui a designé ce pont est un crétin… pour les non architectes, pour que l’armature serve à quelque chose, elle aurait du être à l’horizontale et perpendiculaire à la rivière… ou à tout le moins simplement à l’horizontale.
Une dizaine de difficulté plus tard… parce que rien ne peut être facile au Zanskar… je voyais finalement Hanumil pointer à l’horizon.
Dans le dernier canyon à monter/descendre, j’ai surpris 4 belles petites chèvres en train de jouer à touche pipi sur le sentier le long de la rivière. Étant très étroit et en flanc de montagne, elles n’avaient d’autres choix que de prendre la poudre d’escampette vers l’avant au fur et à mesure que j’avançais. C’était très drôle puisque 3 d’entre-elles se sauvaient vraiment de moi, tandis que la 4ème ne faisait que suivre les 3 autres et essayait de les « monter » quand elles s’arrêtaient.
Je suis finalement arrivé à Hanumil, qu’il est impossible de nommer village… c’est plutôt le résultat de la popularité grandissante du Zanskar. En effet, l’endroit est un amoncellement de 2-3 campings et d’autant de guesthouses au seul endroit propice, comprendre dans une plaine sans roche, au camping entre Snertse et Pishu (village à environ 4-6 heures d’ici en direction de Padum). Autrefois, des randonneurs devaient s’arrêter ici et les locaux ont vite compris qu’ils pouvaient faire un peu d’argent. Bref…
J’ai beau camper dans un endroit remplit de randonneurs, ils font tous parti de groupes organisés… je me retrouve donc encore une fois tout fin seul… cette solitude commence à peser lourd.
Probablement que si la météo avait été belle et que mon estomac et moi avions filé le parfait bonheur, cela ne serait pas aussi lourd à porter (je parle toujours de cette maudite solitude), mais bon… c’est un présent alternatif qui n’existera JAMAIS.
Sur une note complètement différente et tout aussi inutile pour vous, quand je mets mon sac à dos le matin, je me surprends toujours à quel point il peut être léger… on dirait une plume. Je me dis toujours; « ben voyons, c’est pas ce sac qui m’a fait vivre tant de misère la veille… j’ai surement oublié quelque chose… ». Puis, les minutes de marche se transforment en heure et la gravité fait son effet, au point où il devient complètement insupportable… c’est pour cela que j’appelle mon sac à dos ma « pierre tombale ».
Bon… allez… sur ces pensées un peu lugubre, je vous souhaite bonne nuit et je m’enferme dans mon vaisseau spécial.
…
Jour 9 – VOYAGE DANS LE TEMPS
Info;
– Hanumil (3380m)
– Pidmo (3420m)
– Pishu (3420m)
Nombre de kilomètres; +/-16km
Total; 136km
Description;
Après avoir passé une nuit affreuse… mes problèmes de plomberie ont faits un retour TRÈS en force au milieu de la nuit… je me suis réveillé cousi-cousa.
Une fois 2-3 bonnes tasses de thé shootées avec une tonne de sucre enfilées, j’allais déjà mieux.
J’ai ensuite défait ma tenté et rangé tout le matériel dans mon sac en moins de temps pour dire « Le Canadiens ne gagnera pas la Coupe Stanley cette année »… comme si j’avais fait tous ces gestes toutes ma vie. C’est alors qu’un randonneur, faisant parti de l’un des tours organisés qui avait séjourné sur le même que moi, est venu me voir et je voyais très bien qu’il avait la figure pleine de points d’interrogation et qu’il voulait me poser des questions. Avant même que j’ai pu lui renvoyer son « good morning (bon matin) », il enfilait avec son questionnaire;
Allemand – « You travel alone?!? (tu voyages tout seul?!?) »
Moi – « Yep »
Allemand – « You only have this bag?!? (tu n’as que ça comme bagage?!?… en pointant mon sac à dos) »
Moi – « yep… sourire en coin »
Allemand – « I would like to know that me and my group admire what you are doing… we don’t have to carry our stuff, built/unbuilt our tent and taking care of our food and the trek is already difficult, so… (je voulais te dire que moi et mon groupe admirons ce que tu fais… nous n’avons pas à transporter notre matériel, faire/défaire notre tente ou encore nous préoccuper de la nourriture et le trek est déjà difficile, donc..) »
Moi – Thank you very much (merci beaucoup… un peu beaucoup pris au dépourvu par ce qu’il venait de me dire)
Lors de mon départ de ce campement, j’avais une dizaine de paires d’yeux qui me fixaient.
Sans vouloir être méchant avec eux, puisqu’ils m’ont fait un beau compliment… bon, je vais être méchant quand même… j’en ai vu sortir de leur tente avec des sacs de voyage plus gros qu’une poche de hockey ce matin quand ils remballaient leurs affaires… mais ils s’en foutent éperdument, ils mettent tout cela sur des chevaux/ânes. Ce n’est pas un vrai trek pour moi. Trek n’est pas sensé rimer avec grand luxe. Au contraire, tu dois faire avec les moyens du bord et transporter ce que tu peux porter… après tout, faire un trek est en quelque sorte pour se rapprocher de la nature, alors je trouve complètement stupide les tours tout inclus… mais bon, il y a probablement une partie de moi qui est jalouse d’eux aussi…
Sans aucune difficulté digne de ce nom, ma randonné d’aujourd’hui se résume à une marche dans une partie de la vallée complètement à l’état sauvage avec une rivière déchainée en son centre. Ce paysage, d’une brutalité folle, me fait beaucoup penser à l’Annapurna entre Jomsom et Tukuche. Mis à part quelques plantes typiques du désert, j’ai l’impression d’être le seul être vivant dans un grand espace s’étendant jusqu’à l’infini.
Puis, mes bottes ont foulé la terre de Pidmo, un petit et très ancien village entouré d’une grande muraille… Bon, c’est juste un muret de pierre, mais avec mon genou droit qui est au plus mal, ça a été un effort titanesque.
Tandis que tout est désertique à l’extérieur du muret, celui-ci ceinture une vaste étendue de blé avec en son centre le village composé d’une vingtaine de bâtiments faits de pierre/brique.
Le village était complètement désert quand je suis arrivé au centre du village. Il faut savoir que c’est le temps des récoltes à ce moment de l’année dans tout le Zanskar et tous les adultes (je ne sais pas à partir de quel âge on sépare les enfants des adultes) sont dans les champs à récolter le blé à la main… il n’y a aucune machinerie. Ils arrachent donc le blé, une tâche titanesque à arracher les brin à la main, pour ensuite faire de gros tas de foin. Une fois le tas assez gros, ils le mettent sur leur dos afin de la transporter en ville et de l’entreposer sur le toit des bâtiments. Une fois sur le toit, le blé est laissé à sécher pendant un bon moment et ils font ensuite je ne sais pas quoi avec. Je sais seulement que le blé est la seule chose qui pousse dans la vallée…
Exception faite de quelques vieillards, le village était désert à mon arrivée. Cela n’a cependant pas duré très longtemps. À la minute où je me suis assis sur un muret au centre du village, un enfant a alerté tous les autres enfants du village. En moins d’une minute, j’avais une dizaine de petites bêtes toutes crasseuses et puantes autour de moi… qui criaient « bonbon ». Désolé les enfants, je n’en ai plus… mais impossible de leur faire comprendre.
Il faut savoir que le temps des récoltes correspond à la période de vacances pour les enfants… pas d’école pour 2 semaines… les professeurs n’échappent pas à la corvée de travail dans les champs.
Je me suis donc arrêté quelques minutes pour écrire ces quelques lignes et reprendre mon souffle. J’essayais tant bien que mal de communiquer avec les enfants en essayant de savoir leur nom (je me tapais sur ma poitrine en disant mon nom pour ensuite les pointer… sans succès).
Peu importe, ils n’avaient qu’une seule chose en tête… ils étaient complètement hypnotisé par mon crayon écrivant dans mon calepin…
J’aurais tellement voulu prendre des photos de ce moment. Ce village s’est figé dans le temps il y a de cela quelques siècles, mais bon… manque de bol… et de batteries, je devrais m’en passer.
Juste avant de quitter à tout jamais le village, j’ai regardé tout autour de moi pour essayer de garder une empreinte dans ma mémoie. Je m’en veux tellement d’avoir pris plein de photos stupides auparavant. L’électricité est une rareté et je n’ai pas su gérer mes batteries convenablement pour que ma caméra soit prête quand un moment comme celui-ci survient…
J’ai donc poursuivis mon chemin en direction de Pishu… non ce n’est pas le nom d’un caniche, mais bien d’un village… à environ 3h de marche plus loin. Je retrouve ainsi la bonne vieille terre aride et les crottes d’animaux, qui avaient préférées contourner le village plutôt que d’y entrer. Déjà, un village se dessine à l’horizon…
À mon départ de Pidmo, l’un des enfants, le plus jeune, m’a suivit un bon moment sur le sentier. J’essayais tant bien que mal de lui faire comprendre de retourner à son village, il m’a suivit comme un petit chien durant une bonne demi-heure.
S’en est suivit un loooong sentier me faisant me creuser les méninges à tout moment en raison des nombreuses routes s’offrant alors à moi; monter en haut de la montagne ou suivre la rivière, etc. Je me suis alors dit dès le départ qu’il était hors de question de monter… jusqu’à ce que je n’ai plus le choix, j’allais suivre la rivière le plus près possible.
Anyway, dans le doute on fait quoi? On suit le sentier qui a le plus de traces de merde. Par contre, il fallait faire gaffe puisque beaucoup de moutons/brebis étaient dans les parages. Il ne fallait donc pas suivre les petites merdes, qui ressemblaient à des « closets », mais bien celles toutes rondes qui ressemblaient à des truffes… mmm…
Malgré le doute qui m’a habité tout le long, j’ai finalement rejoint Pishu après une très longue… trop longue… marche. Comme toujours, tu aperçois le village au loin et tu te dis que dans 1h, 2 max, tu y seras… et après 4h tu n’es toujours pas à destination.
Arrivé à Pishu, il était donc hors de question d’aller plus loin; j’étais crevé et Karsha, le prochain endroit, était à 3h de marche. J’avais quand même marché 6h le ventre creux; je n’étais pas dans mon assiette ce matin, c’est donc simplement avec l’estomac rempli de 2 tasses de thé que j’ai franchit la distance. Du gras de ventre, ça doit bien servir à quelque chose de temps en temps non?!? La réserve commence cependant à se faire très mince… il faudra penser à renouveler le stock un de ces 4.
Je me suis donc arrêté dans un camping très enchanteur en bordure de rivière. Directement de l’autre coté, se trouve le village de Zangla avec son vieux château perché sur un montagne en périphérie. Depuis très longtemps en ruine, c’était jadis le siège du royaume de Zanskar… il y a déjà quelques siècles.
En arrivant là-bas, j’ai semi perdu conscience et je me suis effrondré par terre. C’est alors qu’une vieille dame, faisant parti d’un tour organisé qui passait alors une journée de repos là-bas, est venue à mes devants. Elle m’a offert de l’eau, des biscuits et une oreille pour écouter la loque humaine que j’étais me vider le coeur. C’est l’une des rares personnes qui a été gentille avec moi tout le long du trek et je ne peu qu’être très reconnaissant envers le temps qu’elle m’a accordé.
Après un peu de repos et une fois mon esprit retrouvé, je suis allé me promener dans le village un peu plus haut… à la recherche de nourriture. Village d’assez grande dimension, Pishu est un véritable bijou. Si Pidmo m’avait impressionné, ce village me scie en 2. Je me croirais téléporté tout droit au Moyen Age. Ces gens là ne vivent pas du tout à la même époque que nous.
Se promener dans les rues… euh.. je devrais plutôt dire LA rue… au travers des bâtiments en briques peintes à la chaux est un moment qui me restera en mémoire longtemps. Le seul hôtel… et probablement le plus beau bâtiment du village, serait probablement trop infecte pour servir de ferme pour les animaux au Canada.
Fait cocasse, il y a des tonnes de galettes de merde partout. Vous savez pourquoi? Je crois vous avoir déjà dit qu’il n’y a pas d’arbres dans les environs… eh bien, c’est leur moyen de combustion… en d’autres mots; ils font des gallettes de merde durant l’été, les fonts sécher et une fois l’hiver et le froid arrivés, ils les foutent dans le feu et ça brule très bien.
Comment quelqu’un peut-il avoir quelconque crainte à mon endroit… je suis tout maigrichon, j’ai une barbe affreuse et je suis tout sale… j’ai l’air inoffensif… euh (lire le sarcasme… en fait je comprend très bien l’objection de ces gens).
Nous sommes présentement au milieu de l’après-midi et j’aimerais beaucoup pouvoir vous faire partager en photo la scène; je suis les 2 pieds sortis de ma tente, je mange plein de biscuits (mon lunch), 3 ânes broutent de l’herbe à moins de 2 mètres devant moi, des indiens s’amusent à jouer au criquet au travers des tentes (il y a beaucoup de gens ce soir au camp où je suis… tous des groupes organisés). Un peu plus devant, il y a la rivière et droit devant en arrière plan se trouve le vieux château. Ahhhhh… et ajoutez qu’ils y a des moutons un peu partout… sales bêtes qui bèèèèè constamment.
En fin de journée, la vieille dame, qui était venue à mes devants quand je suis arrivé au camping, est revenue me voir pour me dire qu’elle avait essayée de m’inviter à leur souper, mais que certains membres de son groupe s’était objectés…
Avant d’aller me coucher, je me suis forcé d’ingérer la moindre particule du souper infecte que m’a servi l’indien en charge du camping. Même si chaque bouchée me donnait des frissons de dégout, je voulais mettre quelque chose de solide dans mon estomac. Puis, il a eu le culot de me demander si j’aimais ca… tu penses que je vais te répondre quoi chose bine… que c’est infecte?!? J’ai répondu que c’était délicieux.
Fin de journée… donc il doit être 18 ou 19h… je rentre dans mon vaisseau spécial et tout l’univers s’efface autour de moi. Il ne reste plus que cet espace d’au plus 1,5m x 2,5m.
Même si je suis en train de faire un trek, quelque chose que j’adore faire, je ne me sens pas du tout dans mon élément présentement. Depuis le début, tout est orienté en fonction des groupes organisés. J’ai croisé quelques voyageurs en autonomie comme moi, mais trop peu et tous allant dans le sens contraire. Sinon, la très grande majorité des gens ont 50ans et + et sont dans des groupes organisés gros luxe. J’ai osé demander à 2 d’entre eux, faisant parti de 2 groupes différents, comment ça leur coutait; l’un d’eux m’a dit 4000rs/jour et l’autre 6000rs/jour. C’est donc environ 100$/jour pour un trip de 2 à 3 semaines… bouffe incluse, cuisinier, ânes pour transporter le matériel, guide, tente, etc. À titre comparatif, avec l’achat de ma tente et de mon sleeping, mes 3 semaines vont me couter environ 200$…
Pour terminer cette journée sur une bonne note, avez-vous déjà vu une femme toute menu courir comme une demeurée après un taureau qui ne voulait rien savoir? Moi oui…
Pauvre fille, je l’ai vu courir après son taureau un bon 20min sans jamais être proche de l’attraper. Je me demandais bien comment le tout allait finir quand ils ont tous les 2 disparus de mon champ de vision… mon interrogation n’est donc toujours pas répondue héhé.
Je vous laisse là-dessus pour aujourd’hui…
…
Jour 10 – SUR LA ROUTE
Info;
– Pishu (3470m)
– Rinam
– Karsha (3660m)
Nombre de kilomètres; +/-18km
Total; 154km
Description;
Réveil après une journée complète et une nuit entière sans problème de plomberie… HOURA. Bon, je meurs de faim, mais c’est maintenant devenu parti intégrante de mon quotidien alors il n’y a rien de spécial…
Aujourd’hui, le programme est très simple; je n’ai qu’à suivre les traces pour me rendre jusqu’à Padum via Karsha, mon arrêt probable pour la nuit. Cependant, ce ne sont plus des traces de merdes, mais bien des traces de pneus et le fil qui chante (fil électrique)… je me rapproche définitivement de la civilisation… quelle genre de civilisation, on verra bien.
Aussi, nul doute dans ma tête, il ne pleuvera pas… il fait un soleil d’enfer. J’aurais aimé avoir un cheval pour galoper au plus vite cette étendu vaste et aride. Il faut avoir la « couenne » dur et beaucoup de volonté pour vivre dans cette partie du monde.
Le long de la route, le village de Stongle et son magnifique monastère, encore une fois perché sur une montagne, défilaient devant mes yeux. Ça a l’air très beau… mais aussi très haut… et comme je l’ai déjà dit, une fois que tu as vu l’intérieur d’un monastère, tu les as tous vu.
Un peu plus loin, j’ai pu apercevoir Padum au plus bas et à l’extrémité Sud-Est de la vallée (j’arrive en provenance du Nord). Le centre économique, politique et géographique de la région se trouve à la rencontre des 3 vallées, et incidemment des 3 rivières, qui forment le Zanskar. Derriere Padum se trouve une chaine de montagnes avec de gigantesques glaciers à leur sommet… qui ne semblent attendre qu’une seule occasion pour dévaler jusqu’en bas.
Malgré tout, la route est encore longue jusque là. Plus j’avance et plus la vallée s’agrandi. Stongle, que je viens de dépasser, est à plus de 20km de Padum et je distingue parfaitement beaucoup plus loin de part et d’autre.
Puis, au détour d’un vallon, j’ai finalement distingué Karsha, ma destination du jour. Caché des regards jusqu’à la dernière minute, c’est l’un des endroits les plus connus du Zanskar et du Ladack, pas nécessairement par les touristes, mais par les locaux; le village possède l’un des monastère bouddhiste les plus gros et des plus impressionnants.
Situé à plus de 9km et à l’opposé de Padum dans la vallée (à l’Ouest), le village se trouve sur une colline formant un espèce d’amphithéâtre et donnant une vue sur l’ensemble de la vallée. Pour sa part, le monastère est admirablement disposé en cascade directement sur la falaise tout juste derrière, lui donnant probablement le plus bel endroit de toute la vallée.
La vallée étant une plaine jonchée de cailloux et de roches de toutes dimensions, je n’imagine pas le travail incroyable que les premiers habitants ont du effectuer pour libérer les quelques acres de terres à peine cultivable et encore, ces terres ne sont pas propices à la culture étant essentiellement un mélange de cailloux.
Karsha est de loin la plus grande agglomération que j’ai pu croiser depuis mon départ de Leh; il y a une route pavée, des magasins et plus important encore… une belle guesthouse avec la TV et de l’électricité à la journée longue. Je croyais bien ne plus jamais revoir cela de ma vie… depuis Manali que je n’en avait pas vu. Depuis 10 jours, pour moi le mot civilisation veut dire… avoir de l’électricité produite par une génératrice… C’est donc tout un choc.
À mon arrivé, j’ai passé quelques heures à regarder des émissions du style Fear Factor indien (je m’en foutais, je regardais la TV et surtout je ne marchais pas) avec le jeune bouddha qui séjournais dans la maison… en ayant du thé et de grosses miches de pain à volonté… le PARADIS
C’est aussi la 1ère fois que je me vois dans un miroir depuis mon départ de Leh. Ça fait peur… mon nez y a particulièrement gouté… heureusement que j’ai une barbe pour camoufler mes traits sinon je ressemblerais à un mort vivant. Bon, pour ce qui est du miroir, je m’en serais passé puisqu’il m’a permit de constater que je n’ai quasiment plus que la peau sur les os et qu’en plus je ressemble à un vieillard avec ma barbe touffu. En fait, si je me voyais dans la rue et que le moi barbu essayait d’aller parler au moi normal, JAMAIS dans 100ans, le moi normal ne voudrait adresser la parole au barbu. J’ai l’air d’un pomé qui a passé beaucoup trop de temps en Inde… en fait c’est exactement le cas. Autant j’ai bien souvent cette étincelle dans les yeux, autant maintenant mes yeux sont vides…
Et puis, en rechargeant mes appareils électroniques, je me suis rendu compte que ma carte SD (mémoire de ma caméra) manquait. Pris de panique, j’ai fini par faire le lien avec moi ce matin qui ouvrait sans cesse ma caméra pour chauffer la batterie avec mes mains et ainsi gagner quelques photos supplémentaires. Sans m’en rendre compte, elle a du glisser tout juste avant mon arrivé à Karsha puisque mon appareil ne peut pas prendre de photo sans carte mémoire.
J’ai donc refait le chemin que javais emprunté ce matin jusqu’au muret du village quelques kilometres plus loin, afin de voir si une miracle ne pourrait pas se produire. Après tout, j’avais bien retrouvé mon iphone par 2 fois sur les plages de Goa après l’avoir perdu. Rien n’est impossible pour qui veut bien y croire (ou quelque chose comme cela).
De l’autre coté du mur, j’ai aperçu quelque chose de petit, carré et noir. Tout plein d’espoir, je me suis approché et… ahhh non… une simple roche. J’ai refait le même exercice sur le retour… toujours en vain.
Au mieux, quelqu’un la ramassera et dans 20-30ans, donc lorsque l’ordinateur arrivera ici, ses ancêtres verront ce qu’il y a à l’intérieur. Au pire, elle finira dans la bouche d’un animal ou écrasée sous une semelle.
C’est donc dire que j’ai perdu 3 jours de photo du trek (les jours 4, 5 et 6), soit les plus beaux paysages de cette première moitié du parcours. De toutes les photos que j’avais pu prendre et que j’ai perdues, 3 choses me manqueront; le vieux monsieur qui était à mon camp lors du jour 4 et qui m’a tendu une pelle pour que je creuse une tranchée autour de ma tente, le panorama de mon campement le jour 5 et tout le jour 6… probablement le plus beau jour du trek, avec la superbe vu depuis MargumLa, la découverte de Lindshed et l’impressionnante montagne que j’allais avoir à monter derrière. Mais bon… une fille rencontrée à Shimla s’était fait dérobée un sac comprenant toutes les photos de ses 6 premiers mois de voyage. Elle m’avait dit que les voyages ne devait pas simplement se resumer à prendre des photos… ce qui est très vrai… il y a aussi l’écriture héhé. Tandis que le paroles et les photos s’envolent, les écrits restent. Je me console aussi en me disant que les choses auraient pu être pire… je suis toujours en vie.
En fin de journée, je me suis décidé à retenter une dernière fois des recherches sur le sentier… sans aucun succès encore une fois. Cela m’a cependant permis de prendre de superbes photos de la vallée, notamment de Padum. Seul étranger dans tout le village, j’y était l’attraction. J’ai donc piqué une jasette avec quelques ainés, en plus de m’amuser avec les enfants. Plus tôt dans la journée, j’avais fait le plein de biscuits au magasin du coin et j’en distribuait allègrement à tous… en échange de photos.
Il y a notamment ma petite madame qui a rapidement compris le truc et qui m’attends à la sorti de la maison où je suis hébergé… petite futée… mais bon, je lui pardonne, elle était tellement sympathique.
Quand j’ai voulu leur montrer les photos que j’avais prises d’eux, je me suis agenouillé à leur niveau et ils m’ont littéralement submergé comme un ballon au milieu d’une partie de rugby. Puis, clou du spectacle, s’en est suivit une corrida de moutons/chèvres/brebis/peut-importe dans la rue.
Cette heure passé à déambuler dans Karsha est à placer très haut dans mes plus beaux moments du voyage. De voir la joie sur le visage des enfants quand je leur donnais un biscuit… sans gout et qui ferait reculer de mépris un enfant occidental… WOW
Aussi, tout comme celles de l’Annapurna au Népal, je trouve les jeunes femmes de la vallée de Zanskar très attirantes. Cela va surement faire rire mon père, parce que j’ai toujours dit que je n’était pas intéressé par les asiatiques… ce qui est vrai… mais pour chaque règle, il y a une exception.
Bref, j’en marierais une sur le champ si elle acceptait de prendre une douche. Pour celles trop jeunes, j’en adopterais bien une demi-douzaine pour les ramener au pays et les sortir de leur pauvreté. Ce serait probablement un bon investissement, puisque comparativement aux enfants occidentaux, qui ont tout cuit dans le bec (et je m’inclus dans le lot), de simples biscuits font leur bonheur, elles ne se plaignent jamais, sont très travaillantes, disciplinées et surtout… elles savent faire la cuisine et la vaisselle héhé.
À mon retour à la guesthouse, la famille m’a invité à partager leur souper. J’étais donc bien assis dans la cuisine à me faire bourer de bon pains frais, de très bon « milk tea » et de vraiment pas bon « butter tea » (du thé salé… très populaire ici… on tournera pas autour du pot; c’est dégeulasse… mais quand tu es l’invité et qu’on t’en sers, tu le bois avec le sourire) pendant que toute la famille, c’est donc dire mama, little bouddha et une jeune adolescente, préparait le souper en jasant et chantant (dans les 2 cas je ne comprenait rien et je me contentais de sourire et de bouger de la tête).
Un peu plus tard, nous nous sommes tous déplacé dans la salle de séjour pour manger et regarder la télévision. À ce moment, un vieil homme, le mari qui travaillait au champ, s’est joint à nous. Peu importe le poste que la petite fille syntonisait, c’était complètement absurde. je l’ai déjà dit dans une chronique antérieure, mais il fait à tout prix que vous écoutiez une émission ou un film indien dans votre vie. Même si vous ne comprendrez absolument rien, vous allez rire un bon coup. C’est à faire passer « Les feux de l’amour », « Dynastie », « Top Modèle » et autre téléroman savon de fin d’après-midi pour des drames avec une trame narrative soutenue.
Puis, comme si ce n’était pas assez, avant que le soleil ne disparaisse, le ciel s’est teinté de rose et le sommet des montagnes, enveloppés de glacier, représentait le dernier endroit où les rayons jetaient leur emprise sur la vallée. C’était magnifique… Au fur et à mesure que le soleil disparaissait, la neige des glaciers commençait à fumer.
De l’autre coté du ciel, la Lune, presque pleine, était déjà installé bien haute et n’attendait que le signal du grand metteur en scène pour tirer le rideau, tout scintillant d’étoiles, sur cette journée haute en couleurs.
J’aime tellement l’endroit que je songe à rester un jour de plus. Ça me fait du bien d’être entouré d’une famille comme la leur. En plus, ils me font sentir comme l’un des leurs. Après tous ces moments très pénibles des derniers jours, si cela a eu 1 seul point positif, c’est que cela m’a beaucoup fait réfléchir à ce qu’il y a de plus important dans ma vie, c’est à dire ma famille, mes amis, et ce que je veux faire du reste de ma vie..,
Je ne suis pas en train de devenir cul cul, c’est simplement que sans aucunement dramatiser, j’ai bien cru que j’allais y rester. Dans quelques semaines, toute cette histoire sera chose du passé et je recommencerais surement à me penser invincible et à faire des choses insouciantes… mais pour l’instant je n’en suis pas là.
On a tous besoin, à un moment où à un autre dans notre vie… qu’on soit une grosse brute ou un joueur de flute à bec… que quelqu’un nous prenne dans ses bras et nous disent d’une voix rassurante « ne t’en fait pas, tout va bien aller » (même si ce n’est pas nécessairement vrai). Eh bien, j’en avait désespérément besoin cette semaine et cette famille est la chose la plus proche que j’ai trouvé d’un coleux.
Pourtant quelqu’un de très émotif (pas dans le sens de pleurer, plutôt dans le sens d’impulsif/colérique/etc.) je suis du genre de la vieille école quand vient le temps de montrer de l’affection. Je profite donc de la situation pour dire à mon père Dominique, à ma mère Jeanne-Mance, à mon frère Francis et à ma soeur Aimyly… la future prof de frensait; je vous AIMES… bien.
Nahhh, quoi de plus poche que quelqu’un qui te dit « je t’aime bien ». Sans farce, je vous AIME.
Aussi, Faf, Franko, Ben, Oli, toute la bande de Qc… je commence à avoir hâte de revoir vos faces de cul. Solitaire de nature, je ne me suis jamais senti aussi seul que dans mon vaisseau spécial perdu au milieu de nul part entre Lamayuru et Padum à des miles de toutes personnes qui parlait ma langue.
Bon, vous pouvez ranger les violons… Pour paraphraser Will Smith parlant à Martin Lawrence dans le film Bad Boy II après que ce dernier lui ait confiés ses problèmes de couple; « on va prendre toute cette histoire, on va mettre ça dans une petite boite, on va la cadenasser… et la lancer dans l’océan. Après cela, TU NE ME PARLES PLUS JAMAIS DE ÇA OK. Grand sentimental ce Will…
Je délaisse donc le plancher des vaches pour un bon lit douillet l’instant d’une nuit.
…
Jour 11 – STOP
Info;
Karsha (3660m)
Nombre de kilomètre; 0km
Total; 154km
Description;
À partir du moment où le soleil a commencé à se pointer le nez, le père de famille où je suis hébergé a commencé à chanter un mantra long de 2 phrases. Il l’a récité non stop dans la maison durant 2h. Peu importe, après quelques minutes, c’est devenu une espèce de mélodie, comme les oiseaux dehors… et je me suis rendormi.
J’ai encore ce matin le même dilemme que j’avais hier; je reste un autre jour ou pas?!? Je suis trop bien ici et une journée de plus me ferait le plus grand bien. En revanche, mon tempérament me commande de bouger…
Afin de faire mijoter le tout encore un peu, j’ai été piqué une jasette aux avec les vieilles pierres du monastère dominant le village. C’était plus facile à dire qu’à faire puisque la promenade a consisté à monter et monter et monter des marches. Cependant, comme peu d’autre monastère où je suis allé, ça en valait le coup. Ici, dans ce coin très reculé, ils prennent très au sérieux la religion et être consacré moine n’est pas un moyen pour échapper à la pauvreté, etc. comme cela pourrait l’être autour de Leh. De toute façon, tout le monde vit pas mal au même niveau, il n’y a pas vraiment de riche et pas vraiment de pauvre non plus… chacun travaille pour la subsistance de sa famille et ils s’autosuffisent pour la grande majorité des choses.
Bref, revenons au monastère. Construit au 10ème siècle de notre ère, il y a donc plus de 1000ans, arpenter les ruelles se relève une véritable leçon d’histoire en 3 dimensions; portes hyper petites, ruelles sinueuses formant de véritables labyrinthes, bâtiments donnant l’impression de tomber de la falaise… mais qui sont probablement dans cet état depuis des siècles, etc. Puis, tout en haut se dresse le temple. De par sa position, il domine complètement la vallée et offre une vue imprenable. Attention par contre… peur du vertige s’abstenir. Les garde-corps ils ne connaissent pas.
Preuve que la religion est prise très au sérieux, le temple ouvrait à 7h, je suis arrivé en haut à 7h20 et je n’ai croisé AUCUN moine. Pourtant, ils sont plus de 100 à résider ici. Dans les autres monastères où je suis allé, on pouvait en voir flâner pendant la cérémonie du matin.
J’étais donc TOUT FIN SEUL à arpenter les rues d’un endroit plusieurs fois centenaire. Cette heure là dans à me promener dans le monastère de Karsha m’appartenait… mon moment dans l’histoire.
9h – Après un bon déjeuner en compagnie de la charmante famille qui m’héberge, j’ai décidé de me reposer un jour de plus ici. J’adore l’endroit et j’ai besoin de repos.
10h – Bien déterminé à aller faire un tour à Padum pour voir le village, acheter des cossins et surtout essayer d’entrer en communication avec ma mère via internet (j’ai entendu dire qu’il y avait internet), j’ai lacé mes bottes, mis mon foulard sur la tête (je ressemble à un motard, mais au moins je parais plus propre) et j’ai attaché ma gourde à ma taille. Puis, je me suis élancé dans la ruelle. À peine 10m de franchit, je me suis arrêté sec et je me suis dit « de la marde Padum » et je suis retourné à la maison… au grand soulagement de mon genou droit qui criait littéralement victoire. Autant j’aimerais donner signe de vie à mes parents, autant j’ai beaucoup plus besoin d’une journée sans marcher. La raison l’emporte donc sur le coeur.
Même en voyage on a besoin de décrocher et de rien faire. Il fait super beau dehors (moi qui peste contre la pluie depuis le début du trek), mais je n’ai pas l’intention de lever le petit doigt et je sortirais de ma chambre simplement quand j’entendrais « lunch/tea/diner ready (le lunch/thé/souper est prêt) » et pour aller voir le coucher de soleil rosé vers 19h ce soir. De toute façon, je ne suis pas en reste dans ma chambre puisque j’y ai une superbe vu de la vallée.
Je vais donc profiter de cette journée pour faire la chose que j’aime le plus faire quand je ne me fais pas souffrir à marcher des kilomètres… écrire. Puisque je devais restreindre l’utilisation de mon IPhone à la simple prise de photo afin d’économiser au mieux les batteries, j’ai écrit toutes mes notes de voyage un peu partout; dans mon guide, sur des bouts de papiers trouvés un peu partout et surtout, et ça va en faire grincer quelques-uns des dents, dans le livre que je li actuellement; « Annapurna; Premier 8000 », livre chaudement recommandé par mon ami Julien Fumard lors de notre trek au Népal, qui raconte l’histoire de l’équipe d’alpinistes français qui a conquit le premier sommet de plus de 8000m (il y en a 14 dans le monde), c’est-à-dire l’Annapurna en 1950, soit 3ans avant la conquête de l’Everest. Ce récit poignant est raconté par le l’expédition et montre combien les rêves les plus fou sont réalisables. En bout de ligne, il faut simplement y croire jusqu’au bout des doigts et mettre tout son coeur dans l’aventure…
Donc Julien, si tu lis ces lignes, saches que j’ai adoré la lecture (je l’ai même trouvé en français… en Inde héhé), mais que maintenant il est devenu difficile à lire (j’ai écrit partout où je pouvais; entre les lignes, sur les cotés de pages, etc.)
Puis, au milieu de l’après-midi, un orage d’une violence inouï s’est abattu sur la vallée. Bien que Karsha n’ai eu que les soubresauts, était un peu en périphérie, le vent était impressionnant. Qu’est-ce que ça fait un vent violent dans un environnement désertique? Une tempête de sable… BINGO.
J’étais donc hyper content de mon choix de rester ici un jour de plus. Si j’avais marché ou si j’étais allé à Padum, j’y aurais goutté.
Encore une fois aujourd’hui, je semble être le seul blanc dans les parages. Je ne sais pas pourquoi c’est ainsi… Probablement que les gens ont trop peur de s’aventurer en dehors des « sentiers battus » et de risquer. Pourtant, il n’y a ABSOLUMENT rien à craindre. La chose la plus dangereuse ici est moi et de loin. Peu importe, je ne me plaindrais pas d’être le seul blanc dans la place, au contraire, je chéri la situation. Quelle privilège d’avoir trouvé un endroit aussi extraordinaire et d’être à l’écart de la manne touristique et des tours organisées.
À mon 2ème soir à la maison, il y avait 2 moines pour souper avec nous. Eh bien dans les 7 autour de la table, j’étais le seul avec la mère à ne pas recevoir/envoyer des textos avec un cellulaire.
Aussi, vous devriez voir la face de mes hôtes quand, après avoir déjà pris 3 assiettes de Rice’n Dal (du riz avec une espèce de purée sur le dessus) je dis que je suis plein et que ce sera assez. Ils me font alors une de ces faces que ma mère me faisait lorsque je n’avais presque rien mangé dans mon assiette quand j’étais jeune… Eille chose, mon estomac est plein que veux-tu que j’y fasse.
Enfin, peu importe le moment où je suis sorti de la résidence aujourd’hui, il y a toujours cette très vieille femme sur son toit à corder du foin.
…
Pour l’heure, c’est le moment du bilan de la 1ère moitié du trek;
10 jours de marches, 7 passes de plus de 4000m franchit et plus de 150km de marche.
La première moitié du trek est donc terminée et le plus dur est désormais derrière moi… en théorie. En effet, la grande majorité du trajet à faire est plat sauf une dernière ascension à la toute fin… réputée comme étant la plus difficile du parcours.
À bien des moments, j’ai cru ne jamais arriver jusqu’à Padum/Karsha. J’ai plutôt sincèrement cru y laisser ma peau.
Pour vous donner une idée, une journée typique était comme si vous disais « voici ce qu’on va faire aujourd’hui, on va aller au Massif de la Petite Rivière dans Charlevoix et puis on va monter 2 pentes à pied… pas de tricherie, je parle des pentes qui vont du chalet au fleuve et non celles qui s’arrêtent à mi-hauteur… Ahhh, et au lieu de commencer au niveau de la mer, le départ se fera à 3000-4000m… Ajoute dont un sac de 5-8kg sur ton dos tant qu’à y être… Enfin, je te donne 6 heures pour faire tout cela (pauses, lunch, etc. inclus).
…
Jour 12 – PADUM TERRE PROMISE
Info;
– Karsha (3660m)
– Padum (3570m)
Nombre de kilomètres; 10km
Total; 164km
Description;
5h00 tapant – Mon sac est prêt depuis la veille, j’enfile mes bottes et je quitte définitivement Karsha. Je commence la seconde moitié de mon trek right f$ck!ng now…
Burp… Tabarn… (bruit de gars qui coure à la toilette pour vomir)
Je n’ai pas enfilé mes bottes et mi mon sac à dos sur mon dos… NON. Le réveil a plutôt été très pénible, tout comme la nuit qui l’avait précédé. Disons que d’être cloué au lit à 7h du matin, ne faisait pas parti de mon plan de match. C’est alors que le père de famille s’est aperçu de mon état et a commencé à s’occuper de moi en m’apportant des tasses d’eau bien chaude et de la soupe.
Jusqu’à hier soir, je n’avais pas réussi à cerner qu’est-ce qui avait causé ces problèmes de plomberie qui me suivent depuis. J’avais certains doutes, mais rien de probant… mais je sais depuis maintenant quelques heures la cause exacte. En effet, tout de suite après avoir pris mon souper hier soir, je suis allé au lit. Quelques heures plus tard, donc en plein milieu de la nuit, mon estomac a encore une fois explosé… symptôme I D E N T I Q U E à la première fois. En vous épargnant les détails, disons que j’ai passé plus de temps dans la salle de bain (si on peut appeler une pièce non finie avec un trou dans le plancher une salle de bain) que dans mon lit. Bref, la galère…
Remontons quelques heures auparavant vers 21h à l’heure du souper de famille… le souper était de la thukpa, une espèce de soupe avec des pâtes très consistantes à l’intérieur (pour ceux qui ont déjà mangé de la thukpa au Népal ou dans le reste de l’Inde, ça n’a rien à voir avec le thukpa du Zanskar). Enfin bref, la seule autre fois où j’ai mangé ce repas, c’était il y a une semaine lors de mon campement près de la teahouse à la Base de la SenngeLa Pass… soit quelques heures avant que mon estomac explose pour la 1ère fois. Cela ne peut pas être le simple fruit du hasard…
Durant cette nuit « magique », j’imaginais ce que devait être la scène dans mon corps. Voici le genre de conversation que pourraient avoir le contremaitre Enzyme et son assistant à l’arrivé des morceaux de Thukpa dans mon estomac…
Assistant – Chef, on a un chargement bizarre en approche. Je ne crois pas que ce soit de la nourriture…
Chef – Zzzz
(se fait réveiller par son assistant)
Chef – Quoi… C’est déjà la nuit?!? Notre quart est terminé?!?
Assistant – Non chef, bien au contraire. Il y a un chargement très bizarre qui vient d’arriver. Je doute que ce soit de la nourriture…
Chef – Qu’est-ce que tu racontes… Nicolas devait avoir 7 ans la dernière fois qu’il a mangé quelque chose qui n’était pas de la nourriture…
(puis le chef s’ouvre les yeux)
NON D’UNE PIPE…
Assistant – Et il en rentre encore…
Chef… en panique (au cas où vous ne le sauriez pas, les Enzymes sont des organismes syndiqués… le chef n’a donc pas été désigné chef par compétence, mais bien en raison de son ancienneté…) – Euh… expédie ça aux intestins, ils vont savoir quoi faire j’en suis sur…
Assistant – Sans les « traiter » au préalable?!?
Chef – Fait ce que je dis… ouvre la trappe et ship moi ça en bas.
…
Pendant ce temps dans les intestins…
Enzyme anonyme – Grande quantité d’objets inconnus en approche…
Chef (à son affaire) – Ataboy… mais qu’est-ce que l’estomac nous envois… Allez les gars, liquéfiez-moi tout ça et que ça saute et contactez les gars au Colon pour leur dire de laisser le Péteux ouvert jusqu’à nouvel ordre…
[…]
Enzyme anonyme – Chef… l’estomac ne cesse de nous en envoyer… on ne peut pas fournir…
Chef – Sceller la trappe nous reliant à eux jusqu’à nouvel ordre… C’est €st! de syndiqués du dessus vont voir c’est quoi travailler pour une fois… Il n’est pas question qu’on fasse toute leur job…
…
Dans l’estomac…
Assistant – Chef, les intestins ont scellé la trappe et il en rentre encore…
Chef – QUOI?!?
Assistant – Je crois qu’on dev…
(interrompu par son chef)
Chef – Je ne vois qu’une solution; il faut renvoyer ça à la surface…
Assistant – J’ai peut-être une solution…
Chef – Trop tard pour les solutions… il faut agir (pèse sur le bouton éjection)
Et voila… ça devait ressembler à cela.
…
20 aout – 8h20 – Après quelques heures de galère, j’allais un peu mieux et j’ai décidé de continuer mon chemin. Même si je sais que mon estomac va me faire vivre des moments pénibles dans un proche avenir, je suis en train de virer fou à ne rien faire, j’ai besoin de bouger…
Je quitte donc Karsha le cœur lourd (cette famille va me manquer), l’esprit serein, les jambes fraiches et l’estomac qui prépare son prochain attentat. L’instant de 2 jours, j’ai eu l’impression de faire parti d’une famille et que des gens se souciaient de mon sort. Bon, ne partez pas en peur, je sais très bien que ma famille se soucie de mon sort, mais je veux plutôt dire d’avoir quelqu’un à proximité de moi qui fait de même. J’avais l’impression que le père de famille, de l’endroit où j’étais hébergé, se souciait de moi comme de l’un de ses fils. C’est assez drôle puisque si j’avais séjourné chez quelqu’un qui avait agit ainsi à tout autre moment de mon voyage, j’aurais pété ma coche, mais à ce moment précis, c’est exactement ce dont j’avais besoin après les jours très pénibles que j’ai vécus.
S’en est donc suivit une promenade de 2h dans une plaine aride et sous un soleil à nouveau de plomb pour gagner Padum.
La route était une alternance entre des plaines rocheuses et de petits villages perdus, à me faire achaler encore et toujours par les foutus mouches… Celles-ci, plus que la fatigue, la maladie et la chaleur combinés, sont en train de me faire craquer. Je les entends siller autour de moi et je les sens se poser sur ma peau, sur mes lèvres, dans ma barbe, au milieu des yeux (on appelle ça un nez… ahhh merci)… et ça me rend fou.
Finalement Padum, Terre Promise auquel j’ai tant rêvé durant mes moments difficiles de la dernière semaine, j’y étais finalement rendu.
Aussitôt arrivé que je voulais déjà lever les feutres…
Cet endroit n’a aucun charme, je dirais même qu’il comprend à très petite échelle tout ce que je déteste de l’Inde; c’est bordélique, ya du monde qui veulent te vendre plein de cossins dans la rues et le bruit, notamment les klaxons, est constant. Je me félicitais donc d’avoir pris ma convalescence à Karsha plutôt qu’ici. Ne restait plus qu’à acheter quelques trucs pour la suite de mon trek et ensuite continuer mon chemin.
Padum est en fait une très longue rue bordée de commerces de toute sorte. Outre les touristes, pour qui c’est un passage obligé, étant une espèce de rond point où les sentiers/routes culminent, il y aurait 3 raisons pour venir à Padum si j’étais un habitant de la vallée; 1. Je veux acheter des choses, 2. Je veux vendre mes récoltes, etc., 3. J’habite ici et je suis un vendeur/acheteur travaillant dans l’une des shops. Autrement, il n’y a AUCUNE raison d’y mettre les pieds. Comme partout en Inde, le principal problème demeure que malgré la quantité industrielle de commerce, ils vendent tous la même maudite chose où à peu près. Ma ville de Padum idéale serait quelques hôtels, 1 magasin général, 1 magasin de textile et 1 café internet… That’s it.
À peine sorti de Padum que le cœur me levait et que d’horribles crampes d’estomac faisaient leur apparition… à nouveau. J’ai alors pris ma carte… j’ai regardé la distance qui me séparait du prochain village… j’ai lancé un regard de dégout vers Padum tout juste derrière moi… j’ai regardé ma carte de nouveau pour être sur qu’un phénomène magique ne s’était pas produit depuis 10 secondes et que le village suivant n’était pas hyper proche d’ici… j’ai remis ma charge sur mon dos… et je suis retourné la queue entre les jambes… ben oui toé… vers Padum à la recherche d’un hôtel.
Après seulement quelques minutes de recherche, je tombais sur quelque chose de complètement inespéré dans pareil endroit; un hôtel ayant l’électricité à la journée longue (même à Leh et Manali c’est du jamais vu), avec une chambre spacieuse, air climatisé et tenez-vous bien… 2 choses que je croyais avoir imaginés tellement ça fait longtemps que j’en ai vu; un bol de toilette et une douche (avec eau chaude en plus). WOW.
Quand on regarde froidement les choses, ce n’est pas une si mauvaise chose de rester à Padum.
Premio; je vais passer la journée à retranscrire/mettre au propre mes épisodes (il y en a pour 1 mois depuis que j’ai quitté Manali). J’aurais eu à la faire un jour ou l’autre avant de partir de l’Inde.
Deuzio; j’ai commencé ma journée à 8h30, ce qui est beaucoup trop tard puisque vers 10h, le soleil tape déjà. Une bonne nuit de repos (on l’espère) et je partirais a 5h.
Tercio; même si la ville me dégoute, j’aurais peut-être la chance de donner des nouvelles à ma mère en fin de journée via l’un des cafés internet… si ils fonctionnent, qui doit beaucoup s’inquiéter puisque son fils n’a pas donné signe de vie depuis bientôt 2 semaines (internet n’allait finalement pas fonctionner de la journée).
J’ai quand même marché 10km aujourd’hui… dans un désert et sous une chaleur de plomb. C’est quand même pas mal pour quelqu’un qui ne se sent vraiment pas bien. Et vous à la maison, qui peut me dire qu’il a marché 10km aujourd’hui?!?
Avis aux intéressés, pas besoin de faire un trek pour se rendre à Padum, Karsha et les environs. Depuis 20 ans, il existe une route ouverte entre la mi-juin et la mi-septembre, qui relie Leh et Srinigar au centre de la vallée via Kargil. Le cout du transport est cependant très cher.
…
Jour 13 – PAS D’EXCUSE
Info;
– Padum (3570m)
– Bardan
– Mune
– Reru (3790m)
Nombre de kilomètres; 24km
Total; 188km
Description;
Prise II – Bien reposé, gavé comme jamais depuis quelques semaines, l’esprit vif, les jambes cousi-cousa (mon genou droit broie encore du noir) et le sac à nouveau rempli de provision… qui ont du gout cette fois (meule de fromage, biscuit, sac de sucre, etc.). J’ajouterais même que mon linge est propre… euh… à tout le moins beaucoup plus propre qu’il ne l’était.
Aujourd’hui, aucune excuse ne tient… « ouais mais j’ai mal à mon bebon »… « y fait trop chaud »… « y pleut a siaux ».
Oh non… Ça commence à faire.
Je quitte donc la magnifique vallée comprenant Padum, Karsha, Stongle, etc. pour enfiler dans une gorge suivant une rivière et qui me conduire éventuellement à Darcha, dernier stop de mon trek.
Allez les pieds, vous savez quoi faire, je ferme mon cerveau et je vous suit.
8h50 – J’ai déjà 13km dans le corps puisque la Bardan Gompa, petit monastère perché sur un étrange rocher coincé entre le bord de la rivière et la route, est désormais à coté de moi. Assez impressionnant. Au même moment, le soleil se pointe, même un aveugle aurait pu le remarquer tellement une tonne de mouches font leur apparition à la seconde où les rayons du soleil me frappent.
J’aurais très bien pu prendre un jeep jusqu’à Reru, comme la plupart des randonneurs font, mais bon, je ne suis pas la plupart des randonneurs, j’en suis un entêté qui s’était dit qu’il allait marcher coute que coute tout le sentier… et c’est ce que je vais faire.
S’en est suivit une promenade d’un peu plus de 15km jusqu’à Reru, dernier endroit où la route se rend depuis Padum, en passant par le village de Mune, le long d’un sentier très monotone.
1h15 –Il m’est impossible d’aller plus loin… je n’en peux plus. Je décide donc de m’arrêter pour la nuit à Reru.
Je suis à me promener dans les ruelles du village et je ne souhaite qu’une chose; je n’ai aucune envi de dormir dans ma tente ce soir, je veux tomber sur une gentille homestay… ce qui arriva quelques minutes plus tard… pas avant d’avoir eu mal à partir avec 3 kids vraiment intransigeants qui voulaient des bonbons coute que coute.
J’éprouve un tel sentiment de libération à déposer mon sac. Je suis stoïque puisque mon esprit, mes jambes et mon estomac savent très bien qu’à partir du moment où il n’y a plus de sac sur mon dos, on ne va pas plus loin.
Vers 5h, après un après-midi complet de farniente, l’homme de la maison est venu m’apporter une gigantesque assiette de riz avec des légumes (quand même bon si il n’avait pas échappé la salière dedans) en me lançant « little lunch… diner at 7 (petit lunch… le souper est à 7h) »… euh ok, tu veux que j’ingère tout ce riz qui pourrait nourrir une famille et on remange dans 2h… oufff. Je testais donc mon estomac pour la 1ère fois depuis ma rechute (je n’avais pas pris de change depuis le début de la journée… seulement des biscuits) sans savoir où se trouvait les toilettes… Heureusement ça a passé. Je suis donc sur le chemin de la guérison… à nouveau. Pour l’heure, je ne suis qu’une vulgaire enveloppe corporelle qui n’a plus aucune âme à l’intérieur…
Fait cocasse, l’homme n’arrête pas de m’apporter du « milk-tea (thé au lait) », mais je suis convaincu que c’est du chocolat chaud… ce n’est pas moi que va m’en plaindre… mmm du chocolat.
C’est fou comment depuis le début du trek je n’ai aucun appétit. J’ai peine à finir mes assiettes et je mange très lentement. Ce serait très dur à croire pour toutes les personnes avec qui j’ai voyagés puisque je me suis souvent fait passé la remarque que je mangeais trop vite et beaucoup trop… en prenant bien souvent une seconde assiette, et bien souvent une troisième… pour enfin finir l’assiette des autres. Mon manque d’appétit s’explique présentement par 2 facteurs; la maladie et le fait que la bouffe est TRÈS MAUVAISE.
19h – L’homme entre dans ma chambre avec un grand sourire et me présente le repas « this is a traditionnal food in Zanskar… a Thukpa (voici un plat traditionnel au Zanskar… une Thukpa) ».
Euh…
J’en suis resté bouche bée. Mon pire ennemi depuis le début du trek qui me faisait face. Juste de voir l’assiette me donnait le goût de vomir. Ne sachant pas trop quoi faire et ne voulant surtout pas offusquer mon hôte en ne mangeant pas son assiette… qui a du lui prendre du temps à préparer… j’ai pris mon plus bel air de gars tout excité et je l’ai remercié.
Heureusement pour moi, il n’est pas resté à coté de moi pour me regarder la manger. Une fois seul dans la chambre, je me suis empressé de trouver une solution. De 1, il était HORS DE QUESTION que je bouffe cette saloperie. De 2, il fallait que je m’en débarrasse pour faire semblant que je l’avais mangé. De 3, il m’était impossible de sortir dehors avec le plat parce que mon hôte m’aurait vu.
Pense vite, pense vite…
Les plantes dans le coin de la pièce! Nah, je ne peux pas leur faire ça. Ça peut vomir des plantes?!?
Je l’ai… je vais utiliser une de mes bouteilles d’eau en plastique… nahhh… ce serait un travail de moine de faire passer la soupe et les morceaux par le petit goulot.
Ça y est… ma tasse de café « I am Canadian », qui me sert à entreposer en sureté tous mes appareils électroniques durant mon voyage… Dans le temps de le dire, j’avais vidé ma tasse et je l’avais rempli de cette affreuse soupe… En sortant marcher tout à l’heure, j’irais vider la soupe dehors… Problème résolu en répondant à tous les objectifs…
Finalement, comme si ce n’était pas assez, j’ai été convié à partager le souper de famille vers 9h. Je n’avais encore une fois aucunement faim, mais j’étais cette fois devant toute la famille. J’ai donc essayé de faire honneur un temps soit peu à mon assiette. Il y avait par contre une chose très intéressante sur la table… un plat de yogourt (ou curd comme il appelle ça). On aurait dit qu’ils savaient pour mon estomac (pour ceux qui ne le savent pas, le yogourt est bon pour les problèmes d’estomac). Cette assiette là, elle a passé au cash et j’en ai même redemandé…
Une fois de retour dans ma chambre, j’ai commencé à me sentir mal quand j’ai compris que je couchais dans la chambre des 3 petites filles de la famille. Celles-ci allaient dormir sur le plancher de la cuisine cette nuit à cause de moi… mais bon, en revanche, je donnerais à la famille une centaine de roupies qui leur seront très utile.
À noter aussi que comme c’était le cas de la famille qui m’hébergeait à Karsha, ce n’est ni le père, ni la mère qui s’occupe des tâches ménagères et de la cuisine, c’est plutôt la plus vieille des filles qui doit avoir tout au plus 13-14ans. Les parents sont plutôt occupés à travailler dans les champs toute la journée.
…
Jour 14 – PURNE COUTE QUE COUTE
Info;
– Reru (3790m)
– Ichar (3810m)
– Pepula
– Tsetan
– Surle
– Kalbok
Nombre de kilomètres; 18km
Total; 206km
Description;
5h45 – Réveil… ce matin, je suis là de corps et d’esprit. Pour la 1ère fois depuis… je ne me rappelle pas quand… ça me tente de marcher.
En laissant Reru derrière moi ce matin, j’ai aussi laissé la route. C’est donc dire que la prochaine fois que je verrais une ligne noire tracée par l’homme, c’est que mon trek sera terminé et que je serais sur le chemin du retour (grand soupir… je suis encore loin de là).
Quoique relativement plat, le sentier était très difficile à négocier et dans une zone propice aux éboulements. Je dois en plus faire gaffe à ne pas me transformer moi-même en éboulement et ainsi me ramasser dans la rivière puisque le sentier se trouvait souvent dans des sections assez inclinées et faites de pierres. Une chance que j’ai des bottes qui montent jusqu’en haut des chevilles sinon je me serais déjà foulé une demi-douzaine de fois la cheville droite (pourquoi la droite et pas la gauche… allez dont leur demander).
8h50 – Le très beau village de Ichar, perché sur la colline de l’autre coté de la rivière, est désormais tout juste derrière moi. À en croire ma carte… et je la crois… j’aurais fait le ¼ du chemin jusqu’à Purne… autre manière de dire que j’ai encore beaucoup de croute à manger…
Mon avant-midi s’est résumée à suivre le sentier en montagne russe; une minute je me trouvais tout en haut de la montagne et la minute d’après je longeais la rivière en contrebas.
Chaque zone d’ombre était alors pour moi l’objet d’une immense joie, l’équivalent d’un oasis dans le désert. Je profitais aussi de chaque chute d’eau que je pouvais croiser pour caller ma bouteille d’eau, la remplir à nouveau et tremper ma tête dans l’eau fraiche… j’ai oublié de dire qu’il fessait encore aujourd’hui un soleil d’enfer.
Peu avant que 11h fasse son apparition, j’ai rejoint Pepula, l’endroit où j’avais prévu de luncher. Disons que l’endroit n’était pas du tout comme je le supposais; ce n’est pas un village, mais bien une simple cabane en pierre/terre cuite sur le bord de la rivière. Je déteste quand ma carte m’indique des teahouses comme si c’était des villages… ils n’auraient pas pu faire 2 signes différents? Pour couronner le tout… l’endroit était désert. J’ai tellement faim que ça me donne le gout de vomir. L’intérieur du bâtiment me faisait penser à une vieille prison mexicaine comme j’ai pu en voir souvent dans les films de mon enfance.
À ce moment, j’étais un peu perplexe; malgré ma bonne forme physique, il m’avait fallu 4h30 pour parcourir la moitié du chemin. Autre chose qui me laissait perplexe, depuis mon départ de Padum, soit il y a bientôt 2 jours, je n’avais pas encore croisé un seul randonneur; ni groupe organisé, ni randonneurs en solo/duo, etc.
Une fois remis en route, le prochain objectif était Tsetan. J’ai tout de suite aperçu le village trèèèèès loin devant et ce qui a été un dur coup pour ma motivation.
Puis, après l’ascension d’une très bonne cote, un village, que je n‘avais pas vu auparavant, s’est pointé le bout du nez… Tsetan. Quel bonheur, je m’étais trompé… Cependant, comme je l’ai souvent dit, voir c’est une chose, mais y être c’est autre chose.
En effet, entre moi et Tsetan se trouvait un canyon très profond qui a vite fait de couper les ailes toutes neuves qui avaient poussées dans mon dos. Comme les ponts suspendus à haute altitude n’ont pas encore été inventés ici… je vous laisse deviner la suite.
Après le village, le sentier était en pente descendant jusqu’à aussi loin que je pouvais le voir. Cependant, je me doutais bien que Zanskar devait s’être gardé quelques cartes en réserve afin de me mettre des bâtons dans les roues. En effet… quelques canyons par-ci, par-là ont tôt fait d’agrémenter la fin de ma journée.
À ce moment, toutes les parties de mon corps avaient abandonnées, ne voulant que s’affaisser à l’endroit où je me trouvais. Toutes… sauf mes jambes qui répondaient encore présentes. Je me donnais donc des objectifs à court terme; va chercher le village/la grosse roche, etc.
3h30 – Je suis à Kalbog, dernier village avant Purne. J’ai rarement été aussi à bout de force. Pour rejoindre Purne, il me reste encore une bonne heure de marche, mais je ne m’en sens pas capable. Puis, je tombe sur un bâtiment sur lequel il est écrit « Hotel/Restaurant ». Au même moment, je vois un homme s’arrêter de travailler dans le champ tout près pour venir à ma rencontre. Il m’ouvre son magasin et sans une seconde d’hésitation, je m’empare de 4 bouteilles d’eau de 1L et je commence à les caller une après l’autre. Il faut savoir que je n’ai pas trouvé de source d’eau convenable cet après-midi et que je n’ai pas pris de chance avec l’eau qui était louche. Bref, j’avais la bouche et la gorge toutes sèches depuis longtemps déjà.
Au même moment, tout content de me voir, un petit bonhomme m’a tendu une corde à danser pour que je joue avec. Comment dire non à un enfant vivant seul avec ses parents au milieu de nulle part quand j’ai 4 nouveaux litres d’eau près à être utilisés dans le corps?
Le vieil homme m’a ensuite accompagné à ma chambre en me disant « take rest… diner later (prend un peu de repos… je reviens avec le souper plus tard) ». Ouin, j’aurais bien pris le souper tout de suite moi…
Un peu plus tard, alors que je venais à peine d’oublier ma faim, ça a cogné à ma porte « diner ready (le diner est prèt) ». Mon premier repas de la journée était servi… on m’a souvent dit que c’était le plus important héhé…
Tout content, je me suis empressé de descendre, je me suis assis et on m’a servi une superbe assiette. En temps normal, elle n’aurait pas durée 2min parce que ça semblait appétissant. Malheureusement, nous n’étions pas en temps normal et même si je n’avais pas mangé de repas digne de ce nom de toute la journée, je n’avais aucun appétit et je prenais chaque bouchée avec dédain en mastiquant une éternité…
Après plusieurs minutes de travail, j’avais mangé une toute petite portion et s’en était assez. En fait, mon corps n’avait qu’une seule envi; régurgiter au plus vite tout ce que je venais d’avaler. Complètement désespéré, je me disais que si je n’étais même plus capable d’avoir de l’appétit pour quelque chose que je trouvais bon… c’était le début de la faim.
J’ai donc lancé un cri du cœur à mon cerveau et mon estomac. Les gars, on est sensé former une équipe. Si toi le cerveau tu me cris à tue-tête toute la journée que tu as faim et qu’une fois l’assiette servi, monsieur l’estomac ne veux pas manger, ça ne marche pas et ça ne peut surtout plus continuer comme cela…
Depuis quelques jours, toutes mes pensées vont à essayer de me rappeler ma vie d’avant le trek. Tout n’est qu’un très vague souvenir. J’ai l’impression de marcher, souffrir et crever de faim depuis le début de l’éternité. Je me rattache à la simple idée que chaque pas me rapproche de Manali et qu’arrivé là-bas, je serais sauvé et je pourrais manger comme un ogre et que je n’aurais plus à marcher.
…
Jour 15 – PREMIER CONTACT
Info;
– Kalbok
– Phugtal (3930m)
– Purne (3810m)
Nombre de kilomètres; 16km
Total; 222km
Description;
7h00 – Départ de Kalbog à l’aube d’une journée facile. Hé oui, si journée facile durant mon trek il y a, ce sera aujourd’hui; le plan est de longer la rivière à mi-hauteur d’une falaise très escarpée.
Devant moi et de l’autre coté de la rivière se trouve un magnifique plateau tout vert. J’avais envi d’aller courir dans cette belle plaine, mais je ne pouvais pas me permettre de dépenser ma précieuse énergie à des activités frivoles.
Puis, Purne s’est finalement pointé à l’horizon… ENFIN
Arrivé à Purne, quelle ne fut pas ma surprise de rencontre 2 jeunes français (Thibaud et Clémentine) qui faisaient le trek sans guide ni porteur… dans le même sens que moi. Il vaut mieux tard que jamais…
Vous ne pouvez pas savoir quel bonheur j’ai pu ressentir simplement à discuter avec eux… je n’étais plus seul. Quelle délivrance de pouvoir partager mes souffrances avec des gens qui me comprennent parce qu’ils sont passés par là eux aussi.
2 bonnes omelettes plus tard, je laissais mon bourreau de sac à dos au camping de Purne et j’entreprenais de faire une petite excursion jusqu’à Phugtal, en dehors du sentier principal, l’un des monastères les plus connus de tout le Ladack.
Pendant ce temps, mes nouveaux copains, qui avaient déjà été voir le monastère la veille, ont continué leur chemin. Nous avons cependant convenu de nous rencontrer à Kargiak dès demain. Pour eux, ce sera 2 journées plutôt relax, alors que pour moi, après une journée assez tranquille en perspective aujourd’hui, je vais prendre les bouchées doubles et faire 2 journées en 1 demain.
Le sentier de Purne à Phugtal en était un des plus intéressants; très bien aménagé, rien à voir avec ce que j’avais pu parcourir jusqu’à maintenant, je me promenais au fond d’une vallée pleine de couleurs. Je me sentais alors léger comme un oiseau… En fait, c’est probablement la plus belle (dans tous les sens) section de parcours que j’ai eu à emprunter depuis le début du trek.
Puis Phugtal… qui est tout aussi impressionnant que l’on me l’avait décrit. Le monastère a été construit en flanc de montagne…
« ouain pis, tu fais juste ça nous parler de monastère en flanc de montagne… »
Attendez un petit peu… laissez moi finir… Je disais donc; construit en flanc de montagne… et À MÊME la montagne (dans le roc). Tout en étant émerveillé par le complexe, mon regard était surtout attiré par l’arbre qui se trouvait au sommet de la montagne, tout juste au-dessus du monastère. Rien ne poussait à cette hauteur, sauf ce feuillus en pleine forme et tout vert. Cela ne devait pas être le fruit du hasard.
Aussitôt vu, aussitôt reparti…
J’ai donc refait mes pas dans le sens inverse de Phugtal à Purne pour ensuite me la couler douce au camp tout le reste de la journée.
Pour une journée de congé, j’ai quand même fait 16km de marche.
…
Jour 16 – CATCH ME IF YOU CAN (Attrape-moi si tu le peux)
Info;
– Purne (3810m)
– Yal
– Testa (3960m)
– Tangtse (3980m)
– Thable
– Shi (Khee)
– Kargiak (4130m)
Nombre de kilomètres; 22km
Total; 244km
Description;
6h00 – Ma tente et tout mon matériel déjà bien rangés, je me prépare à commencer ma grosse journée de travail.
Bonne nouvelle, mon estomac, qui me faisait mal depuis que le monde est monde, ne me fait plus souffrir (que ce soit en raison de la maladie ou de la faim). Tellement que je n’ai plus aucune crainte de faire des prout prout… ca fait du bien de ne pas avoir à serrer les fesses parce que je ne sais pas si c’est un « ami » ou un « ennemi » qui s’en vient… je vous rassure, je n’irais pas plus dans les détails héhé…
Comme je vous l’ai expliqué un peu hier, aujourd’hui je suis en mission; je dois rattraper mes 2 copains français.
8h30 – Après un peu plus de 2h, je pointe mon nez dans les vertes prairies entourant Testa, le plus grand village à l’Est de Padum dans la vallée de Zanskar. Attention, « le plus gros » ne signifie pas « gros »… c’est simplement le plus gros des petits villages. Je fais cette section de trajet en 2h de moins que mon guide ne me l’indiquait.
En arrivant à Testa, 2 enfants sont venus m’accueillir avec le désormais habituel « bonbon »…
Puis, sans avoir rien demandé, une famille m’a invité à venir prendre le thé et partager leur déjeuner. Difficile de refuser… surtout quand tu n’as pas déjeuné le matin même héhé.
Quelques minutes de repos et je reprenais ma corvée de marche. Je semblais alors marcher dans un champ qui s’étendait jusqu’à l’infini. Mon seul guide; les nombreuses stupas blanches… je sais qu’elles se trouvent sur le bord des routes alors je me dirige vers elles puisque le sentier est difficile à suivre.
Au fil des heures, le sentier m’a conduit dans des champs, de chaque côté de la rivière et dans 2 villages des plus intéressants; Tangste et Thable.
Après Thable, le sentier empruntait désormais le lit de la rivière avec un immense glacier droit devant.
Le prochain village était ma destination. Il était sensé se trouver au tournant de la montagne…
Ahhh non, pas celle la…
Donc comme je disais, il était sensé se trouver au tournant de la montagne…
Ahhh pas la non plus…
Il se trouvera ou il se trouvera maudite marde…
Trouvant le camping un peu trop dégelasse, j’ai décidé de continuer en ville afin de trouver un homestay. Après tout, c’était le dernier village avant la fin du trek, autant en profiter un peu.
En ville, il n’y avait aucune trace de mes amis français. On m’a ensuite dit qu’ils étaient passés un peu plus tôt et qu’ils avaient continué leur chemin. Je ne leur en veux pas, moi aussi je veux finir au plus vite ce trek. Je vais vraisemblablement les rattraper demain ou un autre jour avant la fin.
Ma recherche d’une homestay n’a pas pris 2 secondes. À peine j’avais dit le mot homestay qu’un petit garçon (qui aurait été cute s’il n’avait pas eu un gros filet de morve qui lui sortait du nez) et une petite fille me prenaient par la main pour m’amener dans leur maison. Puis, le petit gars s’est mis en tête de me faire un lunch… 3h30pm, mon estomac criait NON, mais ma bouche lui disait « Just a little bit (juste un peu) ».
Pendant qu’il cuisinait, j’étais complètement dégouté; il se mouchait avec ses mains à tout moment. Heureusement, après coup il mit le tout à cuire sur le four… Au moment de me servir, et juste avant que je puisse dire NON encore une fois, il a ajouté des pickles homemade (piments faits maison). Ça y était, je le sentais… j’allais à nouveau avoir des problèmes de plomberie…
Il s’est ensuite installé à 2 pouces de moi et m’observait attentivement. Comment ne pas manger ce qu’il venait de me servir… je me suis donc mi à l’ouvrage… mmmm… la catastrophe annoncé s’est finalement transformé en l’une de mes trop rare expérience culinaire au Zanskar. Qui l’eu cru, ce petit bonhomme venait de me servir le meilleur plat que j’ai pu manger depuis des semaines. Les homemade pickles étaient tout simplement succulent, le riz était parfaitement cuit et le Dal (espèce de purée) était délicieux.
Il ne restait plus qu’à attendre le verdict de mon estomac dans quelques heures. C’est au moins bon signe puisque j’ai eu de l’appétit pour la première fois depuis des lunes et j’ai fini l’assiette en un temps record, sans avoir à mâcher pendant des heures pour faire passer le tout…
Puis, le père et la mère sont revenus complètement exténués de leur travail dans les champs. Sans rien comprendre à la conversation, je savais que j’étais au cœur du débat; les enfants m’avaient invité à coucher chez eux sans avertir leurs parents. Je me contentais donc de sourire. Puis, les 2 parents ont fini par me regarder avec un grand sourire et me dire JULEY (salutation).
Sinon, cette expérience de coucher dans une maison avec une famille typique du Zanskar, comme je l’avais fait précédemment à Karsha et à Reru, est la chose que j’aime le plus faire depuis le début de ce trek. Ça coute le même prix ou presque que de dormir dans ma tente et en plus l’expérience est bonifié par le fait de pouvoir partager, l’instant d’une soirée, la vie de ces gens et de pouvoir en apprendre davantage sur eux.
En arrivant à la résidence, j’avais confiée mon IPhone à la petite fille afin de le recharger. Sans m’avertir, elle était allée le porter à son école (seul endroit où il y a de l’électricité dans le village). Au coucher du soleil, voulant faire une pierre 2 coups (récupérer mon téléphone et prendre des photos du village), j’ai décidé d’aller le chercher moi-même.
Quelle ne fut pas ma surprise de tomber sur 2 femmes Tchèques à peine plus vieilles que moi. Elles étaient professeures à l’école du village depuis début juin et ce, jusqu’à la fin octobre. Elles m’ont ainsi expliqué que l’école avait été construite il y a quelques années par un organisme de la République Tchèque et qu’elle était depuis gérée par ce même organisme. En fait, la très grandes majorités des écoles de la vallée de Zanskar ont été construites et sont gérées par un pays occidental.
Elles m’ont aussi expliqué que les enfants du Zanskar vont à l’école « obligatoire » (offert dans les écoles de la vallée) jusqu’à la 8ème année et qu’ensuite, si ils veulent continuer, ils doivent s’expatrier à Manali, Leh, etc.
De retour dans ma famille d’accueil, j’étais à moitié endormi sur mon matelas (mon lit est un matelas dans un coin de la cuisine) en regardant le petit gars faire à souper (il fait savoir que le souper au Zanskar n’est pas avant 9h). J’étais émerveillé par ce qu’il était capable de faire; durant près de 3h, il a manié tous les instruments de cuisine d’une main de maitre.
Puis, la frousse m’a pogné; « et si ce qu’il était en train de préparer était de la Thukpa ». Après tout, à chaque fois que je me suis retrouvé dans une famille et qu’ils ont voulu « m’impressionner » avec un plat typiquement zanskarien ce fut ça. Ahhh non… il s’est donné tant de mal durant toutes ces heures… il est hors de question que je mange une autre thukpa de ma vie. Dans mon cerveau, ce nom se situe au même niveau que celui d’Hitler; dans la catégorie génocide.
L’instant tant appréhendé était arrivé… il me servait une assiette… pleine de momos… WOW (l’un de mes plats favoris)
…
Jour 17 – QUAND LES TORRENTS SE DÉCHAINENT
Info;
– Kargiak (4130m)
– Lakang Sumdo
– Lower Lakang (4470m)
Nombre de kilomètres; 14km
Total; 258km
Description;
5h30 – Les parents, qui dormaient à coté de moi, se lèvent pour préparer le déjeuner afin d’aller travailler dans les champs au plus vite.
Aujourd’hui l’idée est de se rendre jusqu’à la base de la dernière difficulté du parcours. Cela ne devrait donc pas poser problème.
Moi qui voulais partir tôt pour éviter que le soleil me plombe sur la tête… c’est raté. Le garçon a tellement tardé à me faire a déjeuner que j’ai fini par perdre patience… à 7h, j’ai pris 2 chapatis (pain), je leur ai donné de l’argent et je suis parti.
Le sentier longeait toujours la rivière dans une vallée verdoyante, parsemée d’une tonne de roches venu à un moment où à un autre du sommet d’une des montagnes. Droit devant moi, au fin fond de la vallée, se dressait un super pic rocheux qui pointait vers le ciel. Dans quelques heures, celui-ci serait derrière moi comme tous les autres avant lui…
Environ 2 heures après mon départ, je me suis arrêté pour finalement prendre mon déjeuner (biscuits et chapatis). Quelle ne fut pas ma surprise de voir surgir 2 randonneurs derrière moi qui étaient en réalité… mes 2 copains français. Ils étaient arrivés à Kargiak environ 1h plus tôt que moi la veille et avaient été dans un homestay différent du mien. Ça fait tellement du bien de faire parti d’un groupe composé de plus de 1 personne…
Nous avons donc continué notre chemin en remontant la rivière… puis en remontant la rivière… et finalement en remontant la rivière. Puis, toujours en remontant la rivière (vous me suivez toujours), la vallée a bifurquée vers la droite et le sentier se retrouvait désormais dans le lit de la rivière.
Il y avait alors un sentier sur la rive gauche et un autre sur la rive droite. La carte de Thibaud indiquait de suivre la rive gauche et la mienne la rive droite. Comme nous étions sur la droite, nous avons décidé de continuer dans cette veine.
Comme un bon film dramatique, où on ne peut pas prévoir la fin avant… la fin… nous avons très vite compris que nous avions fait le mauvais choix et que le sentier principal était en vérité sur la rive gauche. Il était cependant hors de question de rebrousser chemin. Cela voulait donc dire qu’à un moment où à un autre, nous aurions à traverser la rivière, qui s’était depuis transformée en delta… composée de plusieurs petites rivières au courant très rapide… mais nous étions convaincu qu’il y aurait un pont.
Alors que la vallée tirait à sa fin, il a fallu se rendre à l’évidence qu’il n’y avait aucun pont pour rejoindre l’autre rive… il faudrait donc se mouiller… et pas à peu près… dans de l’eau descendant directement des glaciers et donc très froide.
S’en est suivit la recherche d’un endroit propice pour traverser… Il n’y en avait pas.
Nous avons donc recherché l’endroit « le moins pire » pour traverser… Il n’y en avait pas non plus. Pas moyen d’échapper au très fort courant et à l’eau jusqu’au genou et plus.
Les quelques tests que moi et Thibaud avions tenté s’était tous sensiblement soldé par le même résultat; on réussissait à franchir quelques rivières, mais à un moment où à un autre, l’une d’entre elle avait un courant beaucoup trop rapide et à la minute où l’on posait le pied dedans, on manquait perdre pied. Nous avons donc mis tous nos appareils électroniques et objets de valeur dans mon sac étanche et nous avons décidé de traverser peu importe les conséquences.
Dire que la traversé a été laborieuse serait un euphémisme; le nombre de fois où moi et mes compagnons avons failli perdre pied et se retrouver au mieux trempé jusqu’aux os, au pire emporté par le courant, ne se compte pas sur les doigts des mains. Malgré tout, par une espèce de miracle, nous avons tous les 3 franchit toutes les rivières sans nous planter.
1h40 – Fin de la grande traversé. Nous avons installé notre campement à proximité de la dernière teahouse avant l’ascension, qui se situe au pied de magnifiques montagnes chargées de glaciers. L’indien qui gérait « l’établissement » (j’ai un sourire en coin en écrivant établissement pour décrire cet endroit… mais bon, je suis en manque de synonyme… on fait avec ce qu’on peu) nous avait regardé traverser le delta et était tout impressionné. Il tentait de nous expliquer que le sentier était sur la rive gauche de la rivière… « nooooon… t pas sérieux ».
Comme mes compagnons étaient tout aussi écœuré de mangé de la bouffe zanskarienne pas mangeable (je ne suis pas le seul à penser cela), nous avons décidé de prendre le contrôle de notre souper. La teahouse où nous étions avait de surprenantes choses à vendre. J’ai regardé les 2 autres et je leur ai dit que si on achetait un paquet de spaghetti, une canne de thon et 2 ou 3 sachet de petits pois salés, et qu’on réussissait à convaincre le gars d’utiliser sa cuisine et ses outils, on pourrait s’en tirer avec un très bon repas qui ne nous lèverais pas le cœur pour faire changement.
Nous avons donc mi le plan a exécution. Le gars n’a pas été dur à convaincre et très vite, Clémentine prenait le contrôle de la cuisine. Résultat; WOW… on se serait cru de retour en Occident… avec une musique indienne horrible qui jouait à tue-tête dans la petite tente.
Avec un peu de recul, cette journée fut probablement la plus belle de tout mon trek; une journée dans la nature comme je les aime (beau paysage, un brin d’aventure, de nouveaux compagnons, aucun maux de ventre et aucun famine).
P.S. Pas besoin de me le marquer en commentaire, je sais que j’ai l’air d’un psychopathe sur les photos ci-haute héhé…
…
Jour 18 – LE VENT DU NORD
Info;
– Lower Lakang (4470m)
– Upper Lakang
– ShingoLa Pass (5095m)
– Chumik Nakpa (4650m)
– Ramjak (4290m)
Nombre de kilomètres; 15km
Total; 273km
Description;
Pourtant en grande forme, j’ai trouvé le moyen d’avoir ma pire nuit de sommeil du trek. Nervosité de peut-être en finir aujourd’hui, trop de repos les journées d’avant, n’empêche que les heures ont défilés comme des années. À un certain moment, un yak est venu brouter de l’herbe tout juste à l’extérieur de ma tente à 2 pouces de ma tête. Je pouvais sentir son souffle, passer au travers de la tente.
Ce matin, on s’attaque au dernier col du parcours, le ShingoLa Pass, qui pointe à environ 5100m. Pour une des rares fois, j’ai hâte que le soleil se pointe…Il fait un froid GLACIAL… ce vent glacial allait finalement nous suivre toute la journée…
En ce début de journée, le sentier est très technique (problème de genou s’abstenir); il y a beaucoup de roche sur le sentier et celui-ci longue une rivière partiellement recouverte d’un glacier.
Plus on monte et plus ça devient difficile. Les derniers kilomètres de l’ascension se trouvent dans une véritable mer de roches de toutes formes et toutes grandeurs. Un paysage lunaire où on ne voit rien d’autre que des roches et de la neige.
Je suspectais alors que nous étions directement sur le glacier (impression qui sera validé un peu plus haut). Il fallait donc faire très attention à où on marchait puisqu’un glacier n’est pas la chose la plus stable qui existe. Ajoutez à cela que le sentier était très difficile à suivre puisqu’il n’était pas clairement identifié, étant un amas de roches comme tout ce qui était autour de nous.
Nous sommes finalement parvenus au sommet… beaucoup plus rapidement que prévu. Tous les guides qui traitent de ce trek disent que cette Passe est la plus difficile d’entre toutes, mais bon… ce n’est pas l’impression que nous avions. Autant je n’ai vu personne de tout le trek, autant il devait y avoir plus de 30 personnes à cet endroit… une véritable congestion.
Juste à coté du sommet se trouve un tout petit lac bleu clair. Mes copains voulaient aller s’y baigner, mais comme j’ai déjà à mon actif un lac à plus de 4000m (Pangong Lake lors de mon trip de vélo un peu plus tôt) et un à plus de 5000m (Ice Lake dans l’Annapurna) et que je sais déjà à quel point c’est une idée stupide… et à quel point ils vont le regretter par après, je les ai laissé réaliser leur rêve… J’ai par contre passé un très bon moment à me foutre de leur gueule.
S’en est suivit une descente de plusieurs kilomètres et 700m d’altitude jusqu’à vers Ramjak, notre campement pour la nuit.
La descente n’a vraiment pas été de tout repos; le sentier traversait beaucoup de cours d’eau… en début de journée, ces cours d’eau sont très faciles à franchir puisque l’eau provient des glaciers en hauteur et que la nuit ils gèlent… mais à l’heure où nous sommes passés (en début d’après-midi), c’était une autre histoire. Nous avons du passer 3 torrents, dont l’un d’entre-eux qui nous a donné beaucoup de fil à retordre et qui a représenté un bien plus gros défi que les rivières franchit la veille. En allant faire une traversée de reconnaissance sans sac pour voir si c’était faisable, j’ai été emporté par le courant à la minute où j’ai posé un pied dans l’eau. J’ai donc malgré moi pris mon premier bain en plus d’une semaine.
Comme le faisait remarquer Clémentine « Ils pourraient faire des ponts au lieu de faire des cr!ss (un de ma part) de stupa (monument en forme de gâteau blanc) un peu partout ».
Alors que nous étions à commencer à installer notre site à l’endroit que nous pensions être Ramjak, un vieux monsieur pas de dent (une seule dent au centre qui ressemble étrangement a un ouvre-boite) nous a dit que c’était un peu plus loin. On l’a donc suivit… longtemps… jusqu’au point où on s’est demandé s’il ne nous avait pas induits en erreur.
En chemin, il n’arrêtait pas de réciter le mantra « Om mane padme om » (refrain bouddhiste). Moi et Thibaud avons donc eu l’idée de compter combien il était capable d’en dire par minute (on s’occupe comme on peu). Régulier comme une montre presque suisse, il est arrivé à 22, 23 et 23 lors de nos 3 tentatives. C’est donc environ 1 mantra/4.5sec.
Puis, alors que nous ne voyons aucune zone propice à planter une tente à des milles à la ronde… que des cailloux… une plaine en bord de rivière et adossée à une montagne est sortie de nulle part.
Ramjak…
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Jour 19 – À DOS DE… CAMION
Info;
– Ramjak (4290m)
– Zanskar Sumdo (3920m)
– Palamo (3670m)
– Darcha (3360m)
– Spinlek
– Keylong
Nombre de kilomètres; 17km (12km de Ramjak à Palamo + 5km de Spinlek à Keylong)
Total; 290km
Description;
Le réveil fut très frisquet… quoique cela n’avait rien à voir avec le froid intense d’hier.
S’en est suivit une marche jusqu’à Zanskar Sumdo, quelques kilomètres et plus de 1000m d’altitude plus bas… autant dire que ça descendait en titi. Pour 3 personnes qui n’avaient pas encore déjeuné et qui avaient encore les 2 yeux dans le même trou, cela représentait un bon défi.
Arrivé à Zanskar Sumdo, nous étions officiellement sortis de la vallée de Zanskar. Par contre, cela ne voulait pas automatiquement dire que nous étions au bout de nos peines…
Après un petit déjeuner bien mérité, nous avons entrepris de rejoindre Darcha. Notre plan consistait à marcher sur la route dans l’espérance de nous faire ramasser par un jeep ou un camion qui nous croiserait.
Coté véhicule, ce fut le calme plat; nous avons donc marché et marché… et marché.
Puis, un peu avant Palameo, nous avons vu venir un gros camion (vous savez les camions Tonka). Nous avons donc délégué Clémentine pour séduire le conducteur. Elle s’est exécuté, le chauffeur a accepté et au moment où nous étions pour monter… le gars a mi les gaz… Criss de cave. Complètement médusé par ce qui venait de se passer, nous avons donc repris notre petit bonheur et recommencé la marche alors que nous regardions le camion s’éloigner.
Quelques 2 heures plus tard… nous étions toujours à marcher et nous avions déjà couvert la moitié du trajet jusqu’à Darcha. Pas vraiment l’idée que nous avions en tête ce matin en nous levant…
Puis, un autre camion s’est pointé à l’horizon.
Nous n’allions pas laisser filer celui-ci. Nous avons donc opté pour une formation en V afin de bien bloquer la route. En 2 temps, 3 mouvements, nous étions tous les 3 dans la benne du camion avec plein de vieilleries en métal qui menaçaient de nous broyer les jambes si le camion stoppait trop brusquement. La tête au vent, nous n’avions dorénavant plus notre destin entre nos mains. Il était plutôt entre celle du conducteur de ce mastodonte qui descendait la route zigzagante dans la montagne à toute allure. Nous étions tous les 3 bien accrochés et nous avions un sourire qui trahissait une espèce de crainte.
Darcha était désormais à porté. J’étais déjà allé dans cet endroit (lors de mon trip de vélo) et je n’avais pas vraiment l’intention d’y passer la nuit (trou pourri). Heureusement pour nous, le camion se dirigait vers Manali jusqu’à environ 6km de Keylong (très belle ville où j’ai séjourné lors de mon trip de vélo). Nous avons donc sauté sur l’occasion.
S’en est suivit une marche de 6km jusqu’à Keylong… le dernier 6km que j’avais à marcher… WOW. J’ai beaucoup de difficulté à y croire. Je suis plutôt probablement en train de dormir dans ma tente en train de rêver que le trek est terminé…
First things first, on s’est fait un festin dans un resto avec plein de bonnes choses indiennes que nous n’avions pas mangé depuis looooongtemps.
Une bonne nuit de sommeil dans un lit confortable et s’en suivrait le retour officiel à Manali dès demain.
Petite devinette; qu’est-ce que Clémentine et Thibaud font semblant de manger sur le mur?
…
MINUIT MOINS UNE POUR MANALI
Info;
– Pas de marche au programme aujourd’hui
Nombre de kilomètres; je vous ai dit qu’il n’y avait pas de marche au programme aujourd’hui bon…
Description;
Que de périphérie pour se rendre à Manali de Keylong.
Alors que la veille nous avions pris la peine d’aller nous informer pour les bus en partance pour Manali, nous avions finalement décidé de partager un jeep, à peine plus cher que le bus, avec un couple de voyageur. Trop beau pour être vrai… Effectivement.
Tel que prévu avec le conducteur, nous étions devant notre guesthouse à l’attendre à 7h du matin…
7h15
7h30
7h45 – Le jeep ne s’est jamais pointé. Nous avons donc décidé de nous rendre à la gare d’autobus en catastrophe afin de prendre le dernier bus quotidien en partance pour Manali à 8h30.
Je me retrouvais donc dans un bus bondé… une véritable laveuse-sécheuse, à nous faire brasser de tout bord tout coté… sur l’une des routes les plus dangereuses du monde… et je savais très bien ce qui nous attendais puisque j’avais fait cette section de route en vélo 1 mois plus tôt… pour les quelques 6 prochaines heures.
Il n’y avait plus qu’un obstacle à franchir… et non le moindre… la RohtangLa Pass, soit la Passe qui m’avait donné le plus de fil à retordre lors de mon trip en vélo. Cette fois-ci ce serait en autobus… je ne crois pas que ça allait arranger les choses. L’ascension a été longue et pénible. Nous avons été stoppé par 2 fois en raisons d’éboulements. À chaque fois, il fallait attendre que les indiens cassent les pierres avec des marteaux piqueur puisqu’elles étaient trop grosses pour être bougées. Disons simplement qu’on ne se sentait PAS DU TOUT en sécurité stoppé sur la route ainsi. Après tout, si des roches grosses comme une petite voiture étaient tombées juste à côté, elles pouvaient tomber à notre emplacement aussi.
28 aout 2013, quelques 30jours et + après avoir quitté Manali en vélo en route vers Leh, j’étais de retour à la maison. Parce que oui, après le mois que j’ai vécu, revenir ici est similaire à un retour à la maison. Délivrance, fin du supplice, etc. sont des mots qui peuvent être employés sans les peser.
Pour le reste, c’est une autre histoire… Enfin je peux tourner la page et commencer un nouveau chapitre… plus joyeux je l’espère…
…
FIN DU CHEMIN DE CROIX
Le compteur s’arrête donc à plus où moins 290km de marche, 8 montagnes situé à plus de 4000m et 19 jours.
Ce trek de 3 semaines représente assurément la plus grosse épreuve que j’ai eu à faire face de toute ma vie. À bien des moments, j’ai eu la chienne comme jamais je ne l’avais eu auparavant… la vrai chienne… la chienne d’y rester.
Au début du trek, mon subconscient a commit une faute impardonnable; il a pensé que ce serait facile. Après tout, j’avais marché pendant 1 mois au Népal et je revenais d’un trip de vélo de 10jours en haute altitude… qu’est-ce qui pouvait m’arriver?!?
Zanskar m’a poussé dans les câbles à bien des reprises; la faim et la souffrance physique et mentale étant mon pain et mon beurre au quotidien.
Cependant, je crois sortir grandi de cette épreuve. Je sais maintenant que j’ai un incroyable instinct de survie… mais aussi que j’ai un incroyable dont de me foutre dans des situations problématiques.
Mon corps est complètement vidé. J’ai grignoté la moindre petite provision qu’il avait pu accumuler. Je ne sais pas comment je pèse, mais je suis assurément plus maigre que je n’ai jamais été dans ma vie.
Annapurna est un trek école à comparé au Zanskar. Alors qu’on ne fait que monter OU descendre lors d’une journée typique et qu’il n’y a qu’une Passe à franchir durant tout le parcours dans l’Annapurne, les journées sont de véritables montagnes russes et il y a 8 Passes à franchir dans le Zanskar. Ajoutez à cela que le climat est beaucoup plus favorable à la marche dans l’Annapurna que dans le désert qu’est le Zanskar.
Il n’y a cependant pas que des éléments négatifs à tirer de ce trek. Mis à part quelques anachronismes, et en faisant exception de Padum, c’est un véritable voyage au Moyen-âge que j’ai fait; l’électricité est un bien de luxe et le moyen de transport principal est le cheval/âne.
Cela étant dit, je ne recommande en aucun temps de faire ce trek. Oui les paysages sont beaux, mais ils ne sont pas si différents de ce qu’on peut voir dans le reste du Ladack, notamment le long de la route Manali/Leh.
La véritable raison d’aller au Zanskar est pour découvrir ce magnifique peuple qui lutte littéralement pour sa survie depuis des siècles dans une contrée rude qui ne fait pas de cadeau. Cela m’a aussi permis de découvrir un des endroits les plus reculé de l’Inde et un magnifique peuple, extrêmement pauvre, hyper travaillant, mais extrêmement riche à bien des égards. Leur richesse ne peut pas se quantifier en chiffre et en argent.
Le Zanskar trek est peut-être fait pour vous si;
– vous avez un très bon sens de l’orientation,
– vous aimez les contrés très reculées,
– vous vous débrouillez bien avec une carte,
– vous êtes capable de déceler un sentier en suivant des traces de merde,
– vous êtes capable de monter une tente par grand vent ou à la pluie battante,
– vous êtes fou.
Si vous avez répondu par la négation à l’une de ces affirmations, je vous conseille de prendre un guide ou de faire l’un des nombreux autres treks possibles et moins difficile/long autour de Leh.
…
EXPÉRIENCE CULINAIRE ZANSKARIENNE
Je termine cet épisode un peu lourd sur un ton plus léger en vous invitant à faire un petit exercice culinaire avec moi. Tous à vos fourneaux… je vais vous montrer le genre de nourriture que j’ai pu manger durant 3 semaines.
Prenez donc une tonne de riz blanc… mettez le tout à bouillir sur le rond quelques minutes, (très important, ne pas chauffer le rond au préalable). Quand vous pensez qu’il n’est pas encore près, retirez le riz du four… il faut qu’il ne fonde pas dans la bouche.
À noter que rendu à cette étape, si vous avez réussi votre batch de riz, je vous conseille de recommencer… il faut un riz complètement raté.
Une fois dans les assiettes, prenez une sauce qui ne va pas du tout avec du riz… mmm… ahhh… prenez du Beauvril… aspergez bien le tout. Il ne faut plus voir de riz blanc…
Quand le cœur commence à vous lever, c’est un très bon signe que vous êtes tout près du but… ajoutez-en encore un peu… plus que ça.
Puis, coupez de la salade… que vous avez bien pris la peine de mettre au gros soleil en début de journée… et agrémentez vos assiettes avec.
Il ne vous reste plus qu’à servir le tout à vos invités affamés. Quelques minutes plus tard, alors que vous voyez qu’ils se regardent et hésitent à manger, n’oubliez surtout pas de leur demander si ils aiment cela…
Je vous laisse là-dessus… Bon Souper
Épisode 22 – Destination Pangong Lake
(cet épisode commence à la seconde où j’ai posé les pieds à Leh après mon trip de vélo… voir épisode 21)
ENFIN… j’ai de la misère à croire que je suis enfin arrivé à Leh
Après 9 jours de vélo des plus exténuants, je me propose maintenant un peu de repos… TRÈS BIEN MÉRITÉ… ahhh non… attendez… on me souffle quelque chose à l’oreille présentement… Ohhhh… changement de plan…
…
À mon arrivé à Leh, j’étais un peu pas mal perdu devant la quantité de touristes et le choix d’hôtel qui s’offrait à moi (il y en avait des tonnes). N’ayant fait aucune recherche sur Leh et n’ayant pas mon Lonely Planet (beaucoup trop lourd), je n’avais aucunement l’intention de faire le tour des hôtels avec mon vélo et mon tempérament explosif causé par les derniers kilomètres sur le bord de l’autoroute à me faire brasser par la circulation.
J’ai donc décidé de demander à un touriste au hasard dans la rue s’il pouvait me recommander un endroit beau/bon/pas cher.
J’ai donc pris le premier venu… un backpacker… comme moi (barbe pas faite). Celui-ci s’est montré tellement aimable qu’il m’a escorté jusqu’à la guesthouse en question et ce fut le coup de foudre entre elle et moi.
En marchant, parle parle jase jase;
– Espagnol; « where are you coming from with your bike?!? (de où est-ce que tu arrives comme ça à vélo?!?) »
– Moi; « I’m coming from Manali (j’arrive de Manali) »
– Espagnol; « Wow… I was looking to do the same thing, but I have not enought time… I just did the Zanskar valley trek. Tomorow i’m going in Pangong Lake and from there I’ll come back in Leh by the Nubra valley… by bike (wow… je voulais faire la meme chose, mais je n’ai pas assez de temps… j’ai plutôt fait un trek dans la Zanskar valley. Demain, je m’en vais au lac Pangong et à partir de là, je reviens à Leh en passant par la vallée de Nubra… en vélo) »
– Moi; « Wow… I want to do the Zanskar valley trek in few days… Let me 1 hour and I pay you a drink in exchange of few advice about the trek?!? (wow… je veux justement faire le trek de Zanskar dans quelques jours… donne-moi 1 heure et ensuite je te paie un verre en échange de quelques informations à propos du trek) »
Vous croyez au Destin… ou c’est le hasard qui fait bien les choses. Ce gars là à fait le Zanskar Trek en solo tout comme je l’envisage.
Entretemps dans ma chambre d’hôtel à décompresser… complètement détruit de mon trip de vélo, j’ai surpris mon cerveau à penser au trip de vélo qu’il voulait faire. Les 2 endroits où il s’apprêtait à aller était 2 endroits où je voulais aller au départ, mais dont je n’avais aucune l’intention de faire via un trip organisé en jeep ou pire en autobus.
Rendu au café où nous avions convenu de nous rencontrer, je ne lui ai pas laissé le temps de parler et je lui ai lance « do you think it is possible to obtain a permit to go in Pangong and Nubra by tomorow cause if yes, and if you don’t mind, I would like to go with you (est-ce que tu crois qu’il est possible d’obtenir le permit pour aller à Pangong et Nubra avant demain, parce que si oui, et si ça ne te dérange pas, j’aimerais faire le voyage avec toi) »
En guise de réponse, il s’est levé, a été payé sa facture et il m’a amené à l’agence où il avait fait affaire pour louer son vélo et obtenir son permit.
Rendu là, l’indien m’a dit « no problemo… you’ll have it this evening (pas de problem… tu vas avoir ton permit ce soir) ».
À peine 2heures après mon arrivé en ville, je m’embarquais dans un nouveau trip de vélo… au grand désespoir de mes jambes… et de mon cul. Le vide causé par l’absence de rouler aura finalement durée que moins de 24h.
Pour les gens qui se disent « oh mon Dieu, tu vas passer 1 semaine avec un pur inconnu… », je réponds « ouin pis… ça s’appelle voyager ». Ça a commencé comme ça entre moi et mon buddy Roark et regardez où ça nous a mené.
Je mets donc sur pause mon voyage en ermite (solo) pour quelques jours l’instant de réaliser ce nouveau trip de vélo avec mon nouvel ami Jaume (veut dire Jack/James) 35 ans – Enseignant – Maniaque de vélo – Espagnol… euh, je veux dire Catalan. Quand il s’est présenté, il m’a expressément dit qu’il venait de la Catalogne, non pas de l’Espagne… vous savez la province qui veut se séparer de l’Espagne… à la différence du Québec que EUX, c’est la province la plus riche de leur pays, non pas un trou de paumés géré par les syndicats et qui se dote de plein de programmes sans être capable de payer la facture au final… oufff, je me suis égaré… revenons à nos moutons.
Sinon, comment vous le décrire?!? Ahhh oui, à la minute où je l’ai vu dans la rue, je me suis dit « ben condonc, c tu Guillaume Lemay-Thivierge?!? ». Selon moi, il est le sosie parfait de Guillaume… autant physiquement que psychologiquement (il parle vite et est surexcité).
Voici donc l’aventure dans les très grandes lignes;
Demain matin on prend un bus en direction de Pangong Lake. À partir de là, tout se passera en vélo. On va commencer par s’amuser un peu autour du lac, pour ensuite prendre le chemin du retour, le même qu’on va avoir fait en bus. Le chemin consiste en l’ascension de la ChangLa Pass… oui oui, encore une Passe à monter… celle-ci culmine à plus de 5300m. Après avoir descendu la Passe, nous prévoyons bifurquer dans la Nubra Valley via une route de terre. Quelques jours dans la vallée de Nubra et nous entamerons le chemin du retour via la plus haute Passe du Ladack et la 2ème plus haute voie carrossable au monde à 5600m. Une partie de plaisir qui devrait nous prendre environ 7 jours. De toute façon, notre voyage ne peut pas durer plus longtemps puisque le permit qui nous a été délivré pour les 2 endroits est valide 7 jours.
Qu’on de si spécial c’est 2 régions pour qu’il fasse un permit spécial pour y aller… et que je décide de mettre en veilleuse mon repos pour me lancer dans cette aventure?
Tout d’abord, le lac Pangong est l’un des plus grand et des plus beaux lacs en Inde. De plus, il est à la frontière entre l’Inde et le Tibet (Chine). Il est contrôlé au 1/3 par l’Inde et au 2/3 par la Chine.
En ce qui concerne la vallée de Nubra, eh bien c’est une vallée désertique, avec un désert comme on peut se l’imaginer; dunes de sable, etc.
Bref, une petite journée de repos et on retourne dans l’action… La vie est pleine d’opportunités, il n’appartient qu’à toi de sauter dessus.
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Aout 2013 – L’HIMALAYA… MON TERRAIN DE JEU
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Jour 1 – HELL « BUS » RIDE (une promenade d’enfer en bus)
Info;
– Leh (3400m)
– Karu
– ChangLa Pass (5300m)
– Tangtse (4300m)
– Lukung – Pangong Lake
– Spangmik – Pangong Lake (4240m)
Nombre de kilomètres; 154km en bus + 10km en vélo
Description;
5h30 – Je rencontre Jaime à notre point de rendez-vous et on se dirige vers la station de bus.
6h30 – Après avoir attaché nos vélos sur le dessus du bus de peine et de misère (ni l’un ni l’autre ne savait faire de véritables nœuds), nous étions en route pour Pangong et il ne restait plus qu’à prier pour que les nombreuses bosses de la route épargnent nos vélos.
Il faut savoir que pour aller au Pangong Lake, je dois revenir sur mes pas jusqu’à Karu, puis passer devant le Chemde monastery (voir épisode 21). C’est ensuite une centaine de km plus loin. Ça fait donc un peu bizarre de repasser par la route où je suis déjà passé…
Une fois passé Chemde, la route commençait à monter drastiquement pour aller rejoindre la ChangLa Pass. Le chemin était sinueux et à flanc de montagnes. Tout autour de nous, le décor était fait de montagnes exemptes de toute végétation avec une vallée toute verte et ponctuée de plein de petites maisons dans les champs plus bas.
Selon mon livre, la route Karu/Pangong Lake est réputé comme étant la 3ème plus haute route carrossable au monde.
La route était alors complètement pavée. Ce sera un vrai régal de la descendre demain… mais il faudra tout d’abord la monter de l’autre coté à partir du Pangong Lake.
Une fois au sommet, quelle ne fut pas notre surprise de trouver plein de bâtiments; une cafétéria, etc. C’est la première fois que je vois cela sur le dessus d’un col où la neige peut se pointer à tout moment et où il fait un froid de canard. Bref, très inusité, mais un problème de moins pour nous demain puisque nous pensions devoir apporter avec nous de la nourriture pour effectuer l’ascension et la descente du col (plus de 80km).
Sur l’autre versant, l’asphalte était INEXISTANTE. On aurait dit que le bus était un bateau tellement il tanguait de tout bord tout coté… sur la route étroite. Mais bon, depuis longtemps j’ai accepté que j’étais dans une contrée dangereuse et qu’il pourrait un jour m’arriver quelque chose, donc je ne me stress plus avec ce genre de chose qui sont hors de mon contrôle.
Il y avait 5-6 little bouddha (apprentis moines) dans le bus. Disons simplement que ce n’est pas parce qu’ils portaient la toge de moine qu’ils étaient des modèles de paix universelles… au contraire. De vrais petits bums avec leur casquette de yo à pitcher des bouteilles d’eau sur les voitures que nous passions.
Le bus continuait à aller de plus en plus loin, tout en descendant encore, encore et encore. Le lac n’était toujours pas en vue. J’ai alors commencé à paniquer et à douter fortement que nous soyons capables de rejoindre le sommet du col dès demain comme prévu. Ne m’étant pas impliqué dans la planification du trip jusque là, j’ai entrepris de calculer le nombre de kilomètre à faire pour rejoindre le col à partir de Spangmik, notre point de départ. Le décompte non officiel atteignait 80km… tout en montée. J’ai alors proposé à mon gentil conquistador de séparer l’ascension en 2 journées en s’arrêtant dans un village où nous avions vu des hébergements en passant plus tôt. Il m’a alors regardé avec un espèce de regard de soulagement en acquiesçant à mon idée.
3h30 – Pangong Lake en vue. Le bus s’arrête définitivement à Lukung, premier village sur le bord du lac. Il ne va pas plus loin… Tout le monde s’est alors regardé un peu médusé puisque plusieurs voulaient aller à Spangmik, le village suivant et à plus de 10km. La stratégie saute aux yeux… c’est de l’indien tout craché… afin de soutirer encore plus d’argent au touriste, ils font arrêter le bus un peu avant l’objectif et de là, les gens n’ont pas le choix de marcher ou de prendre un couteux taxi.
Tout le monde était frustré… sauf moi et Jaume. Après avoir descendu nos vélos de l’autobus et constaté qu’ils n’avaient pas trop soufferts, nous les avons enfourchés et avons entrepris de faire la route jusqu’à Spangmik… avec un petit sourire en coin en pensant à tous ceux qui était coincés à Lukung… village s’apparentant plus à un stationnement de centre d’achat où on aurait disposé des campements tout autour.
Les 10km ne se sont pas faits sans peine. La route avait été inondée à plusieurs endroits par le glacier plus haut. À un endroit en particulier, la route avait été envahie par une véritable rivière avec un très fort courant. Nous étions moi, Jaume et un couple sur un scooter à contempler les rapides et à se demander quoi faire, quand j’ai pris mes jambes à mon cou, j’ai mi mon vélo sur mon dos et alors que les 3 autres avaient les yeux fixés sur moi, j’ai entrepris de traverser le torrent. À peine les pieds posés dans l’eau que la force du courant manquait me faire perdre pied et m’emporter dans la petite chute.
Heureusement, ce fut plus de peur que de mal et j’ai passé sans trop de difficulté. Jaume m’a ensuite imité avec succès. Ne restait plus que le couple en scooter. Nous attendions donc de voir comment allait s’en sortir le gars avant de reprendre la route. Heureusement pour lui que nous avons attendu puisqu’il s’est retrouvé en situation très précaire au milieu du torrent. Il ne pouvait plus bouger le petit doigt sans quoi son scooter allait être emporté dans le courant. Ni une, ni 2, Jaume s’est porté à son aide et je l’ai imité quelques secondes plus tard après avoir pris des photos héhé. À 3, nous avons eu toutes nos misères à faire passer l’engin. Au final, tout s’est bien terminé, mais nous avions pris une bonne douche.
Une fois rendu à Spangmik et avoir trouvé un bon homestay pour vraiment pas cher, moi et Jaume, accompagné d’une française qui séjournait au même endroit, sommes allé se promener sur le bord du lac… pour finalement succomber à faire une petite trempette.
Pas si froid que ça…
…
Jour 2 – LE MONDE À L’ENVERS
Info;
– Spangmik (4241m)
– Merak
– Spangmik
– Lukung
– Tangtse (4300m)
Nombre de kilomètre; 62km
Total; 72km
Description;
6h30 – Réveil après une nuit mouvementé.
Il s’est passé cette nuit une histoire complètement folle. Alors que je dormais à point fermé, Jaume, qui partageait ma chambre, a entendu des cris dehors « Nicolas… Nicolas… Nicolas ».
Jaume – « Hey Nik wake up… somebody is crying your name outside (Réveille-toi Nik… quelqu’un est en train de crier ton nom dehors) »
Moi – « What?!? (quoi?!?) »… à demi réveillé et convaincu que j’étais en train de rêver)
Je me suis alors tourné sur le côté et je me suis rendormi.
Pendant ce temps là, Jaume est sorti dehors… pour revenir quelques secondes plus tard avec la française complètement en panique…
Francaise – Quelqu’un m’a enfermé dans ma chambre (il faut savoir que dans la plupart des hotels/guesthouses/etc. en Inde, il est possible de barrer la porte des 2 côtés). J’ai ensuite entendu des jeunes ricaner et cogner dans ma porte comme des déchainés. J’ai alors hurlé ton nom (parce que le nom de Jaume se hurle mal).
Moi – (j’étais sans mot à demi conscient… je n’étais toujours pas sur si je rêvais où non)
Elle a ensuite demandé à passer la nuit dans notre chambre parce qu’elle avait trop peur… ce que nous avons acquiescé.
Peu après, j’ai repris un peu mes esprits et j’ai commencé à réaliser les évènements qui venaient de se passer. Je me suis alors mis à paniquer, mais pas pour les raisons énoncés ci-haut. NON… j’avais maintenant la chienne parce que la française partageait notre chambre… Probablement que mon imagination me jouait des tours à cette heure tardive, mais je me disais que je ne la connaissais pas du tout et qu’elle avait peut-être inventé toute cette histoire de toute pièce pour venir dans notre chambre et nous piquer des choses (le lendemain Jaume me confirmait que sa porte de chambre avait belle et bien été barrée de l’extérieur et que c’est lui qui l’avait débloquée).
C’est très con comme réaction puisque je partage ma chambre avec des étrangers depuis maintenant 5 mois… et même Jaume en qui j’ai confiance… ça fait 1 journée qu’on se connait… Bref, après cela j’ai eu de la misère à dormir.
…
Avant d’entreprendre le chemin du retour que nous avons emprunté la veille en bus, nous sommes allé rouler sur le bord du lac en direction de Mérak, dernier village où les touristes sont permis sur les berges du Pangong Lake (ensuite ça devient une zone strictement militaire puisque trop près du Tibet)
Sur la berge du lac, il n’y avait absolument aucun bruit, aucun vent et le sommet des montagnes étaient couverts de neiges fraiches dus à la pluie de cette nuit. De son côté, le soleil peinait à faire son apparition sous un épais manteau blanc de nuages.
Nous sommes donc allés jusqu’à mi-chemin de Merak, pour passe Spangmik et nous diriger vers Lukung (1er village sur le bord du lac et porte d’entrée/sorti du lac).
Pour ce faire, nous avions beaucoup de crainte de repasser le torrent que nous avions rencontré la veille… mais à notre grande surprise, le glacier dormait toujours (tout comme nous, les glaciers gèlent la nuit et donc les rivières cessent, pour ne recommencer que tranquillement durant l’avant-midi et être à leur apogée quand le soleil plombe en après-midi) et le torrent n’était qu’un vulgaire filet d’eau.
8h30 – Après un déjeuner rapide dans la parking qu’est Lukung, je jetais un dernier regard vers Pangong et nous étions officiellement à commencer notre périple de retour.
Le trajet a consisté en une descente TOUT LE LONG jusqu’à Tangtse. Moi et Jaume n’y comprenions rien. Lors de notre trajet de bus d’hier, nous avions l’impression que la route allait monter toute la journée. On a plutôt descendu pendant plus de 30km non stop de Pangong à Tangtse, dernier endroit offrant de l’hébergement avant l’ascension jusqu’à la ChangLa Pass 40km plus haut. Pas que nous étions déçu, au contraire, mais bon…
Une fois arrivé à Tangtse, tout était fermé jusqu’à 4 heure en raison d’une cérémonie qui se déroulait dans le village d’à côté. On s’est donc tourné les pouces de midi jusque là…
En marchant un peu en ville, on a finalement découvert un Éco Hôtel un peu à l’extérieur du village. Éco étant un synonyme de dispendieux pour moi et Jaume, on a quand même décidé d’aller voir pour rire… et après d’âpre négociation, on est finalement resté à coucher…
Fait cocasse, il y avait un trophée de hockey sur glace dans le lobby de l’hôtel. En discutant un peu avec le manager, j’ai appris que les indiens de la région jouaient au hockey sur les rivières gelés l’hiver et qu’il y avait même une ligue inter-village. J’avais même devant moi l’entraineur de la ville de Tangtse… si quelqu’un m’avait dit que des indiens jouaient au hockey quelque part en Inde pas plus tard qu’hier, je me serais probablement étouffé de rire en prenant mon thé…
On se couche tôt pour entamer l’infâme ascension dès 5h demain matin.
…
Jour 3 – CONTRE VENTS ET MARÉES (au sens propre comme au figuré)
Info;
– Tangtse (4300m)
– Durbuk
– ChangLa Pas (5270m)
– Zingral
– Sakti (3800m)
Nombre de kilomètre; 78km
Total; 150km
Description;
4h30 – Lever pénible du corps; mon cerveau et mon corps savent très bien ce qui les attendent (en fait ils n’en ont aucune idée) et ils ne veulent pas trop se mettre en marche.
Au programme aujourd’hui; une monté de plus de 1000m étalée sur plus de 40km jusqu’à la ChangLa Pass… suivit d’une descente de plus de 1500m sur environ 30km héhé.
5h15 – Après avoir succombé à la tentation de retourner au lit quelques fois, nous voila finalement en route.
Je me suis rendu compte assez vite quand on a commencé à monter que ma journée de vélo avec Jaume allait ressembler à une journée typique de vélo back home avec mon Hairy Bastard préféré Guillaume Fafard; Jaume à des milles en avant et moi qui traine mon piano à la peine derrière. En plus il y a des ressemblances physiques entre vous 2; cheveux semi-long frisés, barbe, lunette et parle beaucoup sans qu’on comprenne trop qu’est-ce qu’il dit.
Je ne suis aucunement du calibre de Jaume. À ma décharge, j’ai 10 jours de vélo dans les jambes et la dernière fois que j’en avais fait avant c’était il y a 9 mois… tandis que lui vit en Espagne et en fait quotidiennement à l’année longue… mais bon, aucune défaite ne tient… je n’étais pas de calibre voila tout.
6h55 -J’ai rejoint Jaume qui m’attends sur le bord du chemin la mine un peu défaite. En effet, il n’y a rien pour se réjouir, le ciel devant nous est noir comme un tableau. Cela n’annonce rien de bon.
Nous décidons tout de même de continuer notre route. Advienne que pourra…
Ajoutez à cela qu’entretemps le vent s’était mis de la partie et avait joint les rangs de l’équipe déjà composé de la montagne et de la température. Nous avancions donc au compte-goutte et chaque coup de pédale nous demandait un effort démesuré pour vaincre le vent. Sur le 1er plateau et le 1er pignon (donc la plus basse vitesse), j’avais du mal à vaincre le vent.
Je n’avais alors qu’une seule envi; tourner les talons, redescendre la montagne et aller me blottir dans mon lit à l’hôtel… mais bon, c’est mal me connaitre de penser que j’allais mettre cette pensé à exécution. Je ne suis pas le plus talentueux, ni le plus agile, je n’ai pas les meilleures jambes… bref, je ne pourrais jamais être un athlète professionnel dans quelconque sport vu mes qualités athlétiques qui se situent dans la moyenne tout au plus… mais si il y a une chose dans laquelle je suis un premier de classe, c’est bien la dureté du mental (ok je pète ma coche des fois, mais c’est pour ventiler héhé); quand je dis que je vais faire quelque chose, je le fais un point c’est tout et je m’y donne corps et âme si il le faut… peu importe les conséquences.
À 8h20 tapant, nous avions fait 26km. J’étais alors complètement détruit. Parfois j’essayais de changer le mal de place en marchant quelques minutes, mais mes jambes étaient tellement molles que je n’arrivais pas à pousser le vélo. À constamment m’agripper et pousser sur mon guidon pour avancer, j’avais l’avant des bras dans le même état. Bref, j’étais dans la condition physique idéale pour les 20 derniers… et les plus durs… kilomètres avant le sommet.
Comme si j’avais besoin de me changer les idées, je me suis fait engueuler par un convoi militaire… oui oui. Alors que j’étais à passer une section de route inondée et que j’étais au beau milieu de mon portage, avec les pieds dans au moins 1pieds d’eau, un convoi militaire comprenant 1 jeep et quelques camions pleins de soldats est arrivé derrière moi. Le jeep en tête a alors commencé à me klaxonner comme un débile. Comme je ne pouvais pas me tasser (l’eau était plus profonde de chaque coté), j’ai continué ma route pour finalement me tasser juste après. C’est à ce moment que le jeep, qui n’avait pas arrêté de me klaxonner entretemps, s’est arrêté à côté de moi et que l’officier en charge a commencé à m’engueuler comme du poisson pourri… Pour résumer ses propos, il m’a dit que ça ne se faisait pas de ne pas de ne pas se tasser quand on se faisait klaxonner. Puisque c’étais un militaire… et qu’il n’était pas seul… j’ai hoché de la tête à chaque 2 secondes et je lui ai donné totalement raison… mais en dedans je bouillais; EILLE CHOSE, j’avais l’ai 2 pieds dans la flotte et il aurait fallu que je stop au beau milieu pour te regarder passer pendant une bonne minutes et + toi et tes estis d’indiens… OUFFF… pour me redonner un peu de pep on aurait difficilement pu trouver mieux… je rageais.
Comme si ce n’était pas suffisant, quelques minutes plus tard j’ai été pris en chasse par 2 chiens qui n’entendaient pas à rire. Je n’ai JAMAIS eu aussi peur de me faire mordre par un chien que par ces 2 là. Normalement, quand un chien te jappe dessus en Asie, tu n’as qu’à japper à ton tour ou à faire un vif mouvement en sa direction et il tourne les talons… pas cette fois. J’avais beau crier de toutes mes forces (je criais pour les faire fuir, mais aussi parce que j’étais mort de peur) et essayer de les botter, j’avais tout de même 1 chien à moins de 1m de chaque coté de moi qui montrait les crocs et qui essayait de mordre mes mollets. J’avais une esti de chienne et je pédalais comme un fou en zigzaguant… Essayez de pédaler comme un fou et de crier comme un débile en même temps à plus de 4000m… Une fois passé leur territoire, ça m’a pris un bon 10min avait de reprendre mon souffle.
9h15 – Il pleuvait à siaux depuis quelques minutes quand une teahouse (un tipi) est apparue dans mon champ de vision. J’ai alors vu un vélo garé juste devant… BINGO
C’est trempé jusqu’aux os que j’ai rejoint mon copain Jaume en train de boire un thé bien assis autour du feu dans la tente…
Très primitive, c’était la tente d’une famille d’éleveur de yaks. Je me serait cru dans une tente au beau milieu du sentier de la nature du zoo de St-Félicien. Moi et Jaume étions bien emmitouflé dans de la peau de yak, autour d’un feu chauffé… à la merde de yaks… au milieu de la petite tente. À ce moment précis, je n’aurais pu demander plus… c’était pour moi le paradis.
Entretemps, la pluie et le vent avaient cessés et après s’être bourré de thé et de 2 grosses miches de pain, nous étions fins près à attaquer la dernière section de l’ascension.
10h00 – Il ne restait plus que 14… petits… kilomètres pour atteindre le sommet.
Comme à l’habitude, j’avais perdu de vue Jaume depuis un bon moment. Peu importe, je ne suis pas ici pour faire une course. Si j’avais essayé d’aller à son rythme et non le mien, je n’aurais jamais vu le sommet, mais le ciel.
Certaines sections étaient tellement à pic que j’ai du souvent marcher. Cependant, dès que je voyais une voiture arriver, peu importe la souffrance, je remontais sur mon vélo.
J’ai aperçu la cafétéria au sommet de la ChangLa Pass. L’énergie du désespoir étant vidé depuis très longtemps, je ne sais pas trop où j’ai puisé toute cette énergie, mais j’ai eu un regain d’énergie immense. Comme quoi tout est une question de mental.
11h30 – LE SOMMET… Rendu là, tout le monde, que ce soit les touristes ou les indiens, venaient nous féliciter et voulait nous serrer la main, essayer les vélos. et/ou prendre une photo avec nous. Ça faisait du bien au moral.
Notre journée de travail était donc TERMINÉE. Il ne restait qu’à descendre 32km.
12h00 – Fini la célébrité… il fallait repartir.
2 heures et 40km plus tard, nous étions bien assis à Karu en train d’attendre un bus en direction de Leh. Oui oui… vous avez bien lu… à attendre un bus pour Leh.
Disons simplement que notre descente n’a pas été de tout repos. J’ai tout d’abord fait un 3ème flat en moins de 24h et ce, de la même façon que les 2 premiers, le pneu a crevé parce que l’enfoiré de mécano à la shop où nous avons loué ces vélos n’a pas mi de morceau de tissu/plastique dans ma roue arrière, de sorte que l’extrémité des rayons perforent le pneu. Je n’ai plus aucune confiance en ce vélo.
Pour ceux qui se le demande, il faut savoir qu’entre le moment où je suis arrivé à Leh de mon trip de vélo Manali/Leh, j’ai du rendre le vélo de montagne que j’avais puisqu’il m’était impossible de prolonger la location (un trip organisé de vélo commençait dans 2 jours et ils avaient besoin du vélo), j’ai donc loué un vélo de merde à la boutique où avait fait affaire Jaume. Si c’était juste de cela, on aurait continué, mais en plus de cela, Jaume a fait une sortie de route… comprendre qu’il a failli se tuer en tombant d’un ravin en ratant une courbe… et il a crochit sa roue arrière. Il lui est donc impossible de continuer avec un vélo dans cet état.
…
LEH – UN PEU DE REPOS… POUR VRAI
Je suis donc de retour à Leh de manière prématuré en raison d’un trip qui fini en queue de poisson… mais d’un autre coté, je ne suis pas trop déçu… je suis à bout de force présentement.
C’est donc un 2ème séjour pour moi ici… bon… le premier ne compte pas trop puisque je suis resté moins de 24 heures et le 2ème a commencé de manière abrupte… à quand une arrivée normale à Leh…
Cette fois, juré craché, je me repose un peu. Même si la plus belle fille du monde vient me proposer une nouvelle aventure demain je vais refuser du revers de la main… euh.
Cette fois, j’ai suivit mon amigo dans sa guesthouse, une auberge tenue par une très sympathique famille dans une grosse maison avec un jardin comprenant des rosiers PARTOUT (ce n’est pas la saison malheureusement Pop). Nous y avons droit à un traitement royale; pain traditionnel, thé à volonté, super omelette le matin, etc.
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En ce 1er matin officiel à Leh, il n’était pas question de se lever avant le soleil ou de faire quoique ce soit demandant un quelconque effort physique. J’ai donc fait la plus longue grâce matinée que j’ai pu faire depuis des mois… réveil à 8h.
Tout en étant une formidable cité du désert, Leh est avant tout une plaque tournante pour quelqu’un voulant visiter le Ladack. Si j’avais à faire un parallèle entre Leh et un autre endroit où je suis allé, ce serait Pohkara au Népal. Remplacez le super lac par un désert et l’illusion serait parfaite héhé. Plus sérieusement, tout comme Pohkara, cet endroit est fait sur mesure pour les touristes; il y a des restaurants, boutiques, agences de voyage PARTOUT. Pour dire vrai, cela n’arrive pas à la cheville de Pohkara ou Katmandou, mais c’est le jour et la nuit avec Manali.
Histoire de commencer la journée du bon pied et de ne pas perdre la forme, je suis allé monter les interminables marches menant à la Shanti Stupa sur le dessus d’une petite montagne en périphérie de la ville. La terrasse offrait une vue complète et superbe de l’ensemble de la ville et de la vallée.
J’ai ensuite passé l’avant-midi à faire le tour des agences de voyage (pour aller faire un tour dans Nubra Valley) et des boutiques de plein air (pour m’acheter une tente et un sleeping bag pour mon trek en solo dans Zanskar). Après quelques heures de lèche vitrine, j’avais trouvé chaussure à mon pied pour TOUT ce que je cherchais.
Je vais donc jouer au touriste dans Nubra Valley pour 3 jours avec un tour organisé en jeep… ce n’est VRAIMENT pas mon genre de voyage, mais j’ai besoin d’un peu de repos (sans rester à rien faire) avant le début de mon trek.
En après-midi, il n’était plus question de faire les boutiques… non non non… j’avais quelque chose de plus intéressant (suicidaire) en tête; alors que tout le monde se réfugie dans les cafés ou fait la siesta pour fuir la température accablante, moi j’allais plutôt faire un babouche trek et gravir la montagne au milieu de la ville, par un sentier sinueux en terre, pour aller voir le vieux Palais de Leh et la Gompa tout en haut. En fait, peu importe l’endroit où vous vous promenez en ville, si vous n’êtes pas en mesure de voir la Gompa perchée sur la montagne c’est que vous n’êtes pas à Leh.
La visite de la Gompa surplombant la ville vaut le détour (je ne parle pas d’y entrer, mais simplement de se promener tout au sommet de la montagne) et cela représente assurément l’un des moments privilégiés de mon voyage.
En revenant en ville par la vieille ville, je suis tombé sur un sentier souterrain de 100-200m de long… pas dans la terre, mais dans les bâtiments… WOW… un autre de ces endroits découverts en me promenant au hasard dans les rues et qui vont peupler mes rêves…
Bref, ce que certains pourraient une journée bien remplis, moi j’appelle ça une journée de repos héhé…
Sinon, si vous allez à Leh, vous allez souvent entendre « sorry today no power (désolé, il n’y a pas d’électricité aujourd’hui) » et « sorry wi-fi/internet not working today (désolé, internet/wi-fi ne marche pas aujourd’hui) ». Tellement que je commence à croire que le wi-fi est un mythe à Leh. Les restaurants, etc. affichent tous des écritaux wi-fi pour attirer les clients, mais il ne fonctionne jamais.
Et puis finalement, en fin de soirée, j’ai appris que mon tour à Nubra avait été annulé puisque 2 personnes avaient cancellés.
C’est donc meilleure chance la prochaine fois Nubra, je laisse tombée et j’embraye en seconde vitesse avec mon trek dans Zanskar. Après tout, à mon arrivé à Manali, j’avais simplement 2 objectifs; Manali/Leh road en vélo et faire le Zanskar trek.
Il y a tellement de chose à faire aux alentours de Leh que je pourrais rester ici encore 2-3mois.
– Lacs; J’ai vu 2 des 3 plus importants lacs des environs (Tso Kar et Pangong), mais j’ai laissé de coté Tso Moriri.
– Monastère (Gompa); Il y a PLEIN de monastères à visiter (une bonne douzaine), mais j’ai vu les 4-5 plus importants.
– Aller au Kashmir, plus particuliairement à Srinigar et Jammu. C’est cependant une zone sous tension et la fête de l’indépendance approche (le 15 aout) et on m’a déconseillé d’aller au Kashmir dans ces dates.
– Aller dans la Aryan Valley; à mi-chemin entre Leh et Srinigar, un peu à l’écart du chemin principal, se trouve la Aryan Valley. Elle mange quoi en hiver cette vallée? Eh bien, c’est supposément à cet endroit qu’Alexandre le Grand et ses hommes ont arrêté leur conquête de l’Orient et ont élu domicile plus de 1000ans avant Jésus Christ. Si vous allez dans cet endroit aujourd’hui, vous allez voir plein d’Indien blanc, aux yeux bleu et aux cheveux blonds. Ce sont les descendants de ces macédoniens conquérants et depuis près de 3000ans, ce peuple fait très attention pour préserver sa pureté. Il y a 3 villages dans cette vallée et le village de Dha est la principale attraction.
– Trek; il y a des TONNES de trek à faire autour de Leh. Le plus populaire est un trek d’environ 7-9 jours dans la Markha Valley. Sinon, il y a plein de baby trek de 3 jours et moins (c’est comme cela qu’ils sont appelés ici).
– Aller dans la Nubra Valley; le désert comme on se l’imagine. Ne pas manquer les villages de Paramik (pour ses hotsprings) et le village de Hundar (pour ses grandes dunes de sables).
Mais bon, il fait bien qu’il me reste des choses à faire pour une autre fois… parce que c’est sur que je vais revenir un jour.
Il est temps de passer au plat principal…
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LES DERNIERS PRÉPARATIFS
Autant j’adore faire du vélo, autant cela ne pourra jamais battre les sensations que j’éprouve en utilisant mes pieds comme élément de propulsion, en d’autres mots; en faisant des treks. Alors que je ne peux contrôler complètement certains éléments avec le vélo (bris mécanique, etc.), c’est moi la machine qui me fait avancer et c’est de moi et seulement moi dont je dois m’occuper.
Je m’apprête donc à faire un trek de 3 semaines dans la vallée de Zanskar, l’une des régions les plus reculées de la planète, étant inaccessible 9mois par année. Même si il y en a à quelques endroits pour se ravitailler et dormir tout au long du parcours, il ne faut pas trop compter là-dessus. Je me prépare donc pour un trek en autonomie semi-complète; tente, sac de couchage et réserve de nourriture pour quelques jours (noodles, barres de chocolat, meule de fromage, amandes et abricots séchés… je compte sur les quelques teahouses et villages que je vais rencontrer pour les souper plus consistant).
Ce trek se fait généralement avec un guide et des ânes pour porter tout ce beau matériel, mais il peut aussi s’effectuer en solo. Est-ce que c’est de la folie de tenter le coup en solo? Peut-être, mais vous parlez à quelqu’un qui a fait la route Manali/Leh en vélo et en solo…
Pour moins de 200$, je me suis donc acheté une vraie tente Quechua (équivalent de M.E.C. en France) très légère et compacte, un sleeping bag North Face (copie), une gourde, un super gigantesque couteau (j’ai beau avoir une nouvelle tente et sleeping, mon couteau est mon nouvel objet préféré… je le regarde et je souri… en pensant à qu’est-ce que je pourrais faire au prochain chien qui va essayer de me mordre) et bien sur la nourriture mentionnée ci-haut. Cela devrait représenter le très gros de mes dépenses pour le prochain mois héhé.
Lors de ma dernière journée à Leh, j’ai passé la majeure partie de l’après-midi à redessiner le plan de ma maison pour le prochain mois. Tout comme au Népal, mon sac à dos va devenir ma maison pour au moins 2-3 semaines. Avec les 3 nouveaux venus (tente, sleeping et nourriture), j’ai du revoir l’aménagement et procéder à quelques agrandissements un peu broche à foin. Je me dis que pour le moment ça tient et que je vais avoir des soirées entières à n’avoir que cela à faire sous peu… Bref, c’est un work in progress… je capitalise aussi sur le fait que la nourriture prend beaucoup de place présentement et que je vais la manger au fur et à mesure… le problème va donc se régler par lui-même… au fur et à mesure que le problème de famine va faire surface héhé.
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AU REVOIR LEH
En ce… euh… on est quel jour de la semaine dont?!? Ahhhhh…
Je disais donc… en ce jeudi 8 aout 2013, je quitte Leh à bord d’un bus un peu crado (on ne change pas une formule gagnante). Je me dirige vers le départ du trek qui se trouve à un peu plus de 4h à l’Ouest dans le village de Lamayuru. Si tout se passe comme prévu, je vais commencer mon trek dès demain…
Officiellement, c’est un trek de 21 jours, mais après avoir parlé avec quelques guides et fait mes propres recherches, je pourrais le compléter en aussi vite que 14 jours puisque je le fais en solo. Bref, l’avenir nous le dira…
L’Ange, sur mon épaule droite, me regarde présentement avec les bras croisés et des gros yeux en me disant « dans quel plan à la con tu t’embarques encore… tout a bien été jusqu’à maintenant, mais à force de tenter le Diable, tu vas finir par te bruler »… et le Diable de sautiller d’impatience sur mon épaule gauche de répondre « vas-y mon bonhomme ».
Je me sens comme si j’étais sur le point de sauter d’un très haut plongeon; tu veux sauter, mais tu as la chienne de faire le move pour te jeter dans le vide.
Voila… je me lance…
On se reparle un de ces jours à la fin aout ou au début septembre…
Jusque là, portez-vous bien et j’essaierais du mieux possible de faire de même…
…
P.S. – C’est fou comment il peut y avoir des français à Leh. Je crois que pour chaque 5 touristes, il y a 3… peut-être 4… français. Je vous ai déjà dit que j’aimais les français… non… ahhh… c’est bien ce que je pensais héhé.
P.S. II – Autant mon best buddy Roark se moquait de moi en me traitant de « caveman » durant les 2 mois que nous avons voyagé ensemble, autant avec Jaume j’étais littéralement un prof d’anglais. Même si il parle mieux en français qu’en anglais, Jaume m’avait demandé que nos conversations se déroulent uniquement en anglais pour qu’il s’améliore. De plus, il me demandait constamment comment dire tel ou tel mot et si sa prononciation était correcte…
P.S. III – Jaume m’a raconté que P.E.T.A., l’organisation qui lutte pour la défense des animaux, menait depuis quelques années une campagne de stérilisation des chiens en Inde… en raison de la surpopulation. Ça dit tout… quand même l’organisation qui est sensé les protéger veut les « exterminer » (mon interprétation), c’est qu’il y a un problème avec ces bâtards. Il ne pourrait pas stériliser les indiens un coup parti (je dis cela comme ça) héhé…














































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































