Épisode 21 – Une route pas comme les autres; Manali – Leh à vélo en solitaire
Du 25 juillet au 2 aout 2013
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Vous vous apprêtez bientôt à découvrir ce qu’on en commun un homme, un petit sac à dos bleu, un vélo de montagne et une contrée désertique…
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TABLE DES MATIÈRES;
PROLOGUE
– MANALI; LES VACANCES SONT TERMINÉS
– LADACK; LITTLE TIBET
– LE DÉCOMPTE EST COMMENCÉ
– Jour 1 – AUCUN RÉPIT – 39km
– Jour 2 – … DE BOUE ET DE POUSSIÈRE – 82km (121km)
– Jour 3 – 2 BLOCS DE BÉTON – 45km (166km)
– Jour 4 – OFF-ROAD – 60km (226km)
– Jour 5 – I’M A POOR LONESOME… BIKERBOY – 56km (282km)
– Jour 6 – NO MAN’S LAND – 76km (358km)
– Jour 7 – TEMPÊTE AU SOMMET – 61km (419km)
– Jour 8 – MONASTÈRES EN FOLIE – 88km (507km)
– Jour 9 – EASY RIDER – 21km (528km)
ÉPILOGUE
– À VAINCRE SANS PEINE, ON TRIOMPHE SANS GLOIRE
– MATÉRIEL NÉCESSAIRE
– BUDGET
– TOP ET FLOP
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Légende (voir la section info au début de chaque journée);
N – possible de se procurer de la nourriture à cet endroit
E – possible de se procurer de l’eau
G – Il y a des guesthouses
T – Possible de coucher dans une teahouse/camping (tente à louer)
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PROLOGUE
MANALI; LES VACANCES SONT TERMINÉS
Que signifie le nom Manali en indien?
Aucune idée…
Je sais par contre ce que cela signifie pour moi; 1 mois presque jour pour jour après la fin de mon trek dans l’Annapurna au Népal, c’est le moment de retourner au « boulot ». C’est fini le luxe indien… si luxe il y a… mais bon, n’embarquons pas sur ce sujet épicé…
La préparation fait foi de tout et pour être préparé, je le suis…
Préparé pour faire quoi me demanderez-vous?
Pour faire une ride de vélo de 475km…
Pfff, ya rien là, je roule 100-200km par jour durant les fins de semaine…
Entre les villes de Manali et Leh dans le Nord-Ouest de l’Inde…
Jamais entendu parlé…
En vélo de montagne, sur une route réputée comme étant l’une des plus dangereuses au monde, qui passe au beau milieu d’un désert, au beau milieu de gorges profondes, qui se trouve au minimum à 3500m d’altitude et qui doit franchir 4 montagnes à plus de 5000m d’altitude.
(Bruit de pas qui s’éloignent…)
Ne vous en faites pas, je ne suis pas le premier parfait imbécile à tenter le coup et bien que je le fasse en solo, j’ai planifié mon trip avec une agence de Manali qui se spécialise dans les trips de vélo de ce genre.
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Avant d’aller plus loin, commençons par le commencement…
Je me nomme Nicolas Paré, je voyage depuis presque 5 mois en Asie et je suis présentement à Manali – Inde à la veille de commencer un trip complètement fou.
FIN
Nahhhh… il manque quelque chose… c’est beaucoup trop concis comme histoire… je vais essayer de faire mieux si vous m’en laissez la peine.
Reprenons donc à partir de la fin de mon dernier épisode…
Après un bus de nuit infernal en provenance de Shimla, je me retrouvais à Manali.
Parlons-en de ce bus…
Quelques 2 heures après le départ, le bus s’est arrêté pour un dernier stop avant la nuit… blanche. À notre descente du bus, moi et les autres touristes à bord avons été en mesure de remarquer que les freins boucanaient comme jamais je n’avais vu des freins fumer auparavant.
Voyant nos regards incrédules pointés en direction des roues, le chauffeur a cru bon de faire quelque chose pour nous rassurer. Il s’est approché d’une d’entre-elles et lui a donné un bon coup de pied… comme ferait tout bon gars qui ne connait rien aux voitures/camions. Il s’est ensuite tourné en notre direction et a fait un signe de tête, un sourire et nous a lancé et un « everything’s fine (tout est parfait) ».
Ouin… mettons…
Vous pouvez me corriger si je me trompe, mais à mon humble avis de non mécano, si il y a quelque chose d’important à avoir sur une route toute en montée et descente c’est bien les freins. Ajoutez à cela que la problème des freins qui fumaient nous a fait remarquer qu’une des roues était très mal fixée à l’essieux… mais ça c’est une autre histoire.
Malgré nos craintes, nous n’avions pas vraiment le choix de remonter dans ce maudit bus… ou bus maudit… puisque l’autre alternative consistait à rester au beau milieu de nul part en pleine nuit.
Une fois de retour sur la route, il valait mieux avoir les yeux fermés durant le trajet parce qu’à la minute où j’étais attentif, je commençais à analyser le moindre bruit et à penser que mon heure avait sonnée.
Je suis finalement arrivé sain et sauf à Manali.
J’oserais dire que c’est le Mont Tremblant de l’Inde; une ville artificiellement créée au pied des montagnes et faite sur mesure pour les touristes… donc je déteste.
L’endroit fonctionne un peu au ralenti en été (donc présentement), mais c’est tout autre chose en hiver puisque c’est l’un des principaux Resort de ski en Inde.
J’ai donc commencé à mettre mon plan à exécution.
Quel plan?!?
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RETOUR EN ARRIÈRE
Lorsque j’étais à Darjeeling il y a 3 semaines, j’ai ouvert un livre sur le Ladack (Nord-Ouest de l’Inde) et j’y ai lu une toute petite phrase qui a littéralement fait en sorte que je me retrouve présentement à Manali.
Cette phrase parlait de la route Manali/Leh, principal accès terrestre reliant le Nord-Ouest de l’Inde au reste du pays. Cette phrase mentionnait que le bus, le jeep ou la moto étaient les moyens les plus courant de parcourir le chemin, MAIS que depuis quelques années, quelques individus en mal de sensations extrêmes faisaient la route à vélo…
À partir du moment où mes yeux ont lu ces mots, il était clair que j’allais faire cette route à vélo… et ce, sans avoir fait la moindre recherche et avoir ne serait-ce qu’une infime quantité d’information sur la route… En fait, la seule chose que je savais à son sujet était son nom et je pouvais localiser l’emplacement des 2 villes (Leh et Manali) sur une carte.
Le soir même, un peu de recherche sur Internet m’en ont appris un peu plus…
Réputée comme étant l’une des plus belles et des plus hautes (altitude) routes au monde, la route Manali/Leh fait principalement parler d’elle en raison des dangers qui guettent les usagers qui l’empruntent. Fermée plus de 8 mois par année en raison de la neige, nombreux sont les embuches pour la franchir; elle passe en plein désert, plusieurs sections sont très propices aux éboulements (pouvant bloquer la route durant plusieurs jours), il y a quelques montagnes à franchir qui peuvent à tout moment de l’année être bloquées par la neige, certaines sections de la route sont très précaires, il y a un danger réel de mal de l’altitude et bien plus encore.
Pour faire un bref résumé, afin d’être sur que vous me suivez bien, l’idée est de pédaler 475km sur un vélo de montagne, sur une route réputée comme étant l’une plus dangereuse du monde, dans un désert ayant une altitude minimum de 3500m et de passer 4 passes à plus de 5000m. La coupe du trajet fait peur… une vrai étape du Tour de France.
J’ai donc convenu avec moi-même de mettre le tout sur la glace le temps de rejoindre Manali. À partir de là, j’entreprendrais les démarches afin de louer/acheter un vélo, grignoter quelques renseignements sur la route et mener à bien mon projet.
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RETOUR VERS LE FUTUR
Je suis donc à Manali…
En 2 temps, 3 mouvements, je me suis trouvé un beau petit hôtel à l’écart de tout le brouhaha. Il est maintenant temps de se mettre à l’ouvrage…
Résultat de la 1ere journée; Échec sur toute la ligne…
Je suis entré dans toutes les agences de voyage, boutiques, etc. Avec eux, peu importe ce que tu demandes, la réponse est toujours « 5 minutes » et tu te retrouves à attendre comme un con pendant 1h pour qu’au final ils n’aient rien compris de ce que tu voulais…
À un certain moment, le gars m’avait tellement dit souvent « only 5 minutes (seulement 5 minutes) » que je lui ai dit « next time you say 5 minutes I’ll leave your office (la prochaine fois que tu me dis juste 5 minutes je pars) » et il m’a dit du Tac au Tac « ya ya, wait only 5 minutes (ok ok, encore seulement 5 minutes) « … Je me suis levé sans dire un mot et j’ai crissé mon camp. €st! de gang de faux jetons.
Bref, malgré la quantité incalculable de boutiques et d’agences de trek/voyage, les quelques boutiques qui proposent la location de vélo de montagne ne veulent rien savoir de me louer un vélo pour aller jusqu’à Leh.
Ajoutez à cela qu’il n’y a AUCUN endroit en ville où acheter les quelques éléments dont j’aurais besoin (gourde, etc.). Un peu con vu la réputation de Manali comme étant un endroit de plein air… mais bon, quand on y pense un peu plus, on est en Inde et acheter une bouteille pour y mettre de l’eau à répétition est un concept qui pourrait s’apparenter à de la récupération… et comme je l’ai dit, on est en Inde, pays où le gaspillage règne en roi et maitre.
En fin de journée, quand j’allais pour me chercher un thé, afin de relaxer mes nerfs mis à rude épreuve durant la journée, toutes les pièces du puzzle se sont mises en place. Juste en face du Café, il y avait une boutique de plein air que je remarquais pour la 1ère fois. Il y avait des vélos de montagnes de bonnes qualités devant la porte et c’était mentionné « we help you built your own trip (nous vous aidons à organisez votre propre aventure) ».
Ni une, ni deux, j’étais dans leur bureau. Je leur ai mentionné mon intention de faire la route Manali/Leh en vélo et ils ont commencé à me parler de leur trip organisé qui partait dans 1 semaine. Beaucoup trop cher pour moi, je leur ai demandé s’il y avait d’autre alternative comme louer un vélo et faire le trajet par moi-même… La réponse fut affirmative…
De fil en aiguilles, ils m’ont expliqué tout ce que je devais savoir sur la route; faire le plein d’eau, manger et dormir, avec le nombre de kilomètres qui les séparent.
À chaque endroit où j’aurais un hébergement possible, ce sera un pensez-y bien à savoir si je continu jusqu’au prochain point. Tout sera une question de bien gérer mes forces et de connaitre mon niveau de fatigue afin d’éviter d’avoir à passer une nuit glaciale à la belle étoile.
…
LADACK; LITTLE TIBET
Le Ladack est la région de l’Inde où je m’apprête à mettre les roues. Je vais vous casser les oreilles avec cet endroit et vous faire découvrir quelques uns de ses secrets au cours des prochains épisodes puisque j’ai l’intention d’y rester au moins 1 mois.
Dictionnaire Le Pti Paré
LADACK, nom masculin,
« La » signifiant Passes/Cols (chemin qui passe au sommet des montagnes),
« Dack » signifiant Royaume/Pays/Contré
C’est donc le Royaume des Passes… et vous allez voir que j’en ai franchit pas mal de ces Passes.
Faisant parti de la province indienne Jammu/Kashmir, ce n’est pas une province de l’Inde, mais bien un territoire.
Pour ceux qui suivent attentivement les nouvelles provenant de l’étranger, le mot Kashmir (Cachemire en français) devrait faire allumer quelques lumières dans votre tableau de bord. Territoire au Nord-Ouest de l’Inde, le Cachemire est enclavé entre le Pakistan à l’Ouest et la Chine à l’Est. C’est une zone sous très haute tension puisque le Pakistan revendique aussi ce territoire depuis la création des 2 pays en 1947. Les escarmouches y sont donc TRÈS fréquentes, mais principalement au Kashmir (territoire à l’Ouest de la province et limitrophe avec le Pakistan), tandis que le Ladack (territoire à l’Est de la province et limitrophe avec la Chine… plus précisément le Tibet) est généralement assez tranquille. Malgré tout, il y a une présence militaire très importante.
Le Ladack compte 100 000 habitants, dont plus de 30 000 à Leh, la capitale. En revanche, il y a plus de 150 000 militaires indiens stationnés sur le territoire. C’est tout dire… en fait, si vous êtes au Ladack et que vous ne voyez pas une base militaire, un convoi militaire, un hélicoptère et/ou un jet de combat durant une journée, eh bien vous n’êtes pas au Ladack. Cette présence militaire contraste beaucoup avec le fait que le territoire est l’un des plus beaux endroits au pays, autant en ce qui concerne les paysages que culturellement, et que le moteur économique principal est le touriste.
Parlons-en de sa beauté…
En ce qui concerne les paysages, comment vous expliquer… mmm… ahhh oui…
Lorsque Dieu a crée le monde, au matin du 7ème jour, après 6 jours de dur labeur, il regardait son ébauche et s’est dit « c’est un peu trop banal comme planète, il faut que j’y ajoute un peu de piquant… ».
C’est ainsi que la chaine des Himalaya, l’Iran et le monstre du Lock Ness sont nés.
Après coup il s’est dit « pas si mal, mais ce n’est pas encore pile poil… et si je fessais… ohhh (cri d’extase) ».
C’est ainsi qu’il a eu l’idée de créer un immense plateau désertique à plus de 3500m d’altitude et avec des montagnes PARTOUT.
Hautes montagnes + désert = désert montagneux à très haute altitude. Le Ladack était née.
Vous ne croyez pas? Vous apprenez quoi à l’école condonc?!?
Je continue donc mon histoire…
Puisque le Ladack a été crée à la dernière minute, Dieu n’a pas eu le temps de simuler une année complète puisqu’il devait partir en vacance pour le reste de l’éternité dès le lendemain. C’est ainsi que quelques bugs ont faits leur apparition.
Quelques bugs comme de la neige en hiver… ben quoi, même si c’est un désert, l’altitude fait en sorte qu’il fait froid et qu’il neige pas à peu près 8 à 9 mois par année. Le territoire se voit ainsi coupé du reste du monde durant tout ce temps (Leh ayant un aéroport, l’accès y demeure limité) en raison de la neige qui bloque le sommet des montagnes et donc les routes.
Voici donc pour les paysages…
Pour de qui est de la beauté culturelle du Ladack, eh bien l’endroit est souvent appelé « Little Tibet (Le Petit Tibet) ».
Véritable paradis sur Terre, on raconte que le Ladack est l’endroit où la culture tibétaine a le mieux subsistée (mieux qu’au Tibet lui-même) depuis l’invasion du Tibet par la Chine.
Bordant le Tibet, sa population est composée en grande partie de tibétains ayant fuit sous le régime chinois oppresseur. D’ailleurs, le Dalai Lama, chef spirituel du Tibet, a élu domicile à Dharamsala tout juste au Sud du Ladack, depuis qu’il s’est enfuit de Lhassa (capitale du Tibet) il y a plus de 60ans.
En fait, si vous passez une journée sans voir d’autocollant, de tuque, de chandail, etc. où c’est inscrit « Free Tibet (Libérez le Tibet) », des drapeaux du Tibet et/ou des photos de Llassa, je vois conseille d’avoir une sérieuse discussion avec votre agent de voyage puisque vous n’êtes pas au Ladack.
C’est donc une description très brève du Ladack. Si je vous ai mis l’eau à la bouche et que vous ne pouvez pas attendre, internet est là… Pour les autres, je vais tâcher de vous faire découvrir plusieurs de ses beautés dans le présent épisode et les suivants…
…
LE DÉCOMPTE EST COMMENCÉ…
Plus que quelques heures avant le départ de ma nouvelle aventure. Je quitte Manali avec le strict minimum, comme lors de mon trip au Népal, laissant le gros de mon stock à mon hôtel où je reviendrais dans un peu plus de 1 mois suite à mon trek dans Zanskar Valley.
Le stress est à son comble et les pires idées me passent par la tête…
Comme si Dieu avait voulu me donner un peu de répit, un petit bonhomme m’a adopté comme nouveau meilleur ami en fin de soirée au resto de l’hôtel. Merci, mais d’avoir un kid qui essai de briser mon IPhone juste avant mon départ ce n’est pas ce que j’appelle relaxant.
Ce que j’entreprends demain est tout sauf une sinécure et j’en suis bien conscient. Je vais surement souvent me demander pourquoi j’ai eu cette idée de « génie » en voyant la prochaine montagne devant moi, je vais même peut-être craquer qui sait.
Ce que je sais aussi c’est que ma préparation est parfaite, que j’ai confiance au vélo que j’ai loué et que je suis excité au plus haut point à l’idée d’entreprendre cette expérience hors du commun.
Bien sur, je mentirais si une partie de moi n’était pas mort de peur. Après tout, ce défi serait déjà colossal si il était à proximité de chez moi et je suis présentement à l’autre bout du monde.
Je ne suis pas à l’abri d’un imprévu… mais comme je le dis souvent, si je voulais ne courir aucun risque, je serais resté bien assis dans mon ancien salon à écouter des films… et même là, j’aurais pu me faire frapper en traversant la rue pour aller chercher des chips au dépanneur… mmm des chips, ça fait longtemps…
De plus, il n’est pas question ici de jouer au Super Héro en voulant à tout prix terminer le parcours dans un temps record. Mon objectif principal est tout autre; profiter le plus possible du paysage.
Bon, trêve de bavardage, c’est dorénavant marqué « pose ton cul sur ta selle de vélo et pédale ».
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Jour 1 – AUCUN RÉPIT
Info;
– Manali (2050m)
– Palchan (2300m) – N, E, G
– Kothi (2530m) – N, E
– Galuba – N, E
– Mahdi (3320m) – N, E, G
Nombre de kilomètres; 39km
Description;
25 juillet 2013 – 6h du matin
Le réveil sonne sans me réveiller. Depuis déjà 1h, je suis immobile dans mon lit à fixer la fenêtre avec les yeux bien ronds.
Cet alarme, jumelé à des rayons de soleil qui se faufilent entre les rideaux ne peu signifier qu’une chose; c’est le temps de se mettre en route. Plus question de me dire « dans 2 jours je commence mon trip à vélo »… c’est MAINTENANT.
Même si une partie de moi souhaitait ardemment qu’il pleuve à siaux pour retarder l’inévitable, je profite un dernier instant de mon lit, je saute dans la douche et j’enfile le chandail et les shorts que je porterais pour au moins les 5 prochaines semaines… soit lorsque je reviendrais à Manali.
7h30 – J’ai dû me botter le cul à plusieurs reprise, mais j’ai finalement prit mon envol et Manali est déjà quelques kilomètres derrières… euh… quelques mètres je veux dire.
La route longe une rivière et je passe une multitude de villages sans intérêt.
Après avoir résolu le mystère des synthétiseurs au Sri Lanka, je suis maintenant en mesure de vous éclairer sur « où se trouve tous les paires de ski parabolique et les affreux suits des années 80 et 90 ».
La réponse; ils se trouvent dans des boutiques (cabanes en bois) sur le bord de la route juste après Manali en Inde. Le plus drôle c’est que toutes ces boutiques sont présentement ouvertes même si on est en plein été et que personne ne fait de ski.
Il est maintenant 9h30 du matin et jusqu’à maintenant, la route ne m’a laissé aucun répit. Je ne me rappelle pas avoir descendu une cote et les plats sont très rares. Je passe au travers des villages comme on monte les montagnes, soit avec une interminable série de zig zag. En fait, quand je vois une pente de moins de 10 degré devant moi, un sourire s’affiche sur mon visage. Disons que j’aurais pu trouver plus facile comme première ride de vélo en plus de 9 mois.
Alors que je roulais tranquillement dans une très belle forêt de conifères depuis une bonne heure, à faire mes zig zag comme un grand, la forêt s’est éclairci devant moi pour faire place à une immense montagne.
En regardant la montagne, je me suis demandé « est-ce que… OH MON DIEU »…
En plissant les yeux je venais d’apercevoir des voitures sur une route en flanc de la montagne. On aurait dit des voitures/camions miniatures tellement ils étaient petits par rapport à la montagne.
Aucun doute, c’était bel et bien la RohtangLa Pass et je n’y échapperais pas.
Un troupeau de vaches que j’ai croisé avait l’air complètement ébahi de me voir là… « mais kes tu fais icitte sur un vélo » aurait très bien pu me lancer l’une d’elle avec le regard qu’elles me faisaient.
Une fois sur la montagne à proprement dire, puisque depuis le début ce n’était que l’approche, la route était quelque chose; environ 1.5 voitures de large, aucun garde-fou et une mort assurée si tu donnes un coup de volant de trop. Malgré tout, à aucun moment sauf une fois je me suis senti en danger; un esti de touriste sur sa moto louée a pris un virage beaucoup trop serré, ne laissant pas beaucoup de place entre lui et le précipice… et j’étais exactement à cet endroit.
Je m’arrête donc à Mahdi pour la nuit, un regroupement d’une vingtaine de cabane que je n’ose pas appeler bâtiment (1 tente restaurant, une Gompa (monument religieux)… et une très belle guesthouse sorti de nulle part), quelques 17km avant la fin de la montée. J’ai encore beaucoup d’énergie, mais il est déjà 1h, je n’ai pas encore diner et la prochain arrêt ayant des hébergements est à plus de 30km. Bref, ya pas le feu et c’est quand tu essais de trop en faire en étant un peu fatigué que les erreurs arrivent… et ici, les erreurs ne pardonnent pas.
En allant booker ma chambre dans la guesthouse, j’ai eu droit à l’une des discussions les plus loufoques qu’il m’ait été donné d’avoir avec un manager d’établissement;
Moi – « do you have a free room? (avez-vous une chambre de disponible?) »
Manager – « yes (oui) »
(négociation du prix)
Moi – « I’ll take it (je la prend) »
Manager – « ok but if someone book the room, you’ll have to go (parfait, mais si quelqu’un réserve la chambre, il faudra que tu t’en aille) »
Moi – « what?!? But I just booked the room… (quoi?!? Mais je viens tout juste de la réserver…) »
Manager – « no, you just show up and the room was free, but if someone book it you’ll have to go (non, tu t’es présenté ici et la chambre était disponible, mais si quelqu’un la réserve, il faudra que tu partes) »
Moi – ?!? (j’ai eu beau essayer de comprendre sa logique, c’était peine perdu…)
Seul point d’intérêt de Mahdi, l’endroit surplombe la vallée que j’ai montée aujourd’hui. On voit l’ensemble du chemin zigzaguer dans la montagne. Juste derrière, on peut y apercevoir la montagne que j’aurais à monter demain… moins cool.
En allant prendre mon souper au seul resto du trou… euh… village, j’ai aperçu 2 vélos. Quelle ne fut pas ma surprise de rencontrer un couple de belges qui avaient entrepris ce matin de Manali le même périple que moi (je vais seulement les recroiser une fois à Leh puisque leur rythme était très lent).
Au final, j’avais BEAUCOUP de craintes ce matin avant de partir, mais ils se sont complètement dissipés. Malgré la souffrance constante, j’ai eu le sourire fendu jusqu’aux oreilles toute la journée. Les jambes ont très bien répondus, le cardio est à son poste et j’ai le cul en feu… mes fesses devront finir par se résigner à devoir être écrasées sur une selle toute la journée…
Mon rythme a été complètement ridicule; 5h pour faire 40km, mais à ma décharge, je me suis arrêté très souvent pour prendre des photos, j’ai un vélo de montagne et non de route… et j’ai monté environ 1300m. Satisfaction personnelle, à aucun moment je ne suis descendu de mon vélo pour marcher à coté… j’ai pédalé chaque maudit mètre.
Tout au long de la journée, je n’ai pas cessé d’être encouragé par les indiens qui me croisaient en voiture. Alors que la majorité se contentait de me lever le pouce dans les airs hors de la voiture, environ 5-6 voitures se sont arrêtées sur le bord du chemin pour piquer une jasette… et prendre des photos avec moi. Les 3 mêmes questions revenaient toujours;
– « where are you going? (où est-ce que tu vas?) »
Réponse; Leh
– « why are you doing this? (pourquoi tu fais ça?) »… de me demander les indiens ébahis
Réponse; j’alternais entre « because… (parce que…) » ou « why not (pourquoi pas) »
– « why are you staying in Mahdi instead of going over the pass. It’s only 17km? (pourquoi tu restes à Mahdi au lieu de passer Rohtang aujourd’hui. C’est seulement une dizaine de kilomètres?) »
Réponse; aux quelques indiens qui m’ont posé la question, je suis resté muet… parce que si j’avais répondu, ça aurait ressemblé à cela « eille chose… j’ai tu l’air de superman?!? 10km en ascension c’est rien pour un gars obèse à moto… mais en vélo c’est autre chose. Je ne connais que 2 personnes qui, une fois accoutumés à l’altitude, aurait pu faire mieux que moi et ton prénom n’est ni Guillaume, ni Geoffroy ». Ahhhh… juste de vous l’écrire, ça fait du bien…
Enfin, puisque je vais passer beaucoup de temps en tête à tête avec lui, j’ai décidé de baptiser mon vélo. Après y avoir pensé toute la journée (je n’avais que ça à faire), j’ai finalement choisi « Lone », comme dans « alone (seul) ». Que nous le voulions ou pas, Lone et moi allons très bien nous connaitre dans quelques jours. Avec lui, je roule vers le Nord, les lever de soleil sont à gauche et les coucher à droite… si ce n’est pas le cas à un certain moment, il faudra que je me pose de sérieuses questions…
C’est donc un rendez-vous demain à l’aube pour finir l’ascension de ce 1er monstre…
…
Jour 2 – … DE BOUE ET DE POUSSIÈRE
Info;
– Mahdi (3320) – N, E, G
– Rohtang La (3955m) – N, E
– Gramphoo (3340m) – N, E, T
– Koksar (3140) – N, E, G
– Sissu (3120) – N, E, T
– Gondra (3160) – N, E
– Tandi (3100m) – N, E
– Keylong (3350m) – N, E, G
Nombre de kilomètres; 82km
Total; 121km
Description;
Le réveil s’est effectué dans le brouillard le plus total à 5h45. Visibilité ou pas, il ne pleuvait pas, le clairon de cavalerie pour effectuer la charge s’est donc fait entendre (Go Go Go). Je me suis empressé d’aller prendre un petit déjeuner au resto du village (qui ouvrait à 6h) et j’ai ensuite pris la poudre d’escampette.
Au menu d’aujourd’hui, une randonné de 82km… oui oui, le double de la distance d’hier. La journée va se séparer en 2 phases; une 1ère partie très pénible qui consiste à finir la montée jusqu’au sommet (17km – 600m), suivit d’une promenade dans le parc, soit la descente de plus de 850m sur 58km, avec une petite difficulté sur les 7 derniers km avant d’atteindre Keylong, ma destination d’aujourd’hui.
Dès les premières minutes, j’avais la selle bien enfoncée dans le cul. C’est surement une manière pour mes fesses de manifester leur mécontentement. En fait, c’est le seul aspect de mon physique qui ne veut pas coopérer à l’aventure. Mon cardio et mes jambes ont vite compris qu’ils seraient plus forts que jamais après l’aventure… j’ai hâte que mes fesses comprennent qu’elles seront plus fermes héhé…
Très tôt ce matin, le brouillard prenait toute la place, tellement qu’à certains moments je ne voyais pas à plus de 10m devant moi sur la route. Heureusement que tous les voitures, véhicules lourds et moto klaxonnent avant les virages…
Puis, le brouillard a commencé à jouer avec moi, me montrant des sections de paysage par-ci par-là, pour finir par s’estomper complètement… laissant toute la place à un soleil de plomb… pas vraiment mieux.
Avec environ 8km à monter, l’asphalte était devenu une rareté; beaucoup de sections étaient complètement défoncées et à certains endroits on peinait à voir qu’il y en avait déjà eu. Je dois donc sortir mes talents de cycliste off road (je n’en ai aucun). Ajoutez que la pluie de cette nuit à transformée quelques sections en rivière/chute/torrent. Je dois donc faire quelques portages. Quand on se compare, on se console, alors que je transportais mon vélo sur les épaules pour passer une très longue section inondée, une petite voiture est passée et tous les occupants prenaient des photos de moi un peu surpris de ma voir là. Puis, rendu 100m devant moi et toujours dans la boue, le radiateur de la voiture a décidé de rendre l’âme. Une minute plus tard, c’était maintenant à mon tour de passer à coté d’eux l’air amusé en prenant des photos.
Puis, après quelques heures de dur labeur, j’arrivais finalement au sommet. La RohtangLa Pass…
Que signifie Rohtang La? D’une part, comme au Népal, « La » signifie « Passe », dans le sens de chemin pour enjamber la montagne. D’une autre, « Rohtang » signifie en tibétain « tas de cadavres »…
Eh oui, par le passé, beaucoup de gens sont morts au sommet en raison d’une météo imprévisible et en changement constant. Il n’est pas rare de voir une tempête de neige et/ou un blizzard en plein milieu de l’été.
Ahhh… et pour ceux qui se dirait « oh mon Dieu, il monte une montagne de 3900m en vélo », eh bien sachez que la Rohtang La est en quelque sorte le cadet d’une famille de 4 La (passe) que j’aurais à franchir, Baralacha La étant à 4900m, Lachulung La à 5050m et le grand frère Taglung La pointe à 5360m. Bref… je n’ai encore rien vu héhé
Sinon, je n’ai aucunement ressenti les effets de l’altitude durant l’ascension; le cardio ne s’est jamais emballé et je n’ai jamais eu le souffle court. Pourtant, à pareille altitude au Népal, je n’avais pas feelé une journée complète, je devais prendre une grande respiration avant de boire et j’avais un mal de tête permanent. Une femme m’a expliqué hier que l’acclimatation à l’altitude peut durer jusqu’à 3 mois après notre départ de la zone en haute altitude. Puisque j’ai fini mon trek au Népal il y a 1 mois, je suis encore ok.
Une fois quitté Rohtang, le trafic est devenu inexistant. Il faut savoir qu’aller au sommet de la RohtangLa Pass est une attraction touristique très courue par les indiens (fouillez-moi pourquoi), mais ils n’en ont rien à f@utr£ d’aller plus loin… à mon plus grand plaisir.
Je peux donc me concentrer entièrement à apprécier la descente et à dévaler une route en parfaite condition entouré de montagnes aux sommets enneigés. J’ai alors fait un acte de foie envers Lone. Puisque je ne le connais pas encore, il aurait été risqué de dévaler le chemin à pleine vitesse… mais je l’ai fait quand même. Pendant plus d’une heure, je me suis laissé guidé par la route qui zigzaguait dans la montagne; un coup de frein par-ci, un coup de volant par là. En fait, le plus dur était de garder les yeux sur la route… avec le panorama qui m’entourait c’était tout sauf facile. Pour ajouter au moment, c’était le silence radio le plus total; aucun autre son que le bruit des roues de mon vélo, le vent et quelques chutes… pas moi… l’eau.
Le sentiment de liberté que j’ai ressenti durant cette descente est tout simplement indescriptible… Je partais à rire à tout moment en pensant au truc de fou que j’étais en train de faire au milieu de nul part en Inde. Bref, vraiment pénible héhé… j’avais l’adrénaline dans le tapis et c’était vraiment grisant… et il me reste 3 descentes pires (mieux) que celle-là jusqu’à Leh.
La vallée dans laquelle je viens d’aboutir est située entre RohtangLa et BaralachaLa (mon prochain grand défi dans 2 jours).
Une fois descendu la montagne et arrivé à Gramphu, je ne sais pas ce qu’il y avait là, mais d’un coup je me suis retrouvé prisonnier d’un énorme embouteillage. Pour les 6-7km séparant Gramphu de Koksar, je roulais à la file indienne derrière une jeep et devant un camion citerne… le feeling était pas super… Ahhh, vous m’excuserez de me pas avoir pris de photos puisque j’étais beaucoup trop occupé à lutter pour ma survie. Ajoutez à cela qu’on aurait dit un cross-country tellement la route était devenue cahoteuse. Heureusement, c’était en descendant, je n’avais donc pas à pédaler, simplement tourner le guidon, freiner et tourner la tête pour m’assurer que le camion derrière moi fessait de même.
À un certain moment, la route était complètement bloquée en raison de travaux. Devant nous se dressait une mer de boue avec quelques pelles mécaniques, etc. Nul doute, la circulation allait être bloquée pour un très long moment. Ni une ni 2, j’ai zigzagué entre tous les véhicules devant moi et j’ai commencé à passer au travers des travaux en portant mon vélo. En plus de caller de 1 pied et + à certains endroits, j’avais la chienne des pelles mécaniques, etc. Pas besoin de dire que j’étais petit dans mes shorts. N’empêche, j’ai passé au travers du kilomètre sans encombre et j’ai ensuite pu avoir le chemin complètement à moi jusqu’à Koksar.
11h00 – Koksar – Léger pit stop pour reprendre les forces éparpillées dans la montagne. Encore 45km à faire avant Keylong… la journée était loin d’être terminée. Il me restait encore un bon 6h de clarté, donc tout était sous contrôle.
Après Koksar, la route suivait une magnifique rivière d’un bleu glacial dans le fond d’une magnifique vallée. La route consistait en de très courte montée et de très longues descentes sur des faux plats… parfait pour quelqu’un d’un peu fatigué, ne voulant pas trop forcer et ne voulant pas faire le fou sur des pentes hyper abrupte. Comme si ce n’était pas assez, la route était en parfait état et j’avais le vent dans le dos… que demander de plus?!?
J’ai passé au travers d’un charmant petit village du nom de Sissu, avec une superbe forêt de feuillus, qui font une sorte de haie d’honneur de part et d’autre du chemin. De l’autre coté de la rivière, une chute très haute et à fort débit fait retentir son rugissement jusqu’à très loin dans la vallée.
Tout au long du chemin, un changement s’opérait tranquillement, mais surement au niveau de la végétation; plus j’avance et plus ça commence à ressembler à un désert. Paradoxalement, quand je regarde les montagnes autour, il y a de plus en plus de glaciers en hauteur.
Bien que majoritairement en descente, les derniers 20km ont été les plus durs de la journée; je n’avais plus beaucoup d’énergie, j’avais de la misère à me concentrer et à garder les yeux sur la route et 1km sur 2 était en chantier. Les risques de tomber d’une falaise étaient nul, mais ceux que je fasse un faux mouvement et que je freine avec le frein avant (très sensible)… et donc passer par dessus le guidon, était très grand…
Puis, Keylong s’est finalement pointée à l’horizon. La ville me semblait très proche, mais on m’indiquait 6km sur le bord de la route. J’ai fini par comprendre pourquoi…
La ville était effectivement très proche, mais juste avant d’y arriver, il y a une rivière et il faut faire un très grand détour pour aller chercher le pont… j’aimerais avoir devant moi le sans génie qui a pensé que ce serait une excellente idée de faire faire un immense détour à la route. À la vue de cette vision d’horreur, mon moral, qui était excellent jusque là, est tombé en miette et a emporté avec lui toute l’énergie qu’il me restait. En bon français, j’ai frappé un mur… mes jambes ne voulaient plus avancer et j’étais plié en 2 tellement j’étais exténué. Je n’ai eu d’autre choix que de descendre du vélo pour marcher les derniers kilomètres… au grand dam de mon égo.
16h pile – Après 9h de vélo, j’arrive enfin à destination. J’ai rapidement trouvé une guesthouse vraiment pas cher et je fais le mort sur mon lit pendant une bonne demi-heure, incapable de faire quoique ce soit d’autre. J’étais VIDÉ, autant physiquement que psychologiquement, comme rarement je l’ai été dans ma vie. Ajoutez à cela que moi et Lone sommes recouverts de boue de la tête au pied.
82km sur un vélo… de montagne; Check.
Keylong est la plus grosse ville… et probablement la dernière… que je vais rencontrer jusqu’à Leh. Elle joue le rôle de capitale de la région de Lahaul et a la particularité d’être laissé complètement à soi-même (donc isolé) en hiver. En effet, les accumulations de neige sont si importantes que les 2 cotés de la vallée dans laquelle elle se trouve sont complètement bloqués. Pour vous donner une idée, on est présentement au milieu de l’été et on se croirait au mois d’octobre au Québec et tous les sommets environnants sont recouverts de neige…
Il n’y a qu’une seule et unique chose à dire à propos de cette journée; autant dans la montée, dans les mers de boue, que dans la descente, je me suis amusé comme un petit fou… bien que j’avais très hâte d’arriver à la fin.
J’en ai parlé un peu hier, mais je voudrais saluer encore une fois la gentillesse des gens ici. C’est complètement fou le nombre d’encouragement que j’ai pu avoir durant cette journée des plus éreintante…
Aussi, je n’oserais jamais appeler les indiens d’ici Indien. La majorité d’entre eux aiment mieux se faire appeler tibétain et c’est tout à leur honneur. En fait, ils sont complètement différent des indiens. Tous comme les népalais, la plupart du temps ils n’osent pas déranger et quand ils le font, c’est généralement simplement pour me dire bonjour et me serrer la main. Il y a un respect mutuel entre eux et moi… ce qui n’existera jamais avec les vrais indiens.
J’aimerais aussi remercier Lone. Hier c’était tout en monté, alors il n’y avait pas trop de danger, mais aujourd’hui, j’ai joué au casse-cou avec un vélo que je ne connais pas, comme si ca faisait des années que je l’avais. Il a très bien répondu à toutes les fois… si il avait mal répondu ne serait-ce qu’une seule fois je serais à l’hôpital ou pire présentement.
Bon… je dois aller nettoyer mon vélo… on se rejase demain.
P.S. – Le mot manquant au début du titre de la journée est « COUVERT… ».
P.S. II – J’aimerais tellement avoir une Go-Pro présentement. Je vais devoir refaire cette route un jour pour remédier à la situation. Des intéressés?!?
…
Jour 3 – 2 BLOCS DE BÉTON
Info;
Keylong (3350m) – N, E, G
Gemur – N, E, G
Jispa (3200m) – N, E, G
Darchu (3400m) – N, E, T
Patseo (3840) – N, E, T
Nombre de kilomètres; 45km
Total; 166km
Description;
5h30 – J’ai les yeux bien ronds même si mon cadran ne sonne que 15min plus tard. J’aurais bien aimé partir avec le lever du soleil, donc vers 5h, mais les restaurants n’ouvrent qu’à 6h et ce serait du suicide de ne pas manger…
Pour aujourd’hui, j’ai en tête une journée plutôt facile afin de donner un break à mon corps meurtri par les derniers jours. Le plan est donc de me rendre jusqu’à Patseo, quelques 45km plus loin et à mi-hauteur de la BaralachLa Passe… que je garde pour demain. Si mes jambes et mon vélo me le permettent, je pourrais tenter de rejoindre ZingZingBar à 4170m et donc au 2/3 de la Passe, mais ce serait ajouter 20km à ma journée et on m’a parlé en bien de Patseo… On verra bien.
En cherchant un restaurant ouvert à 6h du matin, je suis tombé sur Jarrod – Australien, 43ans, père de famille, Cyclinginthinair.com – qui se sauve une fois par année pour faire un trip de vélo autour du monde. Nous avons donc décidé de faire équipe.
Je me suis cependant vite rendu compte que nous n’étions pas du même calibre. Peinant à rester dans sa roue, c’est moi qui donnait l’impression d’être le plus vieux sur la route. À ma décharge, il revenait d’une journée de repos à Keylong et avait son propre vélo… 2 avantages non négligeables.
La route était tout simplement superbe ce matin, principalement en descente, zigzaguant le long d’une falaise très escarpée et suivant la rivière.
En chemin, nous avons rencontré une suisse qui faisait la route Leh-Manali (donc le chemin inverse) toute seule. Pour ceux qui pense que je suis hardcore à faire ce trip tout seul, en plus de voyager seule en Inde, elle fait ce trip de débile dans le sens le plus difficile.
On passe au travers de très beaux petits villages (Gemur et Jispa) au fond de la vallée. Puis, arrive le très laid village de Darcha, avec sa dizaine de cabanes restaurants construites à la va vite et disposées de part et d’autre d’une rivière. Je n’y aurais pas passé une seule seconde si je n’avais pas eu à m’enregistrer au bureau de contrôle. Seule chose notoire, c’est le dernier village avant 250km. Tous les autres endroits où j’irais à partir de maintenant et jusqu’à Rumtse ne sont que des campements temporaires installées durant l’été. Darcha est aussi le début/fin du Zanskar trek. C’est donc ici que j’aboutirais dans environ 1 mois.
À partir de là, il fallait se mettre au travail et monter péniblement la montagne. La route se résumait alors à de la terre ou en de rare cas de d’asphalte.
Ne pouvant suivre le rythme de Jarrod, je l’ai prié de continuer sa route puisque je ne voulais pas être un boulet. De toute façon, nos styles étaient incompatibles; lui voit ce parcours comme un sprint, voulant se rendre le plus rapidement possible à Leh, tandis que moi j’ai rangé mon esprit de compétiteur et je vois le parcours comme un marathon, afin d’admirer le plus possible le paysage.
Après environ 1h d’ascension, la route a bifurquée dans une nouvelle vallée et a changée du tout au tout. Fini le cross-country, c’était dorénavant une route principalement en descente et récemment asphaltée.
Juste avant d’arriver à Patsio, j’ai croisé 2 indiens d’au moins 60-70ans qui faisaient aussi la route Manali/Leh à vélo, tout en étant accompagné par toute une équipe dans une jeep. Pour l’un d’eux c’était la 3ème fois.
11:20 – Avec 45km dans le corps, j’arrivais à Patseo, rien de plus qu’un trou au milieu de nul part dans une vallée semi pas mal beaucoup désertique. Le paysage est très accidenté et la végétation, quand il y en a, ne dépasse pas les 10cm. Il n’y a absolument rien ici mis à part une tente restaurant et 3-4 tentes pour dormir près d’un beau petit lac, 2-3 cabanes par-ci, par-là et une sorte de petite ferme.
J’avais donc un très gros dilemme. D’un coté, j’éprouvais beaucoup de problème avec mon vélo depuis le début de la matinée (la chaine débarquait souvent). Ajoutez à cela qu’on aurait dit que mes jambes étaient faites de béton (j’aurais peut-être dû prendre une journée de repos à Keylong) et que mon cul ne pouvait tout simplement pas supporter ma selle une seconde de plus.
En revanche, il n’était pas encore midi quand j’ai fini de luncher et le prochain stop était à environ 15km.
J’avais donc l’option de prendre une demi-journée de congé dans un bel endroit ou continuer tranquillement jusqu’à ZingZingBar un peu plus haut et espérer que ce soit aussi beau.
Après de vive négociation avec le propriétaire, nous en sommes venus à un accord. Il a commencé à 1000rs sans rien d’autre, il m’a ensuite proposé 500rs + déjeuner inclus quand il voyait que je remettais mon sac à dos… pour finalement lancer 250rs diner et déjeuner inclus lorsque j’enfourchais mon vélo. À ce moment, je suis descendu de mon vélo et je me suis dirigé vers la tente qui allait être ma maison pour la nuit.
J’écoute donc ma raison afin de permettre à mon corps de souffler un peu. Après tout, il le mérite bien; j’ai fait jusqu’à maintenant 160km en 3 jours… en vélo de montagne… après avoir enfourché un vélo pour la dernière fois il y a plus de 9 mois. J’ai tout mon temps et la santé est l’une des seules choses, avec l’argent, qui peut écourter mon voyage.
Au final, je suis tout fin seul au milieu de nul part avec la famille qui s’occupe de l’endroit (mari/femme et très jeune enfant). Ce soir sera ma nuit la plus rustique en Asie; aucun électricité, pas la moindre cabane ressemblant à une toilette et une tente offrant zéro confort.
Je troc donc mon vélo et mes bottes de montagne pour enfiler mes flip flop et faire un peu de babouche-trek dans les montagnes environnantes.
L’endroit est formidable et si je ne me retenais pas, je prendrais des photos à toutes les 10 secondes… ahhh, on me souffle à l’oreille que c’est ce que je fais depuis maintenant 3 jours. C’est déchirant puisque je ne sais pas quand j’aurais de l’électricité à nouveau et il me faut rationner les batteries si je veux pouvoir écrire et surtout prendre une tonne de photos. Je suis d’ailleurs présentement à écrire le récit de cette journée assis sur une grosse roche au beau milieu de nul part. Le soleil est tellement chaud que je préfère mettre mon chandail à manche longue et ma capuche… À ce sujet, il y a 3 jours j’avais un bronzage parfait, mais c’est de l’histoire ancienne. Même si j’étais déjà hyper bronzé, mes bras sont maintenant rendus rouges et j’ai l’air d’un habitant.
J’en ai aussi profité pour laver mon linge couvert de boue dans le lac. Mon intention première était d’y faire une saucette, mais j’ai changé d’idée après 10min à laver mon linge. J’avais les pieds et les mains complètement engourdis. Le manager m’a ensuite expliqué qu’il avait essayé d’ensemencer le lac il y a quelques années, mais que les poissons étaient tous morts… je sais ben pas pourquoi…
Bon, je déconnecte pour aujourd’hui. Je viens d’avoir l’idée d’aller m’assoir en bordure du lac sur une chaise de camping avec les pieds dans l’eau. Pas très stable, ni très chic, mais un très bon moyen de contrer la chaleur extrême puisque ce n’est pas dans ma tente, qui s’apparente à une serre présentement, que je vais trouver le confort. En effet, entre 12h et 4h, quand le soleil est à son maximum, tu ne veux tout simplement pas être dehors. J’ai fait l’expérience 2 fois jusqu’à maintenant et malgré de la crème solaire, tu cuis littéralement sur place. Paradoxalement, dès que le soleil disparait derrière les montagnes, il commence à faire un froid de canard. Le vent que tu aimais tant quelques heures plus tôt devient ton pire ennemi. J’anticipe donc une nuit glaciale.
…
Jour 4 – OFF-ROAD
Info;
Patseo (3840m) – N, E, T
ZingZingBar (4050m) – N, E, T
Baralacha La (4895m)
Baratpur – N, E, T
Sarchu (4300m) – N, E, T
Nombre de kilomètres; 60km
Total; 226km
Description;
4h45 – J’aperçois les 1ères lueurs du soleil et mes yeux deviennent bien ronds. Il n’est pas question de rester une seconde de plus dans ce qui me sert de lit.
5h00 – Mon matériel est déjà tout remballé et je suis fin près à entamer ma journée. Seul hic, le cuisinier n’est pas réveillé. Je m’étais pourtant entendu avec lui pour prendre mon déjeuner à 5h.
5:20 – Assez c’est assez… je laisse la somme que je dois sur mon lit et je prends la poudre d’escampette. Sans avoir déjeuner et sans eau, mon but est de rejoindre ZingZingBar pour y prendre mon petit déjeuner. Ce n’est pas une décision hyper logique, mais bon, je ne suis pas réputé pour mes décisions pleines de sens, au contraire, j’agis par instinct… et là mon instinct me dit d’engranger le plus de kilomètres possibles avant que le soleil se pointe et brule tout sur son passage.
Tout juste après avoir quitté mon campement, la route passait au travers d’une base militaire. Les militaires se sont alors fait un plaisir de me saluer tout sourire et certains couraient même à coté de moi. La situation était surréaliste héhé.
Durant cette 1ère heure, je n’ai rien croisé sur la route (jeep, camion, vélo). Peu importe dans quelle direction je regardais, c’était la nature à l’état sauvage et mis à part la route, il n’y a aucune trace de civilisation. J’étais alors seul au monde entouré de ces montagnes gigantesques, tout petit sur mon vélo au fond de la vallée sans le moindre bruit. La sensation est extraordinaire.
6h25 – J’avais finalement un bon petit déjeuner devant moi dans un Dhaba (sorte de restaurant TRÈS BASIC) à l’entrée de ZingZingBar.
De ZingZing (j’adore dire ce nom) j’entame officiellement les hostilités avec la BaralachaLa Pass, la 3ème plus haute passe du trajet à 4894m. Ensuite ce sera une descente infernale, suivit d’un plat pour rejoindre Sarchu, mon pit stop pour la nuit.
7h00 – Il est temps de repartir. Le soleil commence alors à franchir la cime des montagnes, éblouissant tout sur son passage.
Quelques 6km plus loin, après avoir passé une tente de mécanique automobile (?!?) perdue au milieu de nul part, je suis tombé sur un regroupement de 5-6 tentes restaurants offrants de l’hébergement; la branche « touristique » de ZingZingBar. L’endroit n’a pas du tout le charme de Patsio, mais pour ceux désirant prendre un peu d’avance pour le jour suivant, c’est une bonne alternative.
10h00 – Après une ascension difficile, mais constante, la BaralachaLa est vainc… attendez une minute, on me murmure que l’endroit où je suis présentement n’est pas le sommet. C’est donc dire que la montagne que je me figurais être le sommet depuis bientôt 3 heures, celle dont je me disais constamment « je vais t’avoir ma maudite », n’est rien d’autre qu’une étape avant le sommet. J’étais alors complètement démoralisé… et je n’avais plus d’eau.
10:45 – Après avoir passé un très beau lac (eau malheureusement stagnante… pas question d’en boire), une ferme abandonnée et monté une autre centaine de mètres, je pouvais finalement dire mission accompli. Un monument avec des drapeaux de prière se trouvait sur le bord de la route et celle-ci commençait â descendre tout de suite après… je crois bien que c’est le sommet héhé.
D’en haut, je pouvais déjà apercevoir un campement fait de tentes bleus tout en bas de l’autre côté. C’était assurément Baratpur… mon oasis. J’allais pouvoir m’y gaver et boire autant d’eau que je le voulais.
Ma journée de travail était donc terminée. Il ne me restait plus qu’à apprécier le fruit de mes efforts avec une descente de plus de 30km, entrecoupée de quelques coups de pédale par ci, par là. Je rangeais donc ma force physique, au profit de ma dextérité et d’une concentration accru (en montant tu n’as pas à penser, tu as simplement à pousser, en descendant c’est tout le contraire sur ces routes). Faite de sable ou d’asphalte encore une fois complètement défoncée et avec le soleil qui plombait (j’avais de la difficulté à percevoir les trous)… ajoutez à cela 2 chutes à traverser. Dans l’une d’elle, j’avais mal jugé la profondeur et je me suis ramassé avec de l’eau jusqu’aux genoux… avec mon vélo sur mes épaules.
11:15 – « Downtown » Baratpur. L’endroit est pour le moins spécial. Il y a 8 tentes restaurants/hôtel. Chaque endroit offre la même maudite affaire et au même prix… pas moyen de négocier. Pour ce qui est des tentes, chacune est une grosse pièce pleine de lits alignés de part et d’autre d’un corridor central… durant le jour l’espace sert de restaurant. Avec les toiles bleus servant de toit, l’effet est des plus particulier à l’intérieur… on se croirait dans un Rave.
Midi tapant, après avoir fait le plein d’énergie, c’est sous un soleil d’enfer et habillé d’un chandail à manche longue et de mitaine (j’aime mieux crever de chaleur que d’empirer mes coups de soleil… de toute façon il y a un bon vent) que je continu ma descente jusqu’à Sarchu.
Le chemin entre Baratpur et Sarchu était tout simplement INCROYABLE. Tout juste après le campement, la route s’engage dans une très belle gorge en faux plat descendant tout le long. Complètement désertique, avec des roches aux teintes orangés multiples, il n’était pas question ici d’avoir une seconde d’inattention. Sur cette route à peine large comme une voiture, en bordure d’une falaise et où l’asphalte était un concept très obscur, un faux mouvement pouvait mener directement dans la rivière quelques dizaines de mètres plus bas. J’ai donc encore une fois du sortir mes talent de cross-country.
2:00 – Fin du parcours pour aujourd’hui. Bien que j’ai encore beaucoup d’énergie, que mon vélo est top shape et que mes jambes sont au rendez-vous, je suis arrivé à Sarchu, mon objectif de ce matin. J’aime donc mieux me « retirer » en pleine forme et reprendre où je l’ai laissé demain que de trop pousser et être une loque humaine demain. Après tout, ya pas le feu… et le prochain endroit « habitable » est à plus de 48km… après une autre passe.
Sarchu est en fait une plaine verdoyante d’environ 10 km de long par 1km de large entourée de montagnes aride et aux couleurs multiples. Je ne passerais pas par quatre chemins; c’est sublime. Tout au long des 10km de plaine se trouvent une multitude de campement.
Durant les 3 mois où la route Manali/Leh est ouverte, Sarchu sert de halte pour la majorité des jeeps et bus transportant des touristes de Manali à Leh et vice-verca. En effet, le trajet entre les 2 villes est d’une durée d’au moins 22h et rare sont les transports qui offrent de le faire d’une shot sans arrêt (je déconseille à quiconque de faire ce trajet sans arrêt puisque ce serait passer à côté de toute la beauté que peut offrir cette magnifique route)… et Sarchu, en plus d’être très beau, se trouve environ à mi-chemin.
C’est donc le relais le plus important entre les 2 villes. Sur une distance d’environ 10km, vous ne voyez qu’une succession de campements pour tous les gouts; allant du campement 5 étoiles, au campement dortoir (les plus luxueux se trouvent en début de plaine vers Manali et plus on avance vers l’autre côté et plus on descend de budget). Pour vous donner une idée, je crois que le campement le plus chic peut revenir à 40$ la nuit en occupation double (déjeuner et souper inclus), tandis que le plus cheap revient à 2$ (rien d’inclus).
Tout comme Patsio, ZingZingBar, Baratpur et les suivants, les campements sont installés pour 3 mois et ils sont ensuite démontés. C’est donc dire que si quelqu’un avait l’idée de faire la route dans un mois autre que de la mi-juin à la mi-septembre, en plus de se buter à 4 passes complètement bouchées par la neige, il devrait faire son trip en autonomie complète (tente, sleeping et nourriture).
Pour ma part, j’ai opté pour le 2ème campement en arrivant de Manali… héhé. J’ai une super belle tente (elle me fait penser au vieux film de safari en Afrique) avec salle de bain incluse et de l’électricité (une rareté très bienvenue pour recharger mon IPhone et ma caméra). J’aurais assurément pu trouver moins cher, mais bon, un peu de luxe pour seulement 10$ (diner et déjeuner inclus) après une journée comme aujourd’hui et la tente dans laquelle j’ai couché hier est le bienvenue pour mes vieux os. Il était beaucoup plus cher, mais j’ai réussi à négocier à la baisse avec mon air de chien battu.
Si il y a bien quelque chose dont je dois me préoccuper durant ce genre d’aventure c’est bien ma santé. J’ai beau vouloir monter une montagne demain, si mon corps dit non et que je m’obstine, ça ressemblera à mon jour 2 entre Mahdi et Keylong et je n’ai pas l’intention que ça se reproduise…
C’est donc l’heure de la sieste…
Pour ceux qui pourrait dire « yé ben paresseux lui », je vous rappelle que je me suis levé à 4h45 (il y a 9h), que j’ai fait 68km de vélo de montagne en haute altitude durant environ 8h et qu’il fait un soleil de plomb dehors (j’aurais pu compter les nuages que j’ai vu aujourd’hui tellement le ciel était d’un bleu clair).
Sur l’heure du souper, j’étais l’attraction dans le campement. J’étais le seul fou faisant le trajet en vélo avec 4 groupes tous droit sorti de minibus. Ils voulaient donc tous savoir qu’est-ce qui m’avait passé par la tête, comment c’était, etc. Cela m’a permit de sortir de mon isolement et de faire la connaissance d’un très sympathique couple d’indo-canadien et de 2 jeunes allemands en direction de Leh. Qui sait, peut-être que nos routes se croiseront à nouveau…
Le soir venu, le ciel était complètement exempt de nuage. En l’absence totale pollution lumineuse et à l’altitude où nous sommes présentement, je n’ai jamais vu un ciel aussi rempli d’étoile et avec autant de nuances de couleurs.
Sans tambour, ni trompette, à 4300m, c’est quand même le 2ème plus haut endroit où je vais dormir dans ma vie… jusqu’à maintenant.
P.S. – Aujourd’hui, un chien s’est mi dans la tête de me suivre à partir de Baratpur et ce jusqu’à Sarchu. À chaque fois que j’arrêtais pour prendre des photos, il me regardait tout piteux et chialait pour que je lui donne quelque chose. Pauvre cabot, tu es tombé sur le mauvais gars. J’ai peine à subsister avec mes réserves d’eau et de nourritures, pas question de partager… et même si j’avais de l’excédent, JAMAIS je ne t’en donnerais. Depuis que je suis en Inde, l’un de mes plus vieux rêves est de botter un chien de toutes mes forces pour passer toute la frustration des heures de sommeil perdues (qui se comptent surement en jour jusqu’à maintenant) en raison de toi et tes semblables qui jappez à tue-tête toute la nuit. D’un coté, c’est dur de demander aux indiens de dompter leurs chiens, quand eux-mêmes sont bien souvent des bâtards sans aucune manière. Détrompez-vous, je n’ai pas l’intention de le tabasser, il va simplement mourir de faim si il me suit. Au fait, j’adore les animaux, mais passez 5mois en Inde/Népal/Sri Lanka et vous aurez le même état d’esprit que moi.
…
Jour 5 – I’M A POOR LONESOME… BIKERBOY (chanson thème de Lucky Luke)
Info;
– Sarchu (4300m) – N, E, T
– Gata Loops (from 4360m to 4620m)
– Nakee La (4740m)
– Whiskey Nalla (+/-4600m) – N, E, T
Nombre de kilomètres; 56km
Total; 282km
Description;
Après une nuit glaciale ponctuée de courts instants de sommeil, gracieuseté du gros Koréen qui ronflait dans la tente juste à coté, suivit d’un déjeuner léger, j’ai dit au revoir à mes nouveaux amis et je me suis mis en route.
Aujourd’hui sera soit une journée très facile jusqu’à Whiskey Nullah (48km), soit une journée pénible jusqu’à Pang tout juste après la LachulungLa et qui pointe à plus de 5000m. Tout cela dépendra de l’heure à laquelle je vais arriver à Whiskey.
Tout juste après Sarchu, je traversais la rivière et fessais mon entrée officielle au Ladack (j’étais jusque là en Himashal Pradesh)… aucune différence héhé.
Les 2 premières heures de vélo ont été jouissifs; route quand même bien pavée tout en descente dans une plaine. Le paysage qui m’entourait était tout droit sorti d’un vieux Western Spaghetti des années 50-60. J’avais l’impression que John Waine et/ou Clint Eastwood allaient sortir de nul part sur leur cheval. Que demander de mieux pour commencer la journée?
8:10 – Première difficulté de la journée avec l’ascension des Gata Loops; série de 21 zigzag totalisant 10km et un peu plus de 300m d’ascension. Cela devrait se faire les 2 doigts dans le nez. En plus, le soleil n’a toujours pas franchit les montagnes. J’ai donc une fraicheur additionnelle non négligeable comme allié. Malgré tout, il fait déjà une chaleur d’enfer. J’en donc encore une fois revêtu mon costume de femme musulmane; rien ne dépasse excepté mes mollets et ma face (ce n’est pas un voile intégral). Aussi, le ciel est totalement exempt de nuage. C’est comme si Dieu avait décidé de ne rien mettre sur le canvas du ciel… mis à part la Lune, qui disparait peu à peu.
9h40 – Les Gata Loops sont choses du passé. Je me trouve désormais à 4667m d’altitude, mais l’ascension n’est pas tout à fait terminée… oh que non, c’est mal connaitre le Ladack de penser cela. Il me fallait encore monter pour atteindre la NakeeLa, petite passe secondaire.
11:20 – Complètement à bout de force, j’aperçois des drapeaux de prières au tournant d’un virage. Cela ne peut dire qu’une seule chose; je suis arrivé au sommet… j’ai finalement vaincu NakeeLa sur 1 genou. Même en pleine forme, cette Passe est de loin la plus difficile des 3 que j’ai faites jusqu’à maintenant. Ce n’est pas en raison de difficultés quelconques, mais plutôt parce que le dernier point de ravitaillement avant de s’y attaquer est à plus de 40km.
Disons que ça n’a pas été une partie de plaisir comme je l’avais envisagé; le cardio, la tête et les jambes sont là, mais ce matin en voulant aller me resservir une tasse de thé, je me suis solidement pété le genou droit sur le coin d’une table. Au départ, je ne ressentais rien, mais quand j’ai commencé à monter, et donc à forcer des jambes, une vive douleur est apparue.
L’ironie dans tout cela c’est que Nakeela n’est même pas considérée comme une Passe à part entière en raison du fait que tout de suite après, on descend de 200-300m sur 5-6km, pour tout de suite entamer la montée de la LachulungLa pointant à 5065m et bien visible du haut de Nakeela.
Au moment d’amorcer ma descente, je n’avais qu’une seule chose en tête; MANGER. Pour ceux comme moi qui seraient désespérément à la recherche de nourriture, il existe un campement TRÈS TRÈS de base nommé Whiskey Nullah entre les 2 passes. L’endroit comprend un total de 2 restaurants et 6 tentes… on peu même y coucher.
En fait, je crois que l’expression « au milieu de nul part » a été inventée pour décrire cet endroit. De la façon dont le camp est organisé, j’ai l’impression d’être avec des gitans.
J’étais bien assis à manger à Whiskey (ils ne vendent pas d’alcool) quand j’ai vu s’arrêter 8 cyclistes avec un guide… et un gros autobus Full Equip. En discutant avec l’un d’eux, il était complètement renversé que je fasse le trip en solo. De mon coté, j’étais aussi complètement renversé de l’entendre; ils n’ont pas à transporter de sac sur leurs épaules ou sur leur vélo et en cas de faiblesses, ils peuvent « skipper » une partie du trajet et se reposer dans le bus climatisé. On appelle ça le gros luxe…
Je les regardais monter la montagne que je venais de descendre (heureusement ils n’allaient pas dans le même sens que moi… c’est donc la dernière fois que je les vois) et malgré tous leurs beaux artifices, la plupart peinaient beaucoup dans une section que je qualifierais de facile. J’ai ensuite regardé le bus quitter avec à son bord 4 des cyclistes… P A T H É T I Q U E. Quand je pense que ces cyclistes vont se « vanter » d’avoir fait la route Manali/Leh à vélo, ça me donne le goût de vomir à penser à tout le jus de genou que j’investi dans l’aventure. Bref, c’est dommage, mais l’argent peut acheter n’importe quoi… et dénaturer les exploits.
Moi dans tout cela, durant tout mon lunch, je jonglais avec l’idée de passer la nuit à Whiskey ou faire l’ascension de la Lachulung La. D’une part, bien que l’ascension ne semble pas si difficile, une affaire de 2-3h, je ne sais pas qu’est-ce qui m’attends de l’autre côté. De plus, mon genou me fait souffrir même au repos et j’aime bien l’idée de dormir ici. Ce serait ASSURÉMENT mon nouveau record d’endroit perdu pour coucher (Patsio a l’air d’une ville à côté d’ici).
Après quelques minutes de délibération, j’ai décidé… de passer la nuit dans ce trou. Je suis curieux de voir cet endroit à la tombé de la nuit… et d’être entouré de 4 indiens/tibétains avec qui je suis incapable de communiquer sauf par signes. C’est le genre d’expérience que je n’ai pas encore tentée et ça me stimule au plus haut point.
La « chambre » qu’on a mi à ma disposition est donc une tente tipi dans laquelle on a disposé un matelas de sol… et il n’y a pas de porte d’incluse dans le deal. Pour ce qui est de mes 2 oreillers, je suis convaincu que ce sont des sacs de riz.
Sinon, pas besoin de me poser la question à savoir s’il y a des bibites de lit, j’ai déjà ma réponse… L’endroit, quoique très crasseux, me fait de l’effet et de toute façon, je suis probablement plus sale que tout ce qui se trouve dans la tente…
J’ai donc passé l’après-midi à ne rien faire dans ma tente pour reposer mon genou. J’en ai profité pour avancer mon livre 20000 lieux sous les mers de Jules Verne…
Je me disais constamment « et si j’avais… continué mon chemin, monté la Passe et fait les 29km qui me séparent de Pang », prochain campement et endroit réputé pour être très hospitalier. À chaque fois que j’avais ces pensées, je n’avais qu’à bouger le genou pour me rappeler pourquoi j’étais dans un trou avec 4 tibétains (le drapeau du Tibet flotte fièrement devant le campement). Pour me rassurer encore plus que j’avais fait le bon choix, j’ai décidé de suivre une jeep qui partait du campement jusqu’en haut de la montagne. Ça lui a pris 45min… et moi qui croyais que c’était une petite montagne en la regardant… comme quoi la perception ici peut-être trompeuse.
Je vais donc passer la nuit à me les geler, mais cette fois, puisque j’ai lu/dormi toute l’après-midi, je me promets de m’assoir dehors une fois la nuit tombée pour admirer les étoiles. Il faut bien que ça serve à quelque chose d’être dans un trou (absence totale de lumière).
..
Jour 6 – NO MAN’S LAND (Pas âme qui vive)
Info;
– Whiskey Nalla (+/-4600m) – N, E, T
– Lachulung La (5065m)
– Pang (4530m) – N, E, T
– Morey Plains (4700m)
– Tso Kar Lake (4500m) – N, E, T
Nombre de kilomètres; 76km
Total; 358km
Description;
Dans le genre d’endroit où j’ai couché, le temps perd toute signification. Peu m’importe de savoir quelle date, quelle jour de la semaine et qu’elle heure il est. La seule chose qui importe est de savoir si le soleil est debout ou couché et donc, si je peux continuer mon chemin ou dormir.
Sans réveil-matin (iphone mort), je me suis réveillé aux 1ères lueurs du soleil qui pénétraient dans ma tente… et surtout aux camions qui passaient. À ce moment là, les camions utilisaient encore leurs phares de nuit et la Lune était bien visible. J’en ai donc déduit qu’il devait être autour de 5h (les camions ne roulent pas durant la nuit sur cette route).
Quelques minutes plus tard, toutes mes affaires étaient emballées et j’étais près à commencer l’ascension. Il faut savoir qu’à l’endroit où je dormais, il commence à servir les déjeuners vers 7h… beaucoup trop tard pour moi. J’ai donc décidé d’attendre jusqu’à Pang quelques 29km plus loin.
Toute l’ascension (seulement 5km) s’est faite sous un froid de canard puisqu’aucun rayon du soleil n’était sur ce flanc de montagne. L’ascension n’était pas très difficile puisque la majeure partie du travail avait été fait la veille lors de l’ascension de la NakeeLa. Cependant, pour la 1ère fois du trip, l’altitude se fessait sentir; je respirais très péniblement et j’avais beaucoup de mal à retrouver mon souffle. À 5065m, le sommet de la LachulungLa ne comporte aucun intérêt.
Après Lachulung, 24km de descente non stop m’attendaient jusqu’à Pang… et mon petit déjeuner. C’était des conditions off-road, du vélo de montagne à l’état pur puisque la route était en terre et très cahoteuse. À ce moment, j’ai eu une pensée pour ceux qui font le trajet en vélo en sens inverse. Autant je m’amusais comme un petit fou à descendre, autant j’aurais sacré à monter dans ces conditions.
Jusqu’à Pang, j’ai presque eu la route à moi tout seul, ne voyant que 2 ou 3 jeeps/camions. Je m’en suis donc donné à coeur joie. Après tout, je n’étais pas le seul à vouloir arriver à Pang A.S.A.P., mon estomac grondait. Le genou dans tout cela? Il me fessait encore souffrir, mais ce n’était rien comparativement à la veille.
Du sommet de la montagne jusqu’à Pang, j’ai donc avalé les kilomètres à un rythme effréné… tout en arrêtant à toutes les 30secondes pour admirer le paysage et prendre des photos. Le spectacle auquel j’ai été convié m’a laissé bouche bée. La route passait dans une gorge très serré entouré de montagne d’un rouge/orangé aux arrêtes tranchantes comme des couteaux; on aurait dit une cathédrale sculptée par la nature (sans plans et devis donc c’est tout croche). Avec le jeu d’ombrage dû au fait que j’y passais en début de matinée, et que le soleil n’illuminait pas tout de manière uniforme, c’était magique. Puis ce qui devait arriver arriva… j’ai manqué de batteries avec un peu moins de 10km à faire jusqu’à Pang. C’était vraiment frustrant puisque la route venait de sortir de la cathédrale et suivait désormais une petite rivière quasiment asséchée et entourée de montagnes de sable formant des espèces de pyramides.
8h50 – Je me retrouvais à pédaler au centre de Pang. L’endroit n’est pas vraiment digne d’une carte postale, au contraire. On m’avait vanté l’endroit en disant que ça avait beaucoup de charme… eh bien je le cherche encore. Selon moi, c’est aussi charmant qu’un pitbull… ce sera donc un très bel endroit pour ceux qui aime cette race de chien. L’endroit est une succession de campement, comprendre restaurant/hôtel, le long d’une rivière. Seul hic, le site est un vrai chantier et c’est très bruyant. Il y a aussi beaucoup d’hébergement, l’endroit doit donc grouiller de touristes le soir venu. Je suis donc très content de ma décision de rester à Whiskey hier.
Arrivé là-bas, je n’avais qu’une seule et unique chose en tête; trouver une prise de courant qui fonctionnait durant le jour… et manger. Si c’est déjà difficile de trouver une prise, c’est mission impossible d’en trouver une qui fonctionne le jour puisque l’électricité est généralement produite avec des génératrices et ils ne les allument que le soir venu.
Ceci étant dit, j’ai quand même tenté le coup. À mon arrivé à Pang, la communication était difficile avec les habitants, j’ai donc sorti mon adaptateur de courant et je l’ai montré à tout le monde. Ils ont fini par m’indiquer une maison de pierre plus haute sur la colline. Par miracle, la maison était un restaurant… qui fonctionnait à l’électricité toute la journée.
EUREKA
J’ai donc fait un pit « battery » stop un peu plus long qu’habituellement, histoire de recharger mes batteries et celles de mes appareils.
10h30 – Une fois le plein d’énergie exécuté, j’ai enfourché mon vélo, posé mes fesses là où elles se doivent d’être et pris la direction du Tso Kar Lake quelques 40km plus loin. Juste avant de partir de Pang, il m’est passé par la tête de remonter le sentier que j’avais emprunté plus tôt pour aller prendre des photos… mais cette idée est ressortie aussi vite héhé…
La température tempéré/froide de ce matin avait désormais fait place à une chaleur torride sous un soleil prenant bien soin de se faufiler partout afin d’éliminer toute traces d’ombres. De plus, comparativement à hier, le ciel d’aujourd’hui était recouvert de ses plus beaux nuages. Autant hier j’étais content de voir un ciel exempt de tout nuage, autant aujourd’hui j’étais heureux du contraire. En effet, les nuages ajoutaient au paysage en nuançant les couleurs des montagnes avec un jeu d’ombres.
Après une ascension courte, mais pénible… vous savez quand vous allez dans l’eau un peu trop tôt après avoir mangé et que vous avez une crampe… eh bien quand vous vous êtes bourré la face, que vous êtes parti tout de suite après et que vous n’aviez pas remarqué que la route montait abruptement tout de suite en partant…
Je disais donc; après une ascension courte, mais pénibles, je me retrouvais à 4700m dans les « Morey Plains », une plaine offrant des vues à perte de vue de chaque coté. Exception faite des bergers et de leur troupeau, il n’y a pas âme qui vive dans cette contrée désertique pas très large (quelques km), longue de 60km et entourée de montagnes exemptes de végétation.
Il ne me restait donc qu’une seule chose à faire; suivre la merveilleuse ligne noire tracée par l’homme au beau milieu de la plaine et parcourir les 42km qui me séparait du prochain relais, qui était aussi mon stop pour la soirée… en souhaitant que le vent demeure dans mon dos et qu’il me pousse sur cette pente descendante (paresseux vous dites…).
Le trajet se faisant sans trop d’effort, je pouvais vaquer à mes activités préférés; me faire intoxiquer par le gaz d’échappement des camions lourds qui passaient, passer au travers d’un troupeau de chèvres/brebis… je ne sais pas trop bon… qui se trouvait au milieu de la route, me faire klaxonner par de foutus véhicules même si la route est large comme 3 camions et que je roule sur le bord de l’accotement. C’est pas mal ça… Est-ce que j’oubli quelque chose… je ne pense pas… ahhh oui… shit j’ai oublié… ça va me revenir… mais bien sur comment j’ai pu ne pas y penser; admirer le formidable panorama qui défilait sous mes yeux beaucoup trop vite à mon gout (Le dernier point était de loin le plus intéressant).
Comme toute bonne chose a une fin, la superbe ligne noire a fini par se transformer en une horrible ligne grise. En bon québécois du Lac St-Hean, c’est devenu une route en planche à laver. Je me retrouvais donc bien malgré moi au beau milieu d’un mauvais remake de « Casse-Noisette » quelques 10-15km avant ma destination (ce que je ne savais pas, c’est que ça prendrais beaucoup de temps avec que je revois ma ligne noire adorée…).
Peu après, j’ai fait la rencontre d’un vieil homme à vélo, tout seul et allant dans le sens contraire. J’en ai donc profité pour lui demander s’il savait où se trouvait l’embranchement pour se randre au Tso Kar Lake. Il m’a alors répondu qu’il y avait justement séjourné hier et qu’en quittant ce matin, il s’était trompé de direction et avait roulé 3h en direction de Leh au lieu de Manali. À ce moment même, j’ai eu un coup de téléphone de la part de mon département « instinct ». Le message était assez clair « mon gars, vas-tu vraiment suivre les indications d’un gars qui ne sait pas faire la différence entre le Nord et le Sud, entre le chemin qu’il a emprunté la veille et un nouveau chemin?!? Écoute-moi dont à la place… est-ce que je t’ai déçu jusqu’à maintenant?!? ».
Je dois admettre que cette remarque n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. J’ai donc coupé court à la conversation et je lui ai souhaité bonne chance. Après tout, il en aura besoin. Au moment où je l’ai rencontré, il devait être 15h. Il voulait se rendre à Pang (de toute façon il n’avait pas trop le choix, il n’y a rien entre ici et là), donc il avait 42km à faire contre le vent et sur un route en ascension constante…
J’ai donc continué un peu mon chemin pour voir une route de terre qui allait vers la droite et donc, qui déviait de la route principale. Sensé être pas mal rendu à la jonction avec la « route » du lac, et puisque celle-ci était sensée être sur la droite, je me suis dit que ça ne pouvait pas être une coïncidence. J’ai donc emprunté cette route de terre/sable… bref, pas une route… qui semblait mener nul part et qui se décuplait en plusieurs petits sentiers à tout moment. Gardant le centre tout le long, j’ai finalement aperçu la terre promise et un campement fait de tentes blanches. Sachant que c’était le seul campement à des miles à la ronde (j’ai appris par après qu’il y avait un village de l’autre coté du lac avec un campement moins cher) et que je n’avais ni l’énergie, ni la volonté de continuer mon périple plus loin aujourd’hui, je m’attendais au pire en ce qui concerne le prix (le mot monopole vous dit quelque chose).
J’y ai effectivement goutté, mais j’ai sorti la seule carte que j’avais dans mon jeu et qui risquait de les toucher droit au cœur (sortez les violons). Je leur ai dit que si je payais le montant qu’ils voulaient que je paie, je n’aurais plus assez d’argent pour me rendre jusqu’à Leh (ce qui est complètement faux). Résultat; j’ai eu la tente à moitié prix héhé. C’est encore cher, mais c’est dans mes cordes et en prime, je couche dans une superbe tente avec électricité et j’ai le diner et déjeuner all you can eat d’inclus (Croyez-moi, je vais leur faire honneur).
Je vais donc profiter de la vie des gens riches et célèbres ce soir et essayer de reprendre des forces du mieux que je peux puisque demain s’annonce comme étant peut-être le jour le plus difficile du parcours avec un trajet d’environ 70km et l’ascension de la TaglungLa Pass qui pointe à 5300m. Il s’agit de la dernière difficulté du parcours et après ce sera tout en descente jusqu’à Leh durant environ 100km.
Pour l’heure, je compte bien continuer de terroriser les petites madames du campement; les résidents du camp sont en très grande majorité des couples de personnes âgées… quand je me suis pointé sur mon vélo, ça a crée tout un émoi et certains petits vieux ne cessent de me dévisager comme si j’étais un extraterrestre.
Au souper, je me suis rapidement rendu compte que je n’étais pas à ma place; j’étais de loin le plus jeune (même avec ma barbe de pas propre qui me donne 10ans de plus) et le souper était un buffet servi dans de l’argenterie.
Il fait donc encore un froid d’enfer pour aller me coucher. Consolez-vous gens du Québec si vous n’avez pas un bel été, ici nous sommes au milieu de l’été et 0 la nuit est une température tout à fait normale.
Le jour qui se termine est assurément le plus spectaculaire depuis le début (les jours 1, 2 et 4 ne sont pas très loin) et probablement l’un des plus beau (en terme de beauté) de ma vie. J’étais déjà complètement subjugué par ce que j’avais vu durant l’avant-midi (les photos ne rendent pas justice à mon avant-midi), Dame Nature a décidé de sortir tout son kit pyrotechnique afin de m’en mettre encore plus plein la vue en après-midi. En fait, depuis Baratpur (milieu du jour 4) le paysage ne cesse de me couper le souffle. Les premiers jours étaient super aussi, mais ils ne se situent pas dans la même catégorie.
À l’image du film « le jour de la marmotte » avec l’excellent Bill Murray, j’aimerais pouvoir revivre encore et encore et encore le jour que je viens de vivre… je finirais probablement par me lasser de faire du vélo seul, mais bon…
…
Jour 7 – TEMPÊTE AU SOMMET
Info;
– Tso Kar Lake (4500m) – N, E, T
– Morey Plains
– Debring (4570m) – N, E, T
– Taglung La (5350m) – N, E
– Rumtse (4325m) – N, E, G
Nombre de kilomètres; 61km
Total; 419km
Description;
Tout d’abord, si vous trouvez que mon titre sonne comme un mauvais film de série B, vous avez visé juste et sachez que c’était mon intention. Vous saurez un peu plus loin pourquoi.
Commençons par le commencement…
Ce matin, j’ai été très paresseux… je me suis levé à 5:20. À ma grande surprise, le soleil avait déjà franchit les petites montagnes à l’Est de la vallée et tout était clair.
Somme toute, la nuit avait été froide, mais pas glaciale. J’ai donc été rapidement remis sur Terre avec le vent glacial qui m’a accueillit en sortant de ma tente.
Un petit déjeuner copieux, puis je remballais mes trucs pas vraiment en vitesse (je ne voulais pas vraiment quitter ce campement) pour reprendre la route à 6:15.
First thing first, je devais rejoindre la route principale via le chemin de terre que j’avais emprunté pour me rendre ici. Plus facile à dire qu’à faire puisque sur 5km, c’était essentiellement en monté et en sable. Autant dire que j’avais toutes mes misères et que j’ai marché la majeure partie.
Je retrouvais donc la route telle que je l’avais laissée hier; aucune ligne noire à l’horizon. Je pouvais donc peaufiner mon numéro solo de casse-noisette commencé la veille. Quel spectacle ce sera. Cela dit, ça ne doit guère être plus amusant en moto, jeep ou autobus…
Après une quinzaine de kilomètres et une fois passé Debring, village (je dis le mot village en me pinçant le nez) moribond en bord de route, il n’y avait toujours aucune trace de ma ligne noire. J’avais portant fini ma répétition et j’étais fin près à entamer mon numéro; l’ascension de la TaglungLa, pointant à 5350m, sur 24km.
Un peu après Debring, la route nous amène dans une vallée en cul de sac. On voit alors très bien la route monter jusqu’au sommet de la montagne qui nous fait face. À la vue de cette vallée, j’avais beaucoup de misère à croire que le sommet de la Passe était cette « petite » montagne devant moi. Il me restait plus de 600m à monter et un peu moins de 20km à parcourir et j’étais convaincu qu’en 1 heure, 2 gros max, je serais en haut.
Eh bien, je n’aurais pas pu être plus dans le tort. Après 3 heures d’ascension, il me restait toujours une bonne distance à parcourir et je n’avais plus aucun doute à savoir que c’était bel et bien la Passe.
J’ai lu dans un article il y a quelques semaines que dans un environnement sans trop de pollution (comme ici), l’œil est facilement trompé en ce qui concerne les distances. En effet, nos yeux sont habitués d’évoluer dans des environnements où la pollution est omniprésente. Ils ont donc de la misère à s’adapter. J’ai très mal expliqué le concept, mais sachez que c’est vrai.
L’ascension fut des plus pénibles, j’oserais dire la section la plus pénible du trajet, non pas en raison de l’altitude ou de ma condition physique, mais bien en raison de l’état pitoyable de la route. J’avançais à pas de tortue sur cette route de gravelle au mieux en planche à laver.
10:30 – Je touche presque au but. Je suis droit devant la Passe et il ne me reste qu’un virage à faire… ne sortez pas les tambours et trompettes trop vite, il m’en reste pour au moins 1h avec le dernier bout « droit » (croche).
Depuis le début de mon ascension, le soleil a tranquillement fait place à des nuages d’un gris argenté. Tout juste avant le sommet, ce qui devait arriver arriva…
Des nuages d’un gris argenté ça vous fait penser à quoi?!?
1 morceau de robot à celui ou celle qui a dit « ça me fait penser à l’hiver »… Bingo
Un bon 2 kilomètres avant le sommet, je me suis fait cueillir par une tempête de neige (J’aurais souhaité des confétis, mais bon, on va faire avec ce qu’il y a en stock).
Durant un lap de temps d’environ 20min, la neige a gagné en intensité au point où j’en ai eu toute une chienne. J’étais au milieu de nulle part… que faire si la neige persistait ou même pire, s’accentuait?
Puis, tout d’un coup, elle a cessée aussi vite qu’elle avait commencé… pour recommencer de plus belle quelques minutes plus tard.
Pas besoin de vous dire que j’étais petit (pas juste en raison du froid) dans mes shorts à ce moment. J’avais plein d’idées sombres qui me passaient par la tête;
« Y-a-t’il un pire endroit qu’à plus de 5000m d’altitude pour être pris dans une tempête… mis à part l’Everest?!? »
« Après tout ce chemin, tu vas mourir gelé au sommet de la dernière montagne »
« Coudonc, est-ce que je suis dans un mauvais remake de 127heures… à la différence que je suis pris au sommet d’une montagne et que je vais perdre un bras à cause du froid »
Et puis, comme si ce n’était pas suffisant… BANG… mon pneu arrière a éclaté…
Nahhh… je vous taquine (pas pour la neige… pour le pneu).
L’heure que j’ai passée sous la rafale de neige n’a vraiment pas été la plus belle de ma vie, loin de là. Puis, comme si c’était arrangé avec le gars des vues, la neige a cessée 100m avant le sommet. Cependant, la température était restée; il faisait un froid d’enfer. Je n’ai jamais souhaité autant voir le soleil qu’à ce moment.
11h30 – Je peu enfin souffler un peu… le sommet est vaincu. C’est donc un 4/4. Le sommet est particulièrement occupé comparativement aux 3 autres. En plus d’une Gompa (temple), d’un bâtiment en ruine et d’une espèce de rond point, il y avait un vendeur de thé, quelques motards indiens et un homme avec ses ânes.
Je suis donc à 5350m, le 2ème plus haut endroit où je suis allé dans ma vie jusqu’à maintenant. Comparativement à la 1ère fois, je me sens extraordinairement bien… si on fait abstraction de la situation qui prévalait il y a quelques minutes.
Mention toute spéciale lors de mon ascension aux ESTIS DE CAVE de chauffeur de jeep/minivan qui passaient à 1 pied de moi à pleine vitesse en sens inverse. À un certain moment, j’avais l’intention de me faire une provision de roches et d’en pitcher dans leur pare-brise. J’aurais bien aimé voir un de ces chauffeur s’arrêter et venir à ma rencontre… je lui aurais défoncé le crâne… Mais bon, ceci était dit, c’est un autre de mes rêves indiens qui ne se réalisera pas (heureusement). L’attitude de ces conducteurs fait honneur à la réputation que je me suis faite à propos des indiens; une gang de sans génie.
Après la Passe, ça devenait un jeu d’enfant jusqu’à la fin puisque la route descendait continuellement jusqu’à Leh, 110km plus loin.
La montagne me réservait alors une surprise des plus inattendus. Quelques kilomètres après le sommet, la ligne noire est réapparue. Fini la gravelle et casse-noisette. J’allais pouvoir apprécier pleinement les 1200m de descente sur 30km dans un décor surnaturel en raison de la lumière hivernale.
Imaginez-vous un instant descendre à très bonne vitesse, sans avoir à pédaler, pendant plus de 1 heure… dans un décor à couper le souffle. GRISANT
Entretemps, la température s’était calmée et le soleil revenait tranquillement à l’avant-plan. Je crois que la neige était une sorte de test final; Dieu et Dame Nature gardent un oeil attentif sur les énergumènes qui tentent de faire la route Manali/Leh à vélo. Une fois presque rendu au sommet de Taglung, leur plus « effrayante » création, ils envoient la neige en se bidonnant afin de valider si le candidat mérite vraiment de finir le parcours. Ceux qui rebroussent chemin, ou pire qui font de l’auto-stop, sont recalés.
2:00 – La route m’a mené sans trop d’effort jusqu’à Rumtse, petit village charmant où j’ai décidé de passer la nuit. Il y a un bon choix de restaurants/hôtels et quelques sites de camping. Rumtse marque le retour à la civilisation dans la mesure où c’est le premier endroit depuis Darcha où les habitants résident à l’année et où ce sont de vrais bâtiments et non simplement des campements en toiles.
À noter que même si l’auberge (un bâtiment en terre cuite en sous-sol et non en hauteur… eux ils ont compris l’affaire avec cette chaleur) où je me trouve offre des douches avec eaux chaudes, que la dernière douche que j’ai prise remonte à il y a 5 jours et que la poussière est devenue comme une seconde peau, je ne sais pas trop pourquoi, mais je n’ai pas envi de prendre une douche (je suis sur que vous êtes content que je partage l’info avec vous). Pourquoi, je sais pertinemment qu’à la minute où je vais enfourcher mon vélo pour la dernière fois demain matin (snif snif), je vais être tout sale… et je me suis a-taché à toutes les traces d’huile que j’ai sur les jambes héhé. Comprenez moi bien, à mon arrivé à Leh demain quand ce sera fini, c’est officiel que ce sera la première chose que je vais faire…
Bon allez, un peu de repos et on va clore cette autre aventure en beauté demain.
…
Jour 8 – MONASTÈRES EN FOLIE
Info;
– Rumtse (4325m) – N, E, G
– Samosa (4136m) – N, E, G
– Gya
– Miru
– Upshi (3400m) – N, E, G
– Karu (3350m) – N, E, T
– Stakna – N, E
– Thiksey (3260m) – N, E, G
Nombre de kilomètres; 88km
Total; 507km
Description;
5h30 – Je prends la route sans avoir déjeuner (personne n’était réveillé en ville). Un peu après Rumtse et jusqu’à Upshi, quelques 30km plus loin, je suis sur le cruise control (en descente constante) au travers d’une gorge très étroite, faites de montagnes de sables bourgognes. Je ne m’y sens pas des plus confortable en raison des montagnes très abruptes tout juste en bordure de la route… un éboulement est vite arrivé.
Tout juste avant Upshi, la route sors de la gorge pour déboucher sur une immense vallée, une vallée qui me conduire directement jusqu’à Leh.
6h50 – Upshi; le village se résume est un espèce de rond point autour duquel se trouve une vingtaine de restaurants. En fait, il n’y a que ça comme bâtiment et pour tout dire, ça ressemble à une petite ville western.
C’est l’heure du déjeuner…
Dès mon arrivé, je me rends vite compte que je suis le seul touriste en ville (le touriste normal ne se réveille que vers 8h). C’est facile, tous les restaurateurs me regardent et je ne sais pas trop quoi faire et dans lequel aller. Finalement, une jeune femme me regarde avec le sourire… mon choix est fait héhé.
7h10 – Aussitôt arrivé, aussitôt reparti. Après tout, j’ai une grosse journée devant moi; je veux visiter au moins 3 monastères, dont 2 qui nécessitent des détours, et cela nécessitera un bon 50km de vélo.
Le chemin à partir de Upshi est sans aucun intérêt, mis à part si vous aimez les installations militaires…
8h10 – Arrivé à Karu. De là, je peux commencer mon pèlerinage bouddhiste.
Dans un premier temps, direction Hemis Gompa, très haut perché dans la montagne (parce que non, les monastère ne sont pas au creux des vallées près des rivières) à quelques kilomètres de l’autre côté de la rivière, l’un des plus connus et le plus gros de tout le Ladack.
Une rumeur veut que Jésus… oui oui, notre bon fils de Dieu… ait été un moine durant très longtemps à Hémis avant de revenir en Occident (vous savez, les 28-29 premières années de sa vie au sujet desquels nous ne savons rien). Une autre rumeur veut qu’il soit retourné ici lorsqu’il est ressuscité… brrrrrr (bruit de gars qui s’étouffe)… et que son tombeau se trouve quelque part dans les murs du monastère. Il n’y a jamais de fumée sans feu, mais bon…
J’entame donc l’ascension. Après un certain temps à rouler, je m’inquiétais de fait que je ne croisais aucune voiture; est-ce qu’on est dimanche? Est-ce que c’est fermé?? Est-ce que je suis en train de monter cette foutu cote pour rien moi la?!?
Après environ 1h d’ascension depuis Karu et après avoir passé un petit village charmant du même nom (Hemis, pas Karu), j’ai finalement atteint Hemis. Le monastère se trouve dans un repli de la montagne sur le coté de la vallée et est complètement caché jusqu’à la dernière minute. Il n’a l’air de rien de l’extérieur, mais sa cour intérieure surprend.
En entrant dans la grande salle, les moines étaient en train de prier. Moi, gros touriste colon qui n’avait pas vu l’écriteau « no photography » à l’entrée du temple (au moins j’avais enlevé mes souliers), je fessais le tour en prenant une tonne de photos et vidéos… Peu importe, personne n’est mort à cause de cela à ce que je sache héhé.
Sinon, j’ai un grand respect pour les bouddhistes dans la mesure où même si leur bâtiments est très vieux, les gabarits sont quand même assez grand pour que je ne me pète pas la têt… ouch… j’ai peut-être écris trop vite.
J’ai aussi eu quelques sourires en coin lors de ma visite;
D’une part lorsque j’ai vu un moine sortir un téléphone intelligent d’en dessous de sa robe, toge, machin chose rouge jaune… appelez ca comme vous voulez bon…
D’une autre, je trouvais très drôle de voir des lumières de Noel cheapette digne du Dolarama dans un lieu aussi sacré.
Check; pisser dans un recoin d’un temple bouddhiste… parce que je ne trouvais pas les foutus toilettes dans le labyrinthe de corridor et que j’avais très envi… c’étais mes shorts ou le temple et je crois avoir fait le bon choix… anyway ça va sécher (j’espère que ce n’était pas sur le mur derrière lequel Jesus est caché).
Après être redescendu à Karu et évité un poste de contrôle, il fait un permis pour emprunter la route que j’ai prise, j’étais en route vers le 2ème temple sur ma liste; la Chemde Gompa.
J’étais sur à 80% que le monastère était environ au kilomètre 8 sur cette route… par contre, après 4km, j’étais sur à 100% que c’était un plan de nègre d’aller là. Il faisait chaud comme dans mon cul et je ne voyais rien à l’horizon. Je commençais à avoir des pensées comme « hier t’a failli crever de froid en haut d’une montagne et regarde où tu viens de te fourer… tu va mourir de chaleur dans un désert ». Je me suis alors dit que si je n’avais rien vu après 8km, j’allais rebrousser chemin parce que ce n’était pas plus loin c’était sur… loin.
6km…
7km…
Toujours rien à l’horizon…
Puis, j’ai vu une forêt apparaitre au milieu de la vallée. Je me suis alors dit « bingo, je me souviens qu’il y avait une forêt comme ça devant le monastère (sur la photo que j’ai vue). Durant les 10 minutes qui ont suivit, j’avais les yeux 1sec sur la route, 10 secondes sur la forêt… j’espérais voir apparaitre le monastère… en vain.
Tel que promis à moi-même, je me suis résigné à tourner les talons après avoir dépassé le 8ème km… « c’est pas vrai que tu vas mourir ici et comme ça ».
BANG… « ESTI YÉ LÀ » (désolé pour les âmes sensibles, mais c’est réellement ce que j’ai crié en me tournant la tête)
J’avais tellement eu les yeux rivés sur un seul et unique point durant les dernières minutes que je n’avais pas vu le temple tout juste à côté de moi… et que je l’avais même dépassé…
Un problème de résolu…
Encore une fois, mon département de « l’instinct », jumelé à celui de « l’insouciance » ont fait du bon boulot.
Un autre problème pointait cependant à l’horizon; je voyais le monastère sur la colline et la forêt l’entourant… mais pas moyen de trouver la foutu route y menant. Puis, à un certain moment en continuant un peu plus loin, j’ai vu une belle allé asphaltée, entourée de feuillus et descendant je ne sais où. Je me suis alors dit « c’est maintenant où jamais… si ce n’est pas là, je laisse tombé ».
J’ai donc descendu l’allé pour déboucher sur une plaine avec le monastère direct dans la face. Plus aucun obstacle entre moi et lui. Juste ce moment a valu les 8km de questionnement et les 8 suivants pour retourner sur la route principale.
WOWe
Perché sur une petite montagne, ce monastère est l’une des plus belles images que j’ai pu voir en Asie (les photos ne lui rendent pas justice).
Comme je l’ai dit plus tôt, ce monastère est sur une route où il faut se procurer un permis (la route du Pangong Lake). Il n’y a donc aucun touriste à l’horizon, ce qui contraste énormément avec le monastère de ce matin où il pleuvait des jeeps et des minivans.
Malheur pour moi, je suis arrivé au début de la période de lunch (monastère fermé) d’une durée d’une heure. Je ne pouvais pas me permettre d’attendre 1h ici puisqu’en cas de problème, il n’y a aucune guesthouse dans les environs. De toute façon, j’ai plus souvent qu’autrement été très déçu par l’intérieur de majestueux bâtiments et quand tu as vu l’intérieur d’un monastère, tu les as tous vu.
Je me suis donc trouvé un arbre le long de la route à un endroit que me permettrait d’avoir un peu d’ombre et une vue sur le monastère… et j’ai mangé mes provisions; 2 sacs de biscuits…
Énergisé comme jamais (voir le sarcasme), j’entamais le dernier droit de ma promenade d’aujourd’hui, environ 16km jusqu’à Thiksey, un village avec supposément le plus beau monastère du Ladack, où je me propose de passer la nuit.
Bon… Allez… Tous ces km ne se feront pas tout seul, tu n’as pas les meilleures jambes du monde présentement et l’huile qui s’est renversée dans ton sac il y a 2 jours fait en sorte que ta chaine de vélo n’est plus jeune jeune non plus (elle débarque souvent)… Cesse de contempler ce majestueux monastère et en route (de me dire mon cerveau).
En redescendant vers Karu, donc pour rejoindre la route principale, je me suis rendu compte à quel point j’avais pu monter en altitude entre Karu et le temple. Alors qu’en montant j’avais l’illusion que c’était légèrement incliné, en descendant, ça ne fessait pas de doute; la pente était très forte. Je comprends maintenant pourquoi quand j’avais l’impression que ça descendait un peu et que je me mettais sur le 2ème ou 3e plateau, je n’avançais pas… et ça me décourageait… c’est tout simplement qu’il n’y avait pas de descente… Foutu illusion du désert. J’avais garde d’être fatigué comme jamais et de juger contre ma chaine de vélo qui ne marchait plus. La vérité c’est que mon vélo marche très bien et que cette pente est probablement la plus forte que j’ai eu à monter de tout le trajet. Autant vous dire que j’en ai doublement profité lors de la descente.
1h00 – En 2 temps, 3 mouvements… peut-être 4… j’étais de retour à Karu et sur la grand route en direction de Thiksey. Cette fois, il n’y avait pas de détour ou de route secondaire à prendre, le village et le temple se trouvait directement sur la route de Leh.
Je retrouvais donc mon bon vieux désert comme je l’avais laissé ce matin, exception faite de la couleur des montagnes qui était dorénavant un mélange de rosé/blanc.
Puis, j’ai commencé à apercevoir au loin un espèce de château blanc sur le dessus d’une montagne au loin. J’ai fini par comprendre que c’était la Stakna Gompa. Perché sur une petite montagne au milieu de la plaine, le monastère est parmi les plus vieux du Ladack. Cela dit, il est de très petite taille et il semblait rapetisser et perdre du lustre plus j’avançais vers lui. Malgré tout, c’est un très beau bâtiment, mais il était hors de question que je monte le visiter… mes jambes, surtout mon genou droit, ne me l’auraient jamais pardonné. Ils m’auraient dit « ma te dire ques qui a en haut mon pti gars… ya de vieilles poutres, des gars en jaquettes qui prient et qui parlent au cellulaire et c ça ». Vous avez bien raison les gars…
Je me suis donc approché de très près pour prendre des photos et sans plus.
Quelques kilomètres après, j’ai finalement abouti à Thiksey. Vous aurez compris depuis le temps que chaque village a adopté le nom de son monastère. Réputé pour être le plus beau monastère du Ladack, architecturalement parlant… et c’est vrai, la Gompa occupe la totalité d’une petite montagne et semble en très bon état comparativement aux autres que j’ai vu. On m’a expliqué que ce monastère est le plus riche du Ladack et qu’il appartient à l’ordre bouddhiste le plus puissant (il existe 4 ordres bouddhistes… Harry Potter n’a rien inventé avec ses 4 maisons). Tout comme Chemde, le monastère se trouve tout en haut de la colline et les autres bâtiments sont les résidences des moines, ou Lama comme ils se nomment.
J’arrête donc pour la nuit dans le seul hôtel du village… un des rares hôtels que j’ai vu en Asie jusqu’à maintenant qui pourraient répondre aux standards de l’Occident… même très avantageusement. Bien sur, je l’ai eu pour des peanuts… un peu plus cher que mon budget habituel, mais tout de même ridicule (environ 10$) pour la qualité de ma chambre.
Quand j’ai pris ma douche… oui oui, j’ai pris ma douche… et que je me suis regardé dans le miroir, je me suis imaginé ce qu’à bien pu penser le gérant de cet hôtel chic quand il m’a vu arriver devant lui. Pour vous aider à imaginer la scène, c’est comme si un gars habillé en bucheron… avec la hache, la chemise carottée et qui avait passé 1 semaine dans le bois sans eau ni électricité… arrivait dans le lobby du Hilton ou du Concorde à Québec pour demander une chambre pour la nuit. J’avais l’air aussi détruit que ça; ma face est pareille à ce que je ressemblais à la fin de mon trek au Népal, mes vêtements sont extra sales, j’ai un sac à dos couvert de boue sur le dos, mon vélo de montagne traine devant la porte du lobby et j’ai la lèvre inférieure d’un gars qui s’est fait péter la gueule par Mike Tyson (ahhh… je voudrais tant réécouter Hangover) en raison d’un coup de soleil. Bref, pas chic…
C’est un retour à la civilisation qui fait du bien. Autant être coupé de tout… et par tout je veux dire TOUT; confort (dormir sur un drap posé sur le sol dans une tente sans porte), électricité/internet, communiquer par signe parce que personne ne parle anglais, imaginez tout ce qui vous entoure et que vous prenez pour acquis…
Depuis Rumtse, c’est-à-dire depuis ce matin, le paysage a changé par rapport aux autres jours. Un point différencie principalement le « avant Rumtse » du « après Rumtse »; il y a de la vie ici. En effet, bien que les montagnes tout autour soient complètement désertiques, le milieu des vallées est composé de champ. Tout au long de la journée, la route que j’ai arpenté passait au travers d’un épais couvert végétal d’une couleur vert/jaune. C’était tout simplement magnifique de se promener au travers d’un paysage aussi contrasté; le néant en hauteur et la vie en profondeur.
Demain, ce sera le dernier sprint jusqu’à Leh (moins de 30km) en visitant les 2-3 monastères qu’il me reste à voir sur le chemin. Bon… mon Iphone est bien branché, je vais me gâter un peu et écouter un peu de musique… ahhh ça fait trop longtemps…
…
Jour 9 – EASY RIDER
Info;
– Thiksey (3260m) – N, E, G
– Shey (3250m)
– Choklamsar
– Leh (3400m)
Nombre de kilomètres; 21km
Total; 528km
Description;
Et une petite dernière (journée) pour la forme…
Même si mes jambes et mon esprit crient déjà victoire, que mon estomac rêve de manger autre chose que du riz, tout ce beau monde (oui oui, je parle de mes 3 Amigos les parties du corps) savent que même si c’est une journée facile, ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini… un accident est vite arrivé.
Au programme d’aujourd’hui; je me lève vers 5h pour être le premier à visiter le monastère où je me trouve (Thiksey) dès son ouverture à 6h. Ensuite, j’enfourche une dernière fois ma bécane et plein gaz sur Leh quelques 30km plus loin.
Après une petite grâce matinée bien mérité, j’ai entrepris de monter jusqu’au monastère peu après son ouverture à 6h. Rendu là-bas j’étais empli d’une paix intérieure. Beaucoup de moines étaient à entonner des chants dans les diverses salles du monastère.
De la place centrale tout en haut de la colline, on peu avoir un super 360 degrés de la vallée; verte le long de la rivière et complètement désertique partout ailleurs.
Pendant plus d’une heure, je me suis laissé imprégner de cette atmosphère en étant le seul blanc dans tout le monastère; moi avec une tonne de moines.
Ensuite, ce n’est pas que je n’aime pas les gars qui tapent n’importe comment sur des tambours et qui font des monologues interminables dans une langue qui m’est complètement inconnue, mais il fallait penser à redescendre pour satisfaire mon estomac vorace.
Fait inutile… par un heureux hasard, j’ai découvert que les moines portent quelque chose en-dessous de leur jaquette. Ils ne sont donc pas comme les écossais en kilt… Croyez-moi, je n’ai pas cherché à investiguer, mais quand un vieux moine entreprend de sa gratter la poch… euh… de se gratter à quelque part là… ben vous ne pouvez faire autrement que porter votre regard en dessous de sa… et voir qu’il porte des shorts.
8h20 – Je quitte finalement Thiksey en direction de Shey quelques kilomètres plus loin.
Ancienne capitale du Ladack, Shey comporte un palais en ruine… sur une montagne… encore. Un château en ruine s’étend telle une trainé de poudre jusqu’en haut de la montagne, mais le sentier est pour le moins dangereux. En temps normal il m’aurait fait plaisir de monter jusqu’en haut juste pour le fun de dire que j’ai suis allé, mais vu l’état de mon genou droit qui ne s’améliore pas, j’aime mieux ne pas prendre de chance. Mis à part une grosse Stupa couronné d’or (vous savez les gâteaux blancs), ce n’est pas le plus bel endroit que j’ai vu.
(C’est fou comment les photos peuvent être trompeuses. Je trouve les photos que j’ai prises de Shey intéressantes, mais je sur place je n’avais pas trouvé ça beau. Au contraire, les photos que j’ai pris de Chemde (jour 8) sont très ordinaires, mais c’est l’un des plus beaux endroits où je suis allé… voila, c’est dit)
La visite fut donc beaucoup plus expéditive que je ne l’aurais imaginé et à 9h tapant, je me retrouve à moins de 16km de Leh.
En chemin, je croisé Choklamsar, le dernier village qui me sépare de Leh. Bien que l’endroit ait le charme d’une pomme pourrie, c’est là que se trouve la plus grande école de moine de tout le Ladack en plus d’un centre pour les réfugiés tibétain. Il y a même un village pour enfants…
À partir de là, il ne restait plus que 5km à mon périple… mais ils ont été les pires de tout le trajet. C’est comme si j’avais fait du vélo sur l’autoroute 20 ou 40 en plein samedi… il y avait du trafic là mes amies et en plus c’était dans une côte en montant. Autant dire que j’avais un peu la chienne..,
11h pile… Après avoir cherché un peu, je trouve enfin une guesthouse beau/bon/très pas cher. Mon sac et moi sommes défaits sur mon lit et j’ai peine à croire que je ne roulerais plus en vélo à partir de maintenant.
Cette formidable aventure est T E R M I N É
Maintenant arrivé à Leh, seulement 30000 habitants, mais endroit très touristique, je prévois prendre quelques jours de repos et végéter à rien faire, pour ensuite finaliser les détails de mon trek dans la vallée de Zanskar et finalement m’envoler pour 3 semaines de marche…
Pour la suite, c’est pour une autre histoire…
Ahhhh… j’oubliais presque… maintenant que je ne suis plus sur mon vélo, le prochain indien qui me klaxonne pour rien, je lui dévisse la tête et je la lui mets dans le cul. Ces foutus enfoirés savent très bien à quoi sert le klaxon et la pédale d’accélérateur, mais n’ont aucune idée qu’il existe une autre pédale à coté pour ralentir. La courtoisie au volant est un phénomène obscur pour eux… s’ils ont la chance de passer sur la voiture d’en avant pour gagner 1mètre, ils vont le faire…
…
ÉPILOGUE
À VAINCRE SANS PEINE, ON TRIOMPHE SANS GLOIRE
Pour souffrir j’ai souffert, mais la récompense était plus que je n’aurais pu l’espérer au départ…
9 jours – 528km – Altitude moyenne de 3500/4000m – 3 Cols à +/-5000m – Beaucoup d’huile de genoux – Aucune accident, mais BEAUCOUP de frayeurs
Ce n’est pas compliqué, je souhaite à tout amateur de vélo de faire cette route un jour.
Avant le début de mon trip, j’entendais les gens parler en bien de Manali et surtout de Leh, mais rarement quelqu’un mentionnait un seul mot sur la route entre les 2 pôles touristiques. C’était comme si cette route était comme toute les autres routes et que c’était simplement un mal obligé pour se rendre d’un endroit à l’autre…
FAUX… Cette route n’est pas comme les autres routes; c’est l’une des plus belles et plus dangereuses route au monde… et un paradis pour le vélo de montagne.
Il y a 4 façons de faire cette route;
1. Mode Hardcore; en vélo,
2. Mode Expert; louer une moto (tu peux t’arrêter où tu veux et prendre le temps qu’il te faut pour faire le trajet),
3. Mode intermédiaire; prendre un jeep ou une minivan (le moyen le plus utilisé… tu te retrouve avec environs 10 personnes et le trajet se fait sur 2 jours… tu ne peux pas t’arrêter où tu veux, mais au moins tu peux profiter un peu du paysage)
4. Mode Paresseux; prendre un autobus (le trajet se fait d’une shot… pour ceux qui se foutent de voir ou pas le paysage).
Si vous optez pour le mode hardcore, sachez que vous serez de loin le plus petit mammifère de l’écosystème. Il faudra vous méfier en permanence des camions lourds (gros, lents et bruyants), des jeeps/minivans (rapides et plus ou moins bruyants) et des sournoises motos (rapides et bien souvent silencieuses).
Aussi, il faudra vous habituer à vous faire lancer des regards comme si vous étiez le dernier des crétins… C’est peut-être vrai (que vous êtes crétin), mais vous avez la lucidité de constater que cet endroit est absolument merveilleux et qu’il vaut la peine (c’est le cas de le dire) d’y passer le plus de temps possible.
Voici donc un petit test pour savoir si vous êtes peut-être fait pour ce genre de trip;
– Vous avez de bonnes aptitudes en vélo de montagne et/ou vous êtes un peu fou dans la tête,
– Vous n’avez pas peur de mourir de soif,
– Vous n’avez pas peur de partager la route avec des camions, jeep et moto qui se foutent de vous plupart du temps,
– Vous aimez respirer le gaz d’échappement des véhicules lourds,
– Le confort n’est VRAIMENT pas votre truc,
– En regardant une montagne le matin, vous vous dites « j’vais te monter en vélo aujourd’hui toé »,
– Vous aimez les sensations fortes, vivre des expériences hors de l’ordinaire, jouer au funambule sur la mince ligne qui sépare « aventure »/ »danger »/ »truc complètement stupide »,
– vous aimez les déserts, les hautes montagnes, bref les paysages comme on en voient juste à la télé,
– pour vous le mot hygiène se résume à vous brosser les dents… vous acceptez de ne pas prendre de douche durant au moins 1 semaine et d’être constamment sale et couvert de boue et de poussière,
– dans le même ordre d’idée, puisque votre priorité est d’avoir le moins de stock possible et qu’il fait très froid la nuit, vous acceptez de porter vos vêtements 24h/24 pendant quelques jours.
Si vous avez répondu positivement à la plupart de ces affirmations, vous êtes presques prêt pour l’aventure… ne reste plus qu’à travailler à améliorer les points que vous avez répondu par la négative…
…
MATÉRIEL NÉCESSAIRE
Dans les conditions actuelles, il est totalement impossible de faire cette route en vélo de route et probablement suicidaire de la faire en hybride. Il vous faut donc un bon vieux vélo de montagne.
Voici donc ce que contient mon sac;
– Vêtements longs et légers pour le jour afin de vous protéger du soleil. N’oubliez pas les gants. Le soleil tape en tab… (croyez-moi sur parole),
– Lunette de soleil (essentiel)
– Vêtements chauds pour la nuit (chandail, tuque, gants, bas),
– Caméra + recharge + adaptateur,
– Lampe frontale,
– Trousse de premiers soins,
– 1 ou 2 bouteilles/gourdes d’eau. À ce sujet, il est très facile d’acheter des bouteilles d’eau tout au long du parcours, mais d’avoir un kit de purification peut vous sortir du trouble,
– Barres de chocolats (en Inde, vous avez bien souvent le choix entre Snicker’s et Mars… tandis que les Mars s’écrapoutissent dans votre sac, les Sniker’s restent bien droite…),
– Passeport (vous en aurez besoin pour vous enregistrer lors des 2-3 postes frontaliers),
– Matériel pour entretien vélo (huile, chambre à air de rechange, etc.). Vous aurez à laver votre vélo, notamment la chaine, au moins 1 fois au 2 jours sinon 1 fois par jour avec toute la poussière qu’il y a ici,
OPTIONNEL (je n’en avais pas);
Tente et sleeping bag – Il y a des accommodations tout au long du parcours.
Le nerf de la guerre dans un endroit reculé comme ici est la gestion des batteries des appareils électroniques… principalement votre caméra. En effet, les prises de courant sont TRÈS RARE entre Manali et Leh (exception faite de Keylong, Rumtse et Thiksey). En fait, si vous en voyez une, même si votre caméra a encore un peu de batterie, c’est marqué « ne prend pas de chance et charge ton cossin » parce que tu peux passer 2 jours sans en revoir une.
Pour les intéressés, je vous recommande cette lecture (mon guide);
– Ladack Kashmir Manali, The Essential Guide, Partha S Banerjee (auteur), Milestone Himalayan Series (éditeur)… Il ne parle pas du trajet en vélo, mais parle de tous les endroits le long de la route… en plus de parler des nombreux treks possibles dans le Ladack.
Sinon, quand je suis arrivé à Manali, je n’avais pas de vélo et pas vraiment d’idée comment organiser mon trip. Je suis alors tombé sur la compagnie « Himalayan Trails » qui se trouve dans une petite rue de Old Manali. J’y ai loué mon vélo et ils m’ont bien expliqué tout le parcours. Je les recommande à 110%; http://www.himalayantrails.in ou encore info@himalayantrails.in
…
BUDGET
J’ai fait la route Manali/Leh en 9 jours et j’ai pris mon temps. Je ne vous donnerez donc pas un budget pour le trip au total, mais bien pour un jour typique puisque les plus extrême pourraient le faire en 5 jours et moins et les plus pépères en 9 et plus.
Repas
Prévoyez environ 150rs pour chaque repas (déjeuner, diner et souper). Avec cela, vous devriez au moins avoir une bonne assiette, une bouteille d’eau et un thé/café.
Hébergement
C’est très variable. Si vous avez votre tente, vous allez pouvoir vous en sortir avec environ 100rs pour un site. Si vous n’avez pas de tente comme c’était mon cas, vous allez pouvoir vous en sortir pour environ 400rs (bien souvent le souper et le déjeuner sont inclus dans ce prix).
Vous vous en sortirez très bien avec environ 800rs par jour (été 2013). À noter qu’il n’y a pas vraiment de basse saison puisque la route est ouverte seulement 3 mois par années.
Ajoutez un 400-500rs (300rs si vous voulez un vélo cheap) par jour pour la location d’un bon vélo à Manali où à Leh si vous n’apportez par le votre.
…
TOP ET FLOP
Top 5 plus belles sections de route;
– Manali à Rohtang La (Jour 1 et 2)
– Baratpur à Sarchu (Jour 4)
– Lachulung La à Pang (Jour 6)
– Morey Plains (Pang à Tso Kar… Jour 6)
– Taglung La à Rumtse (la descente de vélo de votre vie… Jour 7)
Bels endroits pour passer la nuit (Manali et Leh non compris);
– Sissu
– Keylong
– Jispa
– Patsio (beau lac et très beau panorama… tente ordinaire)
– Sarchu (un incontournable… des campements pour tous les gouts/prix)
– Whiskey Nullah (endroit très ordinaire, mais couchez là pour la section de trajet Lachulung La à Pang tôt le matin)
– Rumtse (sympathique village… euh… rue de 8-10 bâtiments je veux dire)
Endroits à éviter pour passer la nuit;
– Gramphu et Koksar (continuez jusqu’à Sissu même si vous êtes un peu fatigué… route toute en descente)
– Darcha (restez à Jispa juste avant où faites un bon effort jusqu’à Patsio)
– ZingZingBar (restez à Patsio juste avant)
Endroits qui m’ont laissé de marbre;
– Pang (bofff… mais beaucoup d’option d’hébergement)
– Tso Kar Lake (couteux)
– Debring
CE N’EST PAS LA DESTINATION QUI IMPORTE, C’EST PLUTÔT LE CHEMIN QU’ON PREND POUR S’Y RENDRE…
Épisode 20 – Chandigarh; une grosse banlieue sans âme
17 juillet 2013 – 10h30 du matin
Chandigarh… la « Mecque » de l’architecture en Inde…
Arrivé ici depuis 1h, je ne suis pas en train de planifier quelconque visite architecturale que ce soit… NON
Je suis plutôt hypnotisé par le ventilateur qui tourne au plafond de ma chambre. En fait, c’est la seule chose que mon corps me permet de faire… toutes mes forces m’ayant littéralement abandonnées.
Je meurt donc à petit feu dans la chambre no.15 de l’hôtel Satyadeep… pour ceux qui voudraient y faire un pèlerinage…
Ahhh… vous pouvez donner mon corps à la science… ou le bruler dans la Gange (ça sauverait les frais pour me rapatrier au Canada)… ahhh pi faite dont ce que vous voulez bon…
Je meurt… Eeeereregruuhgeee… .. .
FIN
…
LA JOURNÉE AVAIT POURTANT TELLEMENT BIEN COMMENCÉ…
Remontons quelques heures avant ma mort, au moment où j’allais quitter Lucknow pour me rendre à Chandigarh via un train de nuit…
Un peu avant de me rendre à la gare, j’ai appris que la dame, architecte et professeur à l’université de Chandigarh, qui devait m’héberger lors de mon séjour, devait se rendre en catastrophe à Delhi quelques jours afin d’y rencontrer truc machin… Bref, défaite ou dure réalité, mon hébergement tombait à l’eau.
Je me retrouvais donc dans un train en direction d’une ville inconnue, sans la moindre idée de qu’est-ce que j’allais faire et où j’allais dormir… la routine quoi.
Le hasard fait cependant très bien les choses…
En me réveillant le lendemain matin dans le wagon de 1ère classe (j’étais bien loin de ma classe « sleeper » habituelle; air climatisé, couvertures, oreiller, vitre dans les fenêtres, 4 par compartiment au lieu de 6, prises électrique et aucun vendeur ambulant), un vieil homme d’environ 80ans ayant dormi sur la couchette en-dessous de la mienne a entreprit la conversation avec moi.
Monsieur – « Where are you from? (de quel pays êtes-vous?) »
Moi – Canada
Monsieur – « where are you going? (quelle est votre destination) »
Moi – Chandigarh
Monsieur – « ohhh, that’s where i’m going to… What are you going to do in Chandigarh?!? no tourist go there except those who are architect… Are you architect?!? (ohhh, c’est là que je vais aussi… Pourquoi allez-vous à Chandigarh?!? Aucun touriste autre que des architectes ne vont là-bas… Êtes-vous un architecte?!?) »
Moi – « Yesss… Behind this ugly beard is hidden an architect (oui… derrière cette monstrueuse barbe se cache un architecte) »
Il a ensuite entreprit de me dire tous les endroits à ne pas manquer à Chandigarh…
Après avoir eu une liste détaillée de tous les endroits à voir architecturalement parlant, une question me brulait les lèvres;
Moi – « Are you architect? (êtes-vous un architecte) »
Monsieur – « Yes I am (Oui… avec le sourire) »
Au fil de la discussion qui a suivit, j’ai appris qu’il était désormais à la retraite, mais que durant sa carrière, il avait travaillé dans le bureau de Le Corbusier en tant que jeune stagiaire durant la construction de Chandigarh, qu’il avait été le directeur de la faculté d’architecture de l’université Panjab pendant plus de 10 ans jusqu’en 2002 (à Chandigarh… l’une des plus reconnues au pays) et qu’il avait aussi été vice-président de l’ordre des architectes de l’Inde.
Bref, un hasard qui fait bien les choses; je book un billet en première classe puisque je veux absolument partir à cette date et que ce sont les seuls billets disponibles… et je m’adonne à coucher juste au dessus de cet homme là.
Après lui avoir dit que je n’avais aucune idée où j’allais coucher, il m’a offert un lift jusqu’en ville. Son chauffeur allait venir le chercher à la gare et il connaissait un hôtel qui m’irait parfaitement… à 3000rs la nuit (2x mon budget pour une journée). Le fait que je voyage en AC2 lui envoyait vraisemblablement un mauvais message à propos de ma situation. Un peu gêné, je n’ai pas osé lui dire que je cherchais plus entre 500 et 1000rs… j’ai donc acquiescé à son offre.
En chemin, il a tenu à me faire visiter le « Centre Le Corbusier ». Désormais transformé en musée, c’est l’endroit à partir duquel Le Corbusier et son équipe travaillaient lors de la conception de Chandigarh. Si j’avais encore le moindre doute à savoir si le vieil homme était véritablement architecte, eh bien il n’en subsistait plus aucuns lorsque j’ai vu les employés du Centre quasiment se prosterner devant lui… Il m’a alors bien humblement fait passé outre le système de sécurité pour me faire visiter le complexe admirablement bien préservé.
En poursuivant notre route, j’ai finalement réussi à lui faire comprendre subtilement que l’hôtel ou il voulait m’amener était hors de prix pour moi. Entretemps, j’avais fait des recherches dans mon Lonely Planet et j’avais trouvé le secteur où aller pour trouver un hôtel décent et à bon prix. Je lui ai donc demandé de m’y déposer.
Juste avant de se dire Au Revoir, il a tenu à me dire qu’en temps normal cela lui aurait fait plaisir de m’héberger, mais que présentement c’était impossible pour des raisons familiales. Il a toutefois tenu à me donner sa casquette de l’Ordre des Architectes Indien (qui ne me fait pas du tout) en me disant que si je la portais, cela me faciliterait la vie et pourrait même m’ouvrir des portes…
Tout au long du trajet depuis la gare, en passant par la visite du Centre Le Corbu, je n’arrêtais pas de faire le parallèle avec le Québec; c’est comme si j’avais rencontré Émilien Vachon (ancien directeur de la faculté d’architecture) dans un train et qu’il m’avait proposé son aide. Cette anecdote ne dira absolument rien à ceux qui ne connaissent pas le personnage, mais pour ceux qui ont étudié avec moi, je trouve l’image très drôle; moi (avec mon linge tout croche, ma barbe de pas propre et mes 2 sac à dos de backpacker’s) attendant une voiture de luxe avec un homme d’un certain âge à l’apparence exemplaire et très respecté de ses pairs.
Ajoutez à cela que depuis mon réveil dans le train, je ne feelais pas, mais pas du tout; malgré une très bonne nuit de sommeil, j’étais bouillant de fièvre, la tête voulait m’exploser et j’étais à bout de force. Puisque je n’avais aucun problème au niveau de l’estomac, j’en ai déduit que le sans génie que je suis devait maintenant payer pour la dernière semaine passée à marcher toute la journée sous un soleil de plomb et une humidité écrasante sans la moindre protection. Je ne connais aucunement les causes et effets, mais je suis convaincu que je fais une insolation.
Bref, au lieu de visiter Chandigarh tel que prévu, j’ai passé ma première journée à agoniser. J’aurais pu manger un boeuf tellement j’avais faim, mais le moindre effort me demandait de remuer vents et marrées.
…
L’INDE D’EST EN OUEST
Pendant que j’agonisais, j’ai quand même réalisé quelque chose…
Depuis mon départ de Darjeeling il y a un peu plus d’une semaine, j’ai littéralement contourné le Népal par le Sud et traversé l’Inde d’Est en Ouest.
Alors que Kolkata est une mégapole dynamique, bourdonnante et troublante, Varanasi est probablement l’endroit le plus sacré… et sale de toute l’Inde. Mon arrivé à Chandigarh contraste donc au plus haut point puisque la ville est renommée comme étant l’endroit le plus cher de tout le pays. Le contraste est tellement marqué que c’est comme si je disais que les gars et les filles sont pareils. Oui, ils viennent de la même planète, comme les 3 villes sont en Inde, mais il n’y a aucun autre comparatif possible.
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LE JOUR SUIVANT, IL EST RESSUSCITÉ D’ENTRE LES MORTS
Après une journée complète passée dans mon lit sans manger, j’étais curieusement Top Shape et fin près à redevenir une architecte… l’instant de 2 journée.
Après seulement 10min de marches, un constat s’impose; Chandigarh n’est pas en Inde. Je sais que si vous regardez une carte, c’est en Inde, mais c’est un peu comme le Vatican ou Monte-Carlo pour l’Italie et la France; les gens utilisent peu ou pas de klaxon, la pollution est quasi inexistante (les gens se servent même des poubelles… quand je vous dis qu’on est pas en Inde) et les espaces verts sont omniprésents.
Sans jamais avoir regardé de photos de l’endroit avant d’y mettre les pieds, l’image mentale que je m’étais faite de la ville ne pouvait pas être plus différente que ce que j’ai pu voir. Je m’imaginais une ville très densément peuplée avec des immeubles à étages partout… Je me retrouvais plutôt dans une ville banlieue, où les arbres sont Rois et où, mis à part le secteur commercial (city center) je n’ai pas vu le moindre bâtiment dépasser la cime des arbres. Pour être dans le champ, j’étais dans le champ pas pour rire…
Construite selon le plan d’urbanisme réalisé par Le Corbusier (pour les non architecte, c’est l’un des architectes les plus influents du 20ème siècle), Chandigarh semble figée dans le temps et tout droit sorti d’un livre d’histoire ou d’un manuel du parfait petit urbanisme… des années 50-60.
Délimité au Nord-Ouest par une rivière et au Nord-Est par un immense lac artificiel, Chandigarh est un immense carré ayant été quadrillé en 65 plus petits carrés appelés « secteur ».
Chaque secteur, qui possède une vocation et une règlementation qui lui est propre, est ensuite généralement subdivisés en 4 à l’aile de 2 artères secondaires passant d’Est/Ouest et Nord/Sud. À noter que la fin de ces artères secondaires ne coincide pas avec le début de l’artère secondaire du secteur adjacent. En d’autre mots; la route n’est pas continu… probablement par souci d’éviter que ces artères ne deviennent des circulations principales avec le temps.
Les circulations principales sont plutôt joué par de grands boulevards ceinturants chaque secteur… ayant pour effet un peu pervers (vous saurez pourquoi ci-bas) de bien les délimiter l’un de l’autre. Au final, un immense rond point se trouve à chaque intersection de 4 secteurs.
Voici donc pour le concret… place maintenant à l’analyse personnelle…
C’est bien beau tout planifier au quart de pouce, mais je crois qu’en chemin on a oublié de donner vie à la bête. Il manque ce je-ne-sais-quoi qui donnerait la vie à ce « monstre » créé par Dr. frankenstein.
Sans vouloir être méchant, tout au long de mon parcours de la ville, j’avais l’impression d’être dans mon une grosse banlieue sans âme.
Bien que les arbres et la circulation piétonne aient une place prépondérante dans l’aménagement, je trouve que Chandigarh est une ville froide, sans vie et faite sur mesure pour la voiture.
Lorsque je discutais avec le vieil architecte et que je lui avait mentionné que j’avais l’intention de marcher Chandigarh, il m’avait répondu avec un sourire en coin « bonne chance mon jeune ami, la ville n’est pas faite pour les piétons ».
Eh bien, après 2 journées à arpenter les rues, j’ai dû marcher entre 15 et 20 secteurs, je dois admettre qu’il avait raison… Bien qu’il y ait des trottoirs partout, chaque secteur, mis a part le 22 et 17, est très imperméable.
Bien courageux… ou fou… est le piéton qui entreprend de traverser d’un secteur à l’autre. Mis à part les 2 artères au centre de chaque secteur, ils sont bouclés au quart de tour. J’avais beau voir le musée d’architecture de l’autre coté de la rue, il m’a quand même fallu 20min pour me rendre jusqu’à l’entrée, gracieuseté du demi-mur de brique et des barbelés qui font le tour du secteur. À la fin, ça devient frustrant.
Aussi, mis à part le Le Corbusier Center, la grande majorité de la ville a très mal vieilli. C’est souvent ce qui arrive avec l’architecture dite Moderne… à moins d’un entretient minutieux (les mots « entretient » et « Inde » ne vont pas du tout ensemble… c’est comme si je disais « chat » et « chien »).
Enfin, bien qu’il y ait BEAUCOUP de végétation, c’est plutôt la mer de béton qui retient l’attention tout au long de notre parcours dans la ville.
Mais bon, ceux qui pourrait s’offusquer de mon analyse pourront se demander qui je suis pour émettre cette analyse. En effet, je ne suis qu’un simple architecte en voyage, ou un voyageur qui travaille comme architecte de temps en temps. Je ne me rappelle plus trop… c’est l’oeuf ou la poule qui est venu en premier?!?
Donc, sauf pour mes amis architectes, pour lesquels Chandigarh représente une utopie devenue réalitée, je ne conseille à aucun autre touriste de mettre les pieds là-bas… Il n’y a rien à faire et les prix sont élevés…
Cependant, si vous y poser tout de même les pieds, il y a quand même une petite perle à ne pas manquer; le Rock Garden. Ce que je croyais être un attrape touriste au départ, s’est transformé en une très belle promenade dans un espèce de labyrinthe linéaire. J’oserais comparer l’endroit au Parc Guell (Gaudi – Barcelone). L’artiste réalise ses sculptures avec des objets recyclés et le résultat est très intéressant. Gens de 4’6 » et +, attention à votre tête… le moindre petit moment d’inattention et vous en serez bon pour un mal de tête…
Le bâtiment « Gandhi Bavan » qui se trouve sur le site de l’université Panjab voudrait aussi le détour si il avait été mieux entretenu.
Sinon, pour tout maniaque de l’architecture Moderne, c’est assurément l’endroit où aller.
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L’HISTOIRE DE CHANDIGARH
Après vous avoir bourré le crâne d’une analyse personnelle de la ville sans véritables arguments, voici maintenant des FAITS.
Pourquoi Chandigarh a été construite.
À cet effet, une visite au Chandigarh Architecture Museum (le bâtiment est une adaptation de la structure imaginée par Le Corbusier à Zurich en 1965) consacré uniquement sur Chandigarh, nous en apprend beaucoup.
Tout commence avec l’Inde qui accède finalement à l’indépendance en 1947. À ce moment, la grande colonie britannique de l’Inde est scindée (ils appellent cela la « grande partition ») en 2 pays; l’Inde et le Pakistan.
Cette indépendance, jumelé à la partition du territoire fait en sorte que la province du Punjab se retrouvait sans capitale… puisque sa capitale d’alors (Lahore) se trouvait maintenant en territoire pakistanais.
Au même moment, un très grand nombre de réfugiés affluaient en provenance du Pakistan et aucune ville de la province n’avait les infrastructures pour les accueillir ou même revendiquer le titre de capitale de la province.
C’est à ce moment qu’est né l’idée complètement extravagante de construire une nouvelle capitale « from scratch (de zéro) »… idée soutenue par le premier 1er ministre de l’Inde, Jawaharlal Nehru qui voyait en cette nouvelle capitale provinciale un symbole; « let this be a new town symbolic of the freedom of India, unfettered by traditions of the past… an expression of nation’s faith in the future (faisons en sorte que cette nouvelle ville soit le symbole d’un Inde Libre…) ».
Puisque l’Inde n’avait pas vraiment de professionnels capables de remplir la commande, le gouvernement s’est tourné vers 2 architectes américains; Albert Mayer et Matthew Nowicki, 2 architectes ayant déjà fait de nombreux projets en Inde.
Le plan original de ces 2 architecte était de concevoir une « Garden City » aux formes très courbes, suivant la topographie du terrain, avec notamment 2 parcs linéaires traversant de long en large la ville.
L’histoire prit une tournure tout autre quand Nowicki mourut dans un accident d’avion en 1950. Après cela, Meyer ne se sentait plus la force de mener le projet à terme et rendit son tablier.
Le gouvernement indien se lança alors à la recherche d’un/des architecte(s) étant capable de remplir la commande… et en 1951, Le Corbusier et son équipe prenaient les commandes du projet… jusqu’à sa mort en 1965.
Selon le nouveau « Master Plan » de Le Corbusier, la ville prenait des formes très rigides; chaque secteur aurait la même forme et dimension (rectangle de 800m x 1200m). Tout était pensé autour de 4 fonctions primaires; « Living (vivre) », « Working (travailler) », « Circulation » et « Care of Body and Spirit (prendre soin du corps et de l’esprit) ».
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EN ROUTE… euh… TRAIN POUR SHIMLA
S’en est fini de Chandigarh. Je prend mon dernier train pour un très long moment. Serpentant dans les montagne, l’Himalayan Queen est un « Toy Train (train jouet) » site de l’UNESCO, tout comme celui de Darjeeling il y a quelques semaines. Il relie Kalka, petite ville à 30min de Chandigarh et Shimla, ma destination, une ville de montagne où la haute société indienne envoit ses enfants pour étudier (il y a des collège et une université très huppés).
Mais avant, n’oublions pas le train. Le trajet de l’Himalayan Queen est réputé pour ses NOMBREUX tunnels; sur 96km de trajet, il y en a 102… Certains tunnels sont de simples arches qui vous font simplement passer un gros rocher, tandis que d’autres peuvent être trèèèès long et vous transportent en quelques secondes d’une vallée à une autre.
Le trajet comprend aussi 988 ponts. Bref, le trajet de 4h est réputé comme étant l’une des plus belle promenade en train en Inde (ce n’est pas rien… c’est le 2ème plus grand réseau ferroviaire au monde après celui de la Chine). De quoi mettre l’eau à la bouche.
Ce train m’a permit de faire la connaissance de 2 couples (qui ne se connaissaient pas non plus) qui en sont à leur premier balbutiement en Inde (ils sont tous les 2 arrivés il y a 3 jours); Aurélien et Noémi de Montpellier et Peter et Larenka de République Tchèque. Pas besoin de dire que lorsque je leur ai mentionné que je voyageais dans les environs de l’Inde depuis maintenant 5 mois, ils m’ont posé une tonne de questions.
Le wagon où je me trouvais était assez tranquille… trop tranquille… une tonne de touristes restant à leur place comme de bons petits soldats. C’est à ce moment que je me suis levé, j’ai ouvert la porte du wagon et je me suis installé dans mon « bureau » à demi sorti à l’extérieur… le voyage en train à la manière indienne quoi. Mes nouveaux compagnons en étaient très surpris.
Outre les tunnels, le trajet est rendu intéressant par le fait que le train s’arrête dans plein de petites gares de montagnes. On peu alors descendre, admirer les lieux… et se gaver de fastfood indien.
À ce sujet, lors d’un arrêt à une gare quelconque, j’ai été m’acheter de la bouffe indienne à un stand local un peu louche. En revenant dans le train, l’un de mes nouveaux amis, qui m’avait vu faire, m’a demandé si j’avais peur d’avoir des problèmes avec mon estomac. Je l’ai regardé avec un sourire en coin et je lui ai demandé si il lavait tout ce qu’il mangeait et pelait lui-même ses fruits et légumes… et la réponse fut affirmative… héhéhé… je suis en Inde depuis tellement longtemps que j’en oubli comment être un bon touriste… Je mange n’importe quoi, la plupart du temps avec mes mains et j’oubli bien souvent de les laver avant. Seule chose non négociable; l’eau. Je ne plaisante pas avec l’eau… je la traite ou je l’achète en bouteille.
Malgré tout, peu importe comment belle soit la promenade de train, c’est toujours la même chose avec les trains de jour, après 2h, la plupart des gens dorment et la seule chose que tu veux c’est arriver au plus cr!ss. Que voulez-vous, les trains sont de véritable somnifères (avis aux insomniaques).
Au final, ce train bat haut la main les plus beaux trains que j’ai pu prendre au Sri Lanka et le trajet de Darjeeling (c’est difficile à comparer puisque le paysage était obstrué à Darjeeling).
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LA CRÈME DE LA CRÈME INDIENNE
Ma première impression en arrivant à Shimla… ben voyons, est-ce que je suis de retour à Darjeeling. On dirait que Shimla est sa soeur jumelle… en un peu plus propre et un peu plus occidentale.
Comment décrire l’endroit en 1 mot; tranquillité. Tout comme sa voisine Chandigarh, l’endroit détonne par rapport au reste du pays. Cependant, l’endroit transpire l’histoire et ses racines coloniales britanniques sont bien mises de l’avant; la ville est remplie de manoirs et très beaux édifices centenaires. Ahhh… il y a des singes PARTOUT… et mention spéciale au fils électriques qui sont toujours partant pour te scraper une vue.
La ville ressemble à une route allant jusqu’à l’infini sur le sommet des montagnes. Tout au long du parcours, tu vois des bâtiments au loin, mais en marchant tu te retrouves toujours dans une forêt de conifères gigantesques. La raison?!? La plupart des bâtiments sont adossés à la montagne de sorte que quand tu marches, tu n’a pas l’impression d’être dans une ville puisque tu vois des bâtiments sur un coté de la route, mais une vue sur la vallée et plein d’arbres tout autour.
Tandis que la haute société indienne réside à Chandigarh, c’est à Shimla qu’elle envoit étudier ses enfants.
En se levant le lendemain, nous (moi et les 2 couples rencontrés dans le train) avons mis le cap sur le Jakhoo Temple… mieux connu sous le nom de Monkey Temple (il y a des monkey temple partout). C’est une ascension d’un bon 400m avec des sections très inclinées. Au final, tu arrives en haut de la montagne, il y a une statue très laide, hyper grosse et de couleur très discutable (j’espère qu’ils ont eu un spécial sur la couleur et que c’est pourquoi ils l’ont choisi). La particularité de ce temple; il y a une quantité industrielle de singes et ceux-ci n’entendent pas à rire. Ils profitent du moindre moment d’inattention pour vous piquer vos trucs (caméra, bouteilles d’eau, chapeau, virginité, etc.). Pour le dernier point ça reste à valider, mais les autres sont véridiques.
Un peu avant d’arriver au sommet, il est donc possible de louer des bâtons de bois… oui oui… louer des bâtons bien ordinaire… même pas magique… en bois. Ne voulant pas prendre de chance, étant accompagné de touristes fraichement débarqués en Inde, c’est ce que nous avons fait.
Convaincu qu’avec un bâton de bois j’avais revêtu une espèce de cap de Super Héros craint et invincible (j’ai écouté beaucoup de films de ce genre récemment à la TV), je suis allé au devant de ces petits monstres. J’ai vite compris que je n’impressionnais pas ces boules de poils avec un vulgaire bâton quand je l’ai pointé vers un singe, en apparence inoffensif, et qu’il s’est mi en mode « je vais montrer à ce blanc-bec qui est le boss des bécosses icitte ». Heureusement, plus de peur que de mal, mais disons qu’à partir de ce moment, j’ai cessé de les prendres pour de petits toutous mignons tout plein et j’ai haussé ma garde.
De retour en ville, moi et le couple de français avons décidé d’arpenter les magnifiques petites rues de la ville… pour tomber… sur… un… mariage Hindu. Au départ, nous étions peu enclin à l’idée de « crasher » un mariage, mais le père de la mariée est venu nous chercher, en me tirant par le bras, quand il a vu que nous allions continuer notre chemin. Difficile de dire non dans de pareilles circonstances.
C’est donc dire que mes 2 amis français, habillés pour faire une randonnée, et moi, ma barbe de bucheron, mes flip flop et 2 morceaux de tissus crasseux qui ont autrefois pu être appelés Chandail et Short (j’ai même un trou de souris bien visible sur le coté de mes shorts… j’adore ce trou, il me sert de porte-doigt), nous nous retrouvions catapulté au beau milieu d’un gros party Hindu où tout le monde était sur son 31.
Une fois entré à l’intérieur, ils ont entamé l’opération « gavons les blancs de tout ce qu’on peut trouver ». Nous tentions de leur expliquer que nous venions à peine de sortir de table… en vain. Les assiettes se succédaient dans nos mains à un rythme effréné.
Une fois les mains vides, la phase 2 pouvait débuter; tous et chacun présent au mariage voulaient se faire prendre en photo avec nous et les « which country? (quel pays?) » fusaient de toute part.
Clou du spectacle; nous avons été invité à aller rencontrer Le et La marié qui se trouvaient dans une pièce adjacente. Si nous étions gêné d’entrer dans le mariage, nous étions TRÈS mal à l’aise à l’idée d’aller rencontrer les mariés… mais ils ont tellement insisté que ça aurait été une véritable insulte de leur dire non.
La prochaine étape était de nous faire danser devant tout le monde… et c’est à ce moment que nous avons pris la poudre d’escampette…
Après s’être invité à des funérailles il y a quelques semaines à Darjeeling et maintenant le mariage, je me demande quelle sera la prochaine étape… un baptême?!?
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J’ai passé ma seconde journée à attendre que la journée finisse pour prendre un bus de nuit pour Manali…
Qu’est-ce que je fais quand je n’ai plus de chambre et que je dois tuer toute une journée? Je fais ce que je sais faire de mieux; je laisse mon stock à l’hôtel, je range ma carte de la ville, je sors ma bousolle mentale et j’entreprend de me perdre dans toutes les petites rues de la ville… ce qui signifie dans le cas présent monter et descendre une montagne de tout bord, tout coté, toute la journée.
Pour ce faire, j’ai sorti ma cape de touriste 2.0 et ma face de cul afin de ne pas me faire achaler par des indiens en mal de photos avec un blanc ou des vendeurs de cossins.
À la fin de la journée, Shimla, comme la plupart des villes où je suis allées, n’a plus aucun secret pour moi. J’ai même découvert que la ville avait une patinoire naturelle, la seule en Asie du Sud-Est, mais elle était fermée le jour où je suis passé.
On se reparle un de séjour… (trouvez l’erreur dans cette phrase… petit test pour voir si je ne vous ai pas trop endormis avec mon texte).
P.S. – Dans la catégorie « tout le monde s’en fou », j’ai séjourné dans le même hotel que le Directeur de la Banque Centrale de l’Inde… bref, un gars vraiment important ici. Mon hôtel n’avait pourtant rien de bien spécial et était tout sauf chic, mais il était là. J’en ai donc profité pour piquer des jasettes avec lui (c’est lui qui est venu me parler en 1er) et il m’a donné des conseils sur les treks que je m’apprête à faire. Un chic type…
Épisode 19 – Varanasi; la cité des Morts
Bon… c’est moi qui lui ait donné ce nom, mais il faut savoir qu’elle est plutôt appelée « City of Life (La Cité de la Vie) »… Peu importe…
Voilà ce que mon Lonely Planet avait à dire à propos de ma prochaine destination;
« Brace yourself. You’re about to enter one of the most blindingly colourful, unrelentingly chaotic and unapologetically indiscreet places on Earth. Varanasi takes no prisoners (Vous êtes sur le point d’entrer dans l’un des endroits les plus colorés et chaotiques du Monde. Varanasi ne prend pas de prisonniers…) »
V A R A N A S I… l’une des plus anciennes villes du monde. Elle est habitée depuis que les hommes ont commencé à se regrouper en village.
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Après 14h dans ma prison de fer,
j’étais arrivé à destination.
J’ai eu mon premier coup d’oeil en traversant un pont au-dessus du Gange tout juste avant d’arriver en gare; une tonne de vieux bâtiments amassés en un gros tapon sur 5-6km de la berge Est du Gange. Du coté Ouest de la rivière, c’est le calme plat; une forêt presque à l’état vierge.
Parlons-en du Gange; c’est l’un des plus long fleuve au monde, il prend sa source dans les montagnes himalayennes, pour ensuite traverser d’Ouest en Est le Nord de l’Inde et finalement aller se jeter dans l’océan Indien un peu au Sud de Kolkata. Ce cours d’eau est sacré pour les indiens, particulièrement les Hindus… mais entre vous et moi, je n’y poserais même pas le pied dans un cauchemar. En clair, il est pollué comme jamais un cours d’eau ne pourra l’être dans le Monde entier. Cela étant dit, il est utilisé à toutes les sauces par les indiens; bain, lavage de vêtements, cimetière, pêchey et poubelle…
Je m’attendais donc à voir une rivière complètement dégeulasse avec des cadavres et des vidanges partout.
La réalité a été tout autre… oui l’eau est très brune et ne donne pas vraiment envie d’y mettre les pieds, mais mis à part cela, le Gange semble être une rivière comme les autres. Son niveau actuel est présentement très haut en raison de la moisson et est à peu près aussi large que le fleuve St-Laurent à la hauteur de Québec.
Une fois sorti de la gare, la ville est complètement chaotique, mais plus on s’approche de la rivière et plus ça se calme. Ça, c’est parce que j’ai décidé d’aller à un hotel un peu en retrait de l’action… si vous vous dirigez dans la vieille ville, ce sera une autre histoire.
En fait, j’ai probablement trouvé le paradis au beau milieu de l’enfer; le Sani River View Guesthouse.
Situé près du Gange à 2 pas du Assi Ghat, il faut prendre une multitude de petites ruelles s’apparentant à un labyrinthe, mais le prix en vaut la chandelle.
Laissez-moi vous aider un peu; en quittant la rue principale, vous tombez sur Quéquette road, une rue étroite avec un temple surplombant les arbres tout au bout. À ce moment, si vous ne voyez pas un ou plusieurs indiens pisser sur un des murs de briques rouges, c’est que vous vous êtes trompé d’endroit. Retournez sur la route principale et refaite l’exercice jusqu’à ce que vous trouviez le bon chemin. Ensuite, la parti facile commence, vous tournez à droite, puis à gauche, passez la grosse vache pleine de mouches, puis à droite. À ce moment, vous devriez êtes complètement perdu… c’est très bien puisque cela veut dire que vous touchez au but. Retournez sur vos pas… attention à la bouse de vache… puis tournez sur l’autre droite et TADAM, vous êtes rendu. Facile non?!? Ne reste plus qu’à éviter de rentrer saoul en plein milieu de la nuit…
L’auberge est sans aucun doute le plus bel endroit où j’ai résidé jusqu’à maintenant en Asie. J’ose même le qualifier de havre de paix… tout en étant l’un des meilleurs rapports qualité/prix de mon voyage. En prime, c’est à quelques mètres du Gange et il y a un toit-terrasse qui surplombe les autres bâtiments. Seule chose qui pourrait me rendre plus heureux, des crochets dans les chambres…
Après une visite éclair de l’environnement bâti autour de mon hôtel, c’est-à-dire le Assi Ghat sur les berges du Gange et une brève, mais efficace, mémorisation de comment me sortir du labyrinthe de rues plus étroites les unes que les autres, quelques constat s’impose; c’est très tranquille et l’endroit incite à la réflexion.
Cependant, à la minute où tu t’approche trop près du Gange, un indien va t’approcher pour t’offrir… ou plutôt insister pour t’offrir une promenade en bateau. Sinon, un « pharmacien » voudra vous vendre tout ce qui existe comme drogue sur Terre. La d’entre-eux parlent très bien anglais… mais ils ne comprennent pas le mot « non ». Tu te débarrasses de l’un d’eux simplement pour en gagner un autre.
Ahhh… aussi, il y a de la merde d’animaux PARTOUT dans les rues gracieuseté des nombreuses vaches en libertées (il est donc hors de question d’écrire sur mon IPhone et marcher ici). Qu’est-ce qu’une tonne de bouses de merde apportent avec elles?!? Une quantité incalculable de mouches à merde (grosses mouches noires). C’est marqué « ferme ta bouche quand tu marches dans les rues »…
Jusqu’à ce que je quitte Varanasi, j’ai donc fait le choix de respirer par le nez; j’aime beaucoup mieux respirer une odeur de merde toute la journée, qu’avaler des mouches… la dernière chose que je voudrais ce serait d’en avaler une…
Ayant ma dose de merdes et de mouches pour aujourd’hui, je rentre à mon hotel, je me met en chess, je monte sur le toit terrasse et je glande en regardant le ciel se coucher sur une journée trop longue à mon gout… Le tournage d’il y a 2 jours, jumelé à une mauvaise nuit dans le train a fait en sorte de vider mes batteries.
Bon, allez… Dodo… On se reparle demain c’est promis…
Ok, je vous dérange encore une fois aujourd’hui…
Alors que j’étais dans les bras de Morphée depuis un bon moment, j’ai entendu de la musique festive en provenance de l’extérieur.
Au départ, je pensais que c’était dans mes rêves, mais ça a pris de plus en plus d’ampleur. Je me suis donc empressé de sortir sur le balcon… pour contempler une scène que je croyais unique au Mardi Gras de la Nouvelle-Orléans; il y avait une centaine d’indiens qui célébraient dans la rue, chacun étant vêtu d’un costume plus farfelus que les autres.
Parmi eux, une vingtaine avaient des instruments, principalement des tambours, et il y avait aussi un trompettiste, un saxophoniste et un flutiste. Une vingtaine d’autres portaient sur la tête des lumières qui scintillaient (comme dans les fêtes foraines). À la queue de la parade se trouvait une voiture et 4 chevaux blancs recouverts d’une multitudes de fleurs rouges. J’en ai donc déduit que c’était un mariage… et ils m’ont donné raison quand un homme et une femme habillés en couple royal sont sortis; l’homme habillé en véritable sultan avec son costume d’un blanc immaculé et son turban de couleur et la femme habillé comme Cherazade dans les Milles et une Nuits.
Le tout donnait quelque chose de très festif. Ça me donnait même envi d’aller danser et célébrer avec eux… c’est tout dire pour quelqu’un qui déteste danser. Je vous le dit tout de suite, si je me marie un jour, j’invite un nombre restreint de gens et on prend un avion pour Varanasi afin de célébrer le tout à la manière locale… alcool et cigares en plus… et on fini la soirée en se jetant dans le Gange… euh.
…
Les HINDUS, Le GANGE et la MORT
Pour une première fois depuis je ne sais plus quand, j’ai décidé de me lever tôt (5h) ce matin pour admirer le lever du soleil. Malgré la mousson, le ciel était clair et j’ai pu admirer le soleil qui se levait de l’autre coté de la rive (Varanasi est fait sur mesure pour les lever de soleil).après 1h à voir un ciel passer d’une petite lueur, à une teinte rosé, puis au jaune classique, le ciel s’est complètement couvert d’une mince couche de nuages faisant en sorte de diffuser la lumière uniformément, comme si le ciel s’embrasait l’instant de 3-4h… j’ai
répété l’exercice le lendemain matin pour avoir un résultat identique…
En prenant mon petit déjeuner sur le balcon de l’hôtel par la suite, j’attendais que Roark se lève pour aller marcher en ville. Disons que j’étais un peu beaucoup confus… et que j’aurais attendu longtemps si je n’étais pas sorti de la Lune… puisque je voyage en solo depuis maintenant 4 jours…
Les batteries bien rechargées, j’entreprend de marcher Varanasi aujourd’hui, c’est-à-dire de longer la rive à partir de l’endroit où je me trouve (Sud), en montant le plus haut possible. Mon but; voir le plus grand nombre de Ghat possible…
Qu’est-ce qu’un Ghat?!? Comme partout ailleurs en Inde, les indiens ont construit des espèces de bains publiques, plus précisément, des marches qui descendent dans le Gange. Ils se servent des Ghats pour faire tout ce qu’on peut faire avec de l’eau; se baigner, se brosser les dents, ch!er, etc. Bien que la très grande majorité de ceux-ci servent uniquement de bains publics, certains se spécialisent dans la crémation des morts.
Comme le Gange est la rivière le plus sacré du pays, ces Ghats sont parmi les plus importants au pays. Il faut aussi savoir qu’un bon 70-80% de la berge de Varanasi est occupée par un Ghat, il y en a plus de 30.
Quand la ville n’est pas en période de mousson et que le niveau du Gange est bas, il est possible de se promener d’un Ghat à l’autre sans même avoir à aller dans la ville, simplement en se promenant sur les berges. Comme ce n’est pas la cas présentement, je vais devoir naviguer dans un labyrinthe de petites
Peu importe, il est difficile de s’y perdre puisqu’à la minute où tu veux retrouver ton chemin, tu n’as qu’à cramper vers la droite (si tu monte vers le Nord) ou vers la gauche (si tu descend vers le Sud) et tu tomberas inévitablement sur le Gange.
Pour ma part, la stratégie est simple; pour me sortir du labyrinthe et voir le plus de Ghat possible je vais suivre les ruelles en prennant toujours l’option qui me conduit le plus à l’Est et si ce n’est pas possible, vers le Nord.
Lors de ma promenade, chaque détour me réservait une nouvelle surprise; temple souterrain, bâtiments construits il y a des siècles, temples hindus, temples jains, temples bouddhistes, une vache, un troupeau de vaches, une tour d’eau sur la rivière et offrant une vue inespérée de la ville, des chèvres, des jeunes qui jouent dans des ruelles plus petites que mon cul, une tonne des vaches prenant un bain dans le Gange. Seule constante, encore et toujours de la merde… PARTOUT.
Cela ne faisait pas plus de 10min que je marchais, principalement à l’ombre, et je suais déja à grosse goutte toute l’eau de mon corps. L’idée de faire une insolation ne m’avait jamais passé par la tête depuis le début de ma vie, mais là, sans même connaitre les causes, j’étais convaincu que tous les ingrédients étaient au programme de ma journée. Je devrais donc redoubler de vigilance et boire une quantité industrielle d’eau… à défaut de pouvoir me baigner dans le Gange comme tous les indiens que je croise. Par quelques fois, j’ai senti que j’allais perdre conscience (les yeux me sont tournés, mais sans plus…
Et puis tout à coup, le moment tant attendu est arrivé; je suis tombé sur un Ghat procédant à des rites funéraires (crémation)…
Le Harishchandra Ghat est le 2ème plus gros Ghat procédant à des rites funéraires à Varanasi. Quand j’y suis allé, il y avait 4 tas de bois sur le bord de la rivière; 2 d’entres-eux étaient complètement brulés, sur le 3ème, il y avait un corps au 3/4 calciné (on pouvait clairement voir ses jambes intactes sortir du linceul), et c’était le début de la cérémonie pour le 4ème.
Ils ont tout d’abord fait un gros tas de bois, ont déposé le corps sur le dessus, ils ont recouvert le corps de bois, ont ajouté de l’essence, un peu de paille et ils ont foutu le feu. Puis, le brasier a prit feu… D’où j’étais, j’ai reçu quelques cendres dans la face… Bon, si ce qu’on dit à propos de la nourriture en Inde est aussi vrai pour les morts, à savoir que si c’est chaud et que ça a cuit un peu c’est sans danger, je devrais être ok…
Pour ceux qui aurait voulu voir des photos, sachez qu’à la minute où vous sortez un appareil photo ou un cellulaire (je voulais simplement écrire sur mon IPhone), une tonne d’indiens vous font savoir qu’il est très mal vu de prendre des photos de la cérémonie.
C’était alors le temps de continuer ma découverte de Varanasi. TOUT est photogénique. Si je ne m’étais pas retenu, j’aurais près des photos à chaque fois que mon regard se portait dans une nouvelle direction.
Aussi, j’ai l’impression que si j’avais visité l’endroit il y a 1000ans, l’endroit aurait ressemblé à ce que j’ai devant les yeux… scooter en moins
Après la visites de plusieurs autres Ghats, je suis finalement retrouvé au principal ghat de crémation en fin de journée; le Manikarnika Ghat. L’expérience fut totalement différente de l’autre Ghat de crémation où je suis allé en début de journée; celui-ci est gigantesque… et quelqu’un m’a expliqué tout le processus de la Mort chez les Hindus.
Tout d’abord, la ville de Varanasi représente quelque chose pour toutes les religions en Inde, mais si il y a 1 ville sainte d’entre-toutes pour les Hindus, c’est Varanasi.
À partir du moment où la personne rend l’âme, la famille du défunt lui fait 5 massages; un massage au Beurre, l’autre au Miel, un autre au Lait, un à l’huile de moutarde et un dernier au yogourt. Ce processus vise à honorer et libérer les 5 éléments à partir duquel le corps est fait; l’Eau, le Feu, l’Air, l’Esprit et le Ciel. On ne ri pas dans la classe… c’est très sérieux. Je dois avouer que lorsqu’il a prononcé le dernier massage au yogourt, j’ai eu un sourire en coin…
La famille enveloppe ensuite le corps dans un tissu de coton blanc pur et lui donnent des présents (ils lui mettent des ornements… comme on ferait pour une momie).
Après ces étapes, le corps est fin près à être transporté jusqu’au Ghat pour la crémation. Note importante, le corps doit être acheminé dans les 2 à 10heures suivant sa mort. Passé ce délai, le mort ne pourra pas être « crématoré » au Ghat.
Tout au long du trajet, la famille transporte le corps en chantant des Shakra (chansons en l’honneur du défunt).
Je ne répéterais pas ce que j’ai déjà dit plus tôt à propos de la préparation une fois au Ghat (tas de bois, etc.), ce qu’il faut savoir est que c’est la famille qui s’occupe de bruler le corps… et seulement les hommes peuvent s’en charger. Si c’est le père qui meurt, ce sera le fils ainée qui devra allumer le feu, et ce sera au plus jeune fils que la tâche incombera dans le cas de la mère.
Pourquoi bruler le corps à proximité du Gange?!? C’est une très bonne question Francis… je sens que tu la question te brulait les lèvres depuis un bon moment… contrairement à ta soeur qui dort dans le fond de la classe…
Eh bien, c’est très simple… le feu (crémation) est le dernier « bain » que la personne va prendre sur Terre et le feu est sensé libérer le Corps de l’Esprit.
Après 20min de cuisson, celui qui a allumé le feu doit ouvrir le coton au niveau de la bouche pour donner 3 dernières gorgés d’eau au défunt.
Après 2h sur le feu, celui qui a allumé le feu doit prendre un bâton de bambou afin de briser le crâne du cadavre. De ce fait, il libère l’Esprit du Corps.
Après 3h, il n’est pas sensé rester autre chose que les os. Ceux-ci sont alors jetés dans le Gange.
Voila… vous en savez désormais autant que moi…
Ahhh, j’sllais oublier certains détails;
– Dû à l’essence de bois employée pour faire les monticules de bois, le défunt ne dégage aucune odeur noséabonde losqu’il brule.
– Les Ghats crématoires fonctionnent 24h/24, 365 jours par année. Chacun des Ghats peut bruler entre 200 et 300 personnes par jour.
– Seulement les personnes mortes de manière naturelle peuvent être « crémataté » tel que je l’ai décrit ci-haut. Quelqu’un qui meurt d’un accident quelconque, où qui se fait tuer, n’ait pas accepté. Ahhh… si vous mourez d’une morsure de Cobra (les autres serpents c’est OK) ou si vous êtes Lépreux, le même sort vous attend. Il y a une machine électrique spéciale (four) pour eux. Pourquoi?!? Aucune idée…
– Les enfants morts en bas de 12ans ne sont pas brulés, ils sont simplement attachés à une grosse roche et tirés dans le Gange. Pourquoi cette infâme procédure. Tout simplement parce que leur esprit n’a pas besoin d’être séparée de leur Corps. Pourquoi?!? No sé… faites dont vos propres recherches pour une fois héhé… je sais seulement que je n’ai pas vraiment envi de faire de la plongé sous-marine dans le Gange à la hauteur de Varanasi et en amont… ou aval… bref, celui qui veut dire « après ».
– Pas besoin d’être Hindu pour se faire bruler. Moyennant 10000-12000rs (100-140$), vous pourrez vous aussi vous y faire incinérer (ça en coute 300-400rs pour un indien). C’est donc dire que tu peux te faire bruler à Varanasi et te faire pitcher dans le Gange ensuite…
– Pour ceux qui demeurent trop loin et qui veulent finir leur jour… euh… mort dans le Gange, et pour les sans-abris, il existe une hospice pour homme et une pour femme à proximité du Ghat. Vous allez donc pouvoir mourir en paix sachant que vous serez brulé vif et garoché dans le Gange tout juste après votre mort.
Fin de la leçon… Le soleil commence à se coucher et je suis bien loin de mon hôtel. Loin de moi l’idée de marcher dans ces rues la nuit tombée… et hors de question de prendre un tuk tuk.
Ayant fait le chemin du retour dans un temps record, je me suis buté sur 2 grosses vaches qui bloquait la seule porte cochère donnant accès à mon hotel. Après avoir tenté de les faire bouger en vain… j’ai sorti mon habit de coureur de « 100m haies » en priant le ciel qu’elles ne se tournent pas la tête au moment où j’allais sauter par dessus elles… j’en aurais été du pour un bon coup de corne…
Bilan de la journée; pour marcher dans Varanasi, il faut accepter de se mouiller (sueur) et de se salir (j’ai les jambes toutes séchées et multicolore et j’ai recu plein de choses sur la tête). Un merci tout spécial à l’$sti de f&lle qui m’a pitché du liquide blanc sur les jambes. Le liquide ressemble comme 2 gouttes d’eau à du crémage à gâteau… ou du goano. Je n’ai pas arrêté de me dire que c’était la première option, mais je n’ai pas osé gouter.
…
EUH… QUOI?!?
Mon réveil lors du jour 3 fut brutal. Allant voir le manager pour commander mon déjeuner il m’a tout bonnement lancé « … and don’t forget the check out is at 11h (… et n’oubliez pas que le check out est à 11h) ».
?!?
Euh… Pourquoi tu me dis ça aujourd’hui?!? J’ai réservé ma chambre pour 2 autres nuits hier. Un peu embêté, il a cherché dans ses papiers pour me revenir bredouille quelques minutes plus tard. Il appert que l’information s’est perdue (c’était un autre que lui à la réception à ce moment) et il a entretemps réservé ma chambre pour ce soir… et l’hôtel est plein…
Un peu beaucoup en panique et ne sachant pas trop quoi faire, je me suis assis tranquillement pour faire le point;
Fait 1; je dois me trouver un autre hôtel,
Fait 2; le ciel n’annonce rien de beau pour aujourd’hui,
Fait 3; j’ai de la misère à supporter ma peau tellement il fait chaud et humide ici,
Fait 4; bien que j’aimerais visiter quelques autres lieux en ville, j’ai vu tout ce que je voulais vraiment voir…
Bref, vous me voyez surement venir comme un éléphant dans un magasin de porcelaines; j’ai décidé de lever les feutres de Varanasi et de continuer mon chemin.
Je quitte donc Varanasi dans des circonstances un peu bizarres… mais bon, c’est ça la vie de backpacker… et croyez-moi sur parole, j’ai déjà vécu bien pire…
Heureux hasard, hier soir j’ai fait toutes les recherches pour me rendre jusqu’à Chandigarh, ma prochaine destination (trains à prendre + localisation de quelques hôtels intéressants) Je n’étais donc pas entièrement pris au dépourvu…
J’ai donc packté mon stock en vitesse pour me rendre à la gare en espérant avoir une place. J’étais très confiant puisque pour me rendre à Chandigarh, je devais tout d’abord prendre un train de jour (il n’y a aucun problème à booker les trains de jour à la dernière minute) jusqu’à Lucknow et enchainer avec un train de nuit jusqu’à destination. Le pire qu’il pouvait m’arriver serait de ne pas avoir de billet pour le train de nuit aujourd’hui et de devoir passer une nuit à Lucknow, ce qui ne me dérangeait pas trop…
Malgré ce petit anocroche, je vous recommande à 200% cet hotel pour l’accueil, le service, la qualité des chambres, ses nombreuses terrasses offrant de superbes vues sur la ville, sa proximité avec le Gange, son emplacement un peu à l’écart et parfait pour se reposer et la nourriture; prenez la grosse portion de Thali pour souper… tout fond dans la bouche et si vous avez encore faim après, je vous paie autre chose. Cependant, réservez à l’avance… Le manager m’a fait comprendre que j’avais été très chanceux d’avoir une chambre en me pointant à l’improviste et notez bien qu’il n’y a pas de basse saison à Varanasi… même en temps de mousson, la ville est pleine à craquer de touristes.
…
Constat de mon séjour à Varanasi; si l’Enfer et le Paradis existent sur Terre, je crois qu’ils sont tous les 2 à Varanasi. C’est à coup sur l’endroit le plus Hors de l’Ordinaire où j’ai pu aller depuis 4mois. On se croirait transporté 1000ans en arrière. Je suis bien content d’avoir le bagage d’expérience que j’ai présentement pour apprécier l’endroit à sa juste valeur. Il faut savoir que n’eut été de ma panique en arrivant à Delhi, j’étais sensé venir ici tout de suite après être arrivé en Inde… ça aurait été une expérience tout autre et assurément très traumatisante.
Si Kolkata m’a surpris et émerveillé, Varanasi est comme un feu d’artifice qui part dans toutes les directions et en met plein la vue. Si je savais ce que voulais dire « flabergasté », eh bien je crois que je le serais…
Pour ceux qui envisage de venir à Varanasi un jour, j’ai un bon conseil pour vous. Il fait TRÈS chaud ici. Avant de prendre un hôtel, assurez-vous que l’établissement à une batterie de secours. Votre bel air climatisé ou votre ventilateur ne vous sera d’aucune utilité durant les trop nombreuses pannes quotidiennes…
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PIRE TRAIN EVER
À mon arrivé à la gare, je me suis rendu compte que j’avais été un peu trop confiant.
Le train que je voulais prendre quittait dans moins de 2h et j’ai appris qu’il était impossible de booker un train moins de 4h à l’avance. J’ai beaucoup d’expérience avec les trains de nuit, mais j’ai pris seulement 1 train de jour en Inde jusqu’à maintenant… et c’était il y a 4 mois. Le seul recours qu’il me restait était de prendre un « open ticket »; je peux entrer dans le train, mais que je n’ai pas de place assignée. Je vais donc m’assoir où il y aura de la place.
Voulant faire 1 pierre 2 coups, j’ai aussi booké mon train de Lucknow à Chandigarh pour demain soir. Je vais donc coucher à Lucknow ce soir et y passer la journée de demain.
Une fois le train pour Lucknow en gare, j’ai commencé à courir comme un déchainé de wagon en wagon afin de trouver un siège libre ou m’assoir… sur chaque wagon, tous les sièges sont affichés avec le nom de la personne qui l’a réservé… c’est une expérience dont je me serais passé volontiers.
Au final, j’ai trouvé un siège non occupé, mais je n’étais pas le premier arrivé. Je me suis donc retrouvé à le partager avec une vieille femme. Pour 2$ le trajet de 5h (au lieu de 10$) disons que je n’avais pas trop à chialer…
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LUCKNOW
Lorsque j’étais à Darjeeling, j’étais en territoire bouddhiste… À Kolkata, la diversité ethnique est reine… Quelqu’un qui ne sait pas que les Hindus règnent en Roi et Maitre à Varanasi n’a tout simplement pas lu mon épisode attentivement… Eh bien, croyez le ou non, c’est maintenant au tour des musulmans d’y passer. Tout à Lucknow est musulman; l’architecture, la nourriture, les femmes…
Vous pouvez ranger les fusils, il n’y a pas d’extrémistes à l’horizon. En chemin vers ma guesthouse, j’ai même dû m’arrêter durant 15min avec un groupe de jeune qui voulait à tout prix me serrer la main…
Après avoir enduré mon mal toute la journée sans dire un mot dans le train, je suis tombé sur une guesthouse qui ressemble au paradis.
Quand j’ai fait un peu de recherche sur les accommodations de Lucknow, j’étais tombé sur une auberge qui semblait plus vrai que vrai. Pousse, mais pousse égale que je me disais très beaucoup sceptique… on verra bien une fois sur place…
Eh bien, tout ce qui est dit sur Trip Advisor (selon moi, c’est le meilleur site pour la recommandation d’accommodations) est VRAI. De tous les endroits où je suis allé, c’est celui qui ressemble le plus à une auberge jeunesse comme on se les imagines en Europe et en Amérique. Vous ne voudrez plus repartir comme c’est mon cas présentement.
Malheureusement, je dois prendre le train demain puisque mon billet a couté très cher (dernière minute et il ne restait que des classes supérieures) et qu’il est non remboursable (la totalité des types de billet de train sont remboursables, sauf les Tadkal… qui veut dire dernière minute).
J’ai donc profité de ma seule journée en ville à fond… en prenant un tuk tuk jusqu’à l’autre bout de la ville, où se trouve les principaux monuments historiques, et je suis revenu à pied, non sans peine (chaleur) jusqu’à mon auberge.
Au menu, un grand nombre de mosquées et autres bâtiments musulmans… mais à un certain moment je me suis dit qu’il fallait que j’arrête de courir dans toutes les directions à chaque fois que je voyais une tour puisque ma journée ne finirait jamais (les tours, tourelles, minarets, etc. sont typique de l’architecture musulmane).
Désespérément en quête de nourriture… et d’une pharmacie pour m’acheter de la crème solaire, mais bon, c’est une autre histoire… je suis alors tombé sur la rue principale. Longue de quelques kilomètres, j’oserais dire que cette rue est unique en Inde. Avec son style Art-Deco, tous les bâtiments sont d’un beige douteux et toutes les affiches sont faites d’un lettrage blanc sur font noir. Il y a définitivement des règlements d’urbanisme ici… une première en Inde.
J’ai la très forte impression qu’aujourd’hui était la plus chaude et humide journée de mon voyage. Comment vous décrire le feeling que j’ai ressenti toute la journée… j’ai une idée… en fin de semaine prochaine, rendez-vous au Gite du Mont Albert dans le parc des Chic Choc en Gaspésie… passez l’accueil sans dire un mot pour vous diriger dans les escaliers… descendez au sous-sol et entrez dans le sauna. Ajoutez ensuite 1 ou 2 tasses d’eau sur le feu et vous aurez une petite idée de la température ici présentement…
…
P.S. Depuis mon retour en Inde, j’ai décidé de m’amuser un peu en jouant la même « Game » que les indiens… à savoir leur tomber un peu sur les nerfs. De temps à autre, lorsqu’un Grand Talent se met à me fixer comme si j’étais un martien (donc tout le temps), je me met à le fixer sans dire un mot durant 2-3-5 voir 10 minutes, et ce, même si ils ont arrêté de me fixer depuis. J’adore voir la réaction de ces demeurés; bien souvent ils ne savent plus du tout quoi faire et en quelques rares fois, ils partent…
Autrement, quand je me promène dans les bazars et qu’un bozo m’accroche pour ne plus me lâcher, voulant à tous prix que j’aille visiter son €st! de magasin, je me tourne vers lui et je lui demande le plus sérieusement du monde « The only thing I really want to buy is NOTHING… if you sell nothing, I’ll go to you shop right now (la seule chose que j’ai vraiment l’intention d’acheter c’est RIEN… si tu vends rien, je vais aller à ta shop sur le champ) ».
PHOTO À VENIR… pas juste cela à faire héhé
Épisode Spécial – Bollywood Baby
Tout d’abord, voici un bref récapitulatif des évènement qui ont conduit à ce que je joue dans un film…
Roark et moi étions à prendre une bière bien tranquillement en fin de journée dans un hôtel tout près du notre, quand une française, parlant un anglais très cassé, est venu nous interrompre…
Elle travaillait pour un agent de casting indien et cherchait un homme blanc d’environ 33-34 ans pour jouer dans un film de Bolywood.
Sans hésiter, Roark, qui a une formation d’acteur et qui est agé de 33 ans, lui a montré son intérêt. Cependant, le film allait être tourné 2 jours plus tard et il prenait l’avion dès demain pour Bali… donc Game Over
Pour ma part, je fut très lent à réagir (elle avait demandé un gars de 33-34ans)… puis, quand Roark eut renoncé, je me suis dit « a ta peu… même si j’ai seulement 28ans, tout le monde me prend pour un gars de 34-35ans… Et si je tentais ma chance ». J’ai alors démontré mon intérêt…
1 heure plus tard, toujours au même bar, où je tentais tranquillement mais surement de boucler mon Épisode 15 à propos de l’Annapurna (tous mes temps libres y passent… par temps libres j’entends le temps que je ne passe pas à dormir, voyager ou boire), la fille revenait avec le responsable du casting pour discuter un peu;
[…]
Indien – « tu sais monter à cheval? »
Moi – « un chameau ça compte tu?!? »
Indien – « Ça veut donc dire non? »
Moi – « c’est exact »
Indien – Il passe un coup de téléphone qui dure une É T E R N I T É pour finalement raccrocher et dire « tu as peur des chevaux?!?
Moi – « Oh que non, je suis près à relever le défi »
Indien – « Deal »
Il m’offrait un role, vraisemblablement de figurant (je n’ai même pas demandé tellement j’étais dépassé par les évènements)… mais tout le monde s’en fou… j’avais l’occassion de jouer dans un film… indien.
Sans plus hésiter, j’ai dit oui sur le champ…
Un véhicule viendrait donc me chercher le lendemain en début de soirée pour m’amener sur le lieu du tournage en dehors de la ville. Je passerais cette nuit là dans un hôtel et toute la nourriture que j’allais prendre serait gratuite et à volonté. Pour couronner le tout, il m’offrait un cachet (j’aurais dit oui même sans cachet).
Que dire de plus sinon que j’étais au Anges… et que Roark regrettait au plus haut point d’avoir un vol à prendre demain soir…
Comme tout bon best buddy qu’il soit, je n’ai pas manqué de lui rappeler que lorsqu’il serait sur le point d’arriver à Bali/Indonésie, je serais en train de tourner un film héhé.
J’avais des doutes quand à savoir si cette histoire de film était véridique… mais ils se sont évaporés à la minute où j’ai vu le SUV supposé m’emmener jusqu’au lieu de tournage…
Je quittait donc Kolkata l’instant d’une journée en laissant derrière moi Roark, mon partenaire de voyage des 2 derniers mois, qui se dirige pour sa part vers l’aéroport.
…
CEINTURE NON INCLUSE
J’étais donc à bord du plus confortable transport de tout mon voyage en Asie, en direction d’un village un peu au Nord de Kolkata, apparemment très beau, avec une chambre avec air climatisé, nourriture à volonté en tout temps et j’étais payé… Que demander de mieux?!?
On m’a aussi dit que j’était très chanceux puisque je suis tombé sur la seule production des derniers mois et des mois à venir à tourner à l’extérieur de Kolkata dans un environnement extérieur. Mis à part si c’est un film qui se situe dans un bidonville (je n’ai AUCUNE idée de quel genre de film il s’agit), je devrais donc faire 1 pierre 2 coups et visiter un nouvel endroit intéressant au lieu d’avoir passé la journée dans un studio au centre-ville…
Bref, ma vie est très difficile présentement…
Après m’être fait ramasser vers 19h, nous étions embarqué dans un trajet infernal de 4h. Bien installé dans mon fauteuil en cuir, j’ai pu admirer le chauffeur et son pied pesant. C’est la première fois que je vois le compteur d’une voiture indienne dépasser les 100km/h. Généralement, les voitures et bus donnent l’impression d’aller vite, mais dèpassent rarement les 40-50km/h, l’impression de vitesse étant dû au traffic très dense, aux nombreux obstacles (animaux, etc.), à l’état pitoyable des routes et/ou à l’environnement (route étroite en flanc de montagne, etc.)
Ce soir là, ce n’était pas simplement une impression de vitesse; le SUV engrangeait les kms à un rythme effréné en zigzaguant au travers des gros camions et des autres poids lourds sur l’autoroute. Ceux qui me considère comme un chauffeur dangereux pourrait voir ce qu’est un vrai chauffeur dangereux…
…
I’M GONNA BE A COWBOY BABY
Pour être vraiment chien, je pourrais vous résumer ma journée de tournage ainsi; 3h assis sur un cheval à essayer de faire copain copain, suivit de 6h à être assis à ne rien faire à regarder le tournage… avec en bonus un gros coup de soleil dans la face… mais bon, puisque je vous aimes et que j’adore écrire, je vais y aller un peu beaucoup plus en détails…
La journée allait commencer sur les chapeaux de roues. Après m’être fait réveiller en catastrophe par le costumier vers 9h, tout le reste allait s’enchainer à un rythme effreiné…
En me levant ce matin, ma plus grande crainte était de savoir si je serais capable de monter sur un cheval et de m’y tenir en équilibre. En d’autre mot, j’avais peur que mon Égo en prenne un coup devant une tonne d’indiens. C’est donc complètement insouciant de ce qui m’attendait que je me suis présenté sur les lieux du tournage en compagnie de ma petite équipe personnelle d’indiens; mon guide, mon costumier, mon coiffeur et leurs assistants.
En arrivant sur les lieux, j’ai rencontré le réalisateur et il m’a expliqué mon role; je joue Kelly Hanson (oui oui, je ne suis pas un simple figurant… j’ai un nom héhé), un gentilhomme britannique vivant en Inde au temps de la colonie. Je personnifie le frère cadet de l’acteur principal… un indien au teint vraiment pâle ou avec du maquillage (je n’ai pas osé demander)… que j’appellerais gentiment « mon frère » pour le reste de l’épisode. J’apparais à un seul endroit dans le film, c’est-à-dire au moment où mon frère se remémore un évènement de son passé en ma compagnie…
Je me suis ensuite dirigé vers les chevaux pour piquer une jasette avec le cavalier en chef. Il m’a invité à monter sur mon cheval. Le moment que j’appréhendais était donc arrivé… et puis hop, sans aucune difficulté j’étais sur la bête. Il m’a ensuite expliqué comment « conduire un cheval » et je me suis exécuté avec succès… Ayant réussit à conduire mon cheval avec succès (galot, trot, tourner à gauche, à droite, arrêter et reculer) j’étais convaincu que c’était dans la poche… j’ai refusé son invitation à me pratiquer un peu plus pour descendre au plus vite du cheval. Pas que je n’aimais pas la sensation, mais bon… le costume qu’on m’a fait porter était un peu serré et quand j’étais sur le cheval… comment dire… je ne me sentais plus un homme à part entière… vous ne comprenez pas?!?… j’avais les couilles complètement écrasées… voilà… je l’ai dit… content?!?
Bref, cet empressement à descendre du cheval et mon refus de pratiquer plus longtemps fut ma plus grande erreur et mon amour propre allait en payer le prix plus tard. Après tout, j’avais réussit toutes les consignes que l’entraineur me demandait et ce, du premier coup… grrrr… j’aimerais pouvoir retourner dans le temps juste au moment où je descendais du cheval, me foutre un claque derrière la tête et me dire « eille le cave, remonte tout de suite sur ton cheval et pratique »…
C’était ensuite l’heure de m’habiller. Au menu; 1 paire de bottes de cuir trop petites, 1 pantalon d’époque assez cool, une chemise blanche à froufrou sur le col et les manches, un espèce de foulard de bandit allant dans mon V neck, un jacket noir, un veston noir et une ceinture rouge. Ils ont aussi essayé de me faire porter un chapeau de conquistador, mais heureusement il ne fittait pas. Ahhh… et j’allais presque oublier; une vrai épée dans son fourreau fixée à ma taille.
Après le déguisement, c’était l’heure de la perruque; on m’a foutu 2 perruques sur la tête pour ensuite les coller. Quand j’ai demandé au costumier si ça allait faire mal à enlever, il a répondu « yai yai »… j’espère qu’il n’a pas compris ma question… Fait cocasse, l’un des 2 assistants allait me supplier de lui fournir un visa canadien… Désolé mon beau, mais le seul moyen que je puisse t’aider, ce serait de t’épouser et disons tout simplement que tu n’es pas mon Genre…
À partir du moment où je m’étais mis en sous-vêtement 45min plus tot, il m’avait été impossible de voir ma transformation. Une fois le tout terminé, on m’a placé devant un grand miroir pour que j’admire le résultat. Je dois dire qu’à mesure qu’il me tendait un nouvel accessoire à porter et surtout quand ils ont commencé à me mettre la perruque, j’ai beaucoup douté du bon gout du résultat final. Je dois donc admettre que j’ai été très agréablement surpris de me voir dans la glace. Pour ceux qui ont déjà vu le film « Tombstone », excellent western américain datant de la fin des années 80 et mettant en vedette Kurk Russell, Val Kilmer, Bill Paxton, etc., je ressemble comme 2 gouttes d’eau à un membre du groupe des « cowboy », qui terrorise la ville.
Je n’avais pas droit de prendre des photos tout au long de la journée, mais voici une photo que j’ai prise en vitesse juste avant qu’ils enlèvent mon linge et la perruque. J’avais beaucoup plus fière allure en début de journée…
L’acteur principal est finalement arrivé sur les lieux et réalisateur nous a présenté.
Il nous a ensuite invité à monter sur notre cheval; je me suis alors exécuté sans problème, pour voir l’acteur principal avoir toutes les misères du monde à monter sur le sien et à mettre ses pieds dans les étriers (ils allaient lui fournir un tabouret par la suite)… ce qui m’amusait beaucoup…
La scène où je devais prendre part consistait à galoper tous les 2 en compagnie de 2 gardes, sur un bon 50-100m, pour ensuite s’immobiliser à la vue d’une tribus effectuant un rituel cruel. À ce moment, mon frère et moi argumentons sur la nécessité ou non d’intervenir. Le réalisateur m’a demandé d’improviser des réponses à ce que mon frère allait me dire… au final, je devais être Contre l’idée d’interférer et lui Pour… Ensuite, il est sensé partir au gallo avec les 2 gardes pour stopper le rituel alors que moi je tournes les talons. La scène que je viens de vous décrire durera au plus 30-40secondes dans le film… Eh bien ça a prit 9h à filmer…
Tout le monde était en place et le réalisateur s’est écrié ACTION. J’ai vite déchanté…
Lors de la 1ère prise, mon cheval n’a tout simplement pas parti…
Lors de la seconde, j’ai réussi à avancer, mais je n’arrivait pas à aller à l’endroit désiré.
Lors de la 3ème, j’ai réussi un sans faute… mais mon frère s’est planté…
Les prises se sont ensuite enchainées; 4ème (échec), 5ème (médiocre, mais un succès comparée aux autres, 6ème, 7ème, j’ai perdu le compte…
Bien que j’ai été complètement affreux à cheval, je me console en me disant que mon frère était d’une nullité des plus totales.
Nous étions tellement nul que le réalisateur a décidé de modifier ses plans. Puisqu’il nous avait été impossible de s’arrêter l’un à coté de l’autre durant les prises que nous avions tentées au gallo, nous allions faire un plan fixe de moi et mon frère cote à cote sur nos chevaux pour qu’on puisse avoir la scène d’argumentation…
La scène était complètement surréel; Moi, Nicolas Paré, Homme Blanc voyageant en Asie, étais sur un cheval à argumenter… en anglais… avec l’un des plus grands acteurs du pays… devant une équipe complète (au moins 60 personnes) et full équip (des grues avec caméra dessus, des caméras sur rails, etc.)
Comment je me sentais dans tout cela; anormalement décontracte… Après la première prise, le réalisateur est venu me voir pour me dire que je n’étais pas dans un souper romantique à chuchotter des mots d’amour à ma bien-aimé, mais en train d’interpréter un gentlemen britannique en colère.
Je me devais d’être plus expressif… ce que je fut dès la scène suivante… pour me faire dire de ne pas surjouer (j’avais été trop émotif)…
Ils ont fini par me dire que la discussion serait vraisemblablement coupée au montage. Ils voulaient que je sois expressif en gestes plus qu’en parole; montrer à la caméra que je n’étais pas d’accord avec mon frère d’aller interrompre le rituel, aussi barbare soit-il.
À la 3ème prise, c’était dans la poche, le réalisateur s’est écrié « well done Nicolas (bien joué Nicolas) ».
Au final, j’ai passé 3h assis sur un cheval avec mon déguisement hyper chaud… par un soleil de plomb.
Ce que je ne savais pas encore c’est que ma carrière d’acteur venait de prendre fin à ce moment. On m’avait laissé entendre que je serais dans une scène en fin de journée, mais ça n’a jamais eu lieu. J’ai plutot passé les 6 heures suivantes à regarder le tournage, somnoler dans un camion, me bourrer la face dans le buffet, taquiner des indiens, me faire prendre en photo et ainsi de suite…
Tout cela sous le soleil de plomb avec un accoutrement qui me faisait paraître comme un chien devant passer toute l’après-midi dans une voiture garée dans un stationnement de centre d’achat en pleine canicule et sans vitre baissée (vous comprenez l’idée) .
Bien que j’ai fait le trajet de Kolkata jusqu’ici avec 2 autres « foreigner (étranger) » comme moi, j’ai été le seul blanc sur les lieux du tournage pendant toute la journée (de 9h du matin à 19h).
À un certain moment, la doublure de l’acteur principal s’est mi dans la tête de devenir mon meilleur ami. Au début, c’était sympa; j’ai appris qu’il était cascadeur professionnel et il m’a raconté plein d’anecdotes. Puis, il a commencé à me poser pleins de questions et j’ai fini par lui dire que j’étais un maniaque de cinéma…
Il a donc commencé à me parler du cinéma indien. Il était renversé que je ne connaisse pas l’acteur principal ou encore le réalisateur, 2 célébrités du cinéma indien. Ensuite, il s’est mis à me parler de ses films favoris…
Ayant encore une fin de non recevoir (je n’avais aucune idée de ce qu’il me parlait), il a fini par me demander « i’m not sure you are a real movie fan… ». À ce moment, je suis sorti de l’état végétatif dans lequel j’étais tombé quand il a commencé à me parler du cinéma indien. Comme si j’avais été piqué au vif, j’ai entrepris de lui faire comprendre que personne n’en avait rien à foutre de Bollywood en Europe et en Amérique… et que le seul film « indien » (le réalisateur est britannique, c’est un film hollywoodien, mais l’action se passe en Inde) que j’avais vu avant d’arriver en Inde se nommait « Slumdog Millionnaire (Le pouilleux millionnaire) »… il n’avait aucune idée de quel film je pouvais bien parler. Sa réaction en fut une qui me surprit au plus haut point; il était convaincu que je le menait en bateau et refusait systématiquement de me croire…
Une fois débarrassé de lui, j’ai pu concentrer tous mes efforts sur l’élément qui m’amusait le plus; l’acteur principal. À la minute ou la scène s’arrêtait, une demi-douzaine d’indiens couraient en sa direction avec une chaise, un parasol, des rafraichissements, un journal… et un gigantesque air climatisé et sa batterie (j’ai oublié de dire qu’en plus du soleil qui plombe, l’humidité est dans le tapis)…
Puis, vers 18h le réalisateur est venu me voir pour me remercier d’être venu et me relever de mes fonctions. Tout de suite après lui avoir serré la main, j’ai couru vers la roulotte pour me libérer de cet accoutrement.
Tout au long de la journée, il y avait des agents de sécurité autour du site pour limiter l’accès des senteux… et Dieu sait qu’il y en avait à la tonne. Cependant, lorsque fut le temps de retourner à la roulotte pour enlever mon costume, une masse d’indiens s’est formée autour de moi et m’a suivit jusque là. Je suis donc entré Kelly Hanson, en uniforme de gentlemen, pour en sortir Nicolas Paré, short, chandail sale, flip flop et appareil photo à la main. Parce que oui, j’avais passé toute la journée dans un endroit magnifique sans avoir droit de prendre des photos, mais maintenant que le tournage était terminé, j’avais l’intention de remplir ma carte mémoire. L’endroit était une espèce de plaine inondable avec des champs de riz à proximités et c’était maintenant l’heure du coucher de soleil héhé…
Le plan initial était de retourner à Kolkata dès ce soir, mais j’ai mis mon pied à terre en leur disant que si j’arrivait à Kolkata vers 10-11h du soir, il me serait impossible de trouver un hôtel décent… Mon numéro de chien piteux fut probablement ma meilleure interprétation de la journée puisque je suis présentement à passer une soirée ici au frais de Sa Majesté, pour mettre le cap sur Kolkata dès demain matin en SUV de luxe…
Au final, le traitement fut royal du début à la fin. J’ai entendu beaucoup de mauvais commentaire en provenance de touristes ayant participés à des films à Mumbai, il y a donc 2 alternatives; soit je suis bien tombé, soit ils traitent mieux les touristes à Kolkata.
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Au final, après quelques mois, j’ai finalement trouvé le film…

Nom du film; Jaatishwar
Lieux de tournage; Shantiniketan/Bulpur (Nord-Ouest de Kolkata – 4h de route – à la frontière avec le Népal)
Le film est tout sauf un film de série B. On m’a raconté qu’il avait l’un des plus gros budget de l’histoire du cinéma indien (ça ne s’est pas reflété sur mon cachet héhé), que le réalisateur était une étoile montante de Bollywood et que l’acteur principal était probablement l’artiste le plus connu/riche du Nord-Est de l’Inde…
Voici l’extrait du film en question…
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P.S. – Si vous êtes à Kolkata un jour et que vous voulez jouer dans un film indien, vous n’avez qu’à vous tenir au Fairlawn Hotel sur Sudder Street. En plus d’offrir de la bière abordable, les agents viennent pas mal quotidiennement là-bas puisqu’ils sont constamment à la recherche de blanc pour jouer dans leurs films. Ils recherchent constamment des gars qui ont le look d’homme entre 20 et 35ans… Cependant, ne faite jamais l’erreur de manger à cet endroit… la nourriture d’avion passe pour de la grande gastronomie à coté de cela…
P.S. II – Vous vous demandez peut-être comment j’ai pu faire pour publier cet épisode aussi rapidement. Eh bien, passez 6h à ne rien faire sur un lieu de tournage et vous aurez la réponse…
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À ne pas manquer dans les prochains jours la parution de 3 autres épisode;
– Épisode 16 – Retour à la civilisation… asiatique (Après trek et fin du voyage au Népal)
– Épisode 17 – Darjeeling Unlimited (retour en Inde)
– Épisode 18 – Apocalypse Please (séjour à Kolkata)
Épisode 18 – Kolkata; Apocalypse Please
Le jour du jugement dernier est arrivé. Enfin, j’ai l’impression que c’est ce qui m’attend à en croire tous les racontars que j’ai entendu à propos de Kolkata depuis 4 mois. C’est donc sensé être le pire endroit en Inde… et donc sur Terre puisque l’Inde est le « pire » endroit sur Terre.
« Much of Kolkata’s rock-bottom accommodation represents a whole new league of nastiness, and where we review such cheapies be aware that we’re usually identifying the least objectionable options rather than making a recommentation; consider putting a mat on the bed to reduce bed-bug bites » – Lonely Planet à propos des hôtels de Kolkata.
Pour ceux qui ont parcouru les livres « La frousse autour du monde » de Bruno Blanchet, eh bien c’est l’un des endroits qu’il a détesté le plus…
Aussi, je m’étais promis à moi même de ne plus remettre les pieds dans une grosse ville indienne et me voila à quelques heures seulement de mettre les pieds dans la seconde plus grande du pays. Il y a cependant 2 différences majeures par rapport à mes aventures à Delhi et Mumbai; j’ai gagné beaucoup d’expérience depuis et je voyage en duo et non en solo.
Bref, la table est mise…
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Dans le dernier épisode, j’étais sur la plateforme no.6 de la station NJP tout juste avant de m’embarquer dans le « Darjeeling Mail Express ».
Depuis maintenant 2 mois à l’extérieur de l’Inde, j’avais oublié à quel point les gares sont de véritables zoos… dans lesquels « le grand homme blanc » est le seul animal. TOUT LE MONDE épient tes moindres gestes et beaucoup d’entre-eux te lancent des regards hautains.
À l’extrême inverse, personne ne porte attention aux très nombreux mendiants qui èrent sur les plateformes tels des fantômes. Des familles entières habitent là. En fait, si tu prends le train en Inde et que tu ne vois pas d’enfants nus et/ou des vieilles femmes à moitiés mortes à la gare, c’est que tu n’es pas en Inde. J’imagine qu’en habitant la gare puisque celle-ci leur procure un flot continu de gens à qui demander de l’argent. Il est aussi très courant, de voir de jeunes enfants sauter sur les rails pour ramasser les bouteilles vides, etc.
Le train entre en gare. Tel que dans mes souvenirs, il ne s’est pas encore immobilisé que tout le monde se précipite vers les portes afin d’être le premier à entrer dans cette cage d’acier roulante, puante et humide… sans avoir auparavant laissé les gens à l’intérieur sortir. Belle gang de m@rons.
Autre élément qui me fascine à propos du système ferroviaire indien; pour prendre le train, chaque indien est sur son 31. Quelqu’un qui n’aurait jamais entendu parlé de l’Inde et qui se présenterait à une gare indienne se penserait en Europe où en Amérique. Il ne pourrait JAMAIS AU GRAND JAMAIS s’imaginer que la très grande majorité de ces gens vivent dans des dompes. C’est comme si les gares étaient un monde parallèle…
La classe « sleeper » (comprenant la classe moyenne inférieure indienne) est telle que je l’avais laissée; crasseuse, barreaux de fer en guise de fenêtres, vendeurs ambulants qui font des allé-retour en criant toute la nuit, ladyboys indiens qui font peur aux indiens naïfs afin de leur soutirer de l’argent… et souris qui te passent dans les pattes. Ce n’est probablement pas la 1ère fois que je l’écris, mais vous n’avez pas vraiment expérimenté l’Inde… le vrai… tant que vous n’avez pas pris un train de nuit en classe « sleeper ».
La nuit allait donc être douce dans ma bonne vieille couchette…
Puis, peu après que le soleil ait fait son apparition, le train s’est complètement immobilisé pour ne plus jamais repartir. Cela voulait dire une seule chose; nous étions rendu dans les entrailles de la bête… Kolkata
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Direction Sudder Street, une rue bourrée d’hôtels et de guesthouses pour tous les prix et tous les gouts; que vous soyez un adepte des 5 étoiles ou au contraire des coquerelles, vous aller trouver.
Le gros avantage, outre que c’est la rue la plus touristique de Kolkata (pas un avantage), est la position centrale qu’occupe cette artères dans la ville.
La très grande majorité des endroits à visiter sont à distance de marche, que ce soit l’Esplanade (15min) ou le Old Market (5min) au Nord, Park Avenue (15min) et Victoria’s Memorial (45min-1h) au Sud, et la fondation de Mère Thérèsa à l’Est (30min).
Après 1 heure de recherche intensive, le constat était le suivant; soit l’hôtel était BEAUCOUP trop cher, soit vous n’auriez jamais voulu utiliser la chambre qu’il nous proposait comme niche à chien. Par un heureux hasard, nous sommes finalement trouvé chaussures à nos pieds tombés à un prix plus que respectable; le Hilson hôtel devenait de ce fait notre quartier général…
Fait « intéressant », en marchant dans la rue, j’ai vu ces étranges boites (3 demi-murs) sur le trottoir et un indien qui se tenait immobile dedans. Je vous le donne en 1000… ce soit des urinoirs publics. À noter que ce n’est pas marqué « interdit au femme », mais bon…
Aussi, à l’image de New York, tous les taxis de la ville sont jaunes, mais au lieu d’être des modèles récents, ce sont des modèles old school des années 50/60… vous savez, tout en rondeur et assez compact.
Toute personne séjournant à Kolkata doit aller visiter le Old Market… à 2 pas au Nord de Sudder street. Je ne dis pas de simplement aller voir les bâtiments de l’extérieur, mais bien d’entrer et de vous perdre dans la multitude de corridor.
Tout comme moi, vous serez surement envahi par un étrange sentiment de vulnérabilité et d’émerveillement… et un bon nombre d’indiens vous harcèleront et vous suivront pendant de bonnes minutes… jusqu’à ce qu’ils comprennent enfin que vous en avez rien à f$&tr# de leur magasin… à ce moment, d’autres indiens prendront leur place et ainsi de suite…
La section « boucherie » est particulièrement impressionnante; toutes ces chèvres en vie et mortes l’instant suivant, tous ces tas de pattes et de têtes, la même chose pour les poulets… tout cela dans un très vieil entrepôt digne du plus macabre « Massacre à la tronçonneuse ». Une seule chose, n’oubliez pas de respirer par la bouche puisque l’odeur est insupportable.
En soirée, suivant les recommandations du Lonely Planet (meilleur resto en ville) j’ai proposé à Roark d’aller manger au Peter Cat. Dès notre entré dans le restaurant, on s’est assez vite rendu compte que ce n’était pas du tout un restaurant de backpackers, mais bien un restaurant haut de gamme… bref, nous n’étions pas du tout à notre place; le décor et le personnel était digne des meilleurs restaurant où je suis allé dans ma vie et, bien que c’était marqué en grosse lettre à l’entrée « nous nous réservons le droit de refuser quiconque », nous sommes entré sans problème avec nos vêtements tous croches.
N’empêche, on a décidé d’y manger quand même puisque ne partons pas en peur, quand je dis haut de gamme, ça aura fini par nous couter à tous les 2 environ 16$ pour 2 repas principal, 2 grosses bières et de l’eau et des petites bouchées gratuites et à volontés (du jamais vu). Nous étions les seuls blancs dans la place et nous étions vraisemblablement entouré de couples et de familles indiennes qui voulaient se gâter en s’offrant une sortie dispendieuse… tandis que pour nous, bien que ca défonçait nos budget, c’était très très très abordable pour la qualité de repas que nous avons eu.
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Profitant d’un soleil radieux lors de notre 2ème journée, nous sommes allé au Victoria Monument.
Dans le Lonely Planet, on décrit cet endroit comme étant à mi-chemin entre le Capitol de Washington/USA et le Taj Mahal de Agra/Inde. En lisant ça hier, je trouvais cela un peu exagéré puisque, pour avoir vu les 2 monuments en questions, ce sont des bâtiments dans une classe à part.
Eh bien, à mon plus grand étonnement, le Victoria Monument est très impressionnant et mérite ce comparatif.
Érigé au début du siècle passé à la mémoire de Victoria, Reine d’Angleterre, et incidemment de l’Inde, durant la 2ème moitié du 19ème siècle, ce monument a semble toute les mêmes dimensions et formes que le Taj Mahal. Ce qui le différencie du Taj est sa hauteur moins prononcée (donc moins impressionnant), mais il se reprend admirablement bien avec un intérieur des plus grandiose (l ‘intérieur du Taj est assez ordinaire). Bref, jugez-en par vous même avec les photos suivantes…
Je fais une parenthèse pour vous dire que Jean-Marc Vallée, québécois ayant réalisé C.R.A.Z.Y. et Café de Flores, a réalisé un très bon film sur la Reine Victoria; « Young Victoria ». Victoria est la mère de George V, Roi d’Angleterre au début du siècle passé (l’excellent film « King’s speech (Le discours du Roi) » raconte son histoire)… et donc grand-mère de l’actuelle Reine Elizabeth (vous pouvez encore la voir sporadiquement à la TV dans ses plus belles robes fleuries).
En plus de pouvoir admirer le monument de l’extérieur et de l’intérieur, il y avait 2 expositions; l’une portant sur l’histoire de l’Inde en photos et en peintures et l’autre portant sur l’histoire de Calcutta…
Certains d’entre-vous sont peut-être en train de se dire « eille chose, depuis le début, tu nous casse les couilles avec le nom Kolkata et là tu parles de Calcutta ». Calcutta était la capitale de l’empire britannique en Inde. Une fois l’indépendance, les indiens ont modifié son nom afin de se distancer de leur ancien « maitre ». C’est ainsi que Kolkata est née.
Qu’est-ce qui a poussé les britanniques à abandonner leur colonie indienne?!? La 2ème guerre mondiale. Au plus fort de la bataille avec les allemands, les britanniques n’avaient plus les moyens financiers et humains de continuer à opérer leurs colonies un peu partout dans le monde. C’est ainsi qu’une grande majorité d’entre-elles ont obtenu leur indépendance.
Tout juste à coté du Mémorial, se trouve l’impressionnante église Saint Paul. Datant de plus de 100ans, elle est entièrement faite de bois et a tout de même la dimension d’une cathédrale. D’ailleurs, la voute est très impressionnante (photo interdite).
Puis, en continuant notre route dans un quartier dit aisé, on tombe sur de petits bidonvilles improvisés sur les trottoirs au pied de somptueux bâtiments.
On entre ensuite dans un centre d’achat shooté à l’air climatisé et nous sommes téléportés en Amérique du Nord pendant un cours instant, comme si l’Inde en dehors n’existait plus.
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Après maintenant 2 jours arpenter les rues de Kolkata, un seul et unique constat s’impose; cette ville ne mérite pas du tout la tonne de mauvais qualificatifs entendus son sujet; l’enfer sur Terre, le pire endroit en Inde ou simplement « don’t go there (ne va pas là) ».
En fait, Kolkata est en voie de devenir l’un de mes endroits préféré en Inde. J’adore m’y promener en flânant dans les rues, ce qui n’est pas donné à beaucoup d’autres endroits (peut-être Udaipur, Mumbai et Darjeeling). Les gens n’agissent pas comme des mouches à marde en t’accostant constamment.
Pour être sorti des sentiers touristiques, la ville est quand même très propre et bien organisé. En fait, Kolkata est beaucoup plus près du Paradis que de l’Enfer si on la compare avec beaucoup de ville indienne; Delhi, Mysore, Ahmedabad, Jaipur…
Cependant, ne vous y méprenez pas, je ne conseille à personne de commencer un voyage en Inde par Kolkata… le choc serait terrible. Je suis en mesure d’aimer cet endroit simplement dû à mon « conditionnement » des derniers mois. L’adaptation sera beaucoup plus facile si vous commencez par Mumbai ou dans le Sud de l’Inde.
Le seul vrai conseil que je peux donner à propos de Kolkata c’est de respirer avec votre bouche et non votre nez.
Autrement, si vous allez à Kolkata un jour, je me fou royalement de ce que vous allez y faire… MAIS… vous ne pouvez pas quitter la ville sans avoir mangé un « masala dosa » au restaurant Anang près de l’Esplanade. Plat typiquement du Sud de l’Inde, c’est sans le moindre doute le meilleur endroit pour en manger… et c’est dans le Nord du pays. Comme nous, vous y entrerez une première fois sans attente et vous y retournerez encore et encore… et encore. On m’a dit que le meilleur moyen de mesurer la popularité d’un restaurant est de voir si les indiens le fréquentent, eh bien, à chaque fois que nous y sommes allé, c’était plein et ça faisait la file.
Autrement, levez vos mains ceux qui ont déjà vu un troupeau d’une trentaine de chèvres attendre bien tranquillement derrière un autobus sur un grand boulevard en plein coeur d’une ville. Vous pouvez me croire, l’image est assez spéciale…
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Jour 3 en Enfer… c’est la C A N I C U L E; je me tiens à l’ombre sans bouger et je su comme un porc…
Nous avons fait l’une des plus étranges activités que j’ai pu faire en Asie. À notre arrivé ici, Roark a remarqué qu’un des quartiers de la ville se nommait « Salt Lake City »… le nom de la ville où il est né en Utah aux États-Unis.
Depuis maintenant 3 jours, il n’arrêtait pas de me demander si nous allions pouvoir y aller. En cette matinée de canicule, où marcher relève du suicide, nous avons donc pris un taxi en direction de Salt Lake City.
Vraiment pas convaincu de vouloir faire ce trip au départ, cela c’est avéré une promenade des plus divertissantes. D’une part, nous avons eu toutes les misères du monde à expliquer au chauffeur de taxi que nous voulions faire un tour du quartier et que nous n’avions pas de réelle destination. Une fois à destination, nous étions à la recherche de panneaux ayant Salt Lake City d’inscrit parce que Roark voulait en prendre 1 ou 2 en photo.
À tout moment, moi ou Roark demandions au chauffeur d’arrêter en catastrophe, Roark sortait du taxi et prenait l’établissement en photo. Vous auriez du voir le visage du chauffeur; à chaque fois, il regardait en direction de ce que Roark prenait en photo (ça pouvait être une banque, un restaurant, l’entré d’un parc… bref n’importe quoi) et son regard était remplis d’incompréhension. Il regardait tout partout pour essayer de comprendre… Il a assurément fini par penser que nous étions complètement fou. Ces moments à regarder le chauffeur se creuser les méninges pour trouver une réponse était un délice à regarder du siège arrière où j’étais.
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THE MOTHER HOUSE
Si je vous dit Kolkata/Calcutta, vous pensez à quoi en premier?
« Rien »… euh… bonne réponse, mais ce n’est pas ce que je cherche…
« Mère Thérèsa »… ouiiiiii… mais j’ai vu le petit singe te souffler la réponse, donc je garde la récompense pour moi…
Pour ceux qui ne savent pas de qui je parle, je vous recommande de sortir votre tête de votre c#l de temps en temps et de lire autre chose que des Harry Potter et Twilight de ce monde.
Remis de mes émotions avec le chauffeur de taxi, nous sommes allés visiter les « Missionaries of Charity (Missionnaires de la Charité) », la fondation qu’elle a crée il y a plus de 60ans, et opéré jusqu’à sa mort, pour venir en aide aux pauvres et aux malades de Kolkata et qui compte depuis des missions un peu partout dans le monde.
Morte en 1997, cette Icône de la bonté et de l’entraide possède une aura qui est à jamais associée à Kolkata/Calcutta. Or, savez-vous que même si elle a passé la très grande partie de sa vie en Inde, elle n’est pas Indienne, mais bien originaire d’Albanie (près de la Serbie le long de la mer Adriatique).
« By blood and origin I am all Albanian. My citizenship is Indian. I am a Catholic nun. As to my calling, I belong to the whole world. As to my heart, I belong entirely to the Heart of Jesus (Par mon sang je suis Albanienne. Je suis de citoyenneté indienne. Je suis une Soeur Catholique. J’appartiens au monde entier. Mon coeur appartient entièrement à Jesus) »
Savez-vous qu’elle est loin de faire l’unanimité au sein des Kolkatains (ou peu importe comment ils s’appellent). La ville à très forte dominance hindu et musulmane et beaucoup d’entre-eux n’aiment pas que leur ville soit associée à une chrétienne… Bref, bonjour les accommodements raisonnables…
Pour faire une biographie très brève, elle a quitté sa famille très jeune (je crois qu’elle a fuit, mais ce serait à valider) pour aller en Irlande et entrer chez les Soeurs Loreto. Elle a par la suite été envoyé en mission en Inde, plus précisément à Calcutta, pour ne jamais en revenir.
Voulant se consacrer corps et âme aux pauvres dans les bidonvilles, elle a abandonné les Soeurs pour aller vivre de manière permanente dans les bidonvilles avec les pauvres.
De fil en aiguilles, une organisation s’est construite autour d’elle pour éventuellement se transformer en « Missionnaries of Charity (Les missionnaires de la Charité) ».
Durant sa vie, elle avait délégué toutes les tâches de gestion de la fondation à d’autres pour se consacrer à ce qu’elle aimait le plus; aider les plus démunis… et répondre personnellement aux très nombreuses lettres qui lui était adressé.
Voici quelques phrases importantes prononcés par Mère Thérèsa;
« Peace begins with a smile (La Paix commence avec un simple sourire) »
« We fear the future because we are wasting the today (Nous avons peur du futur puisque nous gaspillons le présent) »
« Intense love does not measure it just gives (L’intensité de l’amour ne se mesure pas, il fait simplement en donner) »
« I am notting but a little pensil in the hands of God (je ne suis rien de plus qu’un petit crayon dans les mains de Dieu) »
Comme Roark l’a si bien dit en voyant sa chambre, et plus spécialement le lit sur laquelle elle a dormi pendant si longtemps, « j’aurais tourné les talons immédiatement si j’avais vu ce genre de lit dans un hôtel, et ce même si je suis un backpacker et que j’en ai vu d’autres ».
Du moment où on franchit les portes de la Mission, jusqu’au moment où on en ressort, on est envahi par une espèce de paix intérieure. On en vient même à oublier le son des voitures et de la rue juste à coté avec le chant de Coeur (des Soeurs chantaient continuellement quand nous y sommes allé) qui nous enveloppait… de quoi conquérir les plus insensibles d’entre tous.
Avant de partir, n’oubliez pas d’aller rendre visite à Mère Thérèsa… son tombeau est exposé dans la salle principale…
Sur le chemin du retour, nous sommes passé au travers d’un quartier musulman extrêmement pauvre, à la limite de pouvoir être appelé un bidonville. Depuis notre arrivé à Kolkata, on se disait qu’il n’y avait pas autant de pauvreté que partout ailleurs en Inde. J’avais même dit à Roark que je ne comprenais pas pourquoi la Mission était dans ce quartier puisqu’il ne semblait pas y avoir beaucoup de pauvreté tout autour. Eh bien nous avons été frappé de plein fouet par elle à ce moment.
Nous sommes littéralement allé dans les entrailles de Kolkata et je dois dire que j’en suis particulièrement affecté.
Je vais avoir longtemps l’image de tous ces gens prenant une douche commune en très petite tenue dans la rue près d’un tuyau de canalisation percé… à 2 pas d’un hôtel 5 étoiles avec valet et garde à l’entré.
J’y ai vu beaucoup trop d’animaux mourir, mort ou déjà en pièces détachés (chèvres, vaches, poulet, etc.) durant ce trajet. Je crois bien que je vais m’en tenir à une soupe crème champignon ce soir…
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A FERRY TO NOWHERE
Il y a de ces jours où tu n’as aucune attente et où il ne se passe rien et d’autre où la citrouille se transforme en carrosse. La journée d’aujourd’hui entre dans la seconde catégorie; on avait aucune idée quoi faire, le début de la journée a été très poche, mais par une succession de hasards, nous avons trouvé quelques perles.
Rien pour écrire à sa mère jusqu’à ce qu’on s’approche de la rivière et que je lance à Roark « tiens… des ferrys… et si on en prenait un comme cela au hasard et qu’on tentait de revenir à l’hôtel par la suite?!? ». L’instant d’acheter nos billets que nous étions sur un bateau, qui n’avait rien de bien jeune, vers une direction inconnu.
Après une promenade sur un pont hors de l’ordinaire, imaginez un pont contemporain qui a été totalement approprié par les indiens, la journée s’est véritablement mise en marche de l’autre coté quand nous sommes tombés sur le « flowers market (le marché au fleurs) »… qui pourrait très bien être considéré comme étant un dépotoir pour certains et je ne leur en tiendrais pas rigueur…
Notre chemin a ensuite débouché dans le quartier historique de la ville; le quartier des finances avec la bourse de Kolkata… et un des meilleurs street food que j’ai pu manger (vous devez manger un fried idly avant de mourir)… pour finir le tout avec un promenade en tramway qui nous a transporté en terrain connu, à la très grouillante Esplanade (peut-être le rond point le plus achalandé de l’Inde).
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Le reste de l’épisode relate les évènements s’étant déroulé à Kolkata à mon retour du tournage; Voir ÉPISODE SPÉCIAL – Bollywood Baby
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JOURNEY ARE MADE BY THE PEOPLES YOU TRAVEL WITH
Aujourd’hui la réalité me frappe en plein visage…
En ce vendredi 12 juillet 2013, 08:20 et 20 secondes… 21… je me retrouve tout fin seul à boire mon thé en attendant mon déjeuner dans un restaurant shooté à l’air climatisé en plein coeur de Kolkata.
Il y a à peine 10minutes, le SUV qui m’avait amené sur les lieux de tournage du film indien auquel j’ai participé hier, m’a redéposé sur Terre… et sur Sudder Street… au même endroit où il m’avait cueillit 36 heures plus tôt.
Alors qu’il y a 2 jours j’étais avec mon éternel compagnon américain, je suis maintenant tout fin seul. En effet, après s’être serré la main et respectivement souhaité Au Revoir et bonne chance, j’avais refermé la porte du SUV pour embarquer dans une aventure complètement débile (film indien), tandis que lui allait prendre un taxi pour l’aéroport en direction de l’Indonésie…
Tout s’est passé beaucoup trop vite pour moi avec le tournage et c’est seulement maintenant que je prend conscience de ma nouvelle réalité.
Depuis 2 mois, nous avions bâti une team d’enfer, un duo de voyageurs qui se complétaient à merveille. Lui était le Bon Cop, moi le Bad Bad Cop (sans surprise… c’est un rôle de composition)… Il négociait le prix des hébergements et moi je m’occupais de dénicher les endroits à visiter et je nous orientais dans les villes (un guide quoi)… Sans avoir jamais été clairement défini comme je viens de le faire, c’était d’un naturel et nous y trouvions chacun notre compte.
Durant 64 jours, nous avons bâti une amitié très forte qui va perdurer. J’ai partagé avec ce gars là tant d’émotions, été placé dans tellement de situations précaires, qu’il me connait probablement mieux que quiconque (psychologiquement parlant… que je vous y prenne à penser croche…).
Je vais surtout m’ennuyer de la face que les gens faisaient lorsqu’il se présentait;
Personne quelconque;
« What’s your name (c’est quoi ton nom)? »
Roark;
« Roark »
Personne quelconque;
« Roa… what?!? (Roa… avec un face pleine de point d’interrogations)
Et Roark qui se lançait dans une grande explication pour clarifier son nom. La plus célèbre; c’est comme le cri du Lion (Roar) avec un K à la fin…
Tu as dit de moi que j’étais un « natural leader (un meneur naturel) », quelqu’un qui se souci du bien-être des autres et que les autres suivent les yeux presque fermées… comme ce fut le cas durant tout le trek de l’Annapurna… et je te remercie du compliment. Pour ma part, tu es le partenaire de voyage parfait et un enseignant formidable… tu devrais penser à te recycler en professeur…
Depuis toutes ces années à voyager, j’ai toujours dit que j’aimais mieux voyager en solo, tu auras réussi à me prouver le contraire.
…
AU REVOIR TOI AUSSI KOLKATA
Je suis arrivé à Kolkota à reculons, puisque j’avais peur de tout ce que j’avais entendu à propos de cette ville… et je pars à reculons, voulant voir le plus longtemps possible cette ville que j’ai appris à adorer.
On m’avait décrit Kolkata comme étant l’enfer sur Terre, mais l’apocalypse tant attendu n’a finalement jamais eu lieu. La ville n’est pas tant apocalyptique que surréelle et tout en contraste; Park Avenue est digne des plus grandes rues New Yorkaises où c’est bling bling par dessus bling bling. L’Esplanade est probablement l’endroit qui bourdonne comme nul part au pays, le Victoria Monument dans le Top 5 des plus beaux bâtiments du pays, le Old Market un endroit unique et à la minute où on s’égare un peu, la pauvreté nous frappe au visage… une pauvreté dont je suis malheureusement devenu insensible depuis tout ce temps.
Bref, Kolkata est tout en contraste; un mélange de modernité, de tradition… et d’indienneté. Jour après jour, elle n’a jamais cessé de me renverser.
Kolkata a supplanté de beaucoup Mumbai dans mon coeur pour ce qui est de ma grande ville indienne préférée. Pour ceux qui sont déjà allé à Mumbai et qui ont adoré l’endroit, cela pourrait être dur à croire, mais croyez-moi. En fait, si quelqu’un m’offrait le choix entre un billet d’avion pour Katmandou ou Kolkata, le choix serait très difficile. C’est tout dire comment cette ville s’est hissé dans le firmament de mes souvenirs…
La nuit dernière, j’étais dans un hôtel tout dorloté avec un tout nouveau coup de soleil dans la face après une journée de tournage et ce soir, je me retrouve dans un wagon de paumé en route vers le trou du cul du monde… avec mon coup de soleil pour me tenir compagnie. Belle façon de revenir sur terre rapidement…
Prochaine destination; Varanasi… mais, c’est pour un autre Épisode.
…
DO IT LIKE MARIO KART (à la façon Mario Kart)
En discutant avec Roark autour d’une bonne bière, j’ai tout à coup eu l’idée d’organiser une course entre le « moi de maintenant » et le « moi d’il y a 4mois » à l’image du jeu Mario Kart où on pouvait courir contre son fantôme (meilleur temps)… Dans le cas présent, le « fantôme » ce serait le « moi de maintenant », celui qui a développé pleins de trucs pour survivre à la jungle indienne et qui est beaucoup plus calme.
L’idée serait donc de se réveiller dans la même chambre d’hôtel, d’avoir le même itinéraire pour toute la journée et de voir comment les 2 s’en sortiraient.
Go… la journée commence…
1. ÉTAPE DU RÉVEIL
MOI D’AVANT – Je me lève vers 6h et je passe 30min-1h à lire à propos de la ville où je suis, regarder la carte et voir ce que je vais faire de ma journée. Puis, je prend une longue douche, je sélectionne le chandail que je vais mettre aujourd’hui et je vais prendre un bon déjeuner continental américain à mon hôtel (même si il n’est pas bon) avec une tonne d’eau.
MOI AUJOURD’HUI – Je me lève vers 8h, je regarde vite fait quoi faire en ville sans plus en prenant une photo avec mon iphone de la carte de la ville (qui servira à m’orienter… moi et les cartes papiers…), je met le chandail que je met tous les jours depuis…, je sors dans la rue pour trouver un bon resto et je mange un bon déjeuner indien (masala dosa, paneer ou paratha de préférence) avec mon thé masala bourré de sucre.
Résultat préliminaire; le moi d’avant est en avance de 30min
2. VISITE DU LIEU TOURISTIQUE
MOI D’AVANT – Bien que le site est à moins de 2km, je décide de prendre un tuk-tuk/ricksaw, bref une machine à 3 roues et à moteur. Je me fais arnaquer sur le prix, je suis pris dans la circulation et j’arrive finalement à bon port. Rendu au site, on demande un prix exorbitant pour aller à l’intérieur. Je paie le prix, je visite et je suis déçu. Comme très souvent, l’extérieur est super, mais l’intérieur n’en vaut pas le coup.
MOI D’AUJOURD’HUI – Je décide de marcher jusqu’au site, prenant une quantité incalculable de photos en chemin. Une fois rendu là, je ris en pleine face du gars au guichet en lui disant que jamais je ne paierais le prix demandé pour entrer à l’intérieur puisque j’ai été beaucoup trop souvent déçu par le passé. Je fais donc le tour du bâtiment et je prend beaucoup de photos.
Résultat préliminaire; les 2 sont à égalités.
3. RESTE DE LA JOURNÉE
MOI D’AVANT
Je décide de marcher jusqu’à d’autres monuments en revenant tranquillement jusqu’à mon hôtel.
En chemin, des indiens m’accostent sans cesse en voulant me vendre des cossins et je m’entête à leur dire que je ne suis pas intéressé au point d’en perdre patience
Je vois des itinérant, des enfants nus, des vieilles femmes me supplier de leur donner de l’argent et je dis non avec un moton dans la gorge.
Je marche sur le trottoir parce que les rues sont beaucoup trop dangereuses. Il me faut un bon moment pour passer chaque intersection…
MOI D’AUJOURD’HUI
Je décide de faire le chemin du retour en flânant dans les rues et en croisant par hasard des monuments d’intérêts.
Je marche dans les rues indienne comme on marche dans un champ; je me faufile entre les voitures et je ne marche que très rarement sur le trottoir, tout cela sans aucun stress parce que je sais que même si la circulation est complètement anarchique (le mot n’est pas assez fort) les conducteurs ont des yeux tout le tour de la tête. En amérique, je n’oserais jamais faire ce que je fais ici puisque bien que la circulation soit ordonnée, les conducteurs ne pensent qu’à leur petite personne et ne se soucie pas des autres.
Des indiens veulent me vendre des cossins, mais je les ignores complètement ou je leur dit une seule fois « no thank » sans jamais me détourner…
Je vois la pauvreté autour de moi, mais depuis le temps, je crois avoir pas mal tout vu et je me suis malheureusement bâti une carapace.
4. FIN DE LA JOURNÉE
Au final, le moi d’aujourd’hui est arrivé au bar de l’hôtel (ligne d’arrivé) depuis un bon 2 heures bien relax et content de sa journée, quand le moi d’avant arrive tout en sueur, avec plusieurs cheveux blancs de plus sur la tête et complètement traumatisé de ce qu’il a vu dans la journée.
Je lui dit alors « ne t’en fait pas kid, ca va aller… je suis passé par la moi aussi »… en lui montrant mes cicatrices.
Épisode 17 – Darjeeling Unlimited
Je suis tombé en amour! Seul hic… c’est un amour impossible; elle a plus de 160ans, se nomme Darjeeling… et c’est une ville.
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RETOUR DANS LE TROU DE CUL DU MONDE
Encore en Inde… es tu tombé sur la tête?!?
Est-ce que je suis sadomasochiste de retourner en Inde après vous avoir écrit de long en large comment je pouvais détester ce pays dans mes premiers épisodes? La réponse est très probablement.
Pour cette seconde escapade en Inde, j’ai l’intention de me concentrer principalement sur les régions du Nord-Est et du Nord-Ouest, c’est donc dire des régions bordant le Népal, ayant déja fait parti du Népal, comprenant encore une grande portion de népalais et donc je l’espère, ayant une mentalité différente des indiens que j’ai appris à connaitre et à mépriser.
Autant la frontière avait l’air un peu anarchique du coté Népalais, autant elle passait pour un endroit paradisiaque en comparaison à celle du coté indien. Bref, c’était bel et bien l’Inde tel que je l’avais laissé il y a 2 mois; sale et remplis d’incompétents, qui te dévisagent comme des purs morons comme si nous (moi et Roark) étions des extraterrestres. Je m’ennui déjà du Népal…
Je remet donc ma poker face, la face du gars qui ne rescent plus rien. Hors de question que je socialise avec les indiens comme je l’ai fait avec les sri lankais et les népalais; 2 peuples qui m’inspirent le respect. Je vais faire comme dans le bus tout à l’heure; socialiser avec l’un d’entre eux pour lui soutirer les infos dont j’ai besoin
…
LA TÊTE DANS LES NUAGES
La route menant à Darjeeling m’a laissé le souffle court. Elle entre assurément dans mon Top 3 des plus belles routes que j’ai pu faire dans ma vie avec le tronçon Fort Bragg – San Francisco en Californie et celui de Nanaimo à Tofino sur Vancouver Island dans l’Ouest du Canada.
Nous roulions tout bonnement dans une plaine quand tout à coup une très haute montagne s’est pointée le nez devant nous. Vous devinez assurément la suite… Non?!? Eh bien imaginez une route de montagne qui serpente dangereusement sans garde fou pour retenir une chute assuré
Une fois en haut, la ville de Kurseong accaparait tout le sommet. À partir de cette ville, la route longeait le haut de l’autre versant, passant par une quantité incalculable de villages et menant en bout de ligne à Darjeeling. Une seule constante, le chemin de fer qui passait tout de suite à coté de la route.
En temps normal, toute la route entre Khugeon et Darjeeling aurait du nous offrir une vue imprenable sur les montagnes du Népal, notamment l’Everest et la Kanchu… euh… Kanchunanana… je ne me rappelle plus du nom bon, mais c’est la 3ème plus haute montagne (le K2au Pakistan est la 2ème plus haute).
Bref, on a rien vu de cela puisqu’il y avait un mur blanc devant nous. J’espère que c’était simplement une façon pour Dame Nature de faire durer le suspense; « non non non les ptis gars, pas ce soir. Vous pourrez voir mes charmes demain matin après une bonne soirée de repos ». J’ai donc choisi de croire en Dame Nature…
Nous voici donc à Darjeeling. Depuis le temps que je rêve d’y mettre le pied, je me suis rendu compte que je n’avais jamais vu de photos de l’endroit avant d’y mettre les pieds. Mon attrait pour cet endroit se résumait au fait que je sois des plus intrigué par le nom… en fait, c’est probablement mon nom de ville préféré dans le monde; Darjeeling… ça sonne cool… Enfin bref, j’imagine ce que vous êtes en train de penser devant votre écran « j’en ai rien à foutre du fait que tu trouves le nom de la ville coooool… accouche avec le reste de ton histoire »…
Ok ok…on se calme… j’allais justement reprendre quand tu m’as interrompu.
Sur une note plus instructive, Darjeeling est reconnu mondialement pour son thé du même nom.
En flânant dans les rues en fin de soirée, on tentait d’apprivoiser la ville… en fait on cherchait un bar pour prendre un coup, mais ça reste entre vous et moi… quand tout à coup on est tombé sur un bar typiquement américain… tiens dont, toute une surprise.
Ce n’est pas compliqué, on se trouvait en Inde avant d’ouvrir la porte et on était transporté en Amérique de l’autre coté. On aurait dit que Scotty (Star Trek) nous avait téléporté dans un irish pub de Boston. Bref, nous avons pris un coup là-bas et rencontré 3 indiens qui ont essayé de nous faire passer pour des moins que rien. Après avoir fraternisé depuis une coupe de minutes, Roark leur a demandé si ils connaissaient un bon hôtel en ville (nous sommes arrivés en fin de soirée alors qu’il commençait à faire noir, on a pas magasiné comme on l’aurait voulu et on a pris le premier hôtel venu). Les indiens nous ont alors recommandé un super endroit à… 7000rs (donc environ 125$) la nuit. Roark et moi se sommes donc regardé en pouffant de rire et je leur ai expliqué que cette somme représentait mon budget pour environ 5-6jours. Roark leur a ensuite dit que nous cherchions plutot dans les 500rs (total pour 2). Ils sont alors parti à rire et l’un d’eux nous a lancé « we are high class you know (nous sommes de la haute société vous savez) ».
À ce moment, j’ai senti la colère monter « eille chose bine (en prenant l’un d’eux par le colet) on voyage durant 1 an en Asie le cave, tu crois qu’on va se payer quelque chose hors de prix comme ça. Chez moi, je paie ce prix là pour une chambre bas de gamme, donc lâche moi les baskets avec ton esti de haute société… ahhh, pi va dont te rincer la bouche, tu pu de la gueulle » que je leur ai dit… dans ma tête.
Me faire rabaisser par des indiens, c’est bien la meilleure. La semaine des 4 jeudis tant qu’à y être…
Nous sommes sensé être au beau milieu de la mousson, mais présentement il ne pleut jamais plus d’une heure par jour. Pour moi, mousson veut principalement dire brouillard. Donc, mis à part l’absence de vue, ayant été remplacée par un mur blanc très opaque, la ville de Darjeeling est magnifique et à mi-chemin entre une ville népalaise et indienne; à moitié tranquille comme au Népal et à moitiés sale comme l’Inde.
À notre première journée complète ici, nous avons décidé de simplement arpenter les rues avec l’intention d’aller déguster un peu de thé et aller piquer une jasette au bureau d’information touristique. Je n’arrivais pas à retrouver mon chemin avec la carte, résultat on s’est perdu. Roark n’arrêtait pas de me dire que c’était parce que notre hôtel était sur l’autre versant de la montagne, mais je ne voulais rien entendre. On s’est finalement ramassé en bas de la montagne, près d’une plantation de thé… là où personne ne va… sans eau (on voulait simplement aller à l’info touristique au départ).
En remontant, complètement à bout de force, on est tombé sur un espèce de party sur le bord de la route. Ni une ni 2, les gens nous ont gentiment offert de la nourriture et du thé sans que nous ayons à demander. Nous étions donc super excité, et on a fini par leur demander qu’est-ce qu’ils célébraient… pour apprendre que c’était une veillé funèbre en l’honneur d’un disparu. On s’est alors senti un peu gêné et notre entrain a disparu… mais il nous on rapidement fait sentir les bienvenue et littéralement gavé de nourriture. Bien plein, il était temps de remonter la montagne… ouffff.
C’est donc dire que moi et Roark avons faits des Will Ferrell et Owen Wilson de nous même en « Crashant des funérailles ». Bon, contrairement au film, nous motivation était la bouffe gratuite, non pas… ahhh pis oubliez dont ce que je viens d’écrire…
En se rendant finalement au centre de la ville, je me suis rendu compte que Roark raison; notre hôtel était sur un autre versant et j’avais regardé toute la journée la carte du mauvais sens.
Bien assis en train de déguster des échantillons gratuit de différentes variétés de Darjeeling tea, un groupe d’indiens baraqués, n’ayant donc aucunement le profil type de groupie, nous a demandé tout timidement de prendre une photo avec eux. Moi et Roark se sommes alors échangé un regard qui voulait dire « we are definitely back in India (on est bel et bien de retour en Inde) ». Première fois que quelqu’un me demande une photo depuis mon départ de l’Inde il y a 2 mois.
Après une journée à arpenter les rues de la ville, un constat s’impose; malgré les nuages, qui nous empêchent de profiter du panorama, la ville est tout simplement magnifique. Elle est très densément peuplée sur plusieurs versants d’une montagne. Je dirais sans trop me tromper que Darjeeling est la San Francisco indienne, dans la mesure où tu es toujours en train de monter ou de descendre.
Bien que le temps soit majoritairement couvert et que le brouillard soit chose courante, il faut en tout temps être aux aguets puisque le tout peut changer en l’espace de quelques minutes. Il peut très bien y avoir un épais brouillard, un ciel bleu 10min plus tard et pleuvoir à boire debout 20min après.
Le lendemain, nous sommes allé faire un tour au zoo et à l’Himalayan Institute Museum. Le zoo est tel que tel, mais bien que je ne sois pas trop amateur de musée, celui-ci m’intriguait particulièrement puisqu’il relate l’histoire de l’ascension de l’Everest depuis les premières tentatives dans les années 1920, en passant par la première ascension réalisée par Edmund Hillary et Tenzing Norgay, et les excursions subséquentes.
Pourquoi le musée se trouve à Darjeeling – Inde et non par au Népal me demanderez-vous? Eh bien, les premières tentatives de vaincre l’Everest sont parties d’ici et Tenzing Norway, a vécu le reste de sa vie à Darjeeling après avoir gravi l’Everest en 1953.
Tout comme Katmandou, cette ville est très difficile à quitter. Cet endroit me donne l’impression d’être toujours au Népal… ce qui est une très bonne chose.
À ce sujet, ne faites pas la gaffe d’appeler les habitants du coins des « indiens ». Ils vous indiqueront gentiment, mais fermement que la très grande majorité d’entre-eux sont d’origine népalaise (ce qui est tout à leur honneur si vous voulez mon avis). Il n’ont d’appartenance à l’Inde que le fait que la région soit en territoire indien… Aussi, ce n’est définitivement pas l’Inde, dans la mesure où les femmes me regardent et me parlent dans la rue… phénomène impossible dans le reste du pays.
Je vous ai dit que j’adorais cet endroit? Non! et bien, si on considère simplement les villes, donc si on fait abstraction de l’Annapurna au complet, cet endroit est dans mon top 3 avec Katmandou. Je laisse le 3ème spot vacant pour les futurs endroits où je vais mettre les pieds.
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JOY RIDE
Au programme d’aujourd’hui; prendre un site de l’UNESCO mobile, c’est-à-dire un très vieux train faisant la navette entre Darjeeling et Kurseong. Communément appellé « Toy train (train jouet) », c’est un espèce de train miniature qui va à la vitesse très petit V…
Ajoutez à tout cela qu’il circule tout juste à coté et même souvent directement sur la route sinueuse que nous avons empruntée pour venir à Darjeeling.
À l’origine, le train faisait la navette entre Darjeeling et New Jailgapuri (qui connecte ensuite au véritable système ferroviaire indien), mais des éboulements ces dernières années ont faits en sorte bloquer le chemin après Kurseong. Il faut donc dorénavant prendre un taxi de là à Silighuri/New Jailgapuri pour continuer son périple en Inde.
Ce contretemps ne nous dérange pas du tout puisque nous avions à l’origine prévu de séjourner 1 ou 2 journées à Kurseong, avant de continuer notre chemin jusqu’à Darjeeling.
Quand nous avons réservé nos billets hier, nous avons été un peu radin; on a préféré payer seulement 30rs (environ 75cents) chacun pour la seconde classe, plutôt de de payer le GROS prix de 130rs (moins de 3$) pour la 1ère classe. Eh bien, nous en payons présentement le prix…
C’est donc dire que pour sauver 100rs chacun, on s’est ramassé dans le seul wagon de 2ème classe et le banc que moi et Roark devions partager était un peu plus petit qu’un banc d’autobus scolaire. En revanche, la 1ère classe était composé de fauteuils individuels inclinables en apparence très confortable… VOUS ÊTES DE GRANDS CHAMPIONS LES GARS…
Pendant 3 heures de temps, nous allions donc entendre une locomotive faire Tchou Tchou à tous les 10 secondes en avançant à une lenteur inimaginable, au point de se faire dépasser constamment par les voitures. Ce n’est pas compliqué, plus lent que ça, le train reculait.
Pour tout dire, j’avais l’intention de descendre du train et de courir sur la route à coté, mais pour une rare fois, le petit Ange sur mon épaule droite (« fais pas ça Nik… tu te souviens de Hampi… tu te souviens du mois de merde que tu as passé après ton accident de scooter ») a supplanté le Démon qui sévit sur l’autre épaule (« Nik… mon chum… écoute pas la vieille grébiche de l’autre coté… y t’arrivera rien, je veille sur toi).
Après un arrêt à Ghum, la station de train le plus haute en altitude de l’Inde à 7400 pieds, et l’instant de prendre un thé, qui a du tuer toutes les bactéries dans ma bouche et sur mes doigts tellement il était chaud, le train repartait à « vive allure », tandis que moi je zézettais (langue brulée).
Le feeling était complètement incroyable; on passait sur la rue principale à 4-6 pouces des passants et des bâtiments. À certains moments, on se serait cru dans leur salon et tout le monde dans la rue prenait le temps de nous saluer. Bref, bien que vers la fin tu commences à avoir hâte d’arriver, c’est une promenade à bord d’un train hors du commun et une expérience unique que je souhaite à tous d’avoir la.chance d’essayer une fois dans sa vie… en 1ère classe.
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MAKAIBARI TEA ESTATE
Une fois arrivé à Kurseong, nous nous sommes dirigé vers la Makaibari Tea Estates, 4km plus bas, en opération depuis 1859, devenu depuis la plus grosse plantation du District de Darjeeling (un peu à l’image de Québec, Darjeeling est une ville et un District… les Districts composent les provinces) et l’une des pionnières mondiale en ce qui concerne le thé biologique.
À ce sujet, beaucoup de gens viennent y faire des stages pour en apprendre davantage sur le processus organique.
Pourquoi aller là-bas? C’est simple, le gars de l’info touristique de Darjeeling nous a indiqué qu’il était possible de rester sur la plantation en étant hébergé dans les familles de travailleurs participant au programme « homestay » sur la plantation. Il est donc possible d’aller là-bas pour faire du volontariat sur un courte ou longue durée, ou de simplement être hébergé dans les familles, le tout moyennant la modique somme de 600rs/jour (12$) hébergement et 3 repas compris.
Comme tout cela sonnait très bien à nos oreilles, nous avons décidé de tenter l’expérience. Bien que ce soit avant tout pour coucher 1 nuit, nous ne dirions pas non de mettre la main à la pâte afin d’en savoir plus sur le processus de fabrication du thé. Bien sur, tout cela était entre les mains de Dame Nature. Peu importe ce qui allait arriver, ce n’est pas tous les jours que ce genre d’occassion se présente.
Arrivé à la plantation, nous avons été accueilli par une famille. Bon, en fait c’est un homme… enfant unique et pas encore marié… qui vit encore avec ses parents… donc un tanguy. Détrompez-vous, je n’ai rien contre sa situation, je tenais simplement à vous établir les faits.
Bref, ils ont une petite maison d’invité dans la cour et nous y avons établi notre campement pour la nuit.
Au total, Makaibari Estates comprend 7 villages, répartis dans la montagnes à distances de marche.
1 seul d’entre eux, le plus important et celui comprenant la factory, est accessible par la route, tous les autres étant seulement accessibles par de petits sentiers.
Dans le village ou nous résidons, 22 familles peuvent accueillir des touristes et 3 des autres villages peuvent faire de même.
Comme nous l’expliquait notre nouvel ami, qui est aussi guide dans la plantation et à l’intérieur de l’usine, appelons le Tanguy (pourquoi?!? Parce que ça me fait rire, que je ne connais pas son véritable nom et qu’il faut bien que je le nomme d’une manière ou d’une autre… vous aimeriez mieux « chose »?!?), le propriétaire de la plantation est une espèce de Demi-Dieu ici.
Toute décision de plus ou moins grande importance, doit être approuvée par lui, que ce soit en rapport à la production du thé ou d’un point de vue personnel (je veux une nouvelle maison bon…). Ce n’est donc aucunement démocratique…
C’était désormais l’heure de nous coucher. J’ai alors lancé à Roark « you know the thing they call bed here… we call that « table » in french (tu sais la chose qu’ils appellent « lit » ici, eh bien en français on appelle cela une table) »… C’est vous dire à quel point le confort était totalement absent…
Puis, vint la plus belle symphonie de chiens que j’ai entendu de ma vie. Après 30min, j’étais tellement à bout de nerf que j’avais l’intention de fouiller dans les entrailles de mon sac à dos pour y trouver mes bottes de montagne, les enfiler, trouver l’un des chiens et le botter le plus fort possible. Comme je l’ai déjà dit, dans un ancien épisode, même les amoureux des animaux deviendraient maboules. Jusqu’à ce jour, j’ai quelquefois entendu le matin des phrases comme « I really like animals, and particulary dogs, but… (vous savez, j’aime beaucoup les animaux, mais là…) ».
Le lendemain, la météo avait décidé de faire à sa tête, il n’y avait donc aucun travail dans les champs à effectuer. Nous avons donc décidé de faire une visite de la factory avant de prendre la poudre d’escampette. Même si j’ai déja fait la visite d’une usine à thé au Sri Lanka, je me suis dit qu’on a jamais assez visité de tea estate dans sa vie non?!?
Tanguy nous a donc organisé cela comme un grand. Il nous a tout d’abord expliqué que Makaibari signifiait « corn field (champ de blé) »… si vous trouvez le rapport avec le thé, prière de m’envoyer un courriel.
Bon… Focus groupe… on a pas toute la journée…
D’une part, la plantation est en opération 9 mois par année. Il y a donc 3 mois d’inactivités (sleeping period) en décembre, janvier et février. Au début décembre, tous les plans sont coupés et après 3 mois, les feuilles sont à nouveau prêtes à être ramassées.
Il y a 4 cueillettes durant les 9 mois d’activités;
1. First Flush – feuilles de couleur verte – Mars et Avril,
2. Second Flush ou Muscatel – Mai et Juin,
3. Third Flush (original non?)
4. Moonson Flush – durant vous devinez quoi…
Tanguy nous a ensuite fait visiter l’usine comme si nous étions une feuille qui se promenait et se faisait tranquillement transformer en thé… c’est excitant non?… non?!?… ahhh bon…
1ere ÉTAPE
Sécher à 70% les feuilles. En début de processus, si les feuilles étaient séchés à 100%, le thé n’aurait aucune saveur.
2ème ÉTAPE
Écraser les feuilles pour en libérer la saveur. Refaire l’étape 2 jusqu’à ce que les feuilles soient en assez petit morceaux.
3ème ÉTAPE
Faire oxyder les feuilles. Le processus se fait de lui même une fois que les feuilles ont été détruites en petits morceaux. Laisser mijoter durant 1h30-2h.
4ème ÉTAPE
Faire sécher les feuilles à 100% afin de sceller la saveur. Cette étape est cruciale et c’est elle qui fait en sorte que la saveur est relâchée seulement quand on met le thé dans de l’eau chaude.
5ème ÉTAPE
Séparer les feuilles… dans le sens de les détruites en fines particules. Des femmes utilisent des râteaux sur des convoyeurs… très gracieux à voir.
6ème ÉTAPE
La plus importante d’entre toute; la dégustation héhé. Vous pouvez arrêter après la 5ème étape si vous voulez…
Fait intéressant, il y a plusieurs sorte de thé, mais sachez qu’ils viennent tous de la même feuille. C’est simplement la manière de la traiter par après durant le processus énoncé ci-haut qui va les différencier.
Le thé vert est donc le thé « normal », le thé noir est fermenté plus longtemps, le thé blanc est laissé à l’état plus naturel, donc pas détruit en fines partivules, le silver tip thé est un thé noir fait à partir des meilleures feuilles (petites feuilles bien colorées) et ainsi de suite.
Au final, si vous avez une chose à comprendre à propos du thé, c’est que tout est une question de « saveur » et « d’oxydation ».
La visite s’est donc avéré très intéressante. Comme il était mentionné dans une coupure de journal « a journey into the Himalayas to the plantations of Darjeeling proves to be a teetotaler’s version of Napa Valley wine tour, but way less crowded (la visite de plantations de thé de Darjeeling dans les Himalayas est l’équivalent, pour les maniaques de thé, d’une visite de Napa Valley (Californie) pour les amateurs de vins… mais beaucoup moins achalandée) ».
Si vous pensez un jour visiter cet endroit, sachez que mars est le meilleur moment de l’année.
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BACK IN REAL INDIA
Nous nous sommes donc résigné à quitter ce petit coin de paradis qu’est le District de Darjeeling pour retourner en Inde… le véritable Inde.
Parce qu’entre vous et moi, cette province n’est en Inde que théoriquement parlant… la très grande majorité de ses habitants sont d’origine népalaise.
C’est à bord d’un jeep dévalant dangereusement la coline pendant 1 heure (à certains moments, je croyais que ce serait moins long que ça… de tomber de la montagne je veux dire). À moins de 20km de notre destination, le jeep a manqué de gaz… en plein milieu d’une friche. En fait, durant les 30 premières minutes, le conducteur n’avait aucune idée du problème puisqu’il a ouvert le capot et a commencé à taper sur tout ce qu’il trouvait. C’est à ce moment que j’ai décidé de m’éloigner un peu…
Puis, bozo est parti en courant sur la route, pour disparaitre au loin et revenir quelques minutes plus tard avec… du gaz. Eille chose, les jauges que tu as dans la face ne sont pas de simples décorations… tu peux en tirer des informations très utiles…
Une fois rendu à Silighuri, ne manquait plus qu’à prendre un gigantesque tuk tuk à 6 places pour se rendre jusqu’à la station de train New Jaigalpuri (communément appelé NJP ou tout simplement The Junction).
Puisque nous avions cru bon de ne pas booker de billet à l’avance (sauf si tu prend un train de jour, c’est TRÈS STUPIDE de se présenter à la gare sans avoir préalablement un billet… mais nous l’avons quand même fait), il a fallu trouver la comptoir de réservation (très plus facile à dire qu’à faire) pour miraculeusement booker un train pour le soir même…TADAM
Nous partons donc ce soir 5 juillet à 20h, à bord du « Darjeeling Mail Express », pour une balade de 10h nous menant jusqu’au centre de Kolkata, une ville que même les indiens ne peuvent pas supporter tant elle est soit-disant crasseuse et polluée. À les croire, même si j’ai une bonne expérience de l’Inde, c’est impossible de s’y préparer. Ça fait peur…
Nous y serons donc dès demain au lever de soleil… mais bon, avec encore quelques heures à tuer avant de s’embarquer pour cette nouvelle aventure, nous allons décompresser un peu et fêter nos retrouvailles avec Kingfisher… la seule et unique bière indienne… dans un restaurant crasseux devant la station… avec un indien qui commence à être de plus en plus collant.
Chow bye ma bande de vous autres… et portez-vous bien dans votre pays tout beau, tout propre.
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ÉPISODE 18 – APOCALYPSE PLEASE
À suivre…
Épisode 16 – Retour à la civilisation… asiatique
Nous étions donc au lendemain de la fin du trek…
Après avoir séjourné à Naya Pul l’instant d’une nuit… de trop… nous avons pris le premier bus en direction de Pohkara dès le lendemain matin.
2ème plus grande ville de Népal, Pohkara est renommée pour son superbe lac et l’impressionnant panorama sur les montagnes qu’il est possible de voir par temps clair; il y a donc le lac en avant-plan, la ville et la chaine de montagne en arrière plan.
Dès notre arrivé à Pohkara (Lakeside), un constat s’imposait par lui même; nous étions désormais très loin des sentiers de l’Annapurna dans un endroit très (trop) touristique. La rue principale longeant le lac n’est qu’une succession d’hôtel, de magasins, de restaurants, d’agences de voyage, etc. C’est ok, mais troublant après 1 mois dans la « nature ».
Parce que tous nos vêtements sont sales et détrempés et que nos sacs de voyage sont à Katmandou (le matériel que nous n’avons pas amené durant le trek est resté à notre hôtel à Katmandou), Roark a décidé de porter les vêtements achetés en Inde… par Liselot. Durant la majorité de notre séjour là-bas, il a donc porté un ensemble très ample de couleur beige et rouge… qui pourrait au mieux faire une horrible nappe. Son accoutrement attirait les regards dans la rue et faisait étrangement penser à Homer Simpson dans l’épisode où il était hyper gros et travaillait à partir de la maison. Certains pourraient aussi dire qu’il ressemble à un télétubbies ou à un popsiccle géant et je comprendrais totalement…
Aussi, je ne sais pas dans quel genre d’hôt
el on est tombé, mais il y a plein de… comment dire… plein de… ouin… ok je le dis… il y a plein de LADYBOY (leur déguisement n ‘est vraiment pas fameux) qui font des aller-retour dans les chambres à l’étage supérieur. Le plus drôle là-dedans… et par là-dedans, je ne fais pas référence à « dans le ladyboy »… c’est qu’à chaque fois qu’illes aperçoivent moi ou Roark, illes se moquent de nous en raison de ma grosse barbe et de son accoutrement. Mais bon, la vue depuis l’une des nombreuses terrasses nous fait vite oublier le tout…
Nous avons aussi profité de notre séjour là-bas pour renouer avec Alval et Dan… 2 anciens trekkeurs reconverti à la vie en société.
Sinon, parmi les faits d’arme de mon séjour là-bas, mentionnons la course à moitié nu (je vous rassure, le moitié nu était le haut du corps), sous la pluie, en flip flop, … et pas du tout ajun… que j’ai faite avec Alvar d’un bout à l’autre de la rue principale (elle doit faire un bon 4-5km) longeant le lac. Ahhh, j’ai oublié de dire que c’était en pleine nuit (certains pourraient appeler cela le matin) et qu’il n’y avait aucun éclairage. Bref, quelque chose de vraiment intelligent… J’ai fait un acte de fois, dans la mesure où je courrais sans me soucier de si j’alla
is marcher dans un nid de poule (il y a beaucoup de poule au Népal… et plus particulièrement sur cette rue) et me casser une cheville. Heureusement il n’y a eu aucun accident, mais oh combien de népalais médusés de nous voir ou encore des touristes, pas plus ajun que nous, nous siffler.
Le matin de notre dernière journée à Pohkara, je me suis levé déterminé à retrouver mon visage (donc raser ma barbe). Le plan initial était de retourner à Katmandou, de retrouver mon stock et de couper le tout avec mon propre matériel… mais ce monstre était rendu complètement insupportable avec la chaleur.
Je me suis donc levé, j’ai regardé Roark de l’autre coté de la chambre et je lui ai lancé « Roark, I’m going to a barber shop this morning for you know what… (Roark, je m’en vais de ce pas chez le barbier pour faire tu sais quoi) » et lui de me répondre « ok, I’ll go with you… (ok, je viens avec toi) ». Nous sommes donc allé au barber shop juste à coté de l’hôtel. On s’est donc fait raser pendant que Liselot prennait des photos de l’opération.
1 heure plus tard, nous étions tous les 2 comme des bébés naissants avec la peau lisse comme de la peau de fesse. Sans barbe j’ai été en mesure de constater comment j’avais pu perdre de poids durant le trek; mon visage est présentement découpé au couteau tellement il n’y a plus de gras.
Liselot était complètement subjuguée. À ce qu’il parrait, Roark parrait maintenant 5ans plus jeune et j’aurais pour ma part perdu une bonne décennie et même plus. Il faut savoir que mis à part Roark, j’ai rencontré tous mes amis à un moment où à un autre sur les sentiers de l’Annapurna… avec ma barbe de vétéran de la guerre. Je ne crois pas qu’il m’aurait suivit et fait confiance aussi aveuglément si j’avais eu cette gueule de blanc bec.
Alvar est celui qui a le mieux résumé la situation
; « you’ve lost the trekker Spirit… now you look like normal tourist (vous avez perdu l’esprit du trekkeur… maintenant vous ressemblez à de simples touristes) ». Ouin pis…
Nous prenons donc la direction de Katmandou dès demain (23 juin), après 4 jours de farniente à Pohkara.
On serait resté volontiers plus longtemps ici, mais moi et Roark avons vraiment hâte (le mot n’est pas assez fort) de retourner à Katmandou afin de retrouver notre stock et enfin pouvoir changer de vêtements.
Comment dire, j’ai beau prendre des douches de manière quotidienne depuis notre arrivé à Pohkara, j’ai seulement 3 chandails, dont 2 hyper chauds… donc très peu adapté au climat chaud et humide d’ici. De plus, les 3 sentent à des milles à la ronde. Même chose pour mes 2 paires de shorts et mon pantalon. Bref, vivement Katmandou…
Si il y a 1 chose dont je vais véritablement m
‘ennuyer à propos de Pohkara, ce sont les nombreux restaurants hyper abordables. Pour de bons restaurants pas cher, allez à l’extrémité droite (en faisant face au lac) de la rue principale. Vous allez manger comme des rois pour une bouchée pain.
Ce n’est pas un « Adieu », mais bien un « Au revoir et à la prochaine » que je fais présentement à Annapurna, Machhuputchre et cie en les regardant au loin derrière la ville. Pendant plus de 1 mois vous nous avez tenu compagnie, c’est donc difficilement concevable de quitter cet endroit.
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BOYS ARE BACK IN TOWN
Prendre le bus de Pohkara à Katmandou est un véritable acte de foie; pendant 6h, tu n’es plus maitre de ton destin, c’est plutôt entre les mains d’un chauffard qu’il se trouve… Heureusement pour nous (moi, Roark et Liselot) tout s’est bien passé.
Après 1 mois et des poussières en exil, j’étais de retour à Katmandou.
Autant je ressentais un grand vide depuis la fin du trek, autant j’étais hyper content de revenir dans cette ville où je me sens extraordinairement bien et où je suis capable de m’orienter sans carte avec 2 doigts dans le nez.
Après avoir séjourné 1 nuit à notre ancien hôtel et récupérés nos bagages, nous avons entrepris de changer de paysage. Cet hôtel est hyper nice, mais il se trouve en plein milieu du bourdonnant quartier Thamel. Ce quartier est fantastique pour se préparer à faire un trek, mais nous sommes présentement à la recherche d’un endroit plus calme afin de mettre de l’ordre dans nos idées et tourner officiellement la page du trek (classer photo, finir blogue, etc.).
Nous déménageons donc dans un auberge un peu moins chic, mais qui possède un aura spécial. Dès le moment où nous sommes entrés dans le bâtiment, nous avons eu l’intention d’y séjourner, et ce même avant d’avoir vu les chambres…
Située à 2 pas du Durbar Square (l’un des lieux les plus importants en ville), notre nouvel auberge a pignon sur « Freak Street », une rue qui bourdonne, mais où les activités s’apparentent plus à une vie de quartier (petits magasins et restaurant beau/bon/pas cher) qu’à un quartier totalement pensé en fonction des touristes comme Thamel. Bref, c’est notre havre de paix…
Malgré la grande tranquilité des lieux, il ne se passe pas une minute sans qu’on entende un coq hurler, un chien japper et/ou un népalais… se racler la gorge. Après tout, je suis quand même en Asie, il ne faut pas l’oublier…
Nous avons donc passé 5 jours là-bas. La très grande majorité du temps, nous étions enfermés dans notre auberge (soit dans notre chambre, soit sur le super toit terrasse) à classer nos photos et rédiger une histoire à partir des nombreuses notes prises tout au long du trek. En fait, c’était comme si je travaillais. Je me levais vers 9h, pour ne faire que cela jusqu’à 1 ou 2 heure du matin.
Vous auriez du voir l’amanchure; 2 gars toute la journée sur leur ordinateur dans une chambre digne d’un motel décrépit… avec des bébelles qui trainent partout.
En fait, on sortait de l’auberge pour les besoins essentiels; manger, acheter de la bière et… aller au cinéma (On a pu visionner dans une salle à la presque fine pointe de la technologie « Man of steel » et « World War Z »).
Sinon, avez-vous déjà vu des pigeons « fucker » à 2 pas de votre fenêtre de chambre?!? Eh bien moi oui… je n’ai rien d’autre à ajouter sur le sujet.
Autrement, l’autre jour j’étais dans un bar à écouter un groupe népalais démolir classique après classique, quand j’ai cru reconnaitre la chanson « Alive » de Bon Jovi. À un certain moment dans la chanson, il dit « I just wanna live when i’m alive (je veux profiter de la vie pendant que je en vie) »
VOILÀ… depuis le début de mon voyage que je cherche à résumer mon expérience en une toute petite phrase et voilà que Bon Jovi m’apporte la réponse.
I JUST WANNA LIVE WHEN I’M ALIVE (se traduit très mal)
Sinon, cela fait maintenant presque 2 semaines que nous avons terminé le trek et c’est toujours quelque chose d’inconcevable pour mon cerveau de penser que c’est terminé. Je me suis levé tôt le matin pour ensuite marcher toute la journée pendant si longtemps que j’ai l’impression que c’est toute ma vie… mais bon, il fallait bien que ça se termine un jour et je dois tourner la page et commencer un nouveau chapitre.
Je vais avoir besoin d’un sérieux coup de pied dans le cul pour redémarrer mon voyage. J’ai pris des mauvais plis dans la dernière semaine et je suis devenu paresseux. De plus, mon mois de marche au Népal m’a fait perdre la grande majorité des repères/trucs que j’avais développés pour survivre à la jungle asiatique. Bref, je me sens vulnérable et faible présentement.
En fait, je me sens comme Rocky Balboa dans Rocky III; après avoir réalisé un rêve qui me tenait à coeur depuis si longtemps (faire un trek au Népal), j’ai perdu « l’oeil du tigre » (la flamme de voyager). Il me faut sortir de la zone de confort dans laquelle je suis tombée et me trouver de nouveaux défis.
Pour ce qui est de la suite de mon voyage, après avoir jonglé avec plusieurs options, j’ai finalement décidé que j’allais poursuivre ma route un peu plus longtemps avec Roark. Celui-ci doit prendre un vol pour l’Indonésie à partir de Kolkata à la mi-juillet.
Je prendrais ensuite la direction du Nord-Ouest de l’Inde; Chandigarh, Manali, Amritsar, Dharamsala, le Cachemire et le Ladack.
Alors que c’est la mousson presque partout en Asie, c’est présentement le meilleur moment de l’année pour aller dans cette région de l’Inde. En fait, la route qui mène au Ladack est bloquée par la neige du début septembre à la mi-juin.
De tous les lieux énumérés, c’est définitivement le Ladack qui me motive le plus. C’est l’endroit dans le monde où la culture tibétaine a le mieux subsistée depuis que la Chine a envahi le Tibet. De plus, les paysages désertiques sont apparemment complètement fous.
Cela devrait donc me tenir occupé pour AU MOINS le prochain mois et demi.
Ensuite, ce sera le temps de changer d’air et de quitter définitivement l’Inde. Mais bon, cela ne sert à rien de se projeter dans le futur. Il faut plutôt focuser sur le moment présent afin de le vivre à fond…
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20 HEURES DE PUR BONHEUR
C’est aujourd’hui le grand jour… je dois me résigner à quitter la ville que je considère comme étant mon chez moi.
La sensation était très bizarre ce matin lorsque je me préparais à mettre mon gros sac sur le dos. Habitué à voyager avec une plume durant plus de 1 mois, je me retrouve maintenant avec une tonne de briques sur le dos.
Le bus que nous allons prendre se dirige vers Ilam, à l’extrémité Est du Népal. De là, nous avons l’intention de passer la frontière indienne afin de nous rendre à Darjeeling.
Après être passé outre votre première impression qui vous dit que le bus que vous vous apprêtez à prendre ressemble à une épave, que vous avez un banc inclinable, et non une couchette… la bile qui vous remonte tranquillement dans la gorge en pensant que vous allez passer 20 heures de votre vie dedans s’estompe tranquillement. Vous commencez même à trouver confortable votre siège… puis, quand vous êtes enfin en train de vous endormir, après avoir cherché une position confortable en vain, vous mettez le pied sur une « substance » étrange. Vous allumez votre lampe frontale pour vous apercevoir que 2 poussins, sorti d’on ne sait où, s’apprêtent à vous picosser les pieds tout en faisant de mignon cui cui…
Oui, vous avez bien lu, 2 poussins sont à vos pieds… bienvenue en Asie.
N’ayant aucune idée à qui ils peuvent bien appartenir… et même si vous le saviez, vous ne parlez pas un traitre mot dans sa langue… vous décidez d’endurer les poussins à vos pieds.
Puis… 1 heure plus tard et sur le point de pogner les nerfs, vous vous dites qu’assez c’est assez… vous empoignez les 2 poussins et les foutez dans l’allé au milieu du bus, vraisemblablement voués à finir sous une semelle de chaussure durant la nuit.
Dernière halte bouffe de la soirée avant de s’attaquer à la nuit. À la réception de votre plat, 2 bestioles sortent de vos pâtes… mais vous faites comme si de rien était puisque vous avez trop faim… vous poussez même l’audace jusqu’à en redemander.
De retour dans le bus, vous vous endormez sans vous en rendre compte à la minute ou le foutu film indien se termine et que le chauffeur éteint le foutu bruit (ils appellent ça de la musique ici).
Quelques minutes ou heures plus tard, vous vous rendez compte que vous dormiez quand un autre foutu poussin vous joue dans les pattes. Depuis votre première expérience avec eux, leur propriétaire s’était rendu compte de leur disparition et les recherche activement.
C’est donc un peu beaucoup en colère que vous prenez le poussin et que vous faites semblant de le « pitcher » par la fenêtre en fixant le propriétaire du regard et en disant lui disant; « next time (la prochaine fois) ».
Malheureusement, vous n’avez pas réellement fait semblant de pitcher le poussin par la fenêtre puisque vous n’êtes pas un sadique. En réalité, vous l’avez plutôt envoyé jouer à la roulette russe du hasard dans l’allé au centre du bus comme les poussins précédents.
Sachez qu’aucun animal n’a été maltraité dans l’histoire. Tous les poussins que vous avez envoyés à une mort certaine dans l’allé ont été rescapés.
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LA FONTAINE DE JOUVENCE
À peine le soleil levé que nous étions arrivés à destination. Les courbatures n’entendaient pas à rire. Pour ajouter au drame, le ciel était couvert de nuage et un orage se tramait. Rien ne laissait donc présager que ce village était exactement ce qu’il me fallait pour restarter la machine à motivation (je vous ai parlé plus tôt que j’ai perdu l’oeil du tigre du voyageur).
Après avoir passé le plus clair de la journée à finaliser le classement de mes photos et l’écriture de mon énorme blogue sur l’Annapurna (si j’avais su dans quoi je m’embarquais au départ avec l’écriture de ce blogue, je ne l’aurais JAMAIS fait… moi et mes idées de grandeur), j’ai daigné lever les yeux de mon ordinateur pour apercevoir le ciel qui s’éclaircissait. Dame Nature était en train de nous concocter un de ses coucher de soleil dont elle seule connait la recette.
J’ai donc laissé mon ordi en plan pour enfourcher mon appareil photo et monter sur le dessus de la montagne (peu importe où tu te trouves au Népal, il y a toujours une montagne quand tu en as besoin). Je n’ai pas été déçu. Reconnu comme la capitale du thé népalais, les montagne environnantes sont tapissées de plantation.
À la vue de ce paysage, j’avais le sourire pour 2 raisons. D’une part, je trouvais l’endroit de toute beauté. De l’autre, justement parce que j’étais à nouveau capable de m’émerveiller, cela voulait dire que mon syndrome post partum de trek était terminé. J’avais retrouvé la flamme dans mes yeux… celle qui me pousse jour après jour, à vouloir découvrir de nouveaux endroits avec ma maison sur le dos.
MERCI ILAM
C’est dommage qu’Ilam soit à l’extrémité du Népal, parce que l’endroit ne reçoit pas la visibilité touristique qu’un endroit de ce calibre pourrait avoir. Oui, quelques touristes un peu téméraires comme nous décident de s’y aventurer, mais le crédit ne nous revient aucunement; la seule raison pour laquelle nous sommes ici c’est parce que c’est le passage obligatoire pour aller de Katmandou à Darjeeling.
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LA LIGNE IMAGINAIRE
En ce 1 juillet, nous quittons officiellement le Népal pour retourner en Inde.
Le trajet ne s’annonce pas de tout repos. La frontière Indo-népalaise la plus proche (Pasupati), qui sépare Ilam de Darjeeling (notre destination) de seulement 100km, et donc hyper facile à faire en 3-4 heures… N’EST PAS OUVERTE AU TOURISTES. En fait, elle n’a pas les infrastructures pour acceuillir les étrangers, seul les locaux (indiens et népalais) peuvent la franchir.
Nous sommes donc très heureux d’avoir pris une journée de repos à Ilam puisque notre plan en quittant Katmandou étant de passer la frontière à cet endroit. Bref, futur visiteur de l’Est du Népal et/ou du Nord-Est de l’Inde, prenez en bonne note.
Un trip qui aurait nécessité 1 bus de 60km du coté népalais + passer la frontière + 1 autre bus de 60km du coté indien, se transformait donc en 1 bus de 80km jusqu’à Charaali (un peu plus au sud de Ilam) + 1 autre bus de 10km de jusqu’à Kakarbhitta/Panitanki (nom de la frontière coté Népal/nom de la frontière coté Inde) + passer la frontière + 1 bus de 60km jusqu’à Silighuri + 1 bus de 60km jusqu’à Darjeeling. Bref, quelques heures supplémentaires de plaisir.
Comprenons nous bien, lorsque j’emploi le mot bus, je sous-entend des jeeps inconfortables (le mot suspension ne réfère pas à une pièce d’auto en Asie) et chargés au maximum.
Aussi, dois-je vous rappeller que mon visa népalais est échu depuis le 10 de juin héhé. Si je quittais le pays via l’aéroport, je serais un peu inquiet, mais comme je le fais via la frontière terrestre, j’ai très bon espoir de glisser un petit 19$ dans les poches du garde et de dire « ciao chow bye… »
Durant le premier trajet de bus en partance de Ilam, j’ai ressenti l’urgent besoin d’apprendre quelques mots en népalais. Mon nouvel ami népalais, un ingénieur s’en allant à un meeting dans la ville voisine, dont j’étais le siamois l ‘instant de quelques heures (on était serré comme des sardines l’un contre l’autre) allait me rendre service puisque nous avions un problème commun.
Pourquoi cet envie soudaine d’apprendre des mots népalais à quelques heures de passer la frontière et de ne plus les utiliser avant très longtemps, alors que je n’ai fait aucun effort pendant presque 2 mois pour apprendre autre chose que « namaste ». Eh bien, il y avait un gars complètement saoul assis à coté de Roark et il n’arrêtait pas de crier tout le temps. J’ai donc demandé à mon frère siamois de m’apprendre comment dire « shut up (tais-toi) » en népalais. C’est ainsi que j’ai pu dire au saoulons « chupo laga » sur un ton ferme en le regardant dans les yeux. Il prenait ensuite son trou pour une dizaine de minutes, pour recommencer de plus belle par la suite. C’est alors que, sans lui avoir demandé, mon siamois m’a appris la nouvelle phrase « kino de re boledo (comment?!? Tu parles encore!) ». J’ai donc joué à ce jeu tout le trajet au plus grand plaisir des autres népalais qui ne pouvaient pas le sentir non plus.
Ce saoulons entre donc dans la liste très restreinte des « népalais dont j ‘aimerais foutre mon poing dans la gueulle ». Jusqu’à maintenant, cette liste ne comprenait qu’un seul nom; le gérant de l’auberge de Tilicho Lake. Ces 2 énergumènes rejoignent par contre la centaine de milliers d’indiens anonymes sur la liste des gens qui m’ont faient chier durant mon voyage… liste qui ne comprend qu’un sri lankais, soit celui qui a volé mon portefeuille…
Donc, après une ride de jeep de 3h de Ilam à Charaani, un court bus (un bus, un vrai, et il fallait que ce soit le trajet le plus court du parcours grrrr), nous étions à Kakarbhitta près à passer la frontière.
De là, nous avons pris un ricksaw (je DÉTESTE les ricksaws – vélo à 3 roues – la dernière fois où j’en ai pris un, c’étais lors de mon premier jour à mon arrivé à Delhi et il m’a escroqué en plus de m’amener au bout de la ville) pour passer la frontière… à cet endroit, les 2 pays sont séparés par une plaine innommable de 2-3km de large. C’est une très belle promenade à faire, si il ne commence pas à pleuvoir à siaux quand tu entreprend la marche grrrrrr.
Une fois les papiers de retour en Inde signé auprès d’un officier n’aimant vraisemblablement pas son travail et attendant la retraite, nous avons pris un bus complètement bondé durant 2h jusqu’à Sirighuri. De là, un petit jeep taxi de 3 petites heures et nous étions finalement arrivé à Darjeeling.
Fait très cocasse, durant notre dernière ride de jeep, moi et Roark étions assis avec le conducteur à l’avant et Roark avait le bras de vitesse entre les jambes (pas besoin de vous dire que le jeep était manuel). C’est donc dire que le conducteur devait mettre sa main vous savez où pour shifter. Cela a donné lieu à quelques situations cocasses lorsque le conducteur a voulait embrayer sans regarder… et qu’il se trompant de levier…
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C’est donc un AU REVOIR Népal. Il n’y a aucun doute dans mon esprit que j’y reviendrais un jour… et plus d’une fois… ne serais-ce que pour aller à Lumbini, Chitwan, faire le trek du Upper Mustang, le trek du Langmung et bien sur celui du Camp de base de l’Everest, pour retourner à Bhaktapur et évidemment chez moi à Katmandou.
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P.S. – J’ai une question à vous poser mes vous autres; que pouvez-vous faire dans 1 journée avec 20$? Vous payez un bon lunch sur l’heure du midi et un magazine ou aller su cinéma en couple?!? Autant dire que vous ne faites pratiquement rien…
Eh bien, sachez que depuis maintenant 4 mois, je vis avec moins de 20$ par jour; chambre d’hôtel, 3 repas par jour, 1 ou 2 bières, etc. En fait, quand je dépense 20$ et + c’est que j’ai eu une grosse journée, que j’ai visité un endroit couteux ou que j’en ai viré toute une.
Pensez-y bien lorsque vous aller sortir un petit 20$ de rien du tout de votre poche…
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Épisode 17 – DARJEELING UNLIMITED
À suivre…
Épisode 15 – Annapurna; Walk Hard
Starring / Mettant en vedette; Roark Brewster and Nicolas Pare
Du 20 mai au 18 juin 2013
SYNOPSYS
Voici le récit au jour le jour du trek que j’ai effectué en compagnie de mon ami Roark, sans guide et sans porteur.
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Table of contents/ Table des matières;
(title of the day / titre du jour – number of km this day / nombre de km ce jour là (total km))
A dream come true
D Day – On our way to Annapurna / Jour J – En route pour l’Annapurna
Day 1 – Ready or not, here I go / Près pas près j’y vais – 19km (19km)
Day 2 – School’s out for summer – 17km (38km)
Day 3 – Fields of dream / Champ de rêve – 14km (52km)
Day 4 – A walk in the clouds / La tête dans les nuages – 9km (61km)
Day 5 – Sunrise in Paradise / Lever de soleil au paradis – 23km (84km)
Day 6 – A bulletproof stomach… well… / Un estomac à tout épreuve… ou presque… – 8km (92km)
Day 7 – Silent Hills / Silence! On marche – 7km (99km)
Day 8 – We rented a cinema / Nous avons loué un cinéma – 5km (104km)
Day 9 – Cold as Ice – 23km (127km)
Day 10 – In the middle of nowhere / Au beau milieu de nul part – 12km (139km)
Day 11 – Danger Zone / Attention en-dessous -16km (155km)
Day 12 – Waiting for sunshine / On demande le Soleil à la caisse 4, Soleil à la caisse 4
Day 13 – White Desert / Rafale blanche – 16km (171km)
Day 14 – « My body is a cage » – 13km (184km)
Day 15 – Night and day / Le jour et la nuit – 9km (193km)
Day 16 – Up and Down / Tout ce qui monte doit redescendre – 15km (208km)
Day 17 – Taste of REAL Nepal / Le VRAI Népal – 10km (218km)
Day 18 – Gone with the wind / Autant en emporte le vent – 30km (248km)
Day 19 – « Where is Dan?!? » / « Mais où est Dan?!? » – 15km (263km)
Day 20 – Am I dreaming?!? / Pincez-moi je rêve – 20km (283km)
Day 21 – « Slow ride, take it easy… » NOT / Un jour de repos qu’il (moi) disait… – 32km (315km)
Day 22 – One day in Tatopani; Sex, Drugs and Rock n’… uh… Momos, Book n’ Lazyness
Day 23 – All those f#ck$ng stairs / En veux-tu des escaliers, en vla… – 23km (338km)
Day 24 – Leech day / Le jour de la sangsue – 15km (353km)
Day 25 – Shoots and ladders / Serpents et échelles – 15km (368km)
Day 26 – The Sanctuary / Le Sanctuaire – 19km (387km)
Day 27 – ABC, let it rain over me / ABC sous la pluie – 5km (392km)
Day 28 – Boot Camp – 27km (419km)
Day 29 – « Black hole sun, won’t you come and wash away the rain »… but it will never show up
Day 30 – « There’s no easy way out, there’s no shortcut home » – 20km (439km)
This is the END…
Guide de survie
Top 5
To all my dear Annapurna friends
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A DREAM COME TRUE
Le rêve est devenu réalité… mais tout d’abord, commençons cet épisode avec un bourrage de crâne nécessaire à la compréhension du périple que je m’apprête à vous raconter.
Je rêve du Népal depuis aussi longtemps que je puisse remonter dans mes souvenirs. Ce rêve a débuté il y a un peu moins de 20 ans lorsque j’ai écouté pour la première fois le film « 7 ans au Tibet », mettant en vedette Brad Pitt. Bon, la grande majorité du film se déroule au Tibet (voisin du Népal), mais c’est tout comme pour moi.
J’ai donc réalisé une partie de ce rêve en posant les pieds sur la piste d’atterrissage de Katmandou (capitale et ville principale du Népal) en ce matin nuageux du 10 mai 2013 (voir épisode 14).
Les visiteurs accourent au Népal pour une multitude de raisons, que ce soit pour un pèlerinage (bouddhiste principalement), en faisant parti d’un programme d’aide humanitaire (c’est un pays très pauvre), etc. Pour ma part, je me présente au Népal dans le but d’y faire un trek (randonnée), mais lequel?!?
Le trek du camp de base de l’Everest (le plus connu pour une raison évidente), le trek de l’Annapurna (moins connu par le grand public, mais reconnu comme l’un des plus beaux treks, sinon le plus beau, au monde) ou un autre trek comme celui dans la région du Langtang, dans le Mustang (région éloignée limitrophe au Tibet), etc. Bref, les options ne manquent pas…
Aussi fort soit mon désir de voir l’Everest, mon choix s’est porté sur le « circuit de l’Annapurna ». Réputé pour sa grande diversité de paysage (forêt sub-tropicale, toundra, hautes montagnes, 2 des plus hauts lacs au monde, désert, etc.), le Circuit passe tout près de 3 ou 4 des 10 plus hautes montagnes au monde. Bref, de quoi mettre l’eau à la bouche et remplir à pleine capacité la carte mémoire de mon appareil photo.
Plus précisément, le circuit fait le tour de la chaine de montagne des Annapurna. D’une durée d’au moins 2 semaines, le départ se fait à environ 700m d’altitude, pour atteindre un sommet à plus de 5400m et ensuite redescendre. Au final, si on s’en tient uniquement au sentier principal, sans tricher (prendre un bus – jeep – de village en village) ou sans faire de « side trek » (tout au long du circuit, il est possible de faire des randonnées de 1 ou plusieurs jours en addition au sentier principal), le circuit consiste à marcher plus de 200km.
Ensuite, si mes jambes et mon cerveau me le permettent, c’est possible de prendre un embranchement à la toute fin du circuit pour faire le trek du « Sanctuaire de l’Annapurna » d’une durée d’environ 1 semaine. Tandis que le circuit fait le tour de l’Annapurna, il s’agit de se rendre jusqu’au Camp de Base de l’Annapurna, communément appelé ABC, situé au cœur de la chaine de montagnes. C’est de là que les expéditions désirant monter Annapurna I installent leur camp… de base.
Sommet de plus de 8000m, Annapurna I est réputée comme étant la montagne la plus difficile du club des 8000m et + à monter; plus de 2 expéditions sur 3 ayant tentées de vaincre cette montagne ont perdu au moins 1 homme, ce qui est le pire ratio du club de 8000m.
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MISE EN GARDE
Sachez que tout le texte a été écrit au jour le jour sur mon iphone durant le trek. L’épisode approche les 35 000 mots, j’ai donc écrit l’équivalent de 2 essais de maitrise en architecture sur un clavier de Iphone.
Aussi, j’ai essayé d’écrire avec le même temps de verbe tout le long… mais j’ai lamentablement échoué. Vu la longueur du texte, mettre tout au même temps aurait pris une éternité… et j’ai autre chose à faire… comme voyager héhé.
Malgré tout, sauf les inconditionnels de la langue française, vous ne devriez pas trop être incommodé. Si c’est le cas, je m’en excuse et vous proposes de ne plus jamais remettre les yeux sur mon site web…
Aussi, vous excuserez les nombreuses fautes d’orthographes. Je me fais habituellement un devoir de bien écrire en français, mais même si j’ai fait une révision, je suis convaincu que j’ai échappé une TONNE de fote…
Au final, j’ai mis tous mon coeur, ma passion et ma folie dans ce récit. C’est ma manière à moi de rendre justice à l’Annapurna et j’espère que vous aller apprécier.
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D Day – On our way to Annapurna / Jour J – En route pour l’Annapurna
Après avoir passé 1 semaine dans la vallée de Katmandou à attendre Roark (après s’être rencontré dans le Sud de l’Inde et convenu de faire un trek au Népal ensemble à la mi-mai, il a remonté l’Inde jusqu’à Katmandou, tandis que je suis allé au Sri Lanka, pour ensuite voler directement à Katmandou), à finaliser les préparatifs, à se procurer les 2 documents nécessaires pour aller dans l’Annapurna et à faire un trek d’entrainement (voir épisode 14), nous étions fin près à prendre notre envol.
Nous avons quitté Katmandou en matinée en destination de Besisahar, départ « officiel » du Circuit (pour les plus paresseux ou ayant un horaire serré, vous pouvez vous rendre jusqu’à Chame en jeep). Il y a 2 stations de bus à Katmandou. L’une d’elle est assez bordélique, digne des pires stations d’autobus en Inde. Pour ce qui est de l’autre, elle n’est pas vraiment bordélique dans la mesure où ce n’est pas une station, mais un boulevard de plusieurs kilomètres le long duquel des bus sont stationnés sans la moindre indication de leur destination. Pourquoi je suis en mesure de décrire les 2 stations?!? C’est simple… l’imb$c%l€ de manager de notre hôtel nous a envoyé à la mauvaise en premier…
5 heures plus tard, nous étions rendus à destination… non sans peine. Disons simplement la run a été trèèèèèès longue; l’idée de virer une brosse la veille pour « célébrer » le début de l ‘aventure, jumelée à une journée trop chaude et un bus trop chargé parcourant une route qui ferait paraître la plupart des routes de terre que j’ai parcouru dans ma vie pour de superbes routes pavées, s’est avéré un cocktail explosif pour mon estomac… ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
Concernant Besisahar, que dire de plus que c’est un village sans grand intérêt, sinon qu’il est sensé être la plus grande agglomération que nous allons rencontrer jusqu’à la fin du parcours. Aussi, je ne sais pas où sont passé les personnes agées et même les adultes, mais le village semble peuplé par une tonne de jeunes… Ce n’est pas compliqué, si je résidais ici, je serais un vieux.
…
Day 1 – Ready or not, here I go / Près pas près j’y vais
Info trek;
– Besisahar – 760m
– Khuri
– Bhulbule – 840m
– Ngadi – 940m
– Lampata
– Bahundanda – 1310m
Trek de 19km aujourd’hui
Description;
« The trek is just a walk from
town to town » – Roark… j’ai bien hâte de te voir ravaler, ou plutôt marcher, tes paroles…
La première journée en fut une sans histoire. Nous avons marché 19km de village en village, sur une route de terre aussi empruntée par des jeeps (ils appellent cela des bus ici), le long d’une rivière serpentant au creux d’une vallée entourée d’immenses montagnes.
Vers la fin de la journée, un premier défi se présentait; monter jusqu’au village de Bahundanda, notre arrêt pour la nuit. Le meilleur moyen de vous décrire l’endroit est de vous imaginer une montagne de 300-400m de hauteur, disposée au milieu d’une vallée. Bien installé sur une petite crête à mi-hauteur en flanc de montagne, se trouve le village. Imaginez ensuite des maisons disposées sur le dessus de cette crête avec un petit sentier serpentant sur le bord d’un ravin pour les relier.

Une fois rendu dans le village, nous avons eu le plaisir d’apprendre que hors saison (donc présentement), les auberges s’arrachent les trekkeurs. Pour ce faire, ils offrent leurs chambres gratuitement en échange de la garanti de diner et déjeuner à leur restaurant. Bref, c’est vraiment plate héhé…
L’auberge que nous avons finalement choisie (parce que presque tous les proprios nous attendaient dans le square (parc) au milieu du village) est tenue par un jeune couple de népalais HYPER sympathique. Je me suis même fait une nouvelle petite amie à la minute où je suis arrivé à l’auberge; la très jeune fille du couple n’arrêtait pas de grimper sur moi comme si j’étais une montagne. Si elle avait 20 ans de plus (elle doit en avoir 5), je l’aurais demandée en mariage sur le champ.
En fait… pour dire vrai… comment dire… je l’ai fait… je lui ai demandé « will you marry me? (veux-tu m’épouser?) » et elle a répondu oui du tac au tac, alors que moi, Roark et sa mère éclations de rire.
Concernant l’auberge, ne partez pas en peur. Les chambres s’apparentent beaucoup à un locker. Pour tout dire, si j’étais dans l’histoire des 3 petits cochons, je serais assurément dans la maison de paille. Le plafond de ma chambre est fait de tiges de bambou, les murs sont faits avec les moyens du bord avec les 2×4 sont apparents d’un côté. Enfin, le plancher est en terre cuite et je ne sais pas si ce sont mes yeux, mais j’ai l’impression qu’il n’est pas au niveau (feeling comme ça). Ahhh, mon lit est un peu petit et est squeezé entre les murs. J’ai donc peur de me réveiller et d’avoir transpercé la planche de bois avec mes jambes.
Profitant des derniers rayons de soleil, j’ai marché dans le village… jusqu’à ce qu’un professeur d’anglais vienne à ma rencontre. Il m’a expliqué que le village compte 2000 habitants et qu’avec tous les villages de la vallée, le total passait à 7000 âmes. Ici, les enfants vont à l’école de 6 à 18 ans et certains peuvent marcher jusqu’à 2 heures le matin et 2 heures le soir pour faire le trajet maison/école (certains villages sont très haut perchés sur les montagnes adjacentes).
En terminant la discussion, il m’a invité à venir faire un tour à l’école le lendemain matin pour en faire la visite et y rencontrer les enfants. À suivre…
…
Day 2 – School’s out for summer
Info trek;
– Bahundanda – 1310m
– Lily
– Khanigaon
– Ghermu – 1160m
– Syanje – 1095m
– Srichaur
– Jagat – 1300m
– Ghatte kholagaon
– Chamje danda
– Chamje – 1425m
Trek de 17km aujourd’hui
Total; 38km
Description;
À mon réveil, j’entendais Roark réciter les lettres de l’alphabet et je me demandais quelle mouche avait bien pu le piquer. À mon grand étonnement, il se trouvait avec ma fiancée qui était en train de lui réciter toutes les lettres en anglais. En plus de parler un assez bon anglais, elle se débrouillait aussi à l’écrit… j’avais définitivement fait le bon choix…
En déjeunant, j’ai mentionné à Roark qu’un professeur nous avait invités à aller faire un tour à l’école. Ni une, ni deux, nous avons repoussé notre départ l’instant d’une visite éclaire.
Arrivé à l’école, le professeur que j’avais rencontré la veille nous a fait faire le tour du propriétaire. Au moment où nous nous apprêtions à quitter les lieux, il nous a demandé si ça nous intéresserait d’enseigner aux enfants?
Moi – Roark
Vous voulez dire que nous pourrions enseigner aux enfants aujourd’hui?!?
Professeur
Oui, c’est bien cela…
Moi – Roark
Tous les 2 seuls dans une classe avec des élèves… sans aucun vrai professeur?!?
Professeur
C’est bien cela…
Après avoir discuté des Pour et des Contre, on en est venu à la conclusion que c’était le genre de chance qui ne se reproduirait surement pas. Après tout, que ceux qui ont déjà enseigné à des jeunes népalais lèvent la main? Personne?!? C’est bien ce que je pensais…
Après avoir accepté, le professeur nous a présenté au directeur de l’école et nous a référé à un autre professeur qui serait en charge de nous indiquer la classe où aller, etc.
Moi – Roark
On est sensé leur enseigner quoi aux enfants?!?
Professeur
Vous aller trouver quelque chose j’en suis sur…
L’instant de 2 classes de 40minutes, moi et Roark auront donc été professeurs au Népal. L’expérience était tout simplement magique. Les jeunes népalais sont TRÈS disciplinés. Tous les matins avant d’aller à leur cours, ils sont tous réunis dans la cour au centre de l’école à chanter et à réciter des consignes. La discipline est alors de rigueur comme si nous étions dans l’armé. En entrant dans notre première classe, c’était le calme plat jusqu’à ce que Roark s’écrit ‘’namaste (bonjour)’’ et eux de nous répondre tous ensemble de même. La glace étant brisée, nous avons commencé notre cours…
Coté éducatif, on repassera, on s’amusait à dessiner une personne au tableau avec des mots représentants des parties du corps à placer au bon endroit… à des enfants de 10-12ans qui paraissaient être beaucoup plus avancés en anglais. En bout de ligne, tous le monde a eu beaucoup de plaisir et c’est ça l’important (l’éducation c’est secondaire héhé).
En sortant de la première classe que nous avons donnée, je suis passé devant une classe de tout petit… sans professeur… qui me suppliaient de venir les voir. Ni une, ni deux, j’ai ouvert la porte et j’ai commencé à faire le clown. Puis, j’ai sorti mon appareil photo… C’est à ce moment qu’ils sont tous devenus fous. Ils voulaient tous prendre l’appareil photo pour prendre des photos. J’ai donc tendu mon appareil en toute insouciance à l’un d’entre-eux… pour passer les 5 minutes suivantes à essayer de la récupérer (ils se bataillaient pour avoir l’appareil et celui-ci passait de l’un à l’autre) en priant pour qu’aucun de ces jeunes ne l’échappe…
Lors de notre 2ème classe, nous avons répété le même manège que lors du premier cours. Cette fois, nous étions un peu plus préparés et les jeunes étaient fous de joie. À certains moment, j’ai même aperçu quelques professeurs qui nous espionnaient par les fenêtres et qui avaient l’air de se bidonner.
Lors de notre passage à l’école, en plus de faire et dire beaucoup de conneries devant les élèves, nous avons aussi appris plein de choses sur le mode de vie des népalais en milieu rural (donc en montagne comme ici).
En ce qui concerne les multiples champs que nous pouvons apercevoir partout dans les montagnes, ils n’appartiennent pas à la communauté, comme nous pouvions le croire, mais à des particuliers. C’est donc chacun pour soit…
Dans le même ordre d’idée, les champs en terrasses sont principalement utilisés pour cultiver le riz durant la mousson (il faut que ce soit plat pour retenir l’eau), tandis que tous les autres types de plantations peuvent pousser en pente (donc pas besoin de travailler la montagne en terrasse au préalable).
Une fois l’épisode de l’école terminé, j’ai fait mes adieux à ma fiancée et nous avons pris la route.
Au menu aujourd’hui; longer encore une fois la rivière au fur et à mesure que la vallée se resserrait et que les montagnes environnantes prenaient de l’ampleur… puis vint Chamje. Situé le long de la rivière, à un endroit où la vallée est très étroite, ce serait notre stop pour la nuit.
J’envisage une très bonne nuit de sommeil dû à la présence d’une chute à 2 pas de la fenêtre de ma chambre. Déjà que le son d’une chute m’endors, cela couvrira en plus le bruit des animaux…
…
Day 3 – Fields of dream / Champs de rêve
Info journée;
– Chamje – 1425m
– Sattale
– Talbesi
– Tal – 1760 m
– Khotro
– Kharte – 1850m
– Dharapani – 1910m
Trek de 14km aujourd’hui
Total; 52km
À notre départ de Chamje ce matin, nous étions accompagné par 3 nouveaux compagnons rencontrés la veille au souper;
– Alex – Français de 24ans – voyage avec un jeune guide népalais
– Mateo – Suisse de 20ans – Fait particulier, il trimbale un sac en plastique plein de linge sale et un autre sac remplis de bonbons en dessous de son sac principal… vous devez donc vous rappeler lequel est lequel si vous voulez lui piquer quelque chose. Son look me fait beaucoup penser aux premiers alpinistes au début du siècle passé. En fait, il ne lui manque que les bas remontés jusqu’aux genoux et les pantalons qui vont avec et l’illusion serait parfaite.
Pour les premières heures, le trek d’aujourd’hui était tout en monté au creux d’une vallée, à traverser une multitude de ponts, apercevoir de nombreuses chutes et passer à côté d’une quantité de maisons perdus au milieu de nulle part en flanc de montagne. Bref, c’étais trèèèèès ennuyant héhé…
Mon livre indiquait qu’après avoir monté tout en haut de la vallée, ‘’the first view of Manang District is dramatic : just past the gateway, the trail descends to a beautiful broad valley…’’, nous allions donc passer une arche, signifiant notre entré dans le district de Manang, et à partir de là, nous aurions une vue incroyable sur un petit village du nom de Tal.
Le livre n’aurait pas pu mieux décrire la situation. À peine passé l’arche que nous débouchions sur une nouvelle section de la vallée avec des parois rocheuses tranchées au couteau et un petit village blotti tout au creux sur le bord de la berge d’une rivière peu profonde.
L’endroit me faisait penser au film « Le seigneur des anneaux I », lorsque Gandalf parcours à tout allure des plaines et des rivières peu profondes sur son cheval avec les 2 Hobbits dans ses bras.
Après avoir fait un pit stop dans ce petit village, nous avons repris le sentier pour nous retrouver au beau milieu d’un champ de… comment dire… je peux cocher de ma To Do List « marcher/courir dans un champ de majijuana en toute légalité » nananananère. À beaucoup d’endroit, comme dans le mot BEAUCOUP, il y a de la marijuana qui pousse le long du sentier. Tant qu’à y être, je peux aussi cocher « faire pipi sur de la marijuana ». Je m’excuse à tous ceux qui pourraient être offusqué par mon geste, mais bon, le champ ne finissait pas de ne pas finir et j’avais envi bon…
Un peu avant notre destination d’aujourd’hui, nous avons traversé le village de Kharte. J’avais lu que ce village était le point de départ d’un trek se rendant jusqu’au 2ème plus haut lac du pays. À 4700m, le lac Dona git au pied de Manaslu, la 8ème plus haute montagne au monde à 8100m.
Dans le livre, il était clairement mentionné que l’ascension était de 3000m. Bon… dans un livre, monter 3000m, 1000m ou 100m, il y absolument rien là. Cependant, quand nous sommes arrivés à la jonction pour prendre le sentier, un mur avec un sentier zigzagant jusqu’en haut, se dressait devant nous. Disons que ça a diminué… un peu… beaucoup… annihilé… mes ardeurs.
Au final, nous sommes arrêtés pour la nuit à Dharapani. Situé à la rencontre de 3 rivières à un endroit où la vallée est très étroite, l’illusion d’optique est telle que j’ai l’impression que les montagnes se trouvant de l’autre côté de la rivière sont directement au-dessus de nos têtes.
Contrairement à notre auberge de Bahundanda, où ma chambre ressemblait à un locker raté, je comparerais notre actuelle auberge à un camp en bois rond de luxe. C’est donc une très bonne amélioration. Je vais encore une fois dormir comme un bébé puisque nous sommes toujours en bordure de la rivière à un endroit où il y a des rapides.
Fait inutile; un super trognon petit chien est venu nous voir. Je l’ai surnommé affectueusement « Meat (viande) »… parce qu’il avait l’air très appétissant (ça fait une éternité que j’ai mangé de la viande) en plus d’être très beau. Bon, je n’ai rien d’autre à dire à propos de ce chien… et vous, ça va la vie?!?
Après maintenant 3 jours de marche, un élément me frappe; il n’y a personne sur le sentier. Incluant moi et Roark, nous sommes 10 touristes à faire le trek à plus ou moins une journée de marche. Nous avons donc l’embarras du choix en ce qui concerne les accommodations. Comme je l’ai mentionné dans mon compte-rendu du jour 1, la très grande majorité des auberges nous proposent de ne pas payer la chambre… et on a même pas besoin de négocier, c’est eux qui le propose.
Il ne faut cependant pas se méprendre. On nous a raconté que durant les hautes saisons (mars-avril-septembre-octobre-novembre), la situation est tout autre. Les auberges sont quasiment tout le temps pleines, il faut préférablement réserver à l’avance et malgré tout, des touristes doivent bien souvent coucher dans la cuisine, la salle à manger ou même dehors à la belle étoile.
Je crois donc très personnellement faire ce trek au meilleur moment dans l’année. Nous sommes tout juste avant la mousson, il pleut parfois 1 heure par jour, mais sans plus, il y a quelquefois du brouillard, mais rien pour cacher les vues magnifiques, et surtout, les sentiers sont désert et on peu improviser notre parcours selon notre feeling du moment sans avoir à réserver une journée ou plus à l’avance.
…
Day 4 – A walk in the clouds / La tête dans les nuages
Info trek;
– Dharapani – 1910m
– Bagarchap
– Danagyu
– Timang – 2590m (via la Upper trail)
Trek de 9km aujourd’hui
Total; 61km
Description;

Peu après avoir pris notre déjeuner et que « Meat » soit venu nous dire adieu (moment très émouvant…), nous avons pris la route.
C’était non sans peine pour Mateo qui avait… mmm… comment dire sans répugner ceux qui pourraient me lire en mangeant… qui avait un problème de plomberie (« Liquid In, liquid Out » comme dirait Roark). Bref, il devait souvent courir dans de petits locaux qui empestent… vous comprenez… non… grrrr… ahhh pis allez dont chier…
Le parcours en fut un sans histoire jusqu’au village de Danagyu. Après, il fallait faire un choix entre continuer sur la « Lower Trail » (suivant la rivière dans le fond de la vallée), ou de prendre la « Upper Trail » (qui monte dans les hauteurs de la vallée et qui est sensée offrir des vues impressionnantes sur les environs).
Nous avons donc dit adieu au fond de la vallée, dans lequel nous marchions depuis déjà quelques jours, pour prendre la direction de Timang, 400m plus haut.
Tout juste avant d’arriver en haut, nous avons été dépassé par un népalais en chemine et pantalon propre qui s’en allait probablement au travail. Disons que le feeling est assez étrange quand un gars en tenu de ville vous dépasse en vous disant un beau « namaste », tout content de vous voir, alors que vous êtes tout en sueur et que vous avez peine à reprendre votre souffle.
Quelques minutes plus tard, nous faisions notre entré dans le minuscule village de Timang. Malheur pour nous, les nuages et le brouillard nous avaient précédés, nous empêchant d’admirer pleinement le moment.
Après avoir rechargé nos batteries, la situation de Mateo ne s’améliorait pas. Moi et Roark avons donc décidé de passer la nuit en sa compagnie ici, dans l’espoir qu’il irait mieux demain matin.
Ayant un guide ($$$) et peu de flexibilité dans son horaire, Alex allait continuer son chemin jusqu’à Chame (notre objectif en début de journée). Si tout allait bien, nous allions le rattraper dès demain.
Disons que moi et Roark n’avons pas eu à se faire prier pour rester un peu plus longtemps ici. Pour ma part, Timang est décrit dans mon guide comme un des endroits où on peu avoir l’une des plus belles vues, notamment de Manaslu, et puisqu’il y a du brouillard aujourd’hui, je croise les doigts pour demain matin. Pour ce qui est de Roark, il est tout simplement tombé en amour avec l’endroit… et avec les ânes (sans commentaire).
Le soir venu, le fait que Timang soit perché en haut d’une vallée ne paraissait plus du tout en raison du brouillard. En fait, quand nous étions à boire une première bière du trek au magasin général du village, je me sentais comme dans le film « Sleepy Hollow », mettant en vedette Johnny Depp, un endroit surréaliste où il pourrait facilement se passer des choses étranges.
La bière que nous avons pris à 2600m d’altitude est donc la plus haute bière que j’ai pu boire dans ma vie… jusqu’à maintenant. À ce sujet, un guide, nous a avertis que boire de l’alcool n’était pas la meilleure idée pour s’acclimater à l’altitude (ben voyons toé), en prenant toutefois la peine de nous mentionner que les sherpas (porteurs) qui montent l’Everest boivent quotidiennement un flasque de whisky chacun (une bonne dose de courage).
La bière bien installée dans notre estomac, nous sommes retournés en direction de notre auberge… pour apercevoir 2 jeunes qui jouait au ballon. Il n’en fallait pas plus pour 2 gars complètement exténués… et un peu pompette… pour se joindre à la partie. Constat de l’expérience, jouer au ballon avec des babouches n’est pas l’idéal (vous allez pouvoir juger de mon accoutrement avec la photo qui suit).
À 8h, le soleil était couché depuis déjà une bonne heure et nous allions l’imiter afin de se réveiller un peu avant lui et espérer avoir un bon spectacle.
…
Day 5 – Sunrise in Paradise / Lever de soleil au paradis
Info trek;
– Timang – 2590m
– Thanchok – 2630m
– Koto
– Trichyungalta
– Chame
– Thaleku
– Bhratang
– Dhuki Pohkara
– Lower Pisang – 3200m
Trek de 23km aujourd’hui
Total; 84km
Description;
Le pari que nous avons pris la veille en restant à Timing pour la nuit… à savoir que Mateo prendrait du mieux et que le ciel serait clair afin d’observer le superbe panorama… a finalement rapporté sur toute la ligne.
En sortant à l’extérieur pour aller à la toilette durant la nuit, j’ai pu constater que les nuages et le brouillard avaient complètement disparus et que c’était même la pleine Lune. J’ai alors pu prendre conscience de la beauté des environs et de mon erreur…
En arrivant par un épais brouillard hier, j’étais convaincu que le village était au sommet de la vallée. Je n’aurais pas pu me mettre le doigt plus profond dans l’œil. J’ai été complètement renversé de constater que le village était entouré de hautes montagnes de tout bord, tout coté en plus d’avoir une vue plongeante (un décolleté dans une robe moulante serait moins attrayant) sur la vallée et le village de Danagyu tout en dessous.
Après avoir contemplé le spectacle pendant plusieurs minutes, je me suis finalement résigné à retourner me coucher. Maintenant conscient de ce qui m’attendait au lever du soleil, j’étais très anxieux de me fermer les yeux et de passer tout droit… puisque mon Iphone (réveil-matin) n’avait plus de batterie. J’ai donc eu beaucoup de difficulté à retourner dans les bras de Morphée…
Comme dans tous bons films de Disney, où le héros parvient à ses fins, j’étais à mon poste aux premières lueurs du soleil, bien installé sur la superbe terrasse de notre auberge surplombant le village avec mon ami suisse… qui pétait le feu (cette fois au sens figuré et non propre – sale – comme hier).
Pendant l’heure et demi qui allait suivre, le spectacle auquel nous avons été convié est tout simplement l’une des plus belles choses que j’ai pu voir de ma vie. On aurait dit que l’endroit avait été spécialement conçu par Dieu lui-même pour regarder le lever du soleil; bien adossé sur une espèce de cuvette formée par les montagnes (comme un théâtre), le village de Timang se trouve sur un plateau à mi-hauteur dans la montagne. La vallée plonge ensuite tout juste devant avec son décolleté des plus alléchants. Cependant, on l’oubli vite pour se concentrer sur le plat de résistance en arrière plan, j’ai nommé Manaslu. Pas assez arrangé avec le gars des vues vous dites?!? Eh bien ajoutez comme cerise sur le sunday, le soleil qui se lève dans la « craque » au milieu de la montagne. WOWe
Comme j’ai dit, c’est l’un des plus beaux spectacles que j’ai pu voir dans ma vie. Certains vont probablement me dire « eille… pousse, mais pousse égal… je veux bien comprendre que c’est beau, mais la ça va faire… ». Eh bien, je répondrais à ces personnes; prenez 1 semaine de vacance… non 2… achetez un billet d’avion pour Katmandou, prenez un bus pour Besisahar, marchez pendant 3-4 jours jusqu’à Timang et levez-vous tôt dans l’espoir d’avoir un lever de soleil exempt de nuage et on en reparlera…
Seule ombre au tableau; Roark. Étant exténué, il m’avait fait promettre que « by any means… and by any I say A N Y… I don’t want you to wake me up tomorrow morning (Je ne veux pas me faire réveiller sous aucun prétexte… je dis bien A U C U N) ». Même si par 2 ou 3 fois j’ai dit à Mateo que je devrais probablement aller réveiller Roark, je suis finalement resté fidèle à ma parole…
Après avoir digéré le spectacle auquel mous avions eu droit et le déjeuner (cette fois en compagnie de Roark), nous avons commencé notre randonné du jour.
Première ville à l’horizon, Thanchok, petite ville où nous avons passé en coup de vent. Nous avons tout de même trouvé juste de la rebaptiser affectueusement « Pooville », vu la quantité industrielle de merdes d’animaux (j’espère que c’était seulement de la merde d’animaux) dans la rue. Il fallait quasiment sauter, comme si on jouait à la marelle, pour les éviter.
Puis vint Chame (à ne pas confondre avec Chamje il y a quelques jours), la ville administrative (capitale) du district de Manang. Nous avons profité de ce stop pour aller sur internet pour la première fois depuis le début du parcours. À ce sujet, j’ai utilisé internet simplement pour donner un signe de vie, mais l’absence d’internet est tellement super. Au début c’est comme un sevrage, tu veux aller sur internet avec ton iphone, comme tu le fait toujours, mais ensuite tu finis par ne plus y penser, pour finalement te rendre contre que la vie continue et que c’est même très agréable.
Par la suite, ce fut une succession de route de terre, village ennuyant, reroute de terre, village abandonné, route de terre, pont… et c’est à partir de là que le fun a commencé. Après avoir passé le dernier de 3 ponts, dont un qui nous a donné la chair de poule après avoir vu sa structure, ça a commencé à monter drastiquement.
Les nuages nous ont courus après toute la journée sans jamais pouvoir nous attraper; il y avait toujours beaucoup de nuages derrière nous, mais un ciel bleu droit devant…
Les dernières heures du parcours d’aujourd’hui nous nous offert des vues complètement sublimes d’Annapura, principalement quand on se tournait pour regarder derrière nous complètement par hasard. À un certain moment Roark s’est écrié « this is a great Annaporn » en admirant le panorama.
Annaporn: masculin, adjectif, terme absolument non scientifique utilisé pour désigner une vue ‘’jouissive’’ de la montagne. Ce terme allait devenir un désormais classique du Circuit de l’Annapurna… il allait désormais être utilisé à toute les sauces pour parler de la montagne et être adopté par tous nos compagnons.
Nous avons finalement enlevé nos bottes poussiéreuses dans une très belle auberge (ça ressemble à s’y méprendre à une cabane à sucre) à Pisang, un village ayant la particularité d’être à moitié dans le bas de la vallée d’un coté de la rivière (Lower Pisang) et à moitié dans les montagnes de l’autre côté (Higher Pisang… qui ressemble à un château fort).
À partir de Pisang, la prochaine destination logique est Manang. Pour ce faire, il y a 2 sentiers; 1 passant dans le haut de la montagne (Upper Trek), sensé offrir une superbe vue sur les montagnes, et l’autre (Lower Trek), passant dans le creux de la vallée, donc plus facile. Une fois rendu à Manang, on est sensé prendre une journée de repos pour s’acclimater à l’altitude (après Manang ça va monter drastiquement). On se dit donc que de prendre cela relax le long de la Upper Trek pourrait être une bonne idée puisque le sentier est majoritairement plus haut de 300-400m que Manang.
De ce fait, nous avons maintenant dépassé la barre des 3000m (se compte à partir du niveau de l’océan) d’altitude. Pour vous donner un ordre de grandeur, le Mont-Tremblant est à 875m, le Massif de la Petite Rivière St-Francois est à 806m, le Massif du Sud est à 915m et Stoneham est à 632m.
En maintenant 5 jours, nous avons parcouru 82km (le kilométrage officiel de cette randonnée est une gracieuseté de l’application « Running » de Nike sur mon Iphone) et monté plus de 2400 mètres. Pour ce qui est de l’altitude, il nous reste à monter un peu plus de 2200m par 2 fois (pour passer la Thorung La Pass à 5500m et pour aller au lac Tilicho à 5400m).
Ahhh… aussi, très utile pour ceux qui ne le savent pas (genre moi il y a 6 jours). Si vous avez un Iphone et que vous prévoyez aller en forêt… où à un endroit ou il n’y a pas d’internet… votre localisation en temps réel se met à jour sur google maps quand même. Pour ce faire, vous n’avez qu’à cadrer la carte où vous allez au préalable. Par exemple, avant de quitter la civilisation, Mateo a cadré toute la zone du circuit de l’Annapurna sur google maps. Depuis, à chaque fois qu’il ouvre l’application, elle nous donne notre localisation. Bon, on n’en a pas vraiment besoin, mais je trouve que ça peut être très pratique pour quelqu’un qui part faire une randonné en forêt. Jumelé à l’application boussole, qui vient par défaut sur l’Iphone, il n’y a plus de raison pour se perdre… à moins de manquer de batterie.
…
Day 6 – A bulletproof stomach… well… / Un estomac à tout épreuve… ou presque…
Info trek;
– Lower Pisang – 3200m
– Upper Pisang
– Ghyani – 3670m
– Ngawal – 3660m
Trek de 8km aujourd’hui
Total 92km
Description;
En nous levant ce matin, tout le monde était top shape. Nous avons donc décidé de passer par la Upper Trail. Réputé pour offrir parmi les plus belles vues, sinon les plus belles vues, de tout le trek, il fallait donc battre les nuages de vitesse (il n’y a généralement pas de nuages le matin jusqu’à environ 10h).
Dans un premier temps, nous sommes montés visiter Upper Pisang. De là, nous avons attrapé le sentier Upper trail qui commençait de Upper Pisang.
Il faut savoir que la Upper trail peut être attrapé à partir de Lower Pisang ou Upper Pisang. Je recommande fortement de passer par Upper Pisang puisque la vue de la vallée, du village et des montagnes en background est tout simplement MAGNIFIQUE. Ce n’est pas compliqué, je m’arrêtais à tous les 20m pour prendre une nouvelle série de photos et vidéos. Mateo me regardait faire en me demandant « vous n’avez pas cela chez vous?! »… « Non Mateo, moi je ne vis pas en Suisse… les montagnes dans l’Est du Canada ne seraient même pas considérées comme des montagnes au Népal… »
S’en est suivit le défi du jour; 400m d’ascension d’une montagne très abrupte dans un sentier en zigzag pour atteindre le très petit village de Ghyani.
Par la suite, la promenade a suivit un sentier en flanc de montagne qui ne nécessitait aucune autre ascension. C’était donc un ‘’walk in the park’’ jusqu’à Ngawal, prochain village à l’horizon.
Perché à mi-hauteur dans la vallée, à un endroit où il vente à écorner des bœufs, cet endroit restera toujours gravé dans ma mémoire pour une mauvaise raison. Durant le lunch que nous prenions là-bas, mon estomac a flanché pour la première fois de mon voyage en Asie. En l’espace de 5 secondes, j’ai eu d’atroces crampes qui ont perdurées jusqu’en début de soirée.
Il y a 3 raisons qui peuvent expliquer ce problème soudain.
D’une part, je me sentais en grande forme aujourd’hui et mon égo a voulu le montrer à tout le monde. J’ai donc monté les 300-400m de dénivelé en un temps record. Or, les maux de ventre son l’un des nombreux signes précurseurs du mal des montagnes. Cependant, je doute fort que ce soit la raison puisque j’ai marché environ 2h après l’ascension sans rien ressentir et c’est arrivé soudainement quand je mangeais.
La 2ème option serait mon repas. Si c’est le cas, c’est donc dire que mon fameux estomac à tout épreuve, comme je me le plaisais à dire, aura finalement trouvé chaussure à son pied… et cette chaussure lui aura botté le cul. Cependant, mes compagnons doutent de cette option puisque si ça avait été une indigestion, la nausée ne se serait pas pointée sur le champ, mais plus tard.
Cela ouvre donc la porte grande ouverte à la 3ème option. Comme tout bon trekkeur, je remplis ma gourde d’eau dans n’importe quel point d’eau sur le bord de la route pour ensuite purifier l’eau (il y a plusieurs systèmes de purification, mais le mien consiste à mélanger de l’iode avec l’eau et ensuite attendre 15minutes avant de la boire). Je fais cela plusieurs fois par jours depuis le début du trek sans aucun problème.
Comme je l’ai dit, je fais très souvent cet exercice, tellement que c’est rendu routinier. Au début du trek, je me doutais qu’un jour j’allais être un peu tête en l’air et que j’oublierais d’attendre les 15min. Or, durant le lunch, je me suis tourné vers Mateo et je lui ai dit que je pensais ne pas avoir attendu assez longtemps avant de boire. C’est l’option la plus logique puisque la nausée s’est présentée quelques minutes plus tard.
Bref, peu importe la raison, j’ai l’intention de me servir de ce petit problème technique comme d’une bonne leçon; je ne dois pas tomber dans une zone de confort, je dois redoubler de vigilance autant en ce qui concerne l’eau que l’altitude. Après tout, c’est TRÈS RARE, mais en moyenne 1 ou 2 randonneurs meurent de problèmes reliés à l’altitude chaque année. Le mot d’ordre est donc tranquillement, mais surement.
Ce malencontreux incident nous a incités à passer la soirée dans ce village. Nous y avons trouvé un super auberge… probablement le plus beau et mieux construit que j’ai pu voir depuis… jamais au Népal; de vrais poutres au plafond, des murs épais en terre cuite, un plancher de bois qui mérite qu’on l’appelle plancher de bois, une superbe salle à manger entièrement faite en boiserie et un corridor menant aux chambres ayant une sorte de puit de lumière très élégant. Encore une fois, la facture pour avoir chacun une chambre double… je vous le donne en mille; 0$
En fait, je crois que c’était écrit dans le grand livre en haut que j’allais séjourner dans ce village, dans cette auberge et dans cette chambre.
Pourquoi?!?
Après avoir choisi ma chambre, j’ai remarqué qu’il y avait un collant sur la poigné de ma porte avec uniquement les 4 lettres suivantes de marqués; N i c o. Si ce n’est pas un signe, je ne sais pas c’est quoi… puisqu’après avoir fait le tour des portes de l’auberge, c’est la seule poignée à avoir ce collant.
Note intéressante; l’altitude où nous nous trouvons présentement (entre 10000 et 12000 pieds) est l’altitude à laquelle les cabines d’avions sont pressurisées. C’est donc dire que quand vous prenez l’avion, vous êtes dans un environnement (quantité d’air, etc.) s’apparentant à l’environnement où nous sommes présentement.
…
Day 7 – Silent Hills / Silence! On marche…
Info trek;
– Ngawal – 3660m
– Munji – 3330m
– Braga – 3360m
– Manang – 3540m
Side trek individuel de 8km
Trek de 7km aujourd’hui
Total; 99km – sans compter mon side trek individuel
Description;
Mon intention première était de me réveiller à 3h du matin pour monter en haut de la montagne derrière le village (3-4h allé) afin d’admirer le lever du soleil sur l’ensemble de la chaine Annapurna (décrit dans mon guide comme étant probablement la plus belle vue, des plus belles vues du circuit). En effet, si on monte assez haut dans la montagne, la montagne de couleur noir qui est devant fini par ne plus obstruer la vue et on peut admirer l’ensemble, tel un mur blanc qui se dresse devant vous.
Vous êtes probablement un peu confus présentement par rapport à la fin de mon compte-rendu d’hier; « eille chose, t’étais pas cloué à ton lit hier… kessé que tu vas faire à monter des montagnes en plein milieu de la nuit?!? ». Et bien, je vous dirais que j’ai dormis depuis 2h de l’après-midi hier et quand mon réveil à sonné à 3h du matin, j’étais top shape… mais il y avait beaucoup de nuages dehors. J’ai donc décidé de me recoucher jusqu’à 4h.
À 4h, le ciel était clair, j’avais tout mon stock sur le dos, mais au moment d’ouvrir la porte de ma chambre, j’ai été pris de panique. Pourquoi?!? Eh bien, mes 2 compagnons ne voulaient pas faire le trek avec moi. Jusqu’au moment de franchir la porte de ma chambre, j’étais très confiant, mais ensuite, le doute s’est emparé de moi… essentiellement en raison du fait qu’il faisait encore nuit et que je n’avais pas fait de reconnaissance du parcours hier. Bref, ma conscience a gagné (pour une rare fois) et je suis retourné me coucher… pas pour très longtemps.
À 5h30, ne pouvant plus fermer les yeux, j’ai décidé d’aller marcher en ville. À ce moment, la vallée était toute éclairée par la lumière indirecte du soleil qui n’avait pas encore franchit le sommet des montagnes.
Après 10minutes, j’avais fait le tour du propriétaire et puisque le ciel était quasiment sans nuages (autrement dit les conditions idéales), j’ai décidé de monter admirer le village et les montagnes du monument blanc, qui surplombe le village sur une petite montagne à tout au plus 100m plus haut.
Pour ce faire, j’étais armé de ma bouteille d’eau, de 3 barres de chocolats, de mon cache coup, d’une paire de short et d’un chandail long; « pas besoin de plus, je monte seulement voir la vue à partir du monument et dans 30minutes je serais de retour » que je me disais. Ouin… J’ai atteint le monument en seulement 10min sans même m’essouffler. J’ai ensuite aperçu un temple beaucoup plus haut… je vous laisse deviner la suite.
À partir de là, le sentier ne laissait pas une seconde de repos (ascension constante). J’ai atteint le « temple » et j’ai eu la belle surprise de voir qu’on pouvait apercevoir la chaine de l’Annapurna continue de cet endroit. N’eut été de quelques petits nuages un peu gênant, j’aurais été en mesure de voir l’ensemble sans problème. J’ai attendu un bon moment dans l’espoir que les nuages disparaissent, mais en vain.
Au final, j’aurais monté la montagne sur 4km (donc 8km allée-retour) et monté un peu plus de 400m, pour ainsi atteindre le cap des 4000m pour une première fois. Ce genre de petit trek d’une journée est très bon dans la mesure où tu montes pour un court laps de temps, pour ensuite redescendre sans coucher à cette altitude, ce qui minimise les risques et aide à s’acclimater à l’altitude.
De retour au village, j’ai profité de l’avant-midi avec mes compagnons pour ensuite prendre la route pour Manang. Nous quittons ce petit village à reculons (je vous rassure, nous ne marchons pas vraiment à reculons…) puisque l’endroit est un véritable havre de paix; il n’y a peu ou pas de bruit durant la nuit et c’est encore mieux durant le jour.
Je recommande à tous de passer une nuit dans ce village. C’est simplement à 8km de Pisang et 7km de Manang, donc très tentant de simplement passer sans s’arrêter (comme nous aurions fait si je n’étais pas tombé malade) vu la courte distance qui le sépare des 2 autres villages beaucoup plus importants. Bref, je vous le recommande fortement, ne serait-ce que pour la très belle architecture de pierre des bâtiments, la vue complètement débile de l’Annapurna (notamment de la place publique au centre du village) et bien sur la tranquillité.
Ce séjour à Ngawal aura aussi contribué à resserrer le très bel esprit d’équipe que moi, Roark et Mateo avons maintenant… Malgré notre différence d’âge (20, 28 et 33), nous avons beaucoup d’affinités et nous sommes tous les 3 du même calibre en montagne. Dès le départ du trek, je me souciais autant de la santé de Roark que de la mienne et maintenant j’oserais dire la même chose à propos de Mateo.
Le programme d’aujourd’hui consistait donc à marcher dans une forêt très clairsemée, comportant seulement de petits conifères et quelques plaines marécageuses. Le parcours n’était pas des plus intéressants, mais il suffisait simplement de lever les yeux pour apercevoir Annapurna.
Disons qu’avec 8km de plus dans les jambes (mon ascension solitaire du matin), j’avais un peu de difficulté à suivre le tempo de Roark et Mateo et ce, même si ce fut assurément la journée la plus facile jusqu’à maintenant (plat ou tout en descente). Il faut aussi savoir qu’à la très grande surprise de Roark, j’ai cru bon de ne pas prendre de petit déjeuner entre mon trek matinal et le moment de reprendre la route (je ne sais pas quelle mouche m’a piquée). J’ai ensuite regretté chèrement ma décision…
Une fois rendu à Munji, j’ai admis mon erreur et Roark m’a lancé une réplique pleine de sens « Since I met you, I learned that you like to learn things the hard way…that’s why I didn’t say anything this morning (depuis que j’ai fait ta connaissance, j’ai appris que tu aimais apprendre de la manière difficile… C’est pour cela que je n’ai pas dit un mot ce matin) « .
À partir d’ici, s’en était fini de la belle forêt. La Lower et Higher trail se combinaient pour devenir une route de terre en plein milieu de la plaine.
À partir de là, Bragha (petite ville charmante avec un superbe temple bouddhiste) peut être atteint en moins de temps pour dire « Anticonstitutionnellement »… et puis, nous étions à Manang.
Que dire de cette ville, sinon que c’est un incontournable le long du circuit de l’Annapurna. Que vous le vouliez ou non, c’est un stop quasi-obligatoire afin de s’acclimater à l’altitude (à 3500m) avant de commencer à monter drastiquement jusqu’à 5500m.
La ville semble sortie tout droit d’un vieux western américain. En fait, je n’aurais pas été surpris de voir des cowboys entrer dans la ville sur le dos de leur cheval en tirant des coups de fusils.
Pour ceux qui ne sont pas trop des amateurs de western, la ville me fait beaucoup penser à Jasper dans l’ouest canadien; une longue rue avec en arrière plan la chaine de montagne… à la différence de Jasper que la chaine de montagne est à 2 pas du village et non à des kilomètres.
Depuis le début du trajet, l’un de mes soucis principal est de gérer convenablement ma consommation d’énergie (les batteries de ma caméra et de mon Iphone). Il est très difficile de trouver des prises de courant et j’ai l’impression que ça deviendra de plus en plus difficile au fur et à mesure. Bref, quelque chose que vous à la maison n’aurez jamais à vous soucier…
…
Day 8 – We rented a cinema / Nous avons loué un cinéma
Info trek;
Journée de repos/acclimatisation à Manang.
Petite randonnée dans les environs; 5km (104km) – 4000m
Description;
Aujourd’hui est notre jour de repos. Le programme de la journée consiste à R I E N.
Il est donc hors de question de marcher le moindre kilomètre ou de se lever à l’aurore pour admirer le lever du soleil ou autre connerie de voyageur.
J’ai très clairement dit à mes compagnons que celui qui viendrait cogner à ma porte pour me réveiller devrait être en mesure de courir plus vite que moi afin d’éviter que je l’étripe. Même si le Canada a été détruit accidentellement par des bombes nucléaires américaines destinées à la Corée du Nord… Même si il s’est produit une avalanche à proximité de Manang et que nous sommes en danger de mort… Même si ma mère est au bout du fil et qu’elle veut me parler… NE ME RÉVEILLEZ PAS.
J’ai donc pu faire la grâce matinée jusqu’à 8h30… un record.
En fait, nous avons l’intention de faire une toute petite chose. Mettre nos flip flop, aller déjeuner et nous diriger vers le cinéma du village pour s’y enfermer et écouter des films toute la journée.
Oui, oui, vous avez bien lu; cinéma. En fait, c’est comme un club vidéo crado avec plein de DVD; vous pouvez sélectionner le film que vous voulez et aller l’écouter dans la petite salle adjacente (une vingtaine de place). Autrement, il y a une représentation quotidienne à 5pm du film ‘’7 ans au Tibet’’…
Il y a en fait 2 cinéma en ville, mais l’un d’eux est présentement fermé puisque nous sommes en basse saison… à moins que vous soyez un groupe de 4 et +.
Si vous êtes le moindrement bon en mathématique, vous pourrez vous rendre compte que notre groupe actuel est composé de 3 membres; moi, Roark et Mateo. Il nous fallait donc trouver le moyen d’agrandir notre groupe. Heureusement pour nous, nous avons fait la connaissance de Alvar (Espagnol, voyageant en solo et ayant tout le temps du monde) hier à l’auberge. Il s’est montré très emballé par notre idée de passer une journée complète dans un cinéma à regarder des films. Problème résolu…
Il ne restait plus qu’à sélectionner un film parmi la très large collection de copies illégales DVD de film américain, nous assoir confortablement dans la coquette salle de cinéma (un sous-sol pas fini serait plus beau) et poser les yeux sur le très bel écran d’au moins 2m x 4m. Voilà.
Le film que nous avons écouté « Into thin air », raconte l’histoire vraie d’un groupe de personnes très fortunées et sans aucune expérience, qui ont tenté l’ascension de l’Everest en 1996. Bien entouré de guides, parmi les plus connus et qualifiés au monde à ce moment, l’expédition a tournée à la catastrophe; avant la fin de la journée du 10mai 1996, plus de 10 personnes avaient péries en route ou sur le chemin du retour du sommet. Malheureusement, le film est un affreux série B. J’ai par après lu le livre du même nom écrit par l’un des survivants, l’auteur Jon Krakauer (qui a aussi écrit le livre « Into the wild » dont le film du même nom est tiré) et le film ne rend AUCUNEMENT justice aux évènements.
L’une des informations qui m’a le plus fascinée est l’altitude du Camp de Base de l’Everest. À un peu plus de 19000 (5800m), donc 300m plus haut que le plus haut endroit où nous irons sur le Circuit, c’est le bas de la montagne… l’endroit où vous commencez l’ascension. C’est seulement après 3 semaines d’acclimatisation au Camp de Base que les aventuriers peuvent commencer l’ascension qui culminera à 8800m.
Après ce film, nous avons décidé de faire une petite randonnée jusqu’au « Viewpoint (belvédère) » de la ville. L’idée d’aujourd’hui était de ne rien faire, mais bon… on a fait un tout petit… minuscule… de rien du tout… trek de 3-4h. Pour les gens de Québec, la randonnée ressemble au « sentier des Loups » au Parc de la Jacques Cartier… à 4000m d’altitude. Une journée de repos quoi…
Le viewpoint est une petite montagne (je dirais que la montagne est au moins 1,5 à 2 fois plus haute que le Mont Royal… une petite montagne comme je disais) qui surplombe la ville de l’autre coté de la rivière.
Au passage, nous avons pu apercevoir un magnifique lac au pied d’un glacier (ennuyant quoi…). Une fois en haut du « belvédère », un népalais rencontré la veille, nous avais mentionné de continuer un peu plus haut pour trouver un village typique de montagne.
Ce village a été le highlight de la randonnée d’aujourd’hui. Bien qu’il soit à proximité de Manang, il est encore à 100% intact (pas « corrompu » par l’arrivé de touristes); il n’y a aucun hôtel, aucun restaurant, aucun dépanneur, il n’y a en fait rien d’autre qu’un tapon (gros max 50m x 50m) de petites maisons en pierres.
Nous sommes ensuite redescendu à Manang pour s’enfermer à nouveau dans le « cinéma » de 15h30 à 21h30 afin de regarder « War Horse (Cheval de guerre) » et « Braveheart » un à la suite de l’autre sans jamais sortir dehors (les 2 films sont d’une durée d’au moins 2h30).
Un frisson m’est passé à travers tout le corps quand Mel Gibson crie « Freedom (liberté) » à la fin du film; je suis en train de la vivre ma liberté. Dans les jours qui allaient suivre, on allait crier LIBERTÉ (en anglais, francais, espagnol et suisse-allemand) à chaque fois que nous parvenions au sommet d’une montagne.
Terminons avec la chronique jardinage. Ma barbe pousse très bien. Pour vous donner une idée, c’est I M P O S S I B L E pour quiconque ayant déjà croisé mon chemin avant mon voyage en Asie (même pas mes parents et amis proches) de mesurer son ampleur. Elle est très dense et certains des poils font au moins 4-5cm. J’ai fait un pari avec Roark, à savoir que je la laisserais pousser jusqu’à la fin du trek avant de la couper.
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Day 9 – Cold as Ice
Info trek;
Manang – 3500m
Braga
Ice Lake – 4600m
Braga
Manang – 3500m
Trek allé/retour de 23km
Trek total; 128km
Description
« I can feel the air, but I can’t breath it (je peux sentir le vent, mais je ne peux pas respirer) » – Roark
Aujourd’hui, le programme consiste à se rendre jusqu’au Ice lake, l’un des plus haut lac au Népal. C’est une excursion d’un jour en dehors du sentier principal du Circuit de l’Annapurna. C’est donc dire que nous partons très tôt de Manang, nous montons au lac, pour revenir par la suite. Au total, nous allions monter/descendre 1100m et parcourir 23km… une véritable promenade dans le parc…
Première épreuve de la journée, traverser une congestion de Yaks (des vaches avec des poils très long et des cornes) sur le sentier. Comme c’était la première fois qu’on en rencontrait, et qu’on nous avait dit de ne pas s’en approcher puisqu’ils étaient dangereux, on n’a pas osé s’approcher en espérant qu’ils s’en iraient par eux-mêmes.
Après 20-25min à attendre que ces foutus bêtes pleines de poils déguerpissent du sentier… j’ai finalement perdu patience et j’ai commencé à leur lancer des roches et à courir après eux. On a fini par s’apercevoir que les yaks n’étaient pas du tout dangereux; derrière leur accoutrement un peu farfelu, ils sont aussi peureux que les vaches, à la différence qu’ils ont l’air plus menaçant avec leurs cornes bien effilées.
Une fois le problème résolu, nous avons continué notre ascension sur un sentier zigzagant jusqu’à l’infini vers le haut de la montagne. À tout moment, il suffisait de s’arrêter pour contempler la vue spectaculaire qui s’offrait à nous de la vallée et d’Annapurna.
5 heures après notre départ de Manang, il n’y avait toujours pas de lac à l’horizon, loin de là. Nous sommes plutôt tombés sur un campement. Chaque année, durant 1 ou 2 mois (mai et juin), beaucoup de népalais montent s’installer dans les montagnes dans l’espoir de trouver de très petits insectes/plantes du nom de Yarsagumba. Ces insectes sont ensuite vendus à l’étranger, principalement en Chine, et seraient apparemment de très bon aphrodisiaque (tu mets l’insecte dans de l’eau chaude, comme d’une poche de thé, et ensuite tu as la libido dans le tapis). Ces insectes peuvent rapporter une très bonne somme d’argent, d’où l’engouement qu’ils produisent à chaque année.
Mémo très important à tous ceux qui pourraient faire ce trek un jour; prendre note qu’il n’y a aucun point d’eau, aucun restaurant, aucune cabane qui pourrait vendre quoi que ce soit, entre Bragha (le village où le sentier commence) et le lac tout en haut. Vous allez donc monter 10km, avant d’avoir une source d’eau et marcher plus de 20km avant de pouvoir acheter quelque nourriture que ce soit… Ne faites donc pas l’erreur que nous avons fait (une seule gourde chacun et très peu de barres de chocolat)…
C’est donc complètement vidé et sans eau, avec encore environ 1h à marcher pour atteindre le lac, que j’arpentais le sentier sinueux. Comme mes compagnons, j’espérais qu’il serait possible de boire l’eau du lac sinon il n’y avait aucune chance que je survive au chemin du retour. À ce stade-là, chaque pas était plus difficile que le précédent. Si il nous était impossible de boire la moindre goutte d’eau une fois rendu au lac, le chemin du retour serait très dangereux (la très grande majorité des gens qui meurent sur l’Everest, meurent sur le chemin du retour après avoir atteint le sommet) puisqu’il ne faut pas oublier qu’après le lac, il nous restait toujours la moitié du chemin à faire…
Cet donc avec cet état d’esprit que j’ai atteint le sommet de la montagne et commencé à arpenter le sentier serpentant sur le dessus de la crête. WOWe
Il n’y a aucun mot pour décrire le feeling que j’ai ressenti. C’est comme si quelqu’un m’avait shooté une pleine seringue d’énergie pur dans les veines. Du haut de la montagne, on se sentait à égalité avec les Annapurna qui vous font face de l’autre coté de la vallée (c’est entièrement faux puisqu’ils sont à 8000m et vous à 4600m, mais l’illusion est parfaite.
Une fois arrivé au lac, le spectacle était complètement différent. Il y avait 2 lacs d’un bleu clair, entourés de petites montagnes aux allures lunaires, le tout avec les Annapurnas en arrière fond de l’autre coté.
Nous avons passé un bon bout de temps sur les berges du lac. À une certains moment, j’ai regardé Alvar (qui semblait le genre de personne à relever des défis) et je lui ai dit « pas game d’aller te baigner dans le lac ». En faite, je cherchais simplement quelqu’un pour sauter dans le lac avec moi afin de ne pas être le seul con à le faire… et à le regretter par la suite… au cas où ce serait hyper froid.
Il n’en fallait pas plus pour que 5min plus tard moi et lui soyons dans l’eau. Je peux donc cocher de ma To Do List « me baigner dans un lac à 4600m d’altitude ». Je mets quiconque au défi de battre mon record.
Une fois les gourdes remplies à pleine capacité, le chemin du retour s’est fait par le même sentier. Ce qui était un très beau sentier pas trop abrupt en montant, s’est transformé en une descente infernale et le manque de nourriture commençait à se faire sentir; il était 3 ou 4h de l’après-midi et mon dernier repas remontait à mon déjeuner vers 7h du matin.
Un peu avant de quitter le sentier, moi et Roark avons eu droit à toute une frousse. Alors que je venais tout juste de demander à Roark « est-ce que tu as une idée de où peuvent bien aller les yaks, que nous avons vu plus tôt, pour passer la nuit?!? », un troupeau de yaks a coupé (c’est un terme gentil) le sentier à quelques mètres en avant de nous en galopant à toute vitesse vers le bas de la montagne.
Ce n’est pas compliqué, imaginez un troupeau d’animaux courant à toute allure dans la plaine et mettez ce même troupeau sur une pente très inclinée sur un flanc d’une montagne. De la façon dont ils descendaient, tout être vivant normal (ayant un cou et des jambes qui peuvent se briser au moindre faux pas) se seraient tués en 10 secondes… mais on dirait que les yaks échappent à cette logique.
Ce troupeau de yaks nous a donné la frousse pour une raison bien simple; qu’est-ce que déclenche un troupeau d’animaux dévalant une montagne?!? Quelqu’un a une idée?
Ça déclenche la fin du monde?!? Pas tout à fait, mais bien essayé…
Bon, puisque personne ne trouve, je vous le donne en mille; ça déclenche un éboulement de pierres. Des grosses roches, de la taille d’une boule de quille, dévalaient la montagne à toute allure de manière complètement imprévisible en notre direction. Ayant les yeux rivés sur les yaks qui passaient à coté de nous, je n’ai pas daigné jeter un coup d’oeil vers le haut. Heureusement pour moi, Roark l’a fait et en apercevant les roches, il m’a lancé un cri de mort.
Heureusement, plus de peur que de mal. Autrement, quelqu’un sait ce qu’une pierre grosse comme une boule de quille peut faire à une tête? Je garde la question sans réponse…
Au final, ce fut assurément notre journée la plus difficile physiquement, mais aussi l’une des plus belles, sinon notre plus belle.
Depuis maintenant quelques jours, chaque pas en avant me conduit à l’endroit le plus haut où je suis allé dans ma vie. À l’altitude où nous sommes présentement, je dois prendre mon souffle pendant un bon 1-2min avant de boire, sinon je m’étouffe. En fait, peu importe le moment, si je bois sans avoir préalablement pris une inspiration d’air, je m’étouffe…
Ahhh… aujourd’hui moi et Roark avons rencontré une fille qui vient du Groenland. Puisqu’ils sont seulement un peu plus de 50 000 habitants sur cette île appartenant au Danemark, je vous met au défi de rencontrer une personne de ce pays. Puisque c’est aussi rare sinon plus qu’un trèfle à 4 feuilles, j’imagine que ça va me porter chance. Voila, c’est tout ce que j’avais à dire à ce sujet…
…
Day 10 – In the middle of nowhere / Au beau milieu de nul part
Info trek;
– Manang – 3500m
– khangsar
– Shree Karka – 4066m
– Auberge BlueSheep – 4200m
Trek de 12km aujourd’hui
Trek total; 139km
Description;
« This place is breath taking (cet endroit est à couper le souffle) ». Normalement, cette expression est utilisée pour décrire un endroit d’une beauté inimaginable, mais cette fois elle était utilisée à son premier sens (l’endroit coupe le souffle). – Roark, alors que nous marchions
Aujourd’hui, nous entreprenons notre périple vers le Tilicho Lake, le plus haut lac du Népal et peut-être le plus haut au monde… c’est du moins ce qu’ils disent et écrivent partout, mais je suis loin d’être convaincu (après vérification sur wikipédia, c’est le plus haut lac du Népal, mais il n’est même pas dans le top 10 dans le monde).
Ce périple est en fait un détour par rapport au circuit principal et il devrait nous prendre de 3 à 5 jours. Ensuite, nous reviendrons dans le sentier principal tout près de l’endroit où nous l’avons quitté.
Puisque notre ascension du Ice lake a laissée des traces, nous avons décidé de couper le premier jour d’ascension en 2 jours. Du coup, nous aurons une journée assez relax aujourd’hui puisque toutes les difficultés se trouvent dans la seconde moitié. Nous avons donc fait une belle petite promenade, sans ascension majeure, le long de la vallée dans laquelle nous nous trouvons depuis une éternité, pour ensuite bifurquer dans une toute nouvelle.
Premier… et dernier village sur la route, Khangsar, village sans histoire et sans grand intérêt. Fait amusant, en plein milieu de ce village perdu dans les montagnes, tous les habitants étaient réunit sur la place publique pour participer/assister à un… tournoi de volleyball. Disons que c’était assez surprenant de voir une partie de volley dans un endroit aussi reculé…
Un peu plus haut dans la vallée, nous sommes tombés sur Shree Karka, un ensemble de 2 auberges au milieu de nul part.
C’était notre objectif de la journée, mais une fois sur place, l’endroit était un peu reculé et n’offrait pas une belle vue de la vallée. Du coup, nous avons décidé de prendre une chance en continuant un peu plus loin. Moins de 20minutes plus tard, nous étions devant une superbe auberge (Blue Sheep) très haute perchée dans la vallée et l’endroit, perdue au milieu de nul part, offrait une vue panoramique sur l’ensemble de la vallée.
À gauche, on peu voir le sentier que nous avons emprunté aujourd’hui et qui descend jusqu’au fond de la vallée. À droite, on aperçoit le sentier qui monte dans les montagnes jusqu’à ce qu’on le perde dans les nuages. Tout droit devant nous, la vallée plonge très profondément et l’arrière plan est occupé par la chaine de montagnes aux sommets chargés de neige éternelle. En fait, peu importe de quel coté on se tourne, on voit des montagnes à perte de vue. Bref, un endroit de merde héhé…
C’est donc dire que ce soir, mis à part moi, Roark, Mateo et le vieil homme qui s’occupe de l’auberge, il n’y a pas une âme qui vive à des kilomètres à la ronde.
Ahhh, et comme si l’endroit n’était pas déjà assez parfait, la vallée dans laquelle nous sommes est presque parfaitement orientée Est (bas de la vallée) Ouest (haut de la vallée). Ça veut dire quoi en bon français?!? Que si le temps est beau demain, nous aurons droit à un super lever de soleil.
Terminons le compte-rendu de cette journée sur une bonne odeur…
Depuis maintenant quelques jours, mes shorts et mon chandail principal sont un véritable désastre. En fait, j’ai l’impression qu’avant la fin du trek, ils vont être capables de marcher par eux-mêmes. Juste avant de commencer le trek, moi et Roark avons fait un serment à savoir qu’il nous est interdit de laver notre chandail et de raser notre barbe avant au moins la fin du trek…
À ce sujet, tout ce qui se trouve dans mon sac à dos est essentiel à ma survie. Il n’y a donc pas de « passager clandestin » qui se la coule douce et qui me cause un excédant de poids. Tout le reste de mon matériel est resté bien au chaud dans mon sac principal à mon hôtel de Katmandou. Voici donc à quoi ressemble mon sac à dos pour 3-4 semaines en montagnes;
– Poids; beaucoup moins de 10kg
– 1 chandail à manche courte pour les journées normales (c’est lui qui est déjà un désastre),
– 1 chandail à manche longue normal,
– 1 chandail à manche longue fait pour les journées froides et me servant de manteau,
– 1 coupe-vent/manteau de pluie,
– 2 paires de bas,
– 3 paires de caleçon,
– 1 paire de babouche hyper légère,
– 2 paires de short (1 pour les journées de randonnée et l’autre chaude pour les soirs)
– 1 tuque,
– 1 paire de gant,
– 1 trousse médicale,
– brosse à dent et papier hygiénique (pas de savon ni de shampouin),
– kit de purification d’eau (essentiel),
– guide (livre) de l’Annapurna,
– lampe frontale,
– caméra et iphone + leur chargeur,
Et c’est tout…
…
Day 11 – Danger Zone / Attention en-dessous
Info trek;
BlueSheep – +/-4200m
Upper trail – +/- 4850m
Tilicho Base Camp – 4150m
Trek de 16km aujourd’hui
Trek total; 155km
Description;
Que je le veuille ou non, mon réveil s’est fait à 4h30 du matin. Autant nous étions les seuls dans la montagne hier soir, autant quand j’ai ouvert ma porte, j’ai trouvé une tonne de népalais qui se servaient de l’auberge comme halte café/thé à mi-chemin de leur périple dans la montagne à la recherche de Yarsagumba.
C’est donc avec un air de boeuf ayant vu Rouge que j’avais l’intention « d’accueillir » le premier népalais qui me lancerait un « namaste ». J’avais juste envi de leur dire « heille gang de tetons, y’a des gens qui dorment ici, pouvez-vous arrêter de parler comme si vous étiez devant un auditoire sans micro ».
En ouvrant ma porte, soit quelques secondes avant de les apostropher, mes yeux se sont tournés vers le paysage. Toute la frustration que j’avais à ce moment est disparue en un instant. Je me suis alors empressé d’aller cogner à la porte de la chambre de mes 2 compagnons pour leur dire de sortir au plus vite.
Le spectacle était grandiose. Durant l’heure qui allait suivre, nous allions voir le soleil se lever dans la vallée telle que je l’avais imaginé la veille… sans aucun nuage à l’horizon.
Ça allait commencer par une petite lueur, puis les plus hauts sommets allaient se teinter de rose (c’est un bon moyen de savoir quelle montagne est la plus haute… celle qui s’éclaire en premier… autrement elles ont toutes l’air d’avoir la même hauteur) et le soleil allait finalement commencer à dépasser les montagnes, mettant ainsi fin au spectacle avec sa lumière qui éblouissait l’ensemble du panorama.
C’était vraiment impressionnant. En fait, il faut que j’ai vraiment envi de prendre des photos pour sortir dehors par un froid intense, sans chandail, en babouche et en short. Puis, après quelques minutes à ne plus sentir mes extrémités et à avoir de plus en plus de difficulté à peser sur le piton de ma caméra, je me suis finalement résigné à aller mettre des vêtements chauds…
Dans ces moment là (pas quand je me les gèles, mais plutôt quand la montagne nous offre ce genre de spectacle), Mateo se plait à répéter ce que beaucoup lui ont dit avant qu’il entreprenne sont trek dans l’Annapurna hors saison; « You’ll never see the himalayan because there’s to much clouds at this time of the year (tu ne verras jamais les montagnes parce qu’il y a trop de nuages à ce temps-ci de l’année) »… et on s’échange un sourire.
Pour tout dire, le trek pourrait difficilement être mieux que présentement, alors vive les voyages hors saison. Si votre trip c’est de payer cher, d’avoir à booker vos auberges à l’avance puisque chaque endroit est plein à 150% chaque soir (bonsoir l’improvisation) et vous lever hyper tôt pour ne pas marcher en file indienne… eh bien bookez tout de suite votre vol pour venir ici entre la mi-septembre et la mi-novembre ou en avril…
Après avoir assisté au spectacle, la journée était loin d’être fini. Il fallait toujours marcher et le parcours d’aujourd’hui, quoique très court sur papier, allait finir par devenir infernal.
Dans un premier temps, tout allait bien. Nous marchions dans un beau petit sentier dans la vallée. Puis, un choix s’est offert à nous: prendre la Upper trail ou la Lower trail.
Bien que directe et plus courte, la Lower trail semblait comporter plusieurs sections techniques très dangereuses, comprendre par là qu’il faut passer par plusieurs parois très inclinées (70 à 80 degrés).
Où passe le sentier dans tout cela?!?
Tout en haut? – Non…
Tout en bas près de la rivière? – Non…
Au beau milieu des parois, nous exposant à un effondrement du sentier ou à un éboulement venu de plus haut dans les parois? – BINGO
En plus de passer au milieu des parois, le sentier ne semblait vraiment pas très large et faits de sables et de petites pierres. Les risques de tomber ou de recevoir des roches étaient donc très importants.
En clair, vous n’avez pas droit à l’erreur et il faut avoir des yeux et des oreilles tout le tour de la tête. La moindre faute peut s’avérer fatale. Si vous tombez, vous aller vous ramasser au mieux dans la rivière quelques centaines de mètres plus bas et… au pire… vous allez vous fracasser contre des rochers. Pour ceux qui n’auraient toujours pas compris, c’est GAME OVER si tu tombes et il n’y a aucun moyen de recommencer la partie…
Tout cela étant dit, bien que très dangereux, la Lower trail est le sentier le plus emprunté par les gens désirant se rendre au Tilicho Base Camp et au Tilicho lake.
En ce qui concerne la Upper trail, eh bien c’est un « raccourci » qui, au lieu de contourner la montagne (Lower trail), passe par-dessus celle-ci pour redescendre de l’autre coté. C’est un sentier en apparence sans grande difficulté mise à part le fait de devoir monter la montagne via un sentier qui serpente jusqu’en haut.
Après avoir discuté des Pour et des Contre, nous avons choisi la Upper trail.
2 heures plus tard, alors que nous étions rendu au sommet et que nous nous apprêtions à redescendre de l’autre côté, nous nous sommes buté à un sentier qui avait été balayé par le vent, etc. En clair, le sentier avait disparu…
À ce moment, il faisait froid à vous glacer le sang et ce, même si le soleil était à son zénith. Le vent pinçait comme par une très froide journée d’hiver où tu as beau avoir le nombre d’épaisseur de vêtements, il va faire froid quand même. Cependant, la vue était à couper le souffle… si j’avais eu un souffle.
J’ai donc eu l’idée de tenter de passer par le sommet de la montagne (voir la photo ci-joint de moi assis sur le dessus de la montagne avec un pied dans le vide de chaque coté à avancer en me soulevant avec mes mains… je suis sur que tu vas aimer l’image mom).
Convaincu que c’était l’idée du siècle, j’ai fait 20 mètres avant de m’arrêter, de me retourner et de voir les visages de Mateo et Roark. C’est à ce moment là que j’ai réalisé que c’était tout sauf une bonne idée… et que j’ai commencé à avoir la chienne. Il faut savoir que si j’avais basculé d’un coté comme de l’autre, c’était une chute d’une bonne centaine de mètres minimum qui m’attendait…
Bref, je suis revenu sur mes pas en essayant d’éliminer ces images de ma tête. Pour ce qui est de la vue, on ne pourrait pas trouver mieux, mais bon, j’avais d’autres chats à fouetter… comme sauver ma peau. Avec un peu de recul, c’est assurément le truc le plus dangereux que j’ai pu faire de tout mon voyage en Asie jusqu’à maintenant.
Ce que nous allions apprendre un peu plus tard, lors de notre arrivé de l’autre coté de la montagne, ce n’était pas seulement le sentier au sommet de la Upper trail qui avait été balayé de la carte, mais tout le 2ème versant du sentier sur la montagne. Bref, nous avons fait un bon choix en revenant sur nos pas…
Après cette tentative soldée par un échec cuisant, nous sommes descendus de la montagne pour prendre la Lower trail. Je ne répèterais pas ce que j’ai déjà dit à propos de ce sentier (les images vont parler d’elles-mêmes), mais bon, malgré une bonne frousse, nous en sommes sorti tous les 3 sains et saufs.
Une fois le danger passé, l’objectif de la journée se trouvait tout droit devant; Tilicho Base Camp. C’est le dernier arrêt avant Tilicho lake. En d’autres mots, si tu veux aller voir le lac Tilicho (plus haut au Népal et un des plus haut au monde), tu dois coucher là, à moins d’avoir un kit de camping. L’endroit est composé de 3 bâtiments (tous des auberges) dont 1 en construction.
À notre arrivé là-bas. Nous avons eu la grande joie d’apprendre qu’en période hors saison, donc présentement, seulement 1 des auberges est ouverte, ce qui fait en sorte de créer un monopole… Tout cela pour dire que l’enfoiré de gérant peut nous changer le prix d’une chambre à Katmandou pour la pire chambre que j’ai pu avoir depuis le début de mon voyage en Asie.
Notre plan de match pour demain est de se lever à 3h30 du matin, de prendre un déjeuner rapide, pour ensuite commencer l’ascension d’environ 2-3heures, en espérant être au lac pour le lever du soleil. On reviendra ensuite ici avant 10h, soit avant que le temps se gâte (il y s généralement du brouillard, etc. à partir de 9-10h).
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Day 12 – Waiting for sunshine / On demande le Soleil à la caisse 4, Soleil à la caisse 4
Le réveil a sonné plus d’une fois ce matin; à 3h… 3h30… 4h… 4h30… 5h et 6h.
À chaque fois, le constat était le même; complètement nuageux et pluie battante.
Nous avons donc passé la journée dans la pire auberge que je suis allé en Asie, à jouer aux cartes avec une dizaine de personnes en attente d’une percé de soleil… qui ne viendra finalement jamais… afin de monter au lac.
To Do List; jouer une parti de carte marathon d’une journée à 9 (dont 8 nationalités différentes); Check
That it, c’est l’histoire de la journée…
Ahhh… j’allais presque oublier, cela veut dire que nous allons devoir passer une 2ème nuit dans ce superbe auberge…
Avec le recul, cette journée a été l’une des plus importantes du trek. Jusqu’alors notre groupe était composé de moi, Roark et Mateo. Cette journée, enfermé entre 4 murs, nous a permit de souder les liens avec Alvar (rencontré plus tôt à Manang) et de rencontrer Julien et Dan, qui allaient tous les 3 se greffer à notre groupe dès le lendemain.
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Day 13 – White Desert / Rafale Blanche
Info trek;
Tilicho Base Camp; 4150m
Tilicho Lake – 4970m
Tilicho Base Camp
BlueSheep – +/-4200m
Trek de 16km aujourd’hui
Trek total; 171km
Description;

Ce matin, le réveil a sonné à 3h30 et il ne pleuvait plus… DÉLIVRANCE
Le ciel était un peu nuageux, mais on s’en foutait éperdument… on avait attendu 1 journée complète à rien faire pour monter voir ce foutu lac… il ne pleuvait plus, alors c’était tout ce qu’il nous fallait pour accrocher un sourire à nos visages.
Le cuisinier de l’auberge n’entendait pas nous laisser faire aussi facilement…
La veille, nous avions pris la peine de demander notre déjeuner pour 4h du matin (tout au long du trek, tu peux demander un déjeuner à n’importe quelle heure et il t’attend bien chaud sur la table au moment demandé), mais le cuisinier allait finalement nous livrer le tout autour de 5h30. Pas besoin de vous décrire mon état d’esprit au moment où j’ai reçu mon plat.
Mince consolation, nous étions quand même les premiers sur la montagne… mais il faisait déjà soleil depuis un bon moment.
Moi, Roark, Mateo et Julien avons donc commencé l’ascension de 5km vers l’un des plus haut lacs au monde à 4900m.
Pour l’occasion, la montagne s’était drapée de sa plus belle robe blanche. Il faut savoir que la pluie de la veille n’avait pas eu que des désavantages. Au lieu d’avoir des montagnes ternes en terre, elles étaient toutes recouvertes de neige… une très bonne chose du point de vue ‘’ohhh, je vais avoir de belles photos’’, mais l’ascension allait se compliquer.
À certains endroits, il devait y avoir un bon pied ou deux de neige dans le sentier et j’étais l’heureux élu qui allait ouvrir le sentier (ils m’ont surnommé TrailBlaizer)… en short et en manche courte (je te rassure mom, je n’ai pas attrapé la grippe).
Tout au long de l’ascension, nous avions droit au spectacle d’une vallée aux apparences lunaires qui s’éveillait au rythme de la lumière du soleil qui se frayait un chemin au travers des montagnes. Ce spectacle était rythmé au son de la quantité industrielle d’avalanches qui se déclenchaient sur l’un des nombreux glaciers recouvrant les flancs de montagne.
Rendu en haut, le brouillard a commencé à faire son apparition. Il fallait donc faire vite pour franchir le dernier kilomètre nous séparant du lac.
Une fois rendu, même si le brouillard avait déjà commencé à recouvrir le sommet des montagnes et une partie du lac, la vue valait le coup d’avoir passé une journée de merde la veille à attendre. Le lac était d’un bleu foncé que je n’avais jamais encore vu avant et il était un miroir parfait, reflétant les montagnes, même celles qui nous étaient cachées par les nuages.
Une fois le brouillard bien installé et recouvrant l’ensemble du lac, il était désormais temps de lever le feutres.
En peu de temps, on ne voyait plus à 2 mètres devant nous. En fait, TOUT était blanc, le ciel (brouillard) et le sol (neige) ne faisant qu’un. Avec les rayons du soleil qui perçaient le brouillard, mes yeux brulaient et il m’était désormais impossible de regarder autour de moi sans lunette de soleil.
On m’avait déjà parlé de ce phénomène, qui se produit en altitude avec la neige, mais de le vivre c’est toute une expérience. Ce n’est pas compliqué, ne pas avoir eu de lunette de soleil, j’aurais très probablement souffert d’une cécité temporaire aux yeux. D’ailleurs, une personne qui voyage présentement avec nous n’avait pas de lunette au sommet et a souffert tout le reste de la journée… elle avait les yeux tout enflé en fin de soirée et ne voyait absolument rien le lendemain). Bref, toute une expérience…
Les avalanches, qui durant l’ascension était belles à voir et à entendre, foutaient désormais la chair de poule. Ne voyant pas plus loin que les quelques traces de pas devant nous et sachant très bien que le sentier passait dans une zone d’avalanche à ce moment, disons que je me sentais tout petit dans mes shorts.
Une fois quitté le sommet de la montagne, le brouillard a commencé à se dissiper un peu. Cela ne signifiait pas que la partie était gagnée puisque la descente allait s’avérer tout sauf une partie de plaisir. Le sentier que j’avais ouvert quelques heures plus tôt avait depuis été emprunté par une bonne quinzaine de personnes. En quoi se transforme un sentier recouvert de neige après avoir été piétiné?!?
Pour ceux qui n’auraient pas encore la réponse, eh bien sachez que si vous piétinez assez longtemps de la neige, il en résultera de la glace… Pas très pratique pour un sentier tout sauf sécuritaire par temps optimal.
Donc, qu’est-ce qui résulte de l’équation suivante; sentier glacé en flanc de montagne + descendre la montagne + bottes… qui se sont depuis transformées en 2 beaux grands lacs… bref, j’ai eu pour la première fois la confirmation que mes bottes étaient waterproof… elles gardent toutes l’eau à l’intérieur?!?
Pour ceux dur d’oreilles, qui n’auraient pas encore compris, cela résulte en une belle heure à manquer perdre l’équilibre me ramasser en bas de la très haute montagne plus vite et beaucoup moins en santé que je l’aurais voulu. Heureusement, ce fut plus de peur que de mal.
De retour à notre « super » auberge sain et sauf, nous ne nous sommes pas fait prier pour quitter les lieux en vitesse. Au revoir Tilicho et son merveilleux camp de base.
Il fallait maintenant défaire le chemin que nous avions parcouru 2 jours plus tôt pour éventuellement reprendre le circuit de l’Annapurna. Oui, oui… pour ceux qui ont lu attentivement le récit du jour 11, il fallait repasser par la section hyper dangereuse avec le sentier en flanc de montagnes à 70-80 degrés d’inclinaison… donc pas du tout glissant et totalement sécuritaire après la journée de pluie de la veille…
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Nous sommes donc de retour à l’auberge Blue Sheep où nous étions avant d’aller au Tilicho Base Camp. Demain, nous allons reconnecter avec le sentier principal en se dirigeant vers Yak Kharka, le village tout juste après Manang sur le Circuit de l’Annapurna.
Au final, le trek du Tilicho lake fut MÉMORABLE… mais attention, le trek n’est pas fait pour tout le monde. Il ne faut pas avoir le vertige et être un peu fou pour monter jusqu’au lac. Autrement, ceux qui vont entreprendre le périple ne le regretteront pas.
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Day 14 – « My body is a cage »
Info trek;
BlueSheep – +/-4200m
Shree Kharka – 4070m
Old Khangsar – 4100m
Sommet de la montagne après Old Khangsar – +/-4300m
Yak Kharka – 4020m
Trek de 13km aujourd’hui
Trek total; 184km
Description;

Il y a de ces jours ou en te levant, ton corps te dit; « tu vas aller nul part aujourd’hui mon beau » et si tu décides de faire à ta tête, ton cardio et tes jambes se liguent contre ton cerveau et ta motivation. Eh bien, c’est exactement ce qui s’est produit aujourd’hui.
Pourtant, la journée avait commencée par une superbe grâce matinée jusqu’à… 7 heure du matin, donc 2h de plus qu’habituellement.
Puisque la journée se résumait à faire un « petit » trek de 10-12km (on va reparler de ce ‘’petit’’ trek) tout en descente pour retourner sur le sentier principal de l’Annapurna, nous avons pris cela trèèèèèès beaucoup trop relax en avant-midi. Même avant d’avoir commencé à marcher, on se voyait déjà à la prochaine destination.
Pour la randonné d’aujourd’hui, au groupe habituel composé de moi, Roark et Mateo, s’est greffé Alvar, Julien (Francais) et Dan (Britannique).
On a donc joué aux cartes de 8 à 10h. ERREUR
Puis, on a daigné commencer à marcher. Après un début de randonné plus que respectable, nous sommes tombés sur un village abandonné surplombant la vallée. Old Khangsar (nom du village) est abandonné depuis que les habitants ont construit un nouveau village (New Khangsar) en contrebas de la montagne près de la rivière.
Rendu là, on a décidé de jouer aux cartes sur le dessus d’une maison abandonnée qui offrait une superbe vue. Encore une fois, nous étions complètement insouciants.
Une fois retourné sur le sentier, nous avons vite déchanté quand nous avons vu la montagne à monter et le sentier escarpé… qui semblait ne jamais finir… pour descendre de l’autre coté (vous savez, quand vous descendez sur les orteils… pendant plus de 2 heures). Une fois rendu en bas du sentier sans fin (il avait finalement une fin), soit juste avant de traverser un pont nous faisant retourner sur le sentier principal de l’Annapurna, je n’étais plus un être humain, mais un zombie qui avançait sans penser (ce département avait fermé boutique depuis très longtemps). Mes compagnons étaient à peine en meilleure condition que moi.
C’est probablement le poids des kilomètres parcourus depuis 2 semaines, jumelé à l’altitude, qui commençait à faire effet.
Au moment ou mon moral allait abdiquer devant le duo jambe/cardio qui avait des arguments de plus en plus convaincants, j’ai trouvé dans le fin fond de mon sac à dos un sachet d’électrolite.
À peine 10min plus tard, on aurait dit que j’avais des ailes. De dernier de peloton, qui peinait à trouver un second souffle, je me suis retrouvé en avant à tirer le groupe.
La destination finale d’aujourd’hui pointait désormais à l’horizon; Yak. J’hésite à appeler cet endroit un village puisque c’est en fait un ensemble de 5-6 auberges/restaurants le long du sentier à l’endroit où 3 rivières se rencontrent dans le fond d’une vallée.
La bonne nouvelle c’est que nous résidons dans une auberge plus que respectable (selon les standards nord-américains). Le pavillon principal avec la salle à manger est de loin le plus confortable et chaleureux (dans le sens de chaud) depuis des lunes…
Dans la catégorie « fait très bizarre », nous avons eu l’énorme privilège de voir une vache faire pipi. Qui a-t-il de spécial? Eh bien, une autre vache est venue boire derrière elle pour boire son pipi… Bref, je voulais partager l’expérience avec vous; bon appétit.
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Day 15 – Night and day / Le jour et la nuit
Info trek;
Yak Kharka – 4020m
Letner –
Thorung Phedi – 4450m
High Camp – 4860m
Trek de 9km aujourd’hui
Trek total; 193km
Description;
Après l’une des meilleures nuits qu’il m’ait été donné de dormir depuis le début du trek, je me suis réveillé dans une forme plus que resplendissante. En fait, je pétais le feu… Pour une rare fois depuis 2 semaines, mon cerveau, mon cardio et mes jambes poussaient dans la même direction.
De Yak Kharka, nous avons suivit une magnifique vallée aux allures lunaires (flanc de montagne en sable fin ou en roches concassés) avec Annapurna derrière nous et une magnifique montagne comprenant des sédiments multicolores tout juste devant nous.
La vallée que nous suivions depuis le début a finalement donné sur un cul de sac qui correspondait à notre premier stop de la journée.
À 4450m, Thorung Pheri est l’avant dernier arrêt avant la Thorung La (La signifiant ‘’passe’’ en népalais), l’endroit le plus haut du parcours à environ 5500m. C’est à peine 700m de moins que le plus haut sommet en Amérique du Nord (Le mont Mackenzie – Alaska – environ 6200-6300m) et 700m de plus que la plus haute montagne en Europe (Mont Blanc – France – 4807m… si on exclu la Russie de l’Europe).
Beaucoup de trekkeur font de Thorung Phedi leur dernier arrêt avant la Passe, tandis que les plus téméraires montent 400m de plus pour coucher au High Camp, à un peu plus de 4800m. Je vous laisse deviner si moi et mon groupe sommes un groupe de trekkeurs traditionnels ou téméraires…
Coucher à Thorung Phedi apporte l’avantage de coucher à une altitude moindre, réduisant les risques de problèmes reliés à l’altitude. En contrepartie, la journée suivante, qui est sensé être la plus difficile du parcours sera plus longue. Ceux qui couchent à High Camp ont les avantages des inconvénients de Thorung Phedi et vice-verca.
Nous prenons donc le pari de monter coucher à High Camp. Après avoir pris un lunch et s’être reposé à Thorung Phedi, l’une des sections les plus difficiles du trek allait commencer. Tout juste derrière se dresse une paroi en pierre d’environ 70 degrés d’inclinaison (si ce pan de mur était une piste de ski, il y aurait au moins 1 ou 2 diamants). C’était notre chemin…
Ceux qui auront pris un trop gros repas à Thorung Phedi vont le payer chèrement, puisque pendant au moins 1 heure, il fallait monter ce pan de mur. L’important est de trouver VOTRE rythme et de bien respirer… Si vous allez trop lentement ou trop vite, vous aller vous fatiguer ou vous essouffler. Pour ma part, mon rythme était très rapide, mais c’était ma vitesse afin de coordonner mes pas et ma respiration (mon Égo n’avait rien à voir là-dedans… euh).
J’étais rendu en haut à High Camp 45 minutes plus tard. J’étais en fait très surpris d’y être aussi rapidement puisqu’on m’avait raconté que les gens prenaient en moyenne 1h30 et une auberge nous attendait pour la nuit la plus froide et la plus haute en altitude (4800m) du présent trek.
Nous avons passé la soirée dans le chalet principal, le seul endroit un temps soit peu chauffé, qui donne l’impression de vouloir débouler la montagne tellement le plancher de la salle à manger penche vers l’avant.
Demain, on s’attaque à la Thorung La. Pour ce faire, le plan de match est de se réveiller à 3h30, de manger en vitesse et de commencer à monter. Nous avons entre 600 et 700 mètres à monter, ce qui n’est pas un record en soit, mais à l’altitude où nous sommes, ce sera difficile de trouver un bon tempo. Après, le sentier descend de plus de 1600m pour atteindre la ville de Muktinath. Bref, une grosse journée en perspective…
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Day 16 – Up and Down / Tout ce qui monte doit redescendre
Info trek;
High Camp – 4860m
Thorung La Pass – 5419m
Chabarbu – 4200m
Muktinath – 3800m
Trek de 7km en montée et 8km en descente
Trek total; 208km
Description;Les népalais s’occupant de l’auberge ne voulant pas nous servir le déjeuner à 3h30 du matin comme nous le voulions, nous avons commandé notre déjeuner la veille avant d’aller nous coucher. Pas assez vite à notre goût (on voulait aller se coucher au plus cr&ss), Roark a mis la main à la pâte…

Après une nuit glaciale, nous étions donc tous les 6 réunis dans la chambre toujours glaciale que je partageais avec Roark et Mateo… à manger du pain froid, des oeufs à la coque et du thé/café tiède au mieux.
À 4h30, nous étions déjà sur le sentier depuis quelques minutes. En tant que chef de file à ce moment, j’avais peine à voir le sentier tellement le brouillard était dense dans la nuit froide népalaise et ce, même avec ma headlight allumée.
Même si nous sommes en groupe, l’épreuve d’aujourd’hui représente avant tout un duel contre la montagne. Aussi sympathique soient-ils (et ils l’étaient tous), tes amis ne te seront d’aucune utilité pour mettre un pas en avant et trouver le moyen de respirer. À cette altitude, tu as beau prendre 10min de repos, à la minute où tu recommences, tu es fatigué.
Contrairement à la veille, j’ai eu beaucoup de difficulté à trouver un rythme de marche qui, combiné avec ma respiration, ferait en sorte que je me sente bien et que je ne m’épuise pas trop rapidement. En d’autres mots, c’était la randonné la plus pénible de ma vie…
J’étais en train d’écrire sur mon Iphone quand tout à coup, je me suis levé la tête. J’ai alors aperçu Roark qui me souriait du sommet d’une montagne… sans son sac à dos. Cela voulait dire une chose; qu’on avait atteint le sommet.
En le voyant, mes jambes qui souffrait, mon cardio qui peinait à prendre un second souffle, mon moral qui descendait à mesure que je montais… tout cela étaient oubliés en 1 seconde et j’étais énergisé comme jamais.
Depuis 16 jours, moi, Roark et Mateo avons marché chaque maudit mètre du parcours. Contrairement à beaucoup de randonneurs que nous avons croisés, nous n’avons jamais pris de raccourcis d’un point à un autre durant le trek. Nous avons monté chaque mètre qui nous séparait de Besisahar (700m) à la Thorung la Pass (5500m). Ce fut un périple parsemé de haut et de bas (au sens propre, comme littéraire), mais le sentiment du devoir accompli est incroyable.
Au sommet de la Thorung La, nous étions à la frontière entre le district de Manang (où nous avions passé la majeure partie du trek et qui englobe une grande partie de l’Annapurna) et le district du Mustang, l’endroit le plus reculé au Népal, où vous avez le plus de chance d’observer les népalais vivres d’une manière traditionnelle. Aussi, ce district est de loin l’endroit qui ressemble le plus au Tibet d’avant la conquête par la Chine. En faisant le circuit de l’Annapurna, on ne fait qu’effleurer le Mustang. Pour ceux qui serait intéressé à faire un trek là-bas (le Lower Mustang), c’est possible mais sachez que le permit coute très cher.
Penser que la journée était terminé après avoir atteint le sommet de notre parcours aurait été une grave erreur. Après avoir savouré le moment pendant une bonne heure au sommet, il était maintenant temps de faire ce que nous faisons se mieux; marcher.
Direction Muktinath quelques 8km et 1500m plus bas.
Dans un premier temps, la descente s’est fait à travers un no man’s land fait de pierre et de sable, avec une absence totale de son et de vent. Le brouillard qui enveloppait l’endroit lors de notre passage donnait une allure lugubre. Il était difficile de voir à 30-40m autour de nous, de sorte que cela ne nous donnait aucunement l’impression d’être au milieu d’une très vaste vallée qui s’étendait a perte de vue de tous les cotés, mais bien d’être dans un endroit restreint où la vie avait cessé d’exister il y a bien longtemps. Pour dire vrai, on aurait dit qu’on était coincé dans une boucle sans fin à marcher le même tronçon de sentier encore et encore et encore jusqu’à la fin des temps…
Et puis bang… le brouillard s’est ouvert devant nous en l’espace de quelques secondes. Sorti de nulle part, une vallée désertique avec quelques endroits luxuriants avait fait son apparition. Notre prochaine destination était désormais en vue…
Eh oui, un désert au Népal… qui l’eu cru…
À partir de ce moment, le fun tirait à sa fin. De la paisible descente dans la vallée sans son et dans le brouillard, nous étions désormais dans une section beaucoup plus abrupte, qui allait mettre à rude épreuve nos genoux.
Finalement, Muktinath s’est pointé à l’horizon. À partir du moment où j’ai vu ce village, j’ai eu un étrange feeling. Je n’ai pas arrêté de dire « I have a stange feeling (j’ai un étange sentiment) » au point où après quelques minutes, les autres m’ont dit d’arrêter de répéter cette phrase.
Pourquoi?!? Eh bien, c’est très simple; cet endroit jure par rapport aux 2 dernières semaines. C’est trop… « civilisé » (civilisé à la manière asiatique, donc aucunement civilisé pour un Nord-Américain moyen). Je m’explique… ça fait plus de 2 semaines que nous voyageons de village en village, sans trop se soucier de notre hygiène, etc. et là, on arrive dans une « ville », où on se fait klaxonner dans la rue, où il y a des immeubles contemporains et surtout, un hôtel qui semble tout droit sorti d’un rêve; on a à notre disposition des toilettes occidentales, des douches avec de l’eau chaude, de la bouffe pas chère, un bar jouant de la musique occidentale, etc. Tout le contraire de notre situation des 2 dernières semaines et surtout d’il y a quelques heures, où on était complètement isolé, à bout de souffle et gelé ben raide dans les hauteurs du Circuit. J’en ai même profité pour faire mon lavage…
Bref, j’ai l’étrange feeling d’avoir terminé le trek, même si ce n’est aucunement le cas (nous sommes au 3/4 et c’est sans compter si on va faire le Sanctuaire).
Après réflexion avec mes nouveaux amis Nepal Ice et Ghorka (bières), j’ai décidé d’apprécier le moment présent et de laisser de coté cet étrange feeling…
…
Day 17 – Taste of REAL Nepal / Le VRAI Népal
Info trek;
Muktinath – 3800m
Purang
Dzong
Jharkot
Muktinath – 3800m
Trek d’environ 10km aujourd’hui
Total trek; 218km
Description;
Aujourd’hui, le programme consiste à ne RIEN faire; grâce matinée farniente, voila mon plan de match…
La grâce matinée a pris le bord assez vite quand je me suis réveillé à 5h du matin avec les yeux bien ronds. J’étais debout beaucoup trop tôt pour une journée sans programme. J’en ai donc profité pour faire un bilan de cette première partie de trek.
Bilan de santé – Je suis top shape. Mes jambes ne diraient pas la même chose si elles pouvaient parler, mais mis à part cela, je n’ai que des coups de soleil superficiels et un problème à la lèvre inférieure.
Look – Je pourrais me trouver un rôle comme vétéran de la guerre de cession ou dans un film d’époque à la Braveheart demain matin. Je n’aurais jamais pensé avoir une barbe aussi grosse. Les poils de ma barbe sont en fait plus longs que mes cheveux. J’ai toujours l’impression d’être un jeune homme de 28 ans un peu fou et hyperactif, mais l’image que je projette présentement est celle d’un vétéran de 35-40ans qui en a vu d’autre. Coté sex appeal, on repassera héhé…
Pour ceux qui sont sur le bord de vomir, je vous rassure, on ne parlera pas plus longtemps de look. Parlons plutôt de ma journée de… non… repos.
Tandis que les autres voulaient simplement se la couler douce à ne rien faire à l’hôtel, Julien (français) a décidé d’aller visiter les villages pittoresques et quasiment intact de la présence des touristes autour de Muktinath et de l’autre coté de la rivière au Upper Mustang.
Quand j’ai entendu l’idée, il devait être 9h du matin et j’en avais déjà assez de ma journée de farniente; mes pieds demandaient à aller dehors, comme un chien regardant son maitre d’un air piteux pour qu’il lui ouvre la porte.
En 2 temps 3 mouvements, j’étais de retour au bureau (sur les sentiers).
Première destination; Purang.
Bien que le village était visible de Muktinath, moi et Julien avons eu toutes nos difficultés à trouver le chemin. Puisque le village se trouve en dehors du circuit touristique, le sentier s’y rendant n’est aucunement balisé; il faut parfois marcher dans le lit d’une rivière, d’autre fois passer au milieu des champs, etc. Bref, la route est très facile pour les népalais, mais quasi impossible à trouver pour un touriste, spécialement quand toutes les cartes mettent le village d’un coté de la rivière et qu’il se trouve en fait de l’autre coté.
Si c’est un casse-tête de trouver le chemin pour le village, c’est un véritable labyrinthe une fois dedans et c’est un calvaire d’en sortir de l’autre coté pour aller au prochain village. Merci au petit monsieur avec un chapeau et un veston sport pour nous avoir aidé à trouver la sorti. Sa méthode était rudimentaire, mais très efficace; un grognement quand nous allions au mauvais endroit et un hochement de tête quand c’était la bonne direction…
En cherchant la sorti du village, j’ai manqué me faire pisser dessus par un homme qui faisait ses besoins naturels du haut de son toit… En fait, le « jet » a commencé une fraction de seconde après que je sois passé…
Une fois trouvé la sorti de l’autre coté… et remis de mon presque golden shower… on s’est dirigé de l’autre coté de la vallée pour se rendre officiellement dans le Upper Mustang (la rivière est la limite).
Encore une fois, traverser la rivière ne se fait pas à la manière touristique; il faut chercher un peu pour finalement trouver un pont de fortune en amont ou en aval du sentier le long de la berge jonché de roches. Par pont de fortune, j’entends un pont fait de 2-3 branches d’arbre, qui donnent l’impression de vouloir casser à tout moment, avec parfois de la pierre en signe de recouvrement, le tout aucunement fixé bien sur (je vous très fortement de ne pas marcher au centre).
Une fois passé l’épreuve de la rivière et monté une montagne par un sentier, qui s’apparentait plus à de l’escalade qu’à de la randonnée, le village de Dzong pointait à l’horizon. Le village était perché sur une montagne très escarpée avec des bâtiments colorés et des montagnes qui percent les nuages en signe d’arrière plan.
À la minute où on a mi les pieds dans le village, plein de petites chèvres sont venus à notre rencontre en nous submergeant… littéralement…
Comme l’autre village d’avant, l’endroit semblait désert, mis a part un jeune qui faisait sa lessive dans ce qui semblait être la fontaine au milieu du village. L’endroit semblait avoir été figée dans le temps il y a de cela plusieurs siècles. Il n’y avait absolument rien de contemporain… jusqu’à ce qu’on aperçoive la seule auberge du village… et sa gigantesque antenne satellite sur le dessus.
Après le lunch, c’était le temps de retraverser la rivière pour retourner au Lower Mustang. Même si la pratique est assez connu des touristes et autorités, nous ne sommes pas à l’abri d’un policier zélé qui nous collerait une amende salée pour être allé au Upper Mustang sans le permit adéquat.
Donc, une fois redescendu la montagne, traversé la rivière et remonté la montagne de l’autre coté, nous avions une vue à couper le souffle de Dzong et Jharkot, chacun perché sur sa montagne et se faisant face de part et d’autre de la rivière. Chacun des 2 villages a une ancienne forteresse, je gagerais donc un petit 2$ (c’est beaucoup ici) que les 2 villages ont eu leur part de chamaillage durant les siècles passés.
Le sentier nous a donc mené jusqu’au village de Jharkot, tout petit village entassé en tapon sur le dessus d’une petite colline très étroite au milieu de la vallée désertique. Julien a décidé d’élire domicile pour la nuit, tandis que c’est mon dernier stop avant de rentrer au bercail à Muktinath tout de suite à coté.
En bout de ligne, je ne regrette aucunement d’avoir troqué ma journée de congé pour des bottes puantes. Ce trek d’un jour est assurément dans mes coups de cœur du circuit. Tous les villages sont à 20-30min de marche l’un de l’autre et de chacun, on peut avoir une superbe vue de la vallée et autres village.
Aussi, contrairement au circuit de l’Annapurna qui est très bien balisé, cette promenade en est un hors des sentiers battus. On peu avoir un aperçu de comment les népalais vivait il y a plusieurs siècles sans tout le flafla touristique (auberge, restaurant, magasin, etc.)… pour l’instant en tous cas.
Cette journée fut aussi un bon rappel que le trek n’est pas fini et que nous sommes toujours à plus de 3800m. Au début de la journée, je suis tombé dans le panneau de penser que ce serait une journée facile… Erreur. Même si on est descendu drastiquement hier, l’altitude est encore assez haute, ça prend du temps pour reprendre son souffle, bref il est facile de se bruler en quelques heures.
À mon retour à Muktinath, j’ai croisé Mateo, Roark et Diana (Écossaise, rencontrée pour la première fois il y a 2 jours) qui s’en allaient à la chasse aux momos… que demander de mieux.
Une fois les momos trouvés, nous avons eu la chance de discuter avec un très sympathique propriétaire d’hôtels à Muktinath. En plus d’avoir un anglais impeccable, il en savait beaucoup sur son pays, plus particulièrement sur les développements futurs de son pays, des développements qui vont littéralement changer le visage du Népal.
D’une part, le gouvernement est en train de construire une route qui reliera le district de Manang à celui du Mustang via la Thorung La (vous savez, l’endroit le plus haut et isolée de mon trek). La route changera assurément le visage de la région, du trek que je viens de faire et du touriste dans cette partie reculée du Népal. Il faut présentement être en très bonne forme physique pour faire l’Annapurna circuit, mais avec la route je prédis l’arrivé des ‘’fat tourists’’ venus d’occident et de groupes d’asiatiques à bord d’autobus. Bon, cela n’arrivera pas du jour au lendemain, mais un jour je reviendrais ici et je ne reconnaitrais plus l’endroit… je serais probablement gros à ce moment.
Après avoir entendu cette histoire, je me plaisais à dire que le circuit de l’Annapurna sera dans l’avenir un road trip d’une journée ou 2. Je reviendrais alors dans la cinquantaine avec mes enfants et je leur dirais qu’autrefois j’ai fait ce parcours en marchant. Ils me regarderont alors d’un air médusé en se disant que moi, leur père complètement out of shape et dégoulinant de gras, n’aurais jamais pu faire cela.
Sinon, autre changement qui changera cette fois le visage du Népal au complet… Dans le but de moderniser le pays, le gouvernement a décidé d’appliquer des règlements d’urbanisme vieux de 40 ans qui n’avait été relégués aux oubliettes depuis. Ils ont un plan afin de moderniser le pays et ils ont l’air d’y tenir mordicus. L’un des règlements fera particulièrement mal; l’application de la marge de recul par rapport aux rues. Les autorités sont présentement à faire le tour des villes et villages afin d’identifier les bâtiments illégaux et le gérant nous disait que plus de 70% des bâtiments de Katmandou sont en infractions et devront soient être modifiés, soient être complètement démolis. Les propriétaires auront une certaine période de temps pour corriger le tout et si la situation n’est pas corrigée, les autorités utiliseront la méthode forte (bulldozer).
Du point de vue d’un touriste comme moi, c’est triste… mais d’un autre coté, qui sommes nous pour leur refuser la modernité que nous jouissons à chaque instant en Occident.
…
Day 18 – Gone with the wind / Autant en emporte le vent
Info trek;
Muktinath – 3800m
Jharkot – 3550m
Khingar – 3200m
Kagbeni – 2800m
Eklebhatti – 2740m
Jomsom – 2720m
Trek de 30km aujourd’hui
Trek total; 248km
Description;
Aujourd’hui est une journée de trek en solo pour moi. NON… je ne me suis pas chicané avec mon groupe. J’ai plutôt tellement parlé en bien du trek que j’ai fait hier que mes compagnons veulent aussi y aller. Comme c’est un détour d’au moins 2h pour moi et que la journée s’annonce déjà très longue, j’ai décidé de marcher en solo pour la première fois du trek.
Premier village à apparaitre dans mon pare-brise, Jharkot, l’endroit où j’ai terminé mon trek d’hier. Pas que je voulais absolument y retourner, mais c’est sur le sentier principal du circuit donc…
Deuxième village sur le chemin, Khingar donnait l’impression d’avoir été bombardé la veille de notre passage. Au moins la moitié de la ville était en ruine, avec bien souvent de simples pans de murs restants au milieu de décombres. De plus, au moins une douzaine d’aigles faisaient des cercles de manière continue au-dessus de la ville… j’avais la chienne qu’un d’entres-eux me prenne pour un casse-croute et plonge en piqué sur moi… j’avais donc constamment les yeux rivés vers le ciel. J’ai donc pris la poudre d’escampette au plus cr#ss.
Ma prochaine destination, Kagbeni, était désormais à plus d’une heure et demie de marche. S’en était fini de la petite vallée verdoyante entourée de désert. L’instant d’une journée, je n’avais plus du tout l’impression d’être au Népal puisque le chemin passait au milieu de paysages désertiques d’une beauté inouïs (tu adorerais frero… 1 désert de plus où je suis allé et toi pas héhé… mais tu as été dans le Sahara, le meilleur des meilleurs, donc peu importe mon total, c’est toit qui détient la pole… pour l’instant).
Je me détournais à tout moment pour observer la petite vallée verdoyante qui rapetissait au fur et à mesure que mes pieds me guidaient dans l’autre direction. Un dernier coup d’œil derrière moi avant un virage et hop… un tout nouveau paysage s’offrait à moi… un paysage complètement désertique, qui aurait très bien pu être l’Arizona, le Nevada ou l’Utah, mais que mon cerveau avait beaucoup de difficulté à associer avec un endroit au fin fond du Népal.
Je ne sentais infiniment petit dans ce paysage désertique. C’est probablement en raison du fait que j’étais tout fin seul sur la route; pas de compagnons de voyages, pas de népalais, pas d’auto/moto, pas de son, etc. TOUT FIN SEUL… point à la ligne. J’éprouvais un sentiment d’extrême liberté…
Puis, ma solitude a été interrompu momentanément par un tracteur qui est passé à coté de moi avec à son bord 6 népalais tous plus souriants les uns que les autres. Après le traditionnel échange de « namaste », j’étais de retour dans ma bulle.
Le chemin que j’empruntais alors plongeait jusque dans une gorge profonde comprenant une rivière quasiment asséchée.
À ce point du trajet, je devais arriver à Kagbeni, où à tout le moins être tout près, et il n’y avait rien à l’horizon autre qu’un chemin serpentant dans les plaines arides jusqu’à l’infini. Au moment où je commençais à paniquer… un peu… et que je pensais rebrousser chemin (depuis le début du trek, quand un moment comme cela arrivait, je me tournais vers Roark pour lui demander conseil)… le village a décidé de se pointer le bout du nez.
Situé au plus profond de la gorge, dans une petite vallée toute verte, située à la rencontre de 3 confluents, Kagbeni demeure bien caché jusqu’à la dernière seconde… de sorte que sans une carte, il est absolument impossible de savoir qu’un village d’une assez grande dimension se trouve là… et même avec une carte assez précise (comme j’avais), vous commencez à paniquer.
En l’espace de quelques secondes, j’étais donc passé d’une vallée désertique et complètement hostile à l’homme, à un endroit qui se donne des airs d’oasis.
Mon arrivé là-bas signifiait 2 choses; que j’avais descendu 1000m depuis mon départ de Muktinath et que j’étais revenu sous le seuil psychologique des 3000m (le feeling est incroyable de ne plus avoir à prendre mon souffle avant de boire de l’eau ou de boire pendant plus de 3-4sec sans m’étouffer parce que je manque d’air…).
Arrivé en ville, je n’ai pu m’empêcher d’aller manger au désormais célèbre YakDonald. Non, ce n’est pas votre vu qui baisse, vous avez bien lu. J’ai ainsi pu profiter d’internet pour la première fois depuis 2 semaines afin de souhaiter bonne fête à ma chère mère… un peu en retard. Sache que je n’avais pas oublié…
Kagbemi aurait définitivement mérité que j’y passe 1 nuit, et j’en avais très envi, mais puisque j’étais très à court d’argent (il n’y a pas de guichet le long du parcours, il a donc fallu « guesser » au début comment ça allait couter et disons qu’on est arrivé un peu short) et que Jomson, la prochaine ville, comprend le 1er guichet depuis Besisahar, je dois absolument m’y rendre ce soir sinon je vais laver de la vaisselles… ou pire.
À partir de Kagbeni, le sentier allait désormais être au plus profond d’une gorge exposée à d’énormes rafales de vent venant de la direction dans laquelle je me dirige… directement dans ma face si ce n’était pas assez clair.
J’ai vite compris pourquoi on mentionnait dans mon livre de faire attention au vent. Au tournant d’un virage, le vent m’attendait avec toute sa force. J’ai été tellement surpris que j’ai failli perdre pied et tomber dans la rivière une vingtaine de mètres plus bas (vous savez quand vous avez les 2 pieds ancrés et que vous reculez quand même). Quand vous avez besoin de vous braquer vers l’avant à 30 degrés pour avancer… ou à tout le moins ne pas reculez… eh bien c’était cela par moment. Dois-je vous rappeler qu’à ce moment j’avais les jambes les plus en formes que je n’ai jamais eu…
À certains moments, on aurait dit que le vent voulait me dire; « vous ne passerez pas! »
C’était marqué « attache ta tuque avec de la broche »… et souhaite d’avoir bien attaché tes flip flop à ton sac… parce que tu ne la reverras pas de sitôt. Bref, une gorge tout sauf hospitalière où on veut passer beaucoup de temps…
La bonne nouvelle c’est que pour une fois je n’avais AUCUNE difficulté à respirer et à trouver mon souffle… il était dans ma face.
Pendant que j’y pense, si vous avez l’idée d’arrêter pour pisser, assurez-vous de vous orienter EXACTEMENT en direction du vent. Une petite erreur de quelques degrés aura des répercutions sur la propreté de vos vêtements… Croyez-moi sur parole…
Autre bonne nouvelle, le sentier officiel zigzag dans la montagne, mais puisque la rivière est présentement asséchée, il y a une route temporaire à même le lit de la rivière. Cela m’a donc épargné une bonne heure à monter et descendre. Merci Été népalais et trek hors saison…
Ayant moins de 10 bâtiments, Eklebhatti a retenu mon attention pour la simple et unique raison que le village est construit DANS la rivière. Je vous avouerais que je ne comprends pas trop. Au moment où je suis passé, la rivière était complètement asséchée, mais j’imagine qu’en période de cru c’est complètement inondé. Bref, où et qui que tu sois oh grand génie, ayant décidé de créer ton village dans la rivière, je te lève ma tuque…
Tout juste après cet étrange village, j’ai vu le plus long pont suspendu qu’il m’ait été donné de voir depuis le début. Autant à chaque fois qu’on traversait un pont depuis le début du trek je voulais toujours qu’il soit plus long et plus haut, autant celui-ci ne m’inspirait rien qui vaille avec le vent qu’il faisait. Heureusement, je n’avais pas à le traverser héhé.
Puis soudain, après seulement 1h de marche, une grosse ville est apparue dans mon écran radar. Je croyais que c’étais un mirage puisque la prochaine ville/village sur ma carte était Jomsom et qu’elle était sensée être à au moins 2, sinon 3h de Kagbeni. J’ai fini par y croire quelques instants plus tard quand j’ai vu que la ville était des 2 cotés de la rivière et qu’il y avait un semblant d’aéroport. C’était donc bien Jomsom…
En Jomsom, nous retrouvons un semblant de civilisation (j’ai dit un semblant), l’instant d’une journée, avec la présence d’internet et de banque/guichet, avant de retomber dans la grande et agréable noirceur.
Autrement, Jomsom a le charme d’une balayeuse. Je ne me suis jamais senti aussi perdu au Népal que là-bas. Pourtant, cette ville est comme une rue qui n’a pas de fin; tu rentres et tu marches, tu marches, tu marches et tu n’es pas encore arrivé. Ce n’est pas compliqué, sur le sens de la largeur, ça prend un gros 2min à traverser, mais sur le sens de la longueur, ça prend un bon 45min-1h… toujours sur la même maudite rue qui continue de part et d’autre de la rivière. Que dire de plus que cette ville entre dans la sélection officielle des villes que j’aime le moins en Asie.
Cette nuit est une nuit de première. C’est la première fois depuis très longtemps où il fait assez chaud dans ma chambre pour dormir sans vêtements. Autre première, j’ai une salle de bain à même la chambre, avec même une toilette occidentale (donc pas un simple trou dans le sol). Encore plus fou, il y a des napkins dans la salle à manger. Je n’aurais pas à m’essuyer avec mon chandail…
Autre première hyper importante, quand j’ai demandé une bière, la petite fille qui nous servait… et qui parlait un anglais impeccable, mais qui parlait comme un robot… 1 mot a la fois et T R A N Q U I L E M E N T… m’a apporté un bière FROIDE. Première fois depuis… depuis quand dont?!?… probablement depuis que j’ai quitté le Québec. Sur ce, bonne nuit ma gang de vous autres…
…
Day 19 – « Where is Dan?!? » / « Mais où est Dan?!? »
Info trek;
– Jomsom – 2720m
– Syang
– Marpha
– Lucky
– Tukuche – 2590m
Trek de 15km aujourd’hui
Trek total; 263km
Description;
« Walking is now my life (marcher c’est maintenant toute ma vie) » – Roark
Ce matin, en me promenant en ville, j’ai trouvé une faille dans la sécurité de l’aéroport (il faut savoir que New Jomsom – coté Est de la rivière – se résume à une rue le long de la piste d’atterrissage). Donc, j’aurais pu, si j’avais voulu aller me promener sur la piste d’atterrissage tout seul comme un grand.
Le plan initial d’aujourd’hui était de mettre en veilleuse notre trek pour prendre un bus de Jomsom à Tatopani, comme la très grande majorité des randonneurs font une fois rendu à ici.
À la dernière minute, Roark a proposé de continuer à marcher jusqu’à Tatopani (ce qui représente entre 2 et 3 jours de marche) puisque marcher était désormais la seule chose que nous étions capable de faire dans la vie. J’ai tout de suite dit oui et 3 autres de nos compagnons ont décidés de nous accompagner.
Le groupe se résultera maintenant à moi, Roark, Julien (le français), Dan (le britannique) et Liselot (une belge rencontrée à Muktinath).
Cela veut donc dire que Mateo, notre compagnon de longue date, ne fera pas le voyage avec nous, ainsi que Alval et une dizaine de trekkeurs avec qui on s’était lié d’amitié dans les derniers jours (Diana, Dror, Makea, Alenka, Pearl, etc.).
Une fois le bus arrivé, j’ai lancé un regard à Liselot en lui disant « my feet looks good right now (j’ai très envi de marcher présentement) ». Le bus avait tellement l’air en mauvais état et plus que bondé que nous étions content de marcher.
Une fois le bus parti, s’en était fait de nos compagnons des dernières semaines. Je me suis tourné vers Roark en lui disant « is Mateo really gone?!? (est-ce que Mateo est vraiment parti?!?) ». Cela fait très bizarre de penser que Mateo ne sera plus là. J’ai l’impression que ce trek est toute ma vie et de perdre quelqu’un avec qui je marche depuis plus de 2 semaines est complètement inconcevable pour mon moi.
Il fallait nous mettre en route nous aussi…
Alors qu’hier c’était le désert dans toute sa splendeur, comme tout le monde s’imagine un désert, aujourd’hui c’est le désert dans toute sa brutalité, un désert en apparence dévasté.
J’utilise le mot « dévasté » dans le sens que ça semble extrêmement difficile de vivre ici. La vie (végétation, animaux, humain) tente de s’installer, mais à quel prix…
De tous les endroits où nous sommes passés, c’est de loin le dernier endroit où je voudrais habiter.
Tout est beau, mais d’une manière différente. C’est d’une beauté à l’état sauvage (dans le sens de rude), où il faut que tu mérites chaque petit pouce de ce qui t’appartient.
Même les couleurs sont différentes. Hier tout était lumineux, tandis qu’aujourd’hui, tout est un peu sombre et du coup dramatique. Seule constante, le ciel d’un bleu immaculé, sans la moindre trace de nuages.
Ce n’est pas compliqué, à tout moment, je m’attendais à voir surgir de nul part Mad Max pourchassé par une horde de vilains. Cela aurait été complètement normal pour moi dans cet environnement.
Tu regardes autour de toi et tout semble mort, ou à tout le moins inerte, et puis au tournant d’un virage hop, tu tombes sur une vallée verdoyante dans le delta de la rivière.
Premier village à l’horizon; Syang, un endroit où rien ne semble facile et où la dernière maison à dû avoir été construite il y a plus de 500ans.
Marpha, capitale de la pomme au Népal, était la prochaine ville dans le collimateur. Bien emmitouflé dans les bras de la montagne, à l’abri du vent sur le coté de la vallée, Marpha nous a donné une bonne impression, dans la mesure où la rue principale est très bien pavée et tous les bâtiments sont faits de pierres peintes à la chaud d’un blanc immaculé. Il y a aussi un immense monastère bouddhiste dans la montagne, mais c’était trop de marche pour nous…
Si vous allez là-bas, je recommande très fortement de vous y arrêter pour le nuit, ou à tout le moins vous arrêter pour déguster la lasagne (leur spécialité – pas comme vous pouvez vous l’imaginer) et SURTOUT gouter à leur Apple Brandy.
Il nous restait encore la moitié du chemin et un seul verre a réussi à me mettre knock out. Par la suite, j’avais les jambes molles, le rire facile et je marchais tout croche. Heureusement, aucune promenade en bordure de précipice n’était au programme, que de la route bien large où j’étais en mesure de zigzaguer comme bon me semblait.
À noter que si vous allez au Népal, vous aller souvent voir des ‘’Apple Brandy Marpha’’ sur les étagères, mais plus souvent qu’autrement, c’est de la m&rde. J’ai essayé souvent de trouver le brandy que j’ai gouté à Marpha ce jour là, mais toutes mes tentatives se sont soldées par des échecs.
En sortant de Marpha, nous avons pris un sentier en marge de la route qu’un panneau décrivait spécifiquement « if you want to avoid car and moto, take this path (si vous voulez éviter de marcher avec les motos et voitures, prenez ce sentier) ». Pas moins de 2 minutes plus tard, une moto nous beepait dans le petit sentier… J’ai alors regardé Roark et Julien d’un air dubitatif en leur demandant; « wow… the brandy was really strong, I think I just saw a motobike in the trail…am I that drunk?!? (wow… le brandy était vraiment fort, je crois que je viens de voir une moto dans le sentier… est-ce que je suis aussi saoul que cela?!?) ».
Nous marchions alors dans un sentier fait de pierres toutes plus mal disposées les unes que les autres. Disons que cela cadrait parfaitement avec mon état d’esprit un peu pompette.
Depuis Marpha, s’en était fini de la vallée désertique et rude… enfin je crois…
La vallée était dorénavant verdoyante et le vent était omniprésent. On aurait cru s’être téléporté dans la forêt canadienne à marcher au travers de tous conifères, etc. Bref, nous étions passés du désert de l’Utah, au Québec en l’espace d’un clic… ou d’un hic… burp…
L’instant d’une heure, j’étais de retour au Québec, à marcher dans le parc de la Jacques Cartier, par une fin d’après-midi d’automne… avec du linge extrêmement sale sur le dos (ce serait injuste pour tous les morceaux de linges sales dans le monde de dire que mon linge était sale…). Puis tout à coup, FIN du rêve et retour au Népal de manière brutale… un tracteur… oui oui, un tracteur… remplit de népalais venait à notre rencontre dans le petit sentier.
Wake up men, tu as encore une bonne heure de marche devant toi (que je me dis présentement en tapant ce texte, en évitant les roches au mieux de mes présentes capacités, etc.
Moi – Qu’est-ce que tu fais à écrire sur ton Iphone si tu as besoin de tout ton petit change de concentration pour mettre un pas devant l’autre?!?
Moi – Je ne sais pas… j’écris c’est tout…
Moi – Cesse tout de suite cette conversation inutile avec toi-même et concentre toi sur tes pieds espèce de…
Moi – Oui captain…
Arrêt de la soirée à Tukuche, charmant petit village sur la berge d’une rivière partiellement asséchée, au fin fond d’une vallée enveloppée de conifères et surveillée par le regard attentif de hautes montagnes aux sommets enneigés.
Pour dire vrai, on dirait qu’on se trouve dans un petit village sur le bord de la rivière St-Maurice au Québec.
Nous posons donc nos sacs à dos à Tukuche ce soir, dans une auberge qui a dû être rénovée pour la dernière fois il y a 50 ou 60ans, slash aurait besoin d’un coup de peinture…
En terminant, je ne peux pas aller me coucher sans vous expliquer le titre de la journée « where is Dan?!? (mais où est Dan?!?) ». À tout moment dans la journée et pour une raison ou pour une autre, Dan prenait du retard. Il disparaissait et l’un d’entre nous disait « where is Dan? ». Tout ce qu’il y a à savoir c’est qu’on s’est fait beaucoup de fun avec cela aujourd’hui et que c’est devenu un running gag qui allait perdurer jusqu’à Pohkara, soit bien après que Dan ait cessé d’être notre compagnon de voyage.
…
Day 20 – Am I dreaming?!? / Pincez-moi je rêve
Info trek;
– Tukuche – 2590m
– Khanti
– Larjung – 2550m
– Kokhethanti – 2545m
– Titi lake – 2679m
– Kunjo –
Trek de 20km aujourd’hui
Trek total; 283km
Description;
Quel bonheur de se faire réveiller vers 5h du matin par son voisin de chambre népalais qui décide d’allumer sa radio bien forte afin que tout le monde sache qu’il est réveillé.
Quel bonheur d’ouvrir sa porte en tab$rn#k, avec la ferme intention de lui faire passer un mauvais quart d’heure, et de voir le gars me sourire et me dire un beau « namaste ». Tu peux faire quoi après cela, c’est impossible de l’engueuler…
Aujourd’hui s’annonce une journée pénible… pas en raison du trajet de 20 petits kilomètres, mais plutôt en raison de mon état psychologique. Malgré le fait que j’ai bien dormi, que je sois au sommet de ma forme physique, comme jamais je ne l’ai été auparavant dans ma vie, et que je me nourrisse hyper bien depuis des lunes… ça ne me tente tout simplement pas aujourd’hui.
Pourquoi?!? Aucune idée… Je crois que le « département de la passion, de l’entrain et de la joie de vivre » est fermé dans mon cerveau aujourd’hui, laissant ainsi toute la place au « département du moindre effort ». C’est le premier jour depuis le début du trek que cela m’arrive. J’ai eu des passes où les jambes et/ou le cardio ne suivaient pas, mais tant et aussi longtemps que la motivation est là, tu peux te dépasser et accomplir de grande chose. Or, quand les jambes et le cardio sont là, mais que la tête est absente, c’est très difficile d’avancer.
Pourquoi?!? Bien sur nous allons bientôt commencer le Sanctuaire, mais le cerveau n’a aucune attente du genre « il faut marcher comme des déchainés pour être au sommet de cette montagne dans 2 jours/ 1 semaine ». Tous les « exploits » que nous avions à accomplir ont été accomplis…
À l’image de la face cachée de la Lune, que nous ne voyons jamais, nous sommes présentement à marcher la face cachée du Circuit de l’Annapurna, dans la mesure où peu de trekkeurs marchent cette section, réputée comme étant moins attrayante que la section entre Besisahar et Jomsom. Je le sais très bien et mon cerveau le sait très bien aussi, d’où mon manque d’intérêt.
Comme le disait Julien, « quand ça m’arrive, je m’enferme dans mon petit monde imaginaire afin d’oublier la souffrance et l’ennui ».
Nous continuons donc notre parcours le long de la rivière St-Maurive au Québec aujourd’hui, sans trop de choses à se mettre sous la dent; un troupeau de chèvres sur la route, un vieux pont complètement détruit, un chemin monotone en flanc de montagne, un plan de marijuana, un autre plan, un champ de marijuana…
Puis, un premier village, Khanti, qui ne réussit pas à faire démarrer mon moral, bien au contraire. Son charme sibérien invitait beaucoup plus au suicide (façon de parler) qu’à toute forme d’entrain. Ce qui m’épate le plus (aucunement dans le sens de me donner de l’entrain) c’est comment ce village est directement au niveau de la rivière juste à coté. Comme pour l’autre village l’autre jour, j’ai peine à imaginer ce qui doit arriver quand le niveau de l’eau monte.
Au tournant du village, le sentier a pris une charmante petite route de campagne faite de pierres rondes avec des murets de roches. L’instant de quelques minutes, nous étions dans « La Comté » (film Seigneur des Anneaux). Ce petit sentier s’est ensuite transformé en charmant petit village… comme nous en avons vu des tonnes jusqu’à maintenant. En l’espace de 5min Larjung était derrière nous, comme la très grande majorité des villages croisés depuis le jour 1. Dans quelques heures tout au plus, il ne me resterait probablement aucun souvenir de cet endroit.
Un peu plus loin, j’ai ensuite tenté de nous faire passer par le lit d’une rivière quasiment asséchée afin d’éviter d’aller chercher un pont plus loin et d’ensuite revenir sur nos pas. Les 2 mots importants dans la dernière phrase sont « quasiment asséchée ». Après avoir tenté de lancer des pierres dans l’eau pour marcher dessus ou encore enlever nos souliers, plusieurs des petites rivières demeuraient infranchissables. Résultat, au lieu de gagner une demi-heure, nous avons perdu 1 heure… mais bon, il n’y a que ceux qui ne prennent pas de décision qui ne font jamais d’erreur…
Encore aujourd’hui, mis à part les villages qu’on rencontre, je n’ai pas l’impression d’être au Népal, mais au Québec en plein cœur de la forêt canadienne.
Puis vint Kokhethanti, village hyper minuscule, sans intérêt spécial… Pourquoi je vous en parle… eh bien, c’est probablement dans ce petit bled perdu au fin fond du Népal, que la plupart des népalais n’ont jamais entendu parler, que j’ai mangé la meilleure pizza depuis le début de mon voyage. Comme toute bonne chose a une faim, nous avons ensuite repris la route.
On aurait dit que la pause m’avais donnée des ailes; de gars complètement démotivé, j’étais revenu à mon état normal et même plus. J’avais l’impression de flotter tellement mes jambes étaient top shape et mon sac à dos donnait l’impression de peser une plume, au point où je me suis demandé si j’avais oublié quelque chose au restaurant.
Après avoir descendu drastiquement d’altitude depuis 4 jours, nous avions maintenant un très petit défi devant nous; monter au Titi lake. En marge du sentier principal, ce lac devait en pratique être un endroit formidable qui s’atteignait après une ascension de 200m (je me retiens pour rire). Autant dire qu’à l’altitude où nous étions, 200m d’ascension se faisait les doigts dans le nez.
C’était comme si quelqu’un m’avait demandé d’aller chercher du lait au dépanneur; pas une goutte de sueur et le cœur ne s’est même pas emballé malgré une ascension à un rythme très intense. C’est devenu une espèce de compétition à l’intérieur du groupe à savoir qui serait le moins fatigué et de lancer des insultes à cette petite montagne.
« This hike is an insult to the Annapurna circuit (cette ascension est une insulte au Circuit de l’Annapurna) » – Roark
« I’m getting out of shape right now » – Dan
Le gagnant? Avec une véritable fusée dans le cul, Roark a disparu des écrans radars à mi-hauteur.
Pour ce qui est de Titi lake en soit, disons que le lac est très décevant. La piste pour s’y rendre est par contre très intéressante. Un panneau indicatif près du lac mentionnait que c’était le lieu de reproduction de plusieurs espèces d’oiseaux et le meilleur endroit pour faire de l’observation d’oiseau… dommage que moi et l’observation d’oiseaux ça fasse 3 sinon 4. Pas que je n’aime pas les oiseaux, mais bon… changeons de sujet.
J’ai aussi lancé l’une de mes phrases d’antologie « Birds go here for fuck »… Même un étudiant de secondaire 1 tout boutonneux aurait pu mieux conjuguer cette phrase que moi à ce moment… mais bon, j’étais fatigué… Tout cela pour dire que mes compagnons ont réutilisés cette phrase à mes dépends pour se moquer de moi durant le reste du trek…
Ahhh, aussi, un petit conseil, si vous arrêtez près du lac pour fumer un joint… on se fou des oiseaux… et qu’un petit garçon vient à votre rencontre en vous demandant des crayons et des sucreries, faites attention, il pourrait bien s’agir d’un fantôme. Prenez une photo de lui pour être bien sur qu’il apparait (tout le monde sait que les fantômes n’apparaissent pas sur les photos).
Et puis BANG… nous sommes tombés sur un plateau, à mi-hauteur dans la montagne, comprenant un village au travers d’une multitude de champs. Le gros du village est sur le bord d’une falaise qui fait face à une vallée en contrebas et orientée parfaitement avec le coucher de soleil.
Lorsque nous sommes passé en fin de journée, c’était tout simplement PARFAIT. En fait, on se regardait tous un peu subjugué en se demandant si c’était un rêve ou si nous étions mort et rendu au paradis… paradis ayant pour nom Kunjo, un endroit à peine mentionné dans mon guide.
C’est donc dire qu’en moins de 15min, une journée ennuyeuse à mourir s’est transformée en journée magique avec la découverte de ce village. Sans trop me tromper, ce village n’a pas du accueillir beaucoup de touristes occidentaux puisque nous étions sans le moindre doute l’attraction à ce moment. Cela s’explique assez facilement. Déjà que peu de trekkers marchent cette section du trajet de Jomsom à Tatopani, encore moins de trekkeurs décident de prendre le chemin du Titi lake, ce qui fait en sorte que ce village est un secret extrêmement bien gardé. Cependant, avec ce qu’il a à offrir, je l’imagine très bien devenir très populaire dans quelques années. Pour l’instant, il n’y a aucune trace d’une quelconque « corruption touristique »; pas de restaurant, pas de magasin et 1 hôtel fait avant tout pour les népalais.
Sur un coup de tête, nous avons décidé de rester dans la seule auberge du village. Les propriétaires semblaient complètement pris au dépourvu par notre désir de rester pour la nuit dans leur établissement.
C’était un hôtel, mais il n’y avait pas de chambre à proprement parler. Ils nous ont donc improvisé une chambre dans un locker dans la cours arrière. Au final, la chambre avait 1 gigantesque lit, prenant toute la pièce, pour les 5. Quand le mot « bedroom (chambre en anglais) » prend tout son sens… nous allions coucher dans une chambre-lit.
Nous sommes tous très emballé à l’idée de passer la nuit dans un endroit typiquement népalais. Tellement qu’on se fou de combien ça pourra bien couter (ce sera assurément moins cher qu’à l’habitude anyway).
En fin de soirée, alors que nous venions de manger le meilleur Dal Bhat EVER et que nous étions complètement intoxiqués par le Roxy (alcool népalais que tous et chacun font eux-mêmes), nous avons écouté la télé avec toute la famille dans le salon/salle à manger. Pour ceux qui n’ont jamais regardé « Indian Idol » ou vu un américain un peu beaucoup pompette s’emparer d’une télécommande, au grand dam du père de famille, en quête d’un film américain « I’m American, I want to see an American movie », cela valait le détour.
Ahhh… vous vous demandez peut-être pourquoi les photos sont rendues en noir et blanc. Eh bien, depuis mon accident de scooter en Inde, l’écran pour visualiser les photos que je prends avec ma caméra ne fonctionne plus. Je prends donc toutes mes photos à l’aveuglette depuis… pas si mal non. Bref, tout cela pour dire qu’hier soir j’ai par mégarde changé les settings de mon appareil photo… grrrr. Une fois rendu à Katmandou, j’ai commencé à classer mes photos sur mon ordinateur et c’est alors que je me suis rendu compte de ma gaffe. C’est donc dire qu’à partir d’aujourd’hui et jusqu’à la fin de mon trek, toutes mes photos sont en noir et blanc…
…
Day 21 – « Slow ride, take it easy… » NOT / Un jour de repos qu’il (moi) disait…
Info trek;
– Kunjo
– Chhayo
– Ghaumane
– Kaiku – 2085m
– Ghasa – 2010m
– Pairothapla
– Kopchepani
– Gadpar
– Dana – 1440m
– Guithe – 1320m
– Tatopani – 1190m
Trek de 32km aujourd’hui
Trek total; 315km
Description;
En me réveillant ce matin, j’avais un rayon de soleil dans les yeux et la figure de Julien à 2 pouces de la face. C’est à ce moment que je me suis rappelé où j’étais… dans une BEDroom avec mes 4 compagnons qui dormaient à moins de 2 mètres de moi. Je me suis levé la tête pour apercevoir Roark et Dan cordés derrière Julien et Lisbet à nos pied. Pour une touche réalisme, ajoutez une odeur alliant puanteur de linges sales et parfum de lendemain de veille. Bref, un endroit charmant héhé…
En attendant les autres pour le déjeuner, j’ai regardé Roark très sérieusement dans les yeux pour ensuite lancer « happy 3 weeks trek anniversary (bon 3 semaines se trek) ». À l’image de Tom Hanks dans « Seul au monde », c’est comme si l’Annapurna était une île et que j’étais coincé dessus, mais à défaut d’avoir Wilson comme fidèle compagnon, je dois me contenter d’un américain qui commence à faire de la calvitie.
La chaleur du début de journée, jumelé à un taux d’humidité assez important et l’absence de vent, font en sorte que si la tendance se maintient, nous auront de la difficulté à atteindre Tatopani, notre objectif de la journée à quelques 30km. Seul point positif, le sentier est sensé être très facile et sur une pente descendante qui allait nous mener 1000m plus bas.
Il fallait tout d’abord rejoindre le sentier principal. Après un village sans histoire et un pont surplombant une rivière ayant des rapides d’une intensité que je n’avais jamais vu auparavant… un autre pont et nous étions dorénavant à marcher sur la route de terre et de glaise… quelle joie.
Nous avons croisé plus d’auto dans notre première heure sur cette route que durant les 3 dernières semaines combinés.
Une fois passé Ghasa, nous avons emprunté une section de sentier qui plongeait jusqu’au fond de la gorge très profonde, très étroite et tapissée de vert; chaque millimètre des parois rocheuses étant recouvert d’un tapis verdoyant.
Depuis la construction de la route il y a quelques années, cette section du sentier a été laissé à l’abandon et la nature a reprit son dû. Bref, un bon vieux sentier qui joue à la montagne russe en flanc de montagne, avec la rivière qui gronde tout en bas, une quantité incalculable de chutes et les oiseaux et insectes de toute sorte au-dessus de nos têtes.
Tout cela pour dire que nous étions à nouveau plongés dans un environnement totalement nouveau. Depuis Ghasa, nous avions quitté la forêt canadienne pour nous retrouver dans une forêt d’Amérique du sud avec un taux d’humidité intenable. Pour une première fois, nous prenions conscience que c’était présentement l’été ici au Népal. Les gouttes de sueurs qui perlaient sur nos corps n’étaient non pas le résultat d’un effort physique intense comme à l’habitude, mais bien en raison de la chaleur.
C’est donc dire qu’en l’espace de quelques jours, soit depuis Muktinath, le district du Lower Mustang nous a offert un spectacle des plus diversifiés, passant du désert, à la forêt canadienne pour finir en Amérique du Sud. Le Lower Mustang est sensé être un très bref apercu de ce que réserve le Upper Mustang. Je n’ose donc pas imaginer ce que cela doit être. Je me réserve la surprise pour mon prochain voyage au Népal…
Puis, on est entré dans un petit village, Pairothapla, qui avait l’air tout sauf habité. Il y a longtemps, ce village a du être un arrêt important le long du sentier, mais avec la nouvelle route qui passe de l’autre coté de la rivière, sans possibilité de traverser directement, il est voué à l’abandon. Ce village passera à la postérité parce que nous avions tous très faim à ce moment et le seul restaurant était fermé. Les aléas du trek hors saison…
Une fois de l’autre coté du village, notre bon vieux sentier nous attendait pour nous mener jusqu’au prochain village, qui nous l’espérions bien, aurait un semblant de quelque chose qui vend de la nourriture.
Notre vœux a été exaucé, mais il fallait tout d’abord descendre un interminable escalier fait de pierre toutes de forme et de grandeur différente. Il fallait faire très attention ou on posait les pieds de peur d’être « retiré »… 3 strike your out.
Juste avant d’arriver à Gadpar nous avons été pris dans un bouchon de circulation causée par des vaches. Elles n’entendaient pas à rire et prenait toute la place dans l’étroit sentier. Chaque tentative de dépassement risquait de se terminer par un coup de corne dans le ventre… nous sommes donc resté sagement derrière… mais pas trop près de peur d’avoir un golden shower.
Gadpar et Dana, sa voisine immédiate en face de la rivière, ont comme principale activités la culture du maïs (il y a des champs partout) et la culture/production/distribution de marijuana (il y a des champs partout).
À partir de là, le reste du trajet s’est fait sur la route poussiéreuse de l’autre coté de la rivière pour moi, Dan et Liselot, alors que Roark et Julien restaient dans la vieille montagne russe. Pourquoi avoir choisi la route poussiéreuse et les jeeps?!? Parce que Dan marchait comme un prisonnier qui aurait échappé son savon dans la douche commune, que Liselot était à bout de force et que j’avais tout simplement d’arriver A.S.A.P.
Avance rapide jusqu’en fin de soirée puisque vous ne voulez pas vraiment avoir la description du dernier segment de notre randonné… ahhh, vous voulez?!? Eh bien, que dire de plus qu’on a marché, qu’on s’est fait empoussiérée par les jeeps, qu’on est arrivé à Tatopani et qu’on a vécu heureux en ayant beaucoup d’enfants. Bon… content maintenant? Je peux continuer mon histoire?!?
Je disais donc avance rapide jusqu’en fin de soirée où j’ai pu réaliser un vieux rêve… bon, ce n’est pas un vraiment un « vieux » rêve, encore moins un rêve, mais ça sonnait bien dans la phrase.
Tout d’abord, il faut vous expliquer que Tatopani, qui signifie « eau chaude » en népalais, est réputée pour une chose auprès des trekkeurs; ses hotsprings. Qu’est-ce que j’ai donc fait qui est en rapport avec les hotsprings?!? Me promener à moitié nu dans un village népalais pour aller de mon auberge aux hotsprings… OUIIII…
Vous auriez du voir la face des vieilles dames à la vue de mon torse tout poilu… et depuis peu sans le moindre gras héhé.
Les hotsprings représentaient ma 1ère douche depuis, euh… depuis quand?!? C’est une très bonne question. Autant ne pas répondre que de dire la vérité…
Bon, j’ai écris assez de conneries pour aujourd’hui, je vais me coucher. On se reparle demain…
P.S. – Tout au long de mon périple, beaucoup de mes compagnons, la dernière en liste étant Liselot, se sont émerveillés du fait que je ne me sois jamais planté en marchant et écrivant sur mon iphone. J’écris et je marche au même rythme que les autres. C’est vrai, je n’ai aucune bèche à mon actif, mais j’ai pilé dans un nombre incalculable de bouses d’animaux.
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Day 22 – One day in Tatopani; Sex, Drugs and Rock n’… uh… Momos, Book n’ Lazyness
Info trek;
Il est INTERDIT de mettre… que dis-je de même oser penser de mettre… mes bottes. Elles resteront bien tranquillement dans un coin de ma chambre à puer toute seule.
Description;
Tadopani git sur le bord de la rivière, au creux de la forêt sub-tropicale (voir humidité et chaleur dans le tapis) avec des montagnes luxuriantes de part d’autre. Au loin et par temps clair, on peu y apercevoir l’une des Annapurna qui domine la vallée.
Le village se résume à une seule rue, bordée par une multitude d’auberges, de magasins et de restaurants.
Si j’avais à décrire l’endroit en 1 mot, j’utiliserais le mot « Tranquillité ». Malgré le fait que le village soit l’un des plus grands que nous ayons rencontré depuis le début, tout ici est très serein. L’ensemble du village est bercé par le bruit des petits rapides de la rivière. Il n’y a pas de bruit de voiture, personne qui cri à tue tête et pas d’animaux sauvages qui gémissent.
Probablement que tout ce beau monde est comme nous présentement, c’est à dire à la recherche d’un endroit ombragé afin d’éviter le soleil qui plombe tout sur son passage.
Moi, Roark et Julien prenons donc 1 journée de repos ici avant de continuer notre route vers Ghorepani demain. Ce sera un dur retour au boulot puisque le trajet se résume à environ 20km et 1500m d’ascension… par une chaleur accablante.
Pour ce qui est des autres, Dan met fin à son aventure ici et Liselot a décidé de couper la poire en 2 en se rendant à mi-chemin dès aujourd’hui.
En ce jour 22 de trek, c’est la première fois que je prends un véritable repos de mon propre chef. Il y a bien sur eu la journée perdu à Tilicho en raison de la pluie, mais nous n’avions pas besoin de repos à ce moment. J’ai donc passé la journée à avancer mon livre « Seven Summits » racontant l’histoire des 2 premiers gars ayant réussit l’ascension du plus haut sommet de chaque continent; McKinley (Alaska – Amérique du Nord), Acongua (Amérique du Sud), Elbrus (Russie – Europe), Kosciusko (Australie – Océanie), Everest (Népal – Asie) et Vinson (Antartique). Disons que cela me donne des idées… Si 2 gars de 50ans out of shape et sans expérience de montagne au préalable ont pu le faire, pourquoi pas moi… me reste plus qu’à trouver un sponsor pour payer tout cela héhé.
Sinon, en fin de journée Roark m’a demandé combien de kilomètres nous avions parcouru jusqu’à maintenant. J’ai sorti la Iphone calculette, pour finalement arriver à un chiffre de 315km. Non, ce n’est pas une faute de frappe… 315km en 21 jours. Habituellement, le Circuit est d’environ 205km, mais nous avons fait beaucoup de Side Trek (détour).
C’est une moyenne d’environ 15km par jour, la plupart du temps de montagne. Ajoutez à cela l’altitude…
En terminant, nous sommes aujourd’hui le 10 juin… qu’est-ce que cela signifie?!? C’est le jour où je dois en principe quitter le Népal puisque mon visa prend fin. Si j’étais à Katmandou, je pourrais facilement le renouveler, mais en montagne ce n’est pas le cas. Je croise donc les doigts pour qu’il n’y ait aucune complication par la suite.
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Day 23 – All those f#ck$ng stairs / En veux-tu des escaliers, en vla…
Info trek;
– Tatopani – 1190m
– Gharkhola
– Durbindanda – 1580m
– Birauti
– Ghara – 1700m
– Sikha – 1940m
– Phatale – 2270m
– Chitre – 2330m
– Ghorepani – 2750m
Trek de 23km aujourd’hui
Trek total; 338km
Description;
Tel que mentionné dans le compte rendu d’hier, nous partons pour Ghorepani ce matin… 1500m plus haut.
Dans mon guide, on recommande de séparer ce trajet en 2 journées, mais comme nous avons pris une journée de congé hier, j’ai proposé un itinéraire de 7 ou 8 jours pour faire le Sanctuaire à mes compagnons, et ils ont acceptés. De toute façon, au pire on ne sera pas capable de se rendre à la destination voulu et on arrêtera dans une auberge le long du parcours.
Le réveil s’est donc fait à 4h30 du matin. Comme nous avions commandé notre déjeuner pour 5h00, nous étions près à prendre la route avec le lever du soleil afin d’éviter au maximum la chaleur et l’humidité suffocante.
Après avoir passé le pont en acier le moins sécuritaire qu’il soit (garde à moitié pas là et il penche d’un coté), nous avons passé en coup de vent le premier village pour s’attaquer à la première ascension. À ce moment, peu importe le flanc de montagne sur lequel on posait notre regard, il y avait toujours un village perché tout en haut.
Puis, au sommet de la première montagne, nous avons emprunté un sentier qui serpentait de village, en village… en village (je crois que vous voyez l’image… si ce n’est pas le cas, ajoutez un autre village).
Le nombre de marches que nous avons alors eu à monter est tout simplement impressionnant.
Après 3h de marche, mes jambes étaient comme 2 blocs de béton qui refusaient d’avancer. J’étais sur la batterie de secours… en mode survie… pour tenter de peine et de misère de suivre le rythme imposé par mes 2 compagnons.
Peu après 8h, ce n’est pas la chaleur qui s’est pointée, telle que nous l’avions prévue, mais la pluie, transformant les escaliers, généralement faites de pierres, en une véritable patinoire. La pluie s’est ensuite intensifiée jusqu’à ce qu’un épais brouillard recouvre la vallée. À ce moment, il était hors de question de continuer.
Le timing était excellent pour un second déjeuner (9h du matin) dans le village de Shikha. Après tout, nous étions partis très tôt et en 3h, nous étions déjà rendus à la mi-parcours. Nous avions donc le luxe de pouvoir attendre quelques heures.
De l’auberge où nous avions pris refuge, nous avons pu assister à une étrange cérémonie mettant en vedette un joueur de tambour, un gars tenant un étrange drapeau, quelques habitants et 1 poule. Nous n’avons pas tout vu, mais ce qu’on peut dire, c’est que tout le monde est revenu sain et sauf, sauf la poule…
Sur le coup de midi, la pluie a graduellement diminuée, pour éventuellement cesser, nous laissant à nouveau apercevoir l’ensemble de la vallée. Nous étions donc de retour dans nos bottes de montagnes pour en terminer avec cette journée infernale. Après un avant-midi marqué par la pluie et le brouillard, le ciel était maintenant complètement clair et l’humidité était à peine supportable.
Du haut de Shikha, joli petit village perché tout en haut d’une montagne qui surplombe la vallée, le spectacle était tout simplement magnifique. Ce village semble être un super endroit pour séjourner une nuit… en fait, si nous avions écouté mon guide et que nous avions splitté la journée d’aujourd’hui en 2, nous aurions séjourné ici.
Une fois sorti du village, une route de terre boueuse nous attendait et devinez quoi? Il fallait encore monter. Ce viewpoint était un espèce de cadeau empoisonné, qui voulait dire « bravo les gars, vous avez monté jusqu’ici alors voici votre récompense (la vue), mais… il vous reste un bon 500m à monter nananère… ».
Bref, comme la montagne vient de vous le dire, il nous restait toujours 500m à monter… autant arrêter d’écrire, manger une barre de chocolat, pour se donner un peu d’énergie, et se remettre à l’ouvrage.
Après le sentier de boue, c’était le retour à nos bonnes vieilles marches. Des tonnes de marches encore une fois. C’est ainsi que les villages de Phalate et Chitre ont défilés sous nos yeux.
Plus rien ne nous sèparait maintenant de notre destination d’aujourd’hui… Ghoropani… mis à part une ascension de 400m… Au tournant d’un autre escalier interminable, nous l’avons aperçu au travers des arbres, bien perché tout en haut de la montagne qui nous faisait face. la route était encore longue, mais au moins l’objectif était en vue… ce qui fit en sorte de me donner le regain d’énergie nécessaire pour finir la journée.
J’étais maintenant de nouveau frais comme une rose… qu’on aurait laissée trainer trop longtemps sur le comptoir avant de mettre dans l’eau. Somme toute, j’avais maintenant plus d’énergie qu’avant. Puis… pouf, disparu de notre champ de vision pendant 45min à l’entrée d’une forêt très dense, nous sommes sortis du bois tout d’un coup pour arriver dans le village.
Ghoropani, est un village turn off et je m’explique; tu vois l’arche à l’entrée du village et quelques bâtiments, tu es donc convaincu que ton calvaire est terminé et puis BANG… on te replonge dans une forêt avec des marches qui n’en finissent pas.
Une fois arrivé au vrai début du village, donc au moment où j’étais à activer mon mode « recherche » afin de trouver dans quelle auberge Liselot avait élu domicile… elle est sortie pour nous accueillir.
L’auberge où nous sommes surplombe la vallée (je sais j’ai souvent utilisé ce mot aujourd’hui, mais cette fois Ghoropani surplombe TOUTE la vallée).
Faits particuliers à propos de Ghorepani, d’une part, tous les immeubles on un revêtement et un toit en tôle bleu. D’une autre, il y a plein de chevaux et ânes en libertés dans la rue principale. Il faut donc les contourner pour circuler, puisqu’ils n’ont aucunement de bouger d’un poil… Je suis convaincu que tu aurais détesté ma sœur.
En terminant, en faisant le repérage du sentier que nous allions emprunter demain, je suis tombé sur un viewpoint qui offrait un super sunset; il y avait la vallée en contrebas, puis une bande de nuages rosés tout juste au-dessus et finalement 3 des plus hauts sommets du monde qui pointaient vers le ciel; le Dhaulagiri (8000m et +), le Tukuche (un peu moins de 7000m) et un autre. Bref, vraiment laid comme vue…
Après avoir apprécié le panorama quelques instants, je me empressé d’aller chercher Roark et Julien pour partager ma trouvaille… aussi vite qu’un homme peut courir avec des flip flops sur un sentier de pierres coupantes en tenant ses shorts d’une main pour qu’ils ne tombent pas, parce qu’il a perdu beaucoup de poids.
…
Day 24 – Leech day / Le jour de la sangsue
Info trek;
Ghoropani – 2750m
Deurali – 3050m
Banthanti – 2660m
Tadopani – 2700m
Chuile – 2300m
Trek de 15km aujourd’hui
Trek total; 353km
Description;
Nous avons commencé notre rsndonné sous un ciel bleu en montant un escalier infernal et infini au milieu d’une forêt.
Après un peu moins d’une heure, nous étions rendus au sommet de la vallée (cette fois c’est le vrai sommet), sur la crête qui sépare cette vallée de l’autre. Malheureusement pour nous, le brouillard avait déjà envahi entièrement l’autre vallée et s’apprêtait à faire de même avec celle que nous quittions à l’instant.
À partir de là, bien que sur le sommet de la montagne, le parcours était encore tout en monté, dans un foret de feuillus, qui était tranquillement mais surement enveloppée par le brouillard.
De Deurali, nous avons donc sorti nos quadriceps des grands jours (muscle de la jambe le plus sollicité en descente) pour entamer la descente d’un sentier serpentant une rivière au fond d’un canyon étroit jusqu’à Banthanti, un minuscule village perdu au milieu de nul part, comme tant d’autre avant. À noter que depuis que nous avons quitté Tatopani hier matin, l’ensemble des villages que nous croisons ne sont relié que par les sentiers… il n’y a pas de route.
Dans ce village, le premier restaurant que nous avons croisé portait très bien son nom « hungry eyes ». C’est un nom très bien choisi puisque la grande majorité des gens arrêtant ici auront comme nous 2h de monté intense en quittant Ghoropani, suivit d’une heure et demi de descente abrupte dans le canyon. Bref, nos yeux avaient très faim…
Après la désormais pluie quotidienne du midi, qui ne dure jamais plus d’une heure, nous avons repris la route…
Au sortir du canyon, le sentier longeait le flanc de la montagne dans un environnement dénué d’arbres. En temps normal, nous aurions eu une vue 180degrés de la vallée, mais nous avions plutôt un mur blanc (brouillard) devant nous, ce qui était assez impressionnant merci vu la densité de celui-ci.
Il fallait ensuite descendre une forêt sur pan de mur à au moins 70 degrés d’inclinaison, transformé en champ de boue par la pluie. Une fois rendu en bas, nous avons appris qu’il fallait remonter tout l’autre versant de la vallée… même âs de ‘’bravo les gars, vous pouvez marcher sur du plat un peu…’’ HOURRA
Depuis ce matin, nous avons quitté la forêt sub-tropicale, qui nous enveloppait depuis presque 1 semaine, pour se transporter dans une forêt de type « rainforest » comme on en voit beaucoup sur Vancouver Island et dans l’état de Washington, tout juste au sud de la frontière juste en bas de Vancouver. Ici, on su à grosse goutte non pas en raison de l’effort physique ou de la chaleur, mais en raison de l’humidité accablante. C’est pas compliqué, TOUT ici transpire l’humidité, les arbres, l’air, les pierres, etc. et nous n’y faisons pas exception…
Puis, la forêt s’est écartée pour faire place à un long sentier de pierre débouchant sur Tadopani. Avec le brouillard et les cloches (qui faisaient penser à des cloches de bateaux), le village ressemblait beaucoup plus à un village de pêcheurs en bord de mer (comme on peu en voir beaucoup sur la cote Est des États-Unis ou dans les provinces des maritimes) qu’à un village perdu dans l’Annapurna…
Après être passé en coup de vent au travers du village, nous nous sommes à nouveau enfoncés dans la forêt. Le trajet jusqu’au prochain village n’était que de 45min, mais il fallait descendre 400m… pas l’idéal dans un sentier mouillé (c’est beaucoup plus facile de monter quand il pleut).
Quelques minutes après avoir quitté Tadopani, le ciel nous est littéralement tombé sur la tête… un vrai déluge, au point de transformer le sentier en rivière. À peu près au même moment, on s’est rendu compte que nous n’étions pas seul dans la forêt… nos jambes étaient couvertes de sangsues.
Notre petite marche en forêt s’était donc transformée en course contre la montre afin de ne pas être dévoré tout rond par ces petites vermines. À chaque fois qu’on s’arrêtait pour en enlever 1, 3 autres s’accrochaient à nous. Avec la pluie qui ne faisait que s’intensifier, nous n’avions qu’une idée en tête; sortir de cette forêt infernale et trouver la première auberge…
Après 2 chutes dans la boue, un nombre incalculable de sacres prononcés et l’équivalent d’une colonie de sangsues enlevés de sur mes jambes (il y en avait toujours), nous sommes finalement sorti de la forêt pour tomber sur une auberge…
Avant même d’avoir vu le manager, visité les chambres et négocié le prix, tout le monde s’est empressé d’enlever ses souliers et ses vêtements pour enlever les sangsues restantes…
Du groupe, Roark et Liselot s’en sont bien tirés, alors que moi et Julien avions les jambes en sang (surtout Julien).
Après coup, nous nous considérons très chanceux puisque nous étions près à arrêter à n’importe quelle auberge, en autant que ce soit la première sur le chemin après la forêt, et nous sommes tombé sur un très bel endroit.
Après maintenant 24 jours de trek à porter mon sac, tout est à une place bien précise et simplement en posant mon sac sur mon dos, je suis en mesure de savoir si c’est le bon poids et le cas échéant, si j’ai oublié quelque chose (ce qui n’est pas encore arrivé).
Bref, je suis réglé au quart de tour. Exception faite des quelques endroits où nous avons séjournés plus d’une nuit, à la minute ou j’arrive dans ma nouvelle chambre, je sors tout mon stock sur mon lit, je trouve un endroit pour faire sécher mon linge, je met mon chandail et mes short de « repos », je prend mon kit de purification pour me faire de l’eau, je sors mes appareils électronique pour les recharger et je descends dans la salle à manger (qui sert d’espace commun) pour commander mon souper.
En attendant qu’il soit près (environ 1h), je lis un livre ou je joue au carte avec les autres… selon l’humeur, je mange et avant d’aller me coucher je lis dans mon guide la parcours du lendemain…
Le matin, je me réveille, je déjeune, je monte dans ma chambre remballer mes affaires et je ferme la porte derrière moi, près pour de nouvelles découvertes…
…
Day 25 – Shoots and ladders / Serpents et échelles
Info trek;
– Chuile – 2300m
– Siprong – 1950m
– Gurjung – 2050m
– Chomrong – 2170m
– Tilche
– Bhanuwa – 2080m
– Sinuwa – 2340m
Trek de 15km aujourd’hui
Trek total; 368km
Description;
Par un beau ciel bleu, la matinée a commencé par une descente jusque dans le fond d’une magnifique vallée, faite de plantation en terrasse, au son des chutes environnantes…
Une fois au fond de la vallée, il fallait faire quoi?!? Ceux qui ont dit « marcher bien relax le long de la rivière » peuvent baisser leur main. Je vous le donne en mille; il fallait remonter de l’autre coté… Eh oui, pas plus compliqué. Le jeu de serpents et échelles était donc de retour en force.
À notre départ ce matin, tout mon équipement était trempé de bord en bord; caleçon, bas, bottes, short et chandail… pas besoin de vous dire que ça été une joie de mettre tout cela. Eh bien, après moins d’une heure de marche, tout était sec. Cela n’a cependant pas duré très longtemps puisque l’humidité nous a fait suer comme des porcs par la suite.
Le temps de se faire dépasser par un petit groupe d’écoliers, composé principalement de fillettes de moins de 10ans, (mon égo a disparu à mesure que ma barbe poussait) nous étions en haut de l’autre coté.
Par la suite, c’était la routine; sentier en flanc de montagne alternant les montées et descentes, les très petits villages, les chutes, les petits villages, un pont tout sauf sécuritaire selon mes standards et une succession d’auberges avec des vues plus imprenables les unes que les autres. Si j’avais eu 1 semaine pour parcourir le trajet de ce matin, j’aurais passé 1 journée à chaque endroit.
Bien que le paysage d’aujourd’hui n’ait rien de très remarquable par rapport à ce que nous avons vu plus tôt dans le trek, le charme opérait toujours. J’étais littéralement rempli d’une joie de vivre en parcourant ce sentier… et non je n’étais pas complètement stone.
Après une ascension assez pénible d’environ 1 heure, nous avons pu apercevoir Chomrong au loin. « Ça mange quoi en hiver ste chose la », me demanderez-vous?!? Non ce n’est pas un met asiatique, non plus une espèce d’arbre, non, non et renon… C’est un village… le village marquant l’entrée dans le Sanctuaire de l’Annapurna.
Le circuit de l’Annapurna se terminait officiellement à Ghoropani et depuis, nous avons pris le raccourci qu’emprunte les trekkeurs ayant fait le Circuit et désirant continuer dans le Sanctuaire.
S’accaparant une montagne entière, le village de Chomrong est construit sur 2 versants (Est et Ouest) et de haut en bas… autant vous dire que les marches ne manquent pas… grrrr
Le village est à l’image d’un mini-wheat, dans la mesure où le versant Est de la montagne est très rural, étant parsemé de petites maisons et de plantations en terrasse. Pour sa part, le versant Ouest est la section « urbaine », avec la majeure partie des habitations et une tonne d’auberges. La situation est facilement explicable dans la mesure où le versant Ouest offre une vue imprenable sur les hautes montagnes du Sanctuaire par temps clair.
C’est assez facile de comprendre qu’en haute saison, le Sanctuaire doit être un endroit couru par les trekkeurs et le village est un passage obligatoire pour entrer et sortir. Le village est tellement éparpillé dans la montagne qu’après 1h de marche, nous ne l’avions toujours pas quitté.
À partir de maintenant, le sentier que nous prenons jusqu’au Camp de Base de l’Annapurna, communément appelé ABC pour Annapurna Base Camp, sera la même route pour le retour.
Le temps de luncher, les nuages avaient recouvert l’ensemble du ciel et les hautes montagnes. Nous avons donc repris la route puisque rien ne laissait présager une averse… et puis BANG… au plus bas de la vallée, la pluie nous est tombée dessus et, comme si c’était arrangé avec le gars des vues, le brouillard s’est pointé à la vitesse grand V.
Entretemps, nous avons localisé un bâtiment qui semblait être une auberge tout en haut de la montagne. C’était devenu notre objectif. La cabane que nous avions aperçu était en fait la première de 3 auberges qui formait le village de Sinuwa, notre stop improvisé pour la nuit.
Le constat de moi et mes 3 compagnons est sans équivoque; le parcours est beaucoup plus éreintant depuis notre départ de Tatopani que durant le reste du Circuit.
Il y a bien sur la fatigue mentale et physique à considérer, mais le fait demeure que durant le Circuit, c’était soit des journées tout en monté ou tout en descente, pas des journées en montagnes russes, à descendre et monter des vallées constamment, comme c’est le cas présentement.
En bout de ligne, aujourd’hui on a officiellement monté 200m (entre notre village de départ et celui d’arrivé), mais officieusement c’est 600-800m, peut-être même 1000m, ce qui change la donne. Nous qui étions habitué de scorer des 25-30km par jour en haute altitude, on est maintenant réduit à faire des 15-20km en étant beaucoup plus fatigué.
Bref, tout cela pour dire que l’ennemi à abattre présentement prend la forme de foutus marches, alors qu’avant c’était l’altitude.
…
Day 26 – The Sanctuary / Le Sanctuaire
Info trek;
– Sinuwa – 2340m
– Khuldigarh – 2470m
– Bamboo – 2340m
– Dovan – 2580m
– Himalaya – 2900m
– Deurali – 3200m
– Machha Puchhre Base Camp – 3700m
Trek de 19km aujourd’hui
Trek total; 387km
Description;
C’est un parcours tout en serpents et échelles qui nous attendait encore une fois.
L’endroit faisait penser au film « Pan’s labyrinth »; toutes ces grosses racines à enjamber et un éclairage diffus au travers du couvert végétal très dense.
Plus nous avancions et plus Dame Nature plaçait tranquillement mais surement ses pions (nuages) en vu de son spectacle « son et pluie » de mi-journée.
Les villages de Bamboo et Dovan ont défilés devant nos yeux sans capter notre attention, puis vint celui d’Himalaya.
Le prochain village en liste, Deurali (oui, oui, le même nom qu’un autre village il y a 2 jours…) était maintenant à 2h de marche.
Les escaliers avaient alors fait place à une forme beaucoup plus archaïque qui consistait en un tas de roches empilées n’importe comment au travers desquels tu devais te faufiler pour monter. Plaisir garanti pour les genoux…
Juste avant d’arriver à Deurali, nous avons traversé une zone d’avalanche (en hiver c’est dangereux, mais pas présentement). Le paysage était parsemé de très grosses pierres emportées par des avalanches à un moment ou à un autre en provenance du sommet de la montagne. En plus de ce terrain très accidenté, nous avons eu à passer 2-3 ponts de fortunes (en bois, pas très solide et pas fixé), d’un peu moins de 10m de porté, et qui passait par dessus des rapides tout sauf invitant. C’est assurément parmi les ponts les plus dangereux que nous ayons eu à traverser. Le brouillard, jumelé au paysage de roches et aux torrents violents me faisaient beaucoup penser à l’image que je me fais de l’Écosse.
Le temps d’apercevoir Deurali à l’horizon que le brouillard nous enveloppait totalement, en plus de la pluie qui faisait son apparition. Cette fois, nous étions bien au chaud dans une auberge quand le gros de l’averse a commencé et Dieu sait qu’il en a plu un coup.
Le temps de casser la croute que Dame Nature avait fini son petit numéro; le brouillard s’était complètement dissipé, la pluie avait cessée et le bleu du ciel commençait à réapparaître. Bref, une fois reparti, le paysage avait changé du tout au tout et le feeling était tout simplement incroyable.
Tout autour de nous, il y avait des montagnes plus vrais que vrai, d’un noir très sombre et aux arrêtes hyper tranchantes. Au travers de tout cela se trouvait une quantité incalculable de chutes, toutes plus impressionnantes les unes que les autres, qui se déversaient dans une rivière déchainée.
Ce paysage, d’une beauté dangereuse, jumelé à une musique assourdissante (rivière) était à vous glacer le sang. Il suffisait de penser une seconde que toutes les immenses pierres qui se trouvaient au fond de la vallée avaient un jour ou l’autre été propulsé par une avalanche du haut d’une de ces montagnes.
Le terme « Sanctuaire » prenait alors tout son sens. Nous ne pouvions que nous incliner… et sourire à pleines dents… devant le spectacle offert par une nature dans toute sa splendeur.
Encore une fois, quand on pensait avoir tout vu d’Annapurna, nous étions confondus… et notre timing était pile poil. Dame Nature, et sa soit disant mousson, allait devoir repenser sa stratégie afin de contrecarrer nos plans.
Pour reprendre les termes exacts de Julien « ça ressemble à la Norvège, mais en beaucoup plus impressionnant » (il a vécu 6 mois là-bas). D’un point de vue personnel, la section de sentier entre Deurali et MBC passe assurément par l’un des plus beaux endroits que j’ai pu voir dans Annapurna.
Alors que nous aurions volontiers continué à admirer le spectacle, notre destination pointait désormais à l’horizon; MBC (Machha Puchhre Base Camp) se trouvait sur le dessus d’une butte (bon, la butte était aussi grosse que le Mont Royal), au beau milieu d’un amphithéâtre formé par 5 ou 6 sommets. L’image donnait l’illusion des 5 doigts d’une main se refermant sur un caillou.
Fait intéressant; en discutant avec un guide, nous avons appris que les ânes (ou tout autre animaux servant à transporter des choses) ne sont pas permis dans le Sanctuaire. Déjà qu’il n’y a aucune route (voiture), tout doit passer par le sentier pédestre (parfois très difficile) et TOUT ce qui est dans le Sanctuaire (donc depuis Chomrong) a été transporté à bout de bras par des népalais (sur leur dos) à un moment où à un autre. On parle ici du bois et des autres matériaux qui ont été nécessaire pour construire chaque bâtiment, chaque accessoire à l’intérieur des bâtiments (lit, table, etc.), chaque aliment pour préparer la nourriture, etc. Il n’est donc pas surprenant de croiser des népalais transporter de lourde charge tout au long du parcours.
…
Day 27 – ABC, let it rain over me… / ABC sous la pluie…
Info trek;
– MBC – 3700m
– ABC – 4130m
Trek de 5km aujourd’hui
Trek total; 392km
Description;
Hier soir a été la première nuit depuis celle passé à High Camp où j’ai eu besoin de tous mes vêtements (tuque, 2 chandails, gants, short, pantalon, 2 paire de bas, etc.) en plus d’une couverture pour ne pas trop geler (parce que oui, je gelais malgré tout). Voila, je n’ai rien d’autre à dire sur le sujet héhé…
Passons donc au programme principal sans plus tarder…
Aujourd’hui est une journée qui se rapproche beaucoup d’une journée de congé. La journée se résume à se lever tôt afin de regarder le lever du soleil à MBC et ensuite monter jusqu’à ABC (Annapurna Base Camp) quelques 5km plus loin.
Bon, le lever de soleil sur les montagnes a été gâché par le brouillard et il a plu toute l’avant-midi. Voyant que les conditions ne s’amélioreraient probablement pas, nous avons décide de commencer l’ascension vers ABC. En un peu moins de 2h, c’était dans la poche.
Bien que les hautes montagnes fussent cachées par le brouillard et malgré la fine pluie qui s’abattait sur nous, la promenade était intéressante. Nous étions dans un paysage similaire à la veille, un territoire parsemé de roches de toutes tailles provenant d’avalanches.
On se croisait donc les doigts pour avoir de bonne condition le lendemain, afin d’avoir un lever de soleil digne de ce nom. Après tout, on pouvait difficilement se permettre de rester ici 1 jour de plus, puisque nos poches commençaient à être pas mal vide et qu’il nous restait encore au moins 2 autres jours de marche.
Avec cette journée ponctuée de pluie, jumelé avec les 3-4 derniers jours où nous avons été saucés au milieu de la journée, la mousson est définitivement arrivée. Les paysages en reste toutefois impressionnant et je nous considère très chanceux puisque tous les jours avant cela ont été tout simplement parfait sauf le jour de pluie à Tilicho.
…
Day 28 – Boot Camp
Info trek;
– ABC – 4130m
– MBC – 3700m
– Deurali – 3230m
– Himalaya – 2900m
– Dovan – 2580m
– Bamboo – 2340m
– Sinuwa -2340m
– Chomrong – 2170m
Trek de 27km aujourd’hui
Trek total; 419km
Description;
« Cold shower today » – Une phrase lancée par un népalais se foutant de ma gueule en me voyant marcher sous une pluie torrentielle… ne manquait plus que le savon.
Quand nous allons commencer à marcher aujourd’hui, cela fera officiellement 1 mois que nous marchons en montagne; 1 mois… WOW. Ce mois a passé en slow motion; chaaaaaque seconde, chaque pas, chaque respiration, je les ai ressenti et je m’en souviens… bon, je ne me souviens pas vraiment de chacune de mes respirations, mais bon… vous comprenez l’idée…
Nous quittons donc ABC ce matin avec l’intention d’aller jusqu’à Chomrong. C’est donc dire de nous taper le sentier du Sanctuaire au complet en 1 journée (nous avons fait l’allé en 3 jours…).
Comme je viens de le dire, nous empruntons le sentier que nous avons parcouru lors des 3 derniers jours. Donc, si vous voulez avoir une description du parcours que nous avons emprunté aujourd’hui, simplement lire le compte-rendu des jours précédents en commençant par la fin… parce qu’il est hors de question que je me tape un résumé de ce sentier une nouvelle fois héhé.
Cependant, contrairement aux derniers jours, ajoutez une très bonne dose de pluie TOUTE LA JOURNÉE.
En raison de la pluie intense, c’est le genre de journée très difficile sur le mental, puisque la randonnée prend des allures de leçon de danse. Il faut constamment être attentif à placer les pieds aux bons endroits sur/entre les roches mouillées, pour ne pas se péter la gueule, se casser une cheville, tomber en bas de la falaise… bref, vous comprenez l’idée.
Comme le titre de la journée l’indique, la marche d’aujourd’hui s’est transformée en entrainement militaire… vous savez le genre d’entraînement où les instructeurs prennent plaisir à mettre les aspirants soldats dans des situations extrêmes…
Il y avait donc au menu… sangsues incluses;
– Des sections de sentier complètes étaient désormais des rivières,
– Les gentilles petites chutes, qu’il fallait traverser sur des roches à peine sortis de l’eau à l’allé, étaient devenu des torrents,
– Les sections de sentier parsemé de roches étaient devenues des patinoires,
– La grande majorité des escaliers s’étaient transformés en chute,
– Le reste du temps, nous marchions dans la boue,
– Finalement, ajoutez à cela que la pluie nous canardée de manière continu et à fort débit toute la journée,
Bref, quand l’expression « trempé jusqu’au os » prend tout son sens.
Le seul moment amusant de la journée fut que nous avons eu à dépasser un gigantesque troupeau de chèvres. Ce n’est pas compliqué, pendant au moins 15min, il y en avait partout. Bien qu’amusant, il fallait faire gaffe à leurs mouvements imprévisibles pour ne pas aller dire bonjour à la rivière beaucoup plus basse…
À partir à Sinuwa, on pouvait apercevoir notre destination finale Chomrong sur la colline voisine. Cependant, il ne fallait pas crier victoire trop vite puisque voir l’objectif ne signifie pas être arrivé à destination. Il fallait encore descendre jusqu’au fond de la vallée, traverser un pont et on serait arrivé.
Le mot « arrivé » après le pont est une demi-vérité. Oui, en passant le pont on est officiellement à Chomrong, mais pour ceux qui s’en rappellent, Chomrong est l’équivalent d’une montagne de la hauteur de Stoneham sur laquelle on aurait aménagée une ville de haut en bas. Il nous fallu donc environ 1h à partir du pont tout en bas pour atteindre les auberges qui se trouvent tout en haut de la colline.
En fait, je n’ai aucune idée de ce que peut pouvoir signifier Chomrong en français, mais si ça voulait dire « escalier jusqu’à l’infini » je n’en serais aucunement surpris.
Pas besoin de vous dire que la bière va être bonne ce soir…
…
Day 29 – « Black hole sun, won’t you come and wash away the rain »… but it will never show up… – Soundgarden
Info trek;
Sacrez moi la paix avec votre marchage, aujourd’hui je me repose…
Description;
Étant à 1 seule journée de marche de la civilisation, nous pouvons presque la sentir. Cependant, ça attendra encore une journée…
En nous réveillant ce matin, il tombait des cordes pour une 3ème journée d’affilée. Sans même avoir besoin de dire un mot, nous avons décidé de ne pas jouer au canard à la patte cassé encore une fois aujourd’hui. Nous allions plutôt prendre 1 journée de repos bien mérité.
Nous avons donc passé la journée autour de la table dans la salle à manger. Bien fenestré, l’endroit offre une vue à 280 degrés sur l’extérieur, nous permettant ainsi de voir tomber la pluie, voir apparaitre le brouillard, voir disparaitre le brouillard, voir la pluie s’arrêter… nahhhhh, ce dernier évènement ne s’est jamais produit et cet enfoiré de soleil est resté bien caché.
On se donne donc rendez-vous demain pour la grande finale et ce, peu importe la température…
Depuis quelques temps déjà, mes compagnons se moquent de moi quand je dis certaines phrases. Ils ont donc développé un dictionnaire pour décortique chacune d’entre-elles;
– « I’m pretty sure (Je suis pas mal sur…) » veut donc dire que j’en ai aucune idée,
– « In the book it’s written (Dans le guide c’est écrit) » veut dire que j’en suis à mon dernier recours pour les convaincre,
– « I have no problem… (je n’ai aucun problème) » veut dire que l ‘idée ne m’enchsnte pas trop, mais puisque vous y tenez…
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Day 30 – « There’s no easy way out, there’s no shortcut home » – Roger Tepper / Rocky III
Info trek;
– Chomrong – 2170m
– Jhinu – 1780m
– New Bridge – 1440m
– Kyumi – 1350m
– Syauli Bazar – 1170m
– Chimrong
– Birethanti – 1020m
– Naya Pul – 1070m
Trek de 20km aujourd’hui
Trek total; 439km
Description;
Let it rain over me… I don’t care now (je me fou éperdument que la pluie me tombe dessus maintenant) » – Moi
À notre réveil, nous avons eu l’agréable surprise de constater que la pluie avait diminuée de beaucoup par rapport à hier. Il pleuvait donc encore, mais c’était très léger.
C’était donc un départ…
Quelle sensation extraordinaire de remettre nos vêtements et accessoires (bottes, semelles, bas, short, chandail, tuque, gants) encore COMPLÈTEMENT trempés d’il y a 2 jours. En commençant la journée, j’avais donc 2 lacs à la place des pieds, sans même avoir quitté l’auberge et affronté la pluie. Ne vous y méprenez pas, ce n’est pas parce que j’ai négligé le séchage, tous mes compagnons sont dans la même situation que moi.
Encore une fois aujourd’hui, ce n’est pas tant la pluie qui dérange, c’est plutôt l’humidité étouffante qui vient avec. Nos vêtements sont donc mouillés de pluie à l’extérieur et complètement trempés de sueur à l’intérieur. Bref, une sensation extraordinaire…
L’image la plus marquante en ce début de journée revient à Roark. Comme je l’ai dit, nous étions déjà trempés de bord en bord avant même le départ. Avant de partir, Roark est donc allé laver ses souliers avec un boyau d’arrosage … avec ses bas… et ses pieds… DEDANS… sans aucune considération pour le fait ou non que de l’eau pourrait entrer dedans puisque c’était déjà 2 piscines. Cette image est simplement pour vous montrer notre état d’esprit en début de journée…
Concernant le trek d’aujourd’hui, rien pour écrire à sa mère… Nous avons commencé par terminer la montée de Chomrong, pour ensuite descendre toute la montagne de l’autre coté et suivre la rivière le long d’un sentier monotone jusqu’à Kyumi, petit village à la mi-parcours.
Comme le titre du compte-rendu d’aujourd’hui l’explique si bien, ce serait une erreur de penser avoir déjà terminé le trek avant de l’avoir véritablement terminé, sous prétexte qu’il nous reste une seule journée… Nous avons entre 20-25km à marcher aujourd’hui et ils ne se marcheront pas tout seul. Ce sera fini quand je retirerais mes bottes ce soir à l’auberge…
Le highlight de la journée fut de passer un groupe de 4 grosses vaches dans un petit sentier étroit en flanc de montagne juste avant Kyumi (pour vous dire comment la journée a été banale). Après avoir marché tranquillement pendant 10 minutes derrière elles, j’ai pris mon courage à 2 mains pour les dépasser du coté ravin… en priant qu’elles ne se tournent pas pour me donner un coup de corne qui m’enverrait à coup sur dans la rivière… (Vous êtes en mesure de lire cet épisode, donc tirez votre propre conclusion).
Nous allions donc finir notre trek comme nous l’avons commencée il y a 30 jours, c’est-à-dire sur une route de terre. À partir de Syauli Bazar, nous quittions définitivement les sentiers pour marcher le reste du chemin sur la route de terre empruntée par les jeeps. Cette fois, la poussière avait laissé sa place à une route boueuse, complètement défoncée par les derniers jours de pluie. Éviter les trous d’eau se révélait en dehors de mes capacités tellement le tout ressemblait à un champ de mine… en fait, tu évitais un trou d’eau pour simplement marcher dans le suivant… et de toute façon, on était trempé de bord en bord, on s’en foutait bien de marcher dans l’eau. Comme je prenais plaisir à le dire aux autres depuis quelques jours « we have the proof that our shoes are waterproof… the water stay inside (nous avons la preuve que nos souliers sont imperméables… l’eau reste à l’intérieur) ».
Pour tout dire, nous avons eu à passer 2 rivières (la route était COMPLÈTEMENT défoncée par la pluie) et nous sommes passés au travers sans même chercher une alternative au préalable. À certains moment, j’ai eu de l’eau jusqu’en haut des genoux, mais je m’en foutais (c’est vous dire à quel point la pluie et l’eau ne nous faisaient plus aucun effet).
Quelques instants plus tard, toujours sous une pluie batante, Naya Pul pointait à l’horizon.
Puisqu’il se faisait tard, nous avons alors pris la décision de passer la nuit à Naya Pul avant de prendre un bus le lendemain matin pour Pohkara (il était 6h et un bus/taxi pour Pohkara aurait pris au moins 2h et nous n’avions aucune intention d’arriver là-bas aussi tard (mauvais pour les négociations).
Après avoir eu toute les misères du monde à trouver une auberge (normalement c’est la première chose qui nous saute aux yeux en entrant dans un village), nous avons finalement trouvé chaussure à nos pieds. Vous auriez du voir le visage du manager de l’auberge quand nous lui avons demandé 2 chambres pour la nuit. Il avait l’air d’être pris complètement au dépourvu. En fait, je lui aurais appris que son fils était mort d’un accident de moto et il aurait eu l’air plus heureux.
Après s’être promené un peu en ville, j’ai compris sa réaction. Cette ville n’a aucun charme. En fait, je vais lui faire l’insulte extrême… elle me fait beaucoup plus penser à l’Inde qu’au Népal; c’est sale et pollué à l’extrême.
Je comprends donc la majorité des touristes de prendre tout de suite prendre un bus ou un taxi pour Pohkara sans s’éterniser ici.
Moi, Julien, Roark et Liselot étions donc à enlever, de peine et de misère, notre linge complètement détrempé dans le corridor défraichi de notre auberge miteuse de Naya Pul. Tous les 4 silencieux, on ne pouvait croire qu’une si belle aventure puisse finir de cette façon… et pourtant, c’est bel et bien la fin.
Nous prenons donc un bus dès demain matin pour Pohkara… mais bon, tout cela c’est pour un prochain épisode… oui oui, ça finit en queue de poisson comme ça…
…
This is the END…
Avec ce trek, je suis allé bien au-delà de toute mes attentes; 30 JOURS – 415km
C’est difficile à croire, mais entièrement vrai. Ce trek est bien plus qu’une simple randonnée, c’est une expérience de vie, l’expérience de ma vie jusqu’à maintenant.
À chaque jour, chaque instant où j’ai arpenté le sentier, j’ai été émerveillé et ré-émerveillé par le paysage qui m’entourait. Quand je pensais avoir vu tout ce qu’Annapurna avait à m’offrir, j’avais le souffle coupé au détour du virage suivant.
Au final, nous avons eu 23 magnifiques journées, 4 journées de pluie intermittente et 3 journées de pluie battante. C’est un excellent bilan compte tenu du fait que nous avons fait notre trek en début de mousson. Je vais cependant revenir faire le sanctuaire un jour pour l’apprécier à sa juste valeur.
Annapurna fut aussi un lieu d’expérimentation; voici ce qui arrive si je laisse pousser ma barbe sans jamais la couper durant 7 semaines (j’avais commencé au Sri Lanka). Gardez bien cette image en mémoire puisque c’est la première et dernière fois que vous allez me voir dans cet état… Au moment d’écrire ces lignes, je suis en direction du salon de coiffure pour faire vous savez quoi…
Pourquoi la couper?!?
Depuis 3 semaines, quand je dis que je suis architecte et que j’ai 28 ans, les gens me regardent d’un air perplexe… On m’a donné 36 et 41ans à un certains moment. Donc, si je veux à nouveau avoir une vie sociale (autre que des vieux/vieilles hippies), je n’ai pas d’autre choix… Héhé
…
GUIDE DE SURVIE
Démystifions les « mythes » entourant un trek dans l’Annapurna;
– Il y a des auberges à tous les 2-3h, donc pas besoin d’apporter de la nourriture/trucs de camping,
– Au mois de mai/juin, pas besoin de sleeping bag, tous les hôtels offrent des couvertes et même parfois plus d’une par client,
– Buvez beaucoup d’eau. À ce sujet, il vous faut un système quelconque pour purifier l’eau – pastille, iode, lightstick, etc.,
– Dépassé 3000m d’altitude, montez tranquillement afin d’éviter toute complication. Moi et mes compagnons n’avons jamais pris de Diamox. Nous avons tous eu des maux de tête, maux de ventre ou étourdissement à un moment où à un autre, mais de manière très superficielle et sur une très courte période. Le truc est de monter lentement et de prendre du repos si vous ne vous sentez vraiment pas bien. À Manang, j’ai personnellement eu presque tous les symptômes du mal de l’altitude, mais après 1 journée de repos, j’allais beaucoup mieux.
– Plus vous montez en altitude et plus ça devient cher (bouffe, etc.). Même si vous aller rarement dépenser ce montant, prévoyez 2000rs par jour. Vous êtes mieux d’en avoir plus que moins puisqu’il n’y a pas de guichet ATM outre à Besisahar (tout début du parcours), Jomsom (vers la fin du parcours) et à Pohkara et Katmandou (une fois terminé le parcours),
– Pas besoin de guide, encore moins de sherpa (porteur). Le sentier est extrêmement bien balisé, assez linéaire et c’est très difficile de se perdre. J’ai vu beaucoup de trekkeurs (Mateo, Alvar, etc.) commencer le circuit en solo. Il est ensuite hyper facile de rencontrer d’autres randonneurs et partager leur route. Cependant, je ne recommande pas d’aller plus loin que Manang en solo puisque les risques de maladie de reliée à l’altitude et autre danger sont important,
– Il y a 2 choses avez lequels vous devez être très confortable avant le début du trek; vos bottes et votre sac à dos (son poids et le sac à dos en tant que tel),
– Quand il pleut et que vous marchez en forêt, faites gaffe au petites sangsues népalaises. En moins de temps qu’il en faut pour dire « I love India, but I hate indians », vos jambes seront recouvertes de vos nouveaux amis…
TRÈS UTILE
Avant de faire mon trek, je me suis procuré un guide (livre) sur l’Annapurna; Annapurna; Trekking Map and Complete Guide Third Edition – Partha S. Banerjee (Auteur) – Milestone Himalayan Series (Éditeur)
Ce livre contient TOUT ce que vous devez savoir à propos du Circuit de l’Annapurna et du Sanctuaire de l’Annapurna. Il propose des cartes très détaillées, une description de chaque ville et village sur le chemin, les meilleurs auberges/restaurants à chacun de ces endroits, l’histoire des lieux et des différents peuples rencontrés, toutes les routes alternatives ou trek d’un jour possibles le long du parcours et beaucoup plus encore.
Pour dire vrai, j’étais le seul à avoir ce guide et avant la fin, tout le monde me l’empruntait. Plusieurs guides (népalais) ont été surpris qu’un néophyte de l’Annapurna, marchant avoir de guide, en connaissance autant sur les sentiers/villages à venir…
C’est le meilleur 1000rs que vous pouvez investir si vous aller faire l’Annapurna. Il vous fera éviter bien des tracas et vous n’aurez pas besoin d’une grande carte encombrante.
IMPORTANT
Bien qu’il soit possible de faire le Circuit de l’Annapurna dans les 2 sens (Besisahar à Ghorepani comme nous avons fait ou le contraire), en aucun temps, je dis bien aucun temps, je conseille à une personne saine d’esprit de faire le circuit dans le sens inverse. Pourquoi?!? Vous aller vouloir mourir le jour où vous aurez à faire Muktinath (à 3800m) et Thorung Phedi (à 4800m) en passant par la Thorung La Pass (à 5400m). Il n’y a AUCUN auberge/restaurant entre Muktinath et High Camp, vous devez donc faire le parcours d’une shot.
…
Si vous vous reconnaissez dans la plupart des affirmations suivantes, vous êtes probablement près pour l’Annapurna;
– Pour vous une salle de bain peut se résumer à un trou dans le plancher
– Dans le même ordre d’idée, le papier de toilette n’est pas fourni, alors si vous n’avez pas le votre… je vous laisse imaginer le reste. Indice, il est impoli et impropre d’utiliser la main gauche pour manger…
– Vous n’avez aucun problème à dormir tout habillé et à porter les mêmes vêtements pour 1 semaine et +,
– Pour vous, une douche est un concept obscur qui relève plus du rêve que de la réalité,
– Vous acceptez de devenir un hippie, l’instant de 1 mois, même si vous n’aimez pas les hippies,
– Vous être près à mettre de coté une bonne partie de votre intimité,
– Vous acceptez que vous êtes dans un environnement à risque et, bien que vous soyez la personne la plus prudente au monde, un évènement hors de votre contrôle (avalanche, mauvais conducteur, éboulement, etc.) pourrait vous blesser gravement et même pire,
– Vous pouvez vous passer d’internet, de la télévision et de votre cellulaire,
– Vous aimez jouer aux cartes et/ou au échec et/ou lire des livres,
– Vous aimez vous lever/coucher en même temps que le soleil,
– Pour vous, une chambre peut se résumer en une pièce pas du tout isolée (froid) et insonorisée (le silence, connait pas),
– Vous aimez les animaux, mais après un certain temps, il y a de grande chance que vous vouliez tuer un chien sauvage qui vous empêche de dormir avec ses hurlements,
– Vous n’avez pas peur de marcher dans la merde (sens propre du mot… euh… sale je veux dire),
– Vous aimez marcher toute la journée sans trop savoir quand/où vous allez vous arrêter,
– Marcher 10km dans une journée représente une journée de vacance,
– Malgré toute la préparation possible que vous allez faire avant le trek, vous acceptez d’être complètement dépassé par les effets de l’altitude,
– Vous êtes près à aller au bout de vos limites et même bien au-delà,
– Vous êtes en quête de défi et vous voulez vivre une expérience exceptionnelle,
– Vous n’avez aucune idée de ce que veulent dire les mots « Momo », « Dal Bhat » et « Gurung/Tibetan bread », mais vous brulez désormais d’envi de le savoir,
– etc.
…
TOP 5
Après avoir passé mon trek à dire « c’est le plus bel endroit où je suis allé dans ma vie », il est maintenant temps de dresser les palmarès de l’Annapurna;
Top 5 – Endroits/vues magiques;
– Lever de soleil à Timang
– Lever de soleil à l’auberge Blue Sheep (situé juste après Shree Kharka sur le chemin de Tilicho lake)
– Tilicho lake
– Sentier menant à Ice lake
– Sentier Upper trail de Upper Pisang à Manang
Top 5 – Village qui valent la peine de s’y attarder;
– Kenjo (rural, loin de tout le flafla touristique, super panorama)
– Marpha (propre, tranquille et belle architecture)
– Kagbeni (véritable oasis dans le désert)
– Bahundanda (aller faire un tour à l’école en matinée et apporter des livres si possible)
– Ngawal (calme, belle architecture de pierre, superbe vue sur Annapurna)
Top 5 – Village à éviter (ne pas y coucher… si possible)
– Besisahar (passage quasi obligé)
– Chame (gros village sans aucun charme)
– Tilicho Base Camp (pas vraiment le choix si vous allez à Tilicho lake)
– Jomsom (continuez 1 village plus loin à Marpha)
– Sinuwa (arrêtez à Chomrong juste avant ou continuez jusqu’à Bamboo)
…
TO ALL MY ANNAPURNA FRIENDS
I would like to thank all the friends I met along this Annapurna trek. We shared joy, deception, laugh… we saw the pain and discouragement in each other faces… we heard burp, snore and fart (I don’t know who did that…)… we played several card games… for all those moments we saw someone drop his backpack in the middle of nowhere and run for his life with toilet paper… for every joint you rolled… and a lot more… THANK YOU ALL!
Like Duracell, we ‘’keep on going, and going… and going’’.
Mateo – Suisse
Day 3 @ 18
Alvar – Spain
Day 8 @ 18
Julien – France
Day 12 @ 30
Dan – England (left/gauche) / Liselot – Belgique (left center/centre gauche)
Day 12 @ 22 / Day 12 + 18 @ 30
And all the others; Alex, Diana, Pearl, Alejandro, Barbara, Alenka, Makea, Dror, etc.
Finally, a special THANK YOU to my buddy Roark, who did the whole trek with me. When I met you more than 2 months ago in South India, you came to me because I was wounded (bike accident 3 days before). We then travelled 6 days together. At the end, I told you about this crazy idea of doing a trek in Nepal a month from there. Without having the time to say ‘’I love India, but I hate Indians’’, you told me « I’m IN ».
We did it man… It’s impossible for me to imagine this trek without you. I figure it wasn’t always easy to be with me 24/7 for more than a month, so thank you bro…
…
Writer/Écriture; Nicolas Paré
Pictures/Photos – Nicolas Paré with special contribution from Roark Brewster and Liselot Devos
Épisode 14 – En direct du sommet du monde
L’expression « sommet du monde » est souvent employée pour désigner le Népal.
Depuis le temps que je rêve d’y poser les pieds, je peux enfin savourer le moment. En fait, j’en rêve depuis la première fois que j’ai vu le film « 7 ans au Tibet », mettant en vedette Brad Pitt. Je ne suis pas au Tibet présentement, mais c’est tout comme pour l’enfant en moi… et ce n’est pas dit que je n’irais pas au Tibet aussi (à suivre).
Commençons par le commencement…
À la fin de mon dernier épisode, j’étais assis dans un McDo à Colombo avec encore 4 heures à attendre avant d’avoir le verdict si j’avais ou non un nouveau visa indien.
J’ai donc passé ces 4 belles heures à savourer mon smoothi jusqu’à la dernière goutte. J’ai ensuite entrepris de mâcher ma paille… Bon, c’est pas que cela m’ennuis de vous compter mes histoires de machage de paille, mais si vous le voulez bien, passons outre (pour ceux qui voudrais savoir la couleur de la paille, vous n’avez qu’à m’écrire en privé).
Je me suis donc dirigé vers le centre des visas indiens pour 4 heures, l’heure à laquelle ont m’avait dit qu’ils commençaient à donner les documents. Arrivé là-bas, j’ai appris que ce n’était pas à 4h, mais bien à 5h30. J’ai donc attendu comme un con dans une salle d’attente qui ferait probablement rougir de honte tout peintre, qu’il soit amateur ou professionnel.
Tic-Tac – 4:35
Tic-Tac – 4:42
Tiiiiiic-Tac – 4:58 et 32 secondes
Tac-Tic – 4:32 (j’avais par moment l’impression que le temps reculait)
Tic-Tac – 5:14
Tic-Tac – 5:27… 5:28… 5:29… 5:29 et 45 secondes… 5:30 – rien ne se passe
5:42 – finalement j’entend « mister Nicolas ». Je sors de l’état végétatif dans lequel j’étais tombé 1 heure plus tôt en bondissant de mon siège. La fille me tend alors une enveloppe cachetée contenant mon passeport.
C’est maintenant le moment fatidique, est-ce qu’il y a un visa dans mon passeport ou non?!? La première page est vierge, la seconde aussi et puis BANG; nouveau visa indien valide jusqu’à la fin novembre.
La joie que j’ai ressenti à ce moment est l’un des meilleurs feeling que j’ai pu avoir dans ma vie. Ce petit bout de papier avec ma photo dessus mettait fin à 3 semaines d’angoisse. J’avais donc un passeport, un visa indien et mes blessures étaient guéris. Que demander de plus sinon de retourner à Negombo (où je résidais), à 6 heure du soir en plein heure de pointe dans un bus complètement bondé et sans lumière. Si ça ce n’est pas le paradis, eh bien éclairez-moi quelqu’un.
Le lendemain après-midi, je me présentais donc à l’aéroport de Colombo.
Cet aéroport est un spécimen rare en son genre. Je me risquerais même à dire unique et cela vaut la peine de s’y attarder un peu. Tout d’abord, à la minute où vous entrez à l’intérieur du bâtiment, un étrange sentiment de « mais où je dois aller dont » vous habite du début à la fin. La raison est bien simple; bien qu’intuitif et logique, chaque étape que vous devez franchir est très peu ou pas du tout indiquée.
C’est aussi très bizarre dans la mesure ou les étapes habituelles ne sont pas toutes là, ou pas nécessairement dans l’ordre habituel.
En entrant dans l’aéroport, j’ai subit une fouille très légère de moi et mes sacs. Une fouille du genre on tapoche un peu et on ouvre 1 zipper puis on pose 2-3 questions du genre;
Agent – Ça va?
Moi – Oui
Agent -De quel pays tu viens?
Moi – Canada
Agent – Rien de spécial à signaler?
Moi – Non… et si j’avais quelque chose à signaler, je te le dirais pas anyway, c’est ta job de le trouver (le dernier bout en français).
Agent – Quoi?!?
Moi – Non rien
Agent – Bon ben merci d’être venu au Sri Lanka!
Moi – De rien…
Ensuite, tu dois encore passer par une fouille à peine plus sérieuse avant d’aller à l’enregistrement.
Puis, sorti de nul part, tu dois te diriger vers un comptoir identique au comptoir de douane que l’on retrouve… en entrant dans un pays (pas en sortant chose bine). À partir de là, tu es dans le terminal.
Phénomène assez particulier, le gros du terminal est un loooong corridor linéaire avec plein de salles d’embarquement fermés. C’est un peu stupide puisqu’à la minute où les gens entrent dans la salle d’attente de leur porte, ils ne peuvent plus sortir pour aller au toilette, etc. Résultat, la plupart des gens restent dans le corridor, comprenant peu de sièges, jusqu’à la dernière minute.
J’ai aussi eu le plaisir de découvrir que tout ce qui se vend à l’intérieur de l’aéroport est en dollar américain et au prix américain. J’aurais donc dû débourser l’équivalent d’une demi journée de voyage pour un sprite et un frite (le moins cher). Le plus drôle dans tout cela c’est que j’étais constamment à demander combien ça coute en roupie puisque mon cerveau ne réussit plus à analyser les prix en dollar américain (je me fais tu fourrer ou pas?!?).
Quand viens le temps de pénétrer la salle d’embarquement correspondant à ta porte, tu dois passer par quoi? Une autre fouille. Tu attends ensuite dans cette salle pendant 30-45 minutes pour qu’enfin ils procèdent à l’embarquement.
« Flight AI 274 is now boarding (l’embarquement du le vol AI 274 est maintenant commencé) ». Ohhh yesss, je quitte enfin cette île. Moi qui commençais à croire que ça n’arriverais jamais. Mon voyage au Sri Lanka est comme une relation dont la flamme s’était éteinte depuis un bon moment, mais dont on a attendu trop longtemps pour tirer la plug. Comprenez-moi bien, j’ai ADORÉ ce pays, mais pour des raisons n’ayant aucun rapport avec lui, j’ai fini par le détester et vouloir foutre mon camp au plus cr&ss.
Pour finir le tout en beauté, dans le long couloir menant à l’avion, une autre fouille nous attendait.
Cela faisait donc 4 fouilles que je subissais depuis mon entrée dans l’aéroport. Du nombre, aucune n’était vraiment sérieuse. Tellement qu’avoir été un peu fantaste, je me serais essayé pour entrer avec mon couteau dans l’avion je suis pas mal sur que ca aurait marché (sans joke). Ils ont passé au rayon x mes bagages, mais j’ai pu passer dans la porte bip bip avec mon cellulaire et ils n’ont fait qu’un tapochage pour dire qu’ils avaient fait leur job et qu’ils m ‘avaient fouillé… sans regarder ce que j’avais dans les mains. Mon cellulaire aurait très bien pu être mon couteau.
Je ne suis pas sur, mais j’ai la forte impression qu’ils n’ont pas lu le manuel d’instruction concernant « à quoi sert une machine à rayon X pour les bagages »; tu mets les bagages dans la machine, tu regardes sur ton petit écran si tu vois pas quelque chose de dangereux (tu me demandes d’ouvrir mon sac le cas échéant ou tu me laisses passer).
Tout cela pour dire que j’aimerais beaucoup parler au grand champion qui a pensé à faire cet aéroport; regarde chose, tu me fouilles 1 fois de long en large, de haut en bas et de l’extérieur à l’intérieur si il le faut, mais ensuite, tu me fous la paix.
Rendons cependant à César ce qui lui revient, c’est un aéroport très zen, dans la mesure où je me sentais hyper relax tout le long. C’est pas compliqué, j’avais l’impression qu’ils mettaient du chloroforme dans l’air puisque personne ne parlait fort ou ne s’énervait, tout le monde était calme et somnolent. Plus sérieusement, je crois que le bon mélange d’éclairage naturel et artificiel et le choix des matériaux et couleurs font toute la différence. Donc, très bonne note au niveau de l’ambiance, mais tout le contraire en ce qui concerne la sécurité.
Une fois entré dans l’avion et assis à mon siège, il y avait quelque chose qui clochait. Tout était tranquille, trop tranquille… beaucoup trop tranquille pour un avion remplis à moitié d’indiens. Mon mauvais feeling s’est confirmé 5 minutes avant le décolage; c’est devenu un capharnaüm total, une vraie classe de primaire/secondaire quand tu apprends que tu vas avoir une remplaçante. Bref, les indiens comme je les connaissais.
Je retournais donc en Inde l’instant de 2 transits en direction du Népal; Chennai et Delhi (frisson dans le dos… c’est probablement les 2 endroits que j’ai le plus détestés depuis le début de mon voyage).
Au final, dans un pays où l’éléphant est roi (l’emblème du pays) et ou on est sensé en croiser partout, j’en aurait croisé 2… C’est à dire moins que mon premier jour au centre-ville de Delhi. Bon, il faut dire que je n’ai fait aucun effort en ce sens (j’ai évité les parcs nationaux), mais je n’avais fait aucun effort non plus en Inde et j’en ai vu à la pocheté.
Vol sans histoire de Colombo à Chennai
À mon arrivé à Chennai, j’ai enfin compris une chose; j’ai la pouasse et elle est contagieuse.
À Colombo, j’avais reçu mes 3 billets d’avion (mes 3 vols, donc 2 transit, pour aller à Katmandou, avec la même compagnie aérienne… Air India pour ne pas la nommer) et on m’avait dit que je n’aurais pas à récupérer mon bagage qui va en soute à chaque endroit, qu’il allait aller directement à ma destination finale.
Pour vous cher lecteur qui avez déjà fait un transit, vous vous direz surement dans votre fort intérieur; « voyons Nik, c’est normal… arrête de nous prendre pour des caves ». Effectivement, on a pas à sortir, passer par les douanes, aller chercher son bagage, sortir de l’aéroport, réentrer dans l’aéroport, aller au kiosque d’enregistrement, passer par les douanes et finalement se retrouver dans le terminal à chaque fois. C’est entièrement logique, et c’est ce que tout le monde a toujours fait lors d’un transit depuis le début de l’aviation commerciale.
Bon, j ‘ai dit depuis le « début de l’aviation », mais probablement que c’était pas comme ça au début et que le premier qui a eu à sortir de l’aéroport lors d’un transit s’est dit; « ta peu là, et si… (éclair de génie) ». C’est ainsi que le petit corridor de « transit », juste avant de passer aux douanes et sortir dehors, a été créé entre la section Arrivé et Départ de l’aéroport.
Pourquoi je vous dit tout cela. Eh ben, croyez le ou non, à notre descente de l’avion (il faut savoir qu’à l’arrivé à Chennai, on descend de l’avion sur la piste et un bus vient nous collecter) un petit bonhomme (gros… en fait je crois qu’il n’avait pas l’habitude de se lever de derrière son bureau. Il devait sortir juste en situation d’extrême nécessité…) avec un veston « Air Indian » nous attendait pour nous dire que tous ceux qui avaient un transit devaient faire comme le premier colon (dans le sens de découvreur) de l’aviation puisque pendant l’heure et demi que j’ai passé dans les air entre Colombo et Chennai (mon 1er vol), le système électronique de Air India a planté. Résultat, tous ceux pour qui Chennai était un simple transit on du aller chercher leur bagage, sortir de l’aéroport, passer à nouveau au comptoir d’enregistrement, se taper les douanes et finalement atteindre le terminal (le couloir transit aurait pris maximum 30 secondes).
Le hic, c’est que mon vol pour Delhi partait un peu moins de 2.5 heures après mon arrivé a Chennai et que l’aéroport était bondée. Pas besoin de vous dire que j’avais la patate qui pompait. Heureusement, tout s’est bien passé et j’ai pu prendre mon vol sans problème. C’est cependant des sueurs froides que je me serais bien passé… En plus de l’espace perdu que prend les 2 étampes (entré Inde, départ Inde) dans mon passeport.
Ce que je vais dire là est sérieux. Des fois je me dis que peut-être, je dis bien peut-être, quelqu’un en haut en sait plus que moi à propos de mon avenir (peut-être qu’une chose vraiment, mais vraiment mauvaise s’en vient) et qu’il tente par tous les moyens de m’avertir et de me dissuader de continuer mon voyage pour que je rentre à la maison.
Eille chose, oui je m’adresse à toi en haut, un texto ce serait beaucoup plus simple. Tu sais, si je recevais un texto qui me disait de stopper tout de suite mon voyage parce qu’un grand danger me guette, mais qu’il ne pouvait en dire plus sans risquer de chambouler l’espace temps (bon, j’ai peut-être trop écouté Retour vers le Futur)… Oui, si je recevais ce genre de texto sur mon cellulaire qui est toujours en mode avion et qui n’a plus aucun distributeur (je suis donc dans l’impossibilité de faire/recevoir un appel/texto)… peut-être, je dis bien peut-être, je prendrais l’avertissement au sérieux. Le gars en haut doit s’arracher les cheveux (je présume qu’il en a toujours) à essayer de trouver un moyen de m’arrêter. Après tout, trouvez moi quelqu’un qui a eu un accident de scooter, subit un vol de portefeuille/passeport, vu son visa indien (qu’il avait besoin) non renouvelé et subit un shut down de l’électronique d’une compagnie aérienne dans un voyage de 2.5 mois. Trouvez moi un voyageur qui a subit tout cela et qui n’a pas craqué et pris le premier vol pour rentrer chez lui la queue entre les 2 jambes (justement, en terme de chose bizarre, cet expression m’a toujours fait rire, mais bon, n’élaborons pas trop il y a peut-être des mineurs à l’écoute).
Bon… le délire s’arrête là… pour l’instant (comment écrire plus de 1000mots sur du vent).
Vol de Chennai à Delhi
Encore et toujours, au moment où le pilote met les gaz et que l’avion prend de la vitesse pour finalement quitter le sol… Ce moment là, ces 15-30 secondes, je les vivrais encore et encore et encore. Il n’y a pas grand chose sur cette Terre qui m’accroche un sourire fendu jusqu’au oreille aussi facilement et à tout coup. Cependant, c’est juste pour les décollages, on repassera pour les atterrissages (j’ai peut-être été un terroriste dans une autre vie?!?).
Lors de ce vol, j’ai eu toute une frousse. Au moment de m’assoir dans l’avion, je n’avais plus mon petit portefeuille contenant ma carte de débit, un peu de monnaie et qui se trouve TOUJOURS dans la poche qui zip (le zipper était ouvert) de ma paire de short que je porte 90% du temps. J’étais complètement en panique. Tellement que l’hôtesse de l’air a senti le besoin de venir me rassurer à propos du vol… que tout irait bien.
Yo mistress… j’en ai rien à cirer qu’on se crash dans 30 minutes, j’ai perdu mon portefeuille… Encore. Un peu après le décollage, alors que j’avais fait mon deuil, j’ai décidé d’ouvrir mon sac qui se trouvait dans le compartiment au-dessus de moi. Je ne mets jamais mon portefeuille là et je n’ai aucun souvenir de l’avoir mis là, mais bon… Quel ne fut pas mon soulagement de le trouver qui me souriait comme en voulant me dire; « ça t’apprendra de me mettre dans ce sac puant ».
C’est donc un retour où tout a commencé: Delhi (mon pire cauchemar).
Disons simplement que le terminal de l’aéroport n’a rien à voir avec la ville. Je pourrais vivre dans ce terminal sans problème. Il est Gi Gan Tesque et à la fine pointe de la technologie. Il y a même un hôtel dans le terminal. Le terminal est tellement grand que je ne suis assurément pas le seul canadien dans la cabane et je ne parirais pas grand chose sur le fait que je sois le seul québécois.
Avec 7 heures à tuer avant mon 3ème et dernier vol pour Katmandou, j’ai tout d’abord fait du lèche-vitrine pour enfin trouver LE livre que je voulais lire (cela fait plus de 1 mois que je veux m’acheter un livre de poche. Le premier élu sera « 20 000 lieux sous les mers » de Jules Verne. Il vaut mieux lire ce classique tard que jamais.
J’ai ensuite eu l’idée d’aller me coucher… par terre… à ma porte d’embarquement, pour découvrir avec la plus grande joie qu’il y avait un embarquement 1 heure plus tard. Je me suis donc réveillé dans un capharnaüm et entouré de personnes qui me regardaient comme si j’étais un extraterrestre. J’ai donc commencé la recherche d’une porte inoccupée pour un très long moment afin d’y élire domicile, ce que je fit. Vous auriez du voir l’amanchure… pas trop chic, d’un confort discutable, mais très sécuritaire pour mon sac allant en cabine.
« Flight 214 with Air India to Kathmandu is now bording (nous procédons maintenant à l’embarquement du vol 214 en direction de Katmandou) ». Ohhh yesss, cette phrase a résonné comme une douce mélodie à mes oreilles. Bon… ça m’a réveillé en sursaut à 6h30 du matin, mais c’est quand même mieux que de me faire réveiller par des chiens ou un minaret.
Nepal here I come
Du moment où je suis sorti de l’aéroport, j’ai ADORÉ Katmandou. Bien sur, il y avait les éternels chauffeurs de taxi qui voulaient me convaincre d’aller à leur guesthouse, mais ils n’étaient aucunement insistants comme en Inde. Ils le faisaient d’une manière amicale et j’avais l’impression qu’ils voulaient sincèrement nous aider avant tout. Pour tout vous dire, j’ai tellement aimé le chauffeur que j’ai demandé son numéro de téléphone au cas où j’aurais besoin d’un taxi.
C’est aussi à ce moment que j’ai rencontré Yekaterina (russe immigrée aux États-Unis). Nous avons décidé de partager un taxi jusqu’à un hôtel, où j’avais déjà pris contact, en plein coeur du quartier touristique de la ville; le Thamel District.
À ce sujet, si vous avez à prendre un taxi de l’aéroport, ne prenez pas un taxi au comptoir prépayé. Normalement c’est moins cher que d’aller discuter avec les chauffeurs, mais ici, vous allez avoir un meilleur prix en parlant directement au chauffeurs.
Bon, là je suis en train de vous dire que c’est super à Katmandou et que vous aller A D O R E R à votre arrivé ici, mais pour ceux qui viendraient ici directement depuis l’occident, sans avoir déjà été en Asie, ce sera assurément un choc. C’est en fait à partir de maintenant, et pour le reste de mon voyage, que mon expérience de 1 mois et demi en Inde va payer; après avoir vu et vécu le « pire », tout semble maintenant facile.
Concernant le quartier Thamel, eh bien si vous venez à Katmandou un jour, c’est le quartier où rester. Il y a beaucoup de guesthouses (pour tous les budgets) et c’est remplit à craquer de boutiques de plein air. Pour vous imaginer le tout, prenez un magasin M.E.C. (Mountain Equipment Coop) et transformez le en une très longue rue, voir un quartier, et vous aurez une image de ce à quoi ressemble le Thamel District
Autant depuis le début du voyage, les choses que j’ai achetés autres que de la nourriture et les magasins où je suis entrés outres les restaurants se comptaient sur les doigts d’une main, je me suis littéralement transformé en une jeune fille entrant dans un centre d’achat avec la carte de crédit de son père. Je voulais entrer dans toutes les boutiques et il fallait que je me batte avec moi même pour en sortir sans rien acheter.
C’est pas compliqué, Katmandou est le paradis pour moi. Les rues sont « tranquilles » et beaucoup de népalais savent ce qu’est le sarcasme et l’utilise à bon essient (contrairement à leurs voisins indiens ou chaque mot que tu prononces est prit au pied de la lettre). En plus, le gérant de notre hôtel est assurément mon « locaux » (le terme n’est aucunement diminutif, c’est simplement pour parler des habitants des pays où je vais) préféré depuis le début du voyage. Il a vécu 3 ans en France, parle très bien français et anglais, est plus que serviable et comprend/manie très bien le sarcasme. C’est donc très intéressant de parler avec lui.
En marchant du Thamel District au Durban Square (un carrefour historique de la ville), je me serait cru quelques siècles en arrière. La plupart des bâtiments sont d’époque (c’est facile à remarquer, ils sont tout croches et les portes et fenêtres sont hyper petites… même pour un népalais d’aujourd’hui).
En fait, l’illusion aurait été parfaite n’eut été des nombreux scooters et des gens parlant au cellulaire. Mais bon, si Ben Hur a droit de porter une montre lors d’une course de chevaux dans la Rome Antique, j’ai aussi droit à mes anachronismes.
Sinon, vous voulez savoir comment entrer dans un site touristique, en occurence le Durbar Square (section de la ville où les touristes doivent généralement payer pour entrer) de Katmandou, sans payer? D’une part, vous vous approchez de la billetterie, vous restez là assez longtemps pour que le garde croit que vous avez acheté un billet et ensuite vous vous promenez sur le site as usual.
Fait intéressant à savoir, il y a un Durbar Square dans presque chaque ville au Népal et à chaque fois, c’est pas mal à ne pas manquer. Outre le palais, qui jure un peu vu sa modernité, il est facile de voir que les autres bâtiments et temples du square ont beaucoup de vécus.
Concernant Katmandou, le meilleur conseil que je puisse vous donner est de vous perdre dans les rues. J’ai passé ma 1ère journée à marcher, marcher et marcher et le feeling est tout simplement indescriptible. Je ne sais pas qu’est-ce qui rend le tout spécial, peut-être parce que tu n’es pas constamment sous pression d’acheter quelque chose, surement parce que la plupart des bâtiments son très vieux (comme dans très très très vieux) et définitivement parce que j’ai l’impression que les gens vivent de la même manière qu’il y a des siècles.
Pour ce faire, vous avez une seule chose à ne pas oublier; votre sens de l’orientation.
Bref, déjà que je suis épaté par Katmandou, je n’ose pas imaginer le reste du pays puisque je n’avais aucune attente envers cette ville.
Fait assez cocasse (mes dents ne la trouve pas drôle, mais ces pas eux qui décident), j’ai acheté un sac de fromage séché (plein de petites bouchées) en me disant que ça ferait un bon snack en marchant. Je trouvait le tout un peu cher, mais j’avais faim. Écoutez moi bien… dans la vie il y a du fromage séché et du fromage SÉCHÉ. Cela fait maintenant 3 heures que j’ai ma première bouché dans la bouche et je ne sais toujours pas qui de mes dents ou le fromage va rompre en premier. À suivre…
En revenant de souper lors de mon 2ème soir à Katmandou, je suis sorti de ma chambre avec mon ordi (qui fonctionne par miracle) dans le but d’aller un peu sur internet dans le lobby. En sortant de ma chambre, j’ai entendu une voix familière en provenance de la terrasse à proximité de ma chambre. À mon grand étonnement, c’était Roark qui venait d’arriver à l’instant et qui avait déja fait copain/copain avec les filles de l’hostel. Quelle joie ce fut de voir un visage familier.
Bon, on a voyagé ensemble durant 6 jours il y a un mois, mais j’ai l’impression de le connaitre depuis toujours. C’est la personne qui se rapproche le plus d’un vieil ami que je peux rencontrer présentement.
L’équipe était donc au complet avec en plus l’ajout d’un membre; Yekaterina (la russe de l’aéroport).
J’ai donc passé le jour suivant au complet à aider mes 2 futurs compagnons de randonné à acheter leurs équipements. Pour ma part, j’avais déjà tout prévu (tuque, gant, manteau de pluie, pantalon chaud, chandail chaud et botte) avant de partir en voyage et il ne me restait que quelques petites affaires à me procurer.
La randonné que nous allons faire se nomme « le circuit de l ‘Annapurna » et si nous avons encore des forces à la fin, nous allons aussi faire le « sanctuaire de l’Annapurna ». Puisqu’il est hors de question que nous prenions un guide ou même des porteurs, j’ai acheté un très bon guide (livre) qui décrit ce à quoi la randonné devrait ressembler au jour le jour.
Qu’est-ce que l’Annapurna? Eh bien c’est une chaine de montagne au même titre que les Laurentides ou les Appalaches, mais bon… comment dire… au Népal ce sont de vraies montagnes. Le circuit de l’annapurna fait un grand cercle autour de la chaine de montagne. En ce qui concerne le sanctuaire, eh bien il pénètre directement au coeur de la chaine de montagne, d’où son nom sanctuaire (entouré de montagne).
Le trek dans l’Annapurna est reconnu comme étant l’un des plus beau au monde. L’une des choses les plus intéressantes à propos de cet endroit comparativement à la région de l’Everest est la diversité de paysages offert tout au long du parcours; on passera donc de la forêt tropicale près de Besisahar, à la moraine près de Manang, à la neige éternelle en passant par la Thorung Pass, à des paysages lunaires dans les vallées du Mustang et de Muktinath.
Afin de voir où nous en étions en ce qui concerne notre équipement et nos jambes, nous avons décidé de faire un pré-trek. Nous sommes donc allé à Bhaktapur, ville à 20km de Katmandou. De là, nous avons marché 24km pour nous rendre jusqu’à Nagarkot.
En chemin, nous avons fait un stop dans un charmant petit village du nom de Changu Narayan. Ce fut en fait le highlight de notre journée. Ce microscopique village n’est en fait qu’une seule rue qui serpente sur le haut d’une petite montagne avec plein de vieilles maisons de part et d’autre et l’un des plus vieux temple de la vallée de Katmandou à la fin. À ce sujet, il faut savoir qu’il y a une différence à faire entre la ville de Katmandou (capitale et plus grande ville du pays) et la vallée de Katmandou, qui est en fait une grande vallée comprenant plusieurs villes (Katmandou, Bhaktapyr, Patan, etc.) et villages.
Sinon, le village de Nagarkot est très charmant aussi. Il se trouve sur le dessus d’une montagne et fait face à 2 vallées, l’une plein Est et l’autre plein Ouest. Cet endroit est renommé pour ses lever et coucher de soleil. Malheureusement pour nous, à ce temps-ci de l’année, il y a beaucoup de brouillard alors nous n’avons pas pu voir ni l’un ni l’autre. Si vous y allez, organisez-vous pour demeurer dans un hôtel bien en haut de la montagne et ayant une vue sur les 2 vallées.
Fait très inusité; j’ai découvert après cette journée de trek que… mes bas… sentaient… une odeur identique… aux crottes de fromages héhé. Résultat, alors que certains puent des pieds comme jamais (Xavier Martinez est by far le pire que je jamais pu sentir), moi je sens mes bas, je me ferme les yeux et cela me rappelle ma vie d’avant mon voyage… Ok, vous pouvez dire que je suis un tout croche, moi je mets cela sur le dos des symptômes dû à l’altitude… euh
Après cette journée de marche, mes compagnons de voyage m’ont officiellement affublé du surnom de « Father (père) » puisque apparemment je suis le team leader de l’équipe même si je suis by far le cadet de l’équipe (j’ai passé 5 ans de moins sur cette Terre que le 2ème plus jeune de l’équipe). Ils ont ensuite modifié mon nickname pour « Godfather » puisque je siffle constamment la chanson thème des films Godfather (Le Parrain). Quand je parle beaucoup, Roark s’amuse aussi à me surnommer « the caveman (l’homme des caverne) » parce qu’il se moque de mon anglais.
Le lendemain matin, pendant que mes 2 compagnons faisaient la grâce matinée, je me suis levé à l’aurore pour savourer mon désormais habituel masala tea (thé hyper sucré auquel j’ajoute au moins 2-3 cuillères de sucre) sur la terrasse située sur le toit. Il y avait un peu beaucoup de brouillard, mais la vue était quand même magnifique. J’ai ensuite pris la direction du sommet de la montagne (View Tower) pour voir le soit disant 360 degrés de la régions… une belle marche de 10km.
Le long du parcours jusqu’à View Tower, la vue était magnifique sur les 2 vallées. Une fois rendu en haut, le panorama était cependant très décevant. Sensé avoir un beau 360 degrés, j’ai plutôt eu une vue très obstruée avec une tour de communication en plein milieu.
Au moment où j’allais reprendre mon chemin pour Nagarkot, les locaux m’ont dit de monter en haut de la tour. Je les ai regardés avec un air un peu dubitatif puisqu’il n’y avait pas d’échelle pour les 5 premiers mètres de la tour. Ils m’ont alors regardé avec un air du genre « ouain pis… ». Mon égo n’en demandait pas plus pour se lancer dans l’escalade de la tour. Une fois en haut, la vue était un peu mieux, mais pas tant.
Avant de redescendre en ville, j’en ai profité pour manger un peu de bouffe locale. Alors que j’engouffrais la nourriture à la vitesse grand V, le patron du « restaurant » est venu me taper sur l’épaule et d’un air très sérieux il m’a dit « you know this food is very spicy… take your time your stomach will have a hard time (tu sais que cette nourriture est très épice… tu devrais prendre ton temps sinon ton estomac va passer un mauvais moment) ». Je l’ai regardé en lui disant « it’s fine trust me (ne vous inquiétez pas pour moi) » et j’ai continué à manger à la même vitesse. À voir son visage, je crois qu’il n’était pas habitué à voir des touristes ingérer sa nourriture à une aussi grande vitesse. Je profite de cet instant pour remercier encore une fois mon estomac à toute épreuve. Toutes ces années à manger des cochonneries auront finalement servit à quelques choses.
Quand tu fais ce genre de marche, tu passes dans les chemins qu’empruntent les gens pour se rendre de leur domicile à la ville et tu croises beaucoup d’écoliers en route pour l’école. Ils sont tous hyper heureux de nous voir et tu te retrouves à dire
Namaste des tonnes de fois avec le signe de main traditionnel (se coller les 2 paumes de mains) tout le long. Ces mêmes étudiants sont aussi ceux qui te clenchent comme si de rien était en fin de journée quand il reviennent de l’école alors que toi tu fais un trek.
En début d’après-midi, nous avons pris un bus pour retourner à Bhaktapur. Faute de temps, nous avions décidé de ne pas visiter la ville la veille. Au retour, nous avons décidé d’y passer un peu de temps avant de retourner à Katmandou.
Que dire de plus que c’est l’une des meilleures décisions de ma vie. Cette ville est sans aucun doute l’une des plus belles villes où j’ai pu lâcher un pet dans ma vie (je vous rassure, ils étaient silencieux et inodores). L’endroit transpire l’histoire à tous les coins de rues. La très grande majorité des bâtiments ont au moins quelques siècles (facile à voir… ils n’y a rien au niveau et les proportions ne sont pas faites pour les népalais d’aujourd’hui… imaginez pour moi… j’ai une tête de plus que la plupart d’entre-eux). À quelques exceptions près (on ne peut pas échapper à la modernité), j’ai l’impression que cette ville est figée dans le temps depuis quelques siècles. Beaucoup des bâtiments n’ont pas l’électricité, les femmes doivent aller chercher l’eau potable dans les quelques puits dispersés dans la ville, la plupart des boutiques vendent des choses qui auraient très bien pu être vendu à l’époque, etc.
Ce n’est pas compliqué, j’aurais pu prendre des photos à chaque 5 secondes tellement j’étais hypnotisé par l’endroit… mais ma batterie de caméra ET mon iphone avaient rendus l’âme en l’espace de quelques minutes peu de temps après être arrivé là-bas. Damn…
Sur une note historique (pas trop je vous rassure), il faut savoir que Bhaktapur est l’ancienne capitale du Népal. Il y a 3 principaux squares et chacun comporte son lot de temples plus impressionnants les uns que les autres. Bref… j’imagine mal quelqu’un ne pas aimer cette ville.
Nous devions absolument retourner à Katmandou en soirée pour finaliser la préparation de notre trek le lendemain (c’est vendredi demain… alors si nous n’allons pas chercher les 2 permis qu’il nous faut, nous allons devoir attendre à lundi). C’est par contre unanime, nous allons retourner passer quelques jours à Bhaktapur après notre trek. Katmandou est géniale, mais Bhaktapur a un quelque chose de plus.
C’est dans cette ville que j’ai pu y déguster l’un des meilleur gâteau au chocolat que j’ai pu gouter de ma vie. Si vous allez là-bas un jour, trouvez le magasin appelé « Black cup coffee shop » et commandez un gâteau truffe au chocolat… vous m’en redonnerez des nouvelles. Au pire, ça vous aura couté un gros 50 cents.
Nous sommes donc de retour à Katmandou, nous nous sommes procuré les 2 permis nécessaires pour aller dans l’Annapurna et il nous reste seulement quelques petits cossins à acheter avant d’entreprendre notre trek de 3 semaines et + dans l’Annapurna. Si tout va bien, nous allons prendre un bus dimanche le 19 mai pour Besishahar (à 6-8h de Katmandou… donc à surement juste 100km) et le 20 mai nous allons commencer à marcher.
Le prochain épisode paraîtra donc à mon retour vers la mi-juin. À ce moment, j’aurais la plus grosse barbe que j’ai jamais eu de ma vie (j’établi déjà un nouveau record jour après jour présentement) et je serais surement plus maigre que je l’étais au primaire (j’ai commencé le voyage à 195-200lbs et en date d’hier j’étais à 185lbs).
Jusque là, portez-vous bien ma bande de vous autres.
Info pratique à propos de notre trek;
Nom; Annapurna Circuit et Annapurna Range
Distance; au moins 205km à marcher
Altitude; de 700 à 5500m
Temps nécessaire estimé; AU MOINS 21 jours, vraisemblablement 25-30 jours
Température:
Jour – de 5 @ 20 degrés
Nuit – jusqu’à -5, -10
Porteur et guide; c’est quoi ça?!?
Pour plus de renseignement, je vous conseille d’aller sur google et de taper « annapurna circuit wikitravel » et voys aller tomber sur un site très détaillé parlant de l’aventure… en anglais.
Le quétaine en moi a eu l’idée de faire des aikou afin de vous décrire les 2 premiers pays de mon voyage.
INDIA
I. mpossible de s’y préparer mentalement.
N. ourriture – L’expression « non végétarien » me fera toujours bien rire, mais sérieusement, ne pas manger de nourriture/breuvage indien revient à ne pas avoir vraiment visité l’Inde (thali, dosa, dal, idly, masala tea, chai et j’en oubli tellement).
D. iversité – C’est fou la diversité qu’il peut exister au niveau des paysages et surtout de la culture, l’histoire et l’éducation des gens d’un endroit à l’autre.
I. rrespectueux, répugnant, immature, collant, envahissant, nommez-les, tous ces qualificatifs sont bon pour décrire ce que je pense d’une majorité d’indien.
A. voir su, je n’aurais pas commencé par l’Inde, mais je ne le regrette aucunement maintenant.
(en anglais parce que les lettres I et A m’arrangent mieux que E bon…)
Sri Lanka
S. uisse – on dirait que tous les voyageurs viennent de là.
R. ien que pour la nourriture, j’y reviendrais un jour; Rice and Curry, Kottu, Roti, etc. Mmmmm
I. gnorer le centre de l’île pour se contenter des plages au Sud serait une erreur.
L. ittle Obama, tu me manques.
A. ussi bien vous acclimater à un environnement extrêmement humide.
N. ‘attendez pas trop avant d’y aller parce que le pays change à la vitesse Grand V.
K. enya – Saviez-vous que le Sri Lanka est le 2ème exportateur de thé au monde derrière…
A. u revoir portefeuille/passeport.
P.S. I – Fait inusité, à mon arrivé au Népal, j’ai dû gosser au moins 20 minutes avec toutes les foutus prises de courant que j’ai pu voir dans l’hôtel et aucune ne marchait. Quelqu’un, me voyant me casser la tête, m’a alors lancé tout bonnement; « you don’t need adaptator in Nepal (tu n’as pas besoin d’adaptateur au Népal) ».
À ce sujet, pendant que j’y pense, si vous allez au Sri Lanka un jour, n’oubliez pas d’apporter un crayon de plomb (n’essayez pas de comprendre, faites-le c’est tout… ca vous évitera bien des casse-têtes avec les prises de courant 🙂
P.S. II – Savez-vous que, même quand mon ordi fonctionnait, j’ai écris chacun des mots qui se trouvent dans mes articles sur mon iphone (vous savez, dans le bloc-note jaune qui vient par défaut). Je marche dans la rue et j’ai un flash, je m’arrête pour le marquer (des fois j’arrête en plein milieu de la rue)… je vis une situation cocasse, je m’empresse de le marquer… je suis au resto seul et j’attends ma commande, j’en profite pour me relire, peaufiner mes textes et ajouter des remarques stupides. Je peux passer une soirée entière (quand je n’ai pas de compagnie) à écrire et réécrire mes histoires jusqu’à ce qu’elles soient entièrement à mon gout. Je peux réécrire un paragraphe en entier parce qu’un mot ne fait pas mon affaire ou le lien se fait difficilement avec les autres paragraphes. Bref, j’ai beaucoup de plaisir à écrire mes épisodes et j’espère que vous aimez le résultat… si non, ce n’est pas plus grave que cela, c’est impossible de plaire à tout le monde. Je sais qu’une image vaut 1000mots, mais moi j’aime ça écrire 1000mots
Cet épisode s’autodétruira dans 10… 9… 6.5… 7… 2… Poufffff (j’aurais pas du laisser mes pétards dehors la nuit passé…)
Épisode 13 – Les femmes et les enfants d’abord…
Aujourd’hui, 6 mai 2013, j’étais sensé boucler la boucle de mon périple des plus tumultueux au Sri Lanka. Non je n’allais pas prendre l’avion. J’allais plutôt aller chercher mon Brand New passeport avec ma photo de serial killer.
Pour faire changement, et ce que je ne savais pas encore à mon réveil vers 5h30 du matin, c’est que ce jour allait être différent des autres. Aujourd’hui, je n’allais pas suer toutes les gouttes de mon corps comme c’est maintenant rendu une habitude depuis 1 mois… Non. J’allais plutôt recevoir sur la tête toutes les gouttes d’eau que le ciel pouvait contenir.
Disons simplement que miss Météo aurait pu trouver un meilleur timing pour me faire vivre mon premier jour de pluie depuis le début du voyage.
05:30
Comme c’est maintenant devenue une habitude, j’ai les yeux bien ronds dans mon lit en me réveillant une dernière fois sur le bord de l’océan à Mirissa.
06:30
Train de Weligama à Colombo. Moi qui pensais que le train de 6h30 allait être vide… j’ai passé 3h debout à proposer à qui les voulaient mes dessous de bras.
09:30
Arrivé à Colombo… pour la 3ème fois. Je m’empresse d’aller me gaver de trucs machins végétariens au petit resto du coin. Bon… pour vous, ça aurait l’air d’une dompe… pour le moi d’avant l’Inde ça aurait aussi l’air d’une dompe… mais pour le moi qui en a vu pas mal de verte et de pas mur depuis, je trouve que le resto a un petit je ne sais quoi de charmant.
09:45
Là aussi, 3ème tour de piste à mon hôtel de Colombo. Le manager m’accueille avec la désormais traditionnelle accolade comme si j’étais son fils de retour en ville après un long voyage.
10:30
Arrivé à l’ambassade du Canada. Encore là, je me sens comme si j’étais chez moi. Les gardiens me reconnaissent et s’amusent alors que je fais le clown (j’en profite pour passer en douce avec mon couteau à l’intérieur d’une de mes poches héhé. C’est une sorte de défi personnel à chaque point de sécurité… sauf à l’aéroport (je suis pas si cave que cela). Jusqu’à maintenant c’est Nicolas; 43 et des poussières – Gardiens de sécurité; 1 (vous pouvez dire merci à la SS du temple de Madurai en Inde pour vous sauver la face… vous vous rappelez, celle qui m’a demandé de prendre une photo avec elle et moi pour lui prouver que ma caméra n’était pas une bombe)).
Bon… je m’égare encore une fois.
Je ramasse donc mon nouveau passeport, ainsi que mon portefeuille volé comprenant TOUT sauf l’argent. Je suis complètement subjugué de revoir toutes mes affaires. Même les papiers les plus insignifiants sont là (billet de train, etc.).
On m’explique alors que c’est un garde du corps rapproché du président du Sri Lanka (sa résidence officielle est à proximité de l’hôtel où je descends à Colombo) qui l’a trouvé dans une petite ruelle à 2-3 coins de rues de l’endroit où je résidais. On me dit que c’est un homme bien et on m’invite à l’appeler pour le remercier. Je sais pas pour vous, mais je me suis gardé une petite gêne. Garde du corps ou pas, je trouve cela louche qu’il ait retrouvé mon portefeuille après 3 jours… Enfin, donnons lui 1 morceau de robot pour la forme… mais pas plus.
Au final, contrairement à ce que j’avais pu imaginer la veille dans mes multiples scénarios catastrophes, tout a été sur des roulettes. Il n’ont pas voulu que je touche à mon ancien passeport, mais ils me l’ont montré (ça me faisait chier en ta…). Ils ont par contre fait des copies officielles de mon ancien passeport et de mon visa indien, tout en prenant la peine d’expliquer les évènements qui m’étaient arrivés dans une lettre adressée à l’ambassade de l’Inde afin de faciliter le processus pour ravoir mon visa indien.
La dame a cependant été bien clair juste avant que je quitte les lieux; cela ne garanti en rien qu’ils voudront te le redonner (mon visa indien) et je la cite « Indian are very strange ». Elle n’aurait pas pu mieux dire…
11:00
Sorti de l’ambassade, c’est là que mon bateau a commencé à prendre l’eau (au sens propre comme au sens figuré cette fois)…
Une pluie diluvienne, qui allait durer toute la journée, s’est abattue sur la capitale. Moi, grand génie parfois bucké (bon, pas mal tout le temps), j’ai décidé de marcher malgré tout. Il faut savoir que l’ambassade de l’Inde est à environ 20min de marche de celle du Canada.
11:20
Arrivé à l’ambassade de l’Inde, la première étape a consisté à expliquer ma situation au gardien pour qu’il accepte enfin de me laisser entrer (j’ai un visa indien, mais quelqu’un a volé mon passeport, mais là j’en ai un nouveau et je veux faire « adapter » mon visa à mon nouveau passeport). Essayer d’expliquer cela de manière cohérente en anglais à quelqu’un qui baragouine l’anglais.
Deuxième étape; Résister à la tentation de mettre mes 2 mains autour du cou de l’indienne qui me répétait constamment « new passport, new indian visa… don’t care you have indian visa… new passport, new indian visa (nouveau passeport, nouveau visa indien… j’en ai rien à fo&t$e que tu ais un visa indien valide… nouveau passeport, nouveau visa) ». Bon, vous aurez surement remarqué que le doublage s’est fait au Québec et non en France héhé. J’ai donc sorti mon argument du désespoir en lui faisant des menaces et en lui disant un tissu de mensonges selon lesquels j’étais sensé passer 2 autres mois en Inde et que si elle n’acceptait pas de valider mon visa indien, l’argent que j’étais sensé dépenser durant ces 2 mois allait aller dans un autre pays.
Rien à faire.
J’ai donc demandé le délai pour avoir un nouveau visa; 5 jours ouvrables. On était le 6 mai et j’avais l’intention de quitter le pays le 8 ou 9 mai. J’ai donc encore une fois sorti un argument du désespoir en lui disant que j’avais un vol de booké pour l’Inde le 7 mai.
Rien à faire encore une fois.
Je suis donc sorti de là en cali… tabarouette de bonne humeur. À ce moment, je m’étais convaincu que je ne remettrait plus jamais les pieds en Inde; ces s$l&s n’allaient pas avoir un sous de plus de ma poche. Entendez-moi bien, le coût d’un nouveau visa est minime (40$), c’est simplement une question de principe; j’ai un visa indien valide… je ne veux donc pas payer pour quelque chose que j’ai déjà.
Je suis donc sorti de l’ambassade Indien avec une idée en tête; je m’en vais à Dubai pour quelques jours rejoindre mon ami Benoit. Il faut savoir que si vous ne passez pas par l’Inde, le chemin le moins cher pour aller au Népal est de faire un transit à Dubai. Comme moi et Benoit en parlions bien avant que je perde mon passeport, je trouvais le timing excellent.
Je me suis donc dirigé chez le seul agent officiel de voyage vers Dubai à Colombo. En fait, j ‘avais déjà tout prévu au cas où il y aurait un pépin du genre « on ne veut pas reconduire votre visa indien ». J’avais trouvé mes billets d’avion pour Dubai et Katmandou. Il me manquait simplement l’agent de voyage pour m’aider avec le visa (nécessaire si on sort de l’aéroport à Dubai).
Arrivé chez l’agent de voyage à l’autre bout de la ville, j’ai cependant vite déchanté…
Agent – Votre profession n’est pas dans votre passeport?
Moi – Non?!? Elle est dans le votre?
Agent – Oui! Nous devons avoir une preuve de votre profession…
Moi – Quoi?!? Je veux pas aller vivre/travailler là-bas, je veux aller passer 3 jours afin de me reposer de votre putain de pays.
[..]
Agent – Quel type de visa voulez-vous appliquer?
Moi (Ahhh, ça je sais. J’avais vérifié et il y avait un visa de 15 jours à 150$ assez facile à avoir avec un agence de voyage virtuelle que Benoit m’avait recommandé, mais je trouvais que 150$ pour passer 3 jours dans un pays était fort payé. J’avais donc trouvé le visa de transit; tu peux rester 96 heures dans le pays en sortant de l’aéroport, etc. Le prix n’était pas indiqué, mais je me disais que ça tournerais autour de 40-50$) – je veux un visa de transit. Combien il coute?
Agent – 120$
Moi – Quoi?!? Le visa 15 jours est 150$ c’est ridicule…
Même si le prix du visa m’était passé de travers, je ne voulais absolument pas retourner en Inde, j’ai donc continué la discussion.
[…]
Agent – Allez-vous descendre à l’hôtel ou rester chez quelqu’un?
Moi – je vais rester chez mon ami…
Agent – il me faut une copie de son passeport, une preuve qu’il réside bien à Dubai et…
C’est à ce moment là que je me suis levé et que je suis sorti de l’agence me refroidir un peu l’esprit à la pluie batante.
C’était maintenant officielle, mon bateau avait sombré avec tout l’équipage et les musiciens au plus profond de l’océan indien.
Ding Ding Ding, c’est bon, je mets un genou à terre, vous pouvez arrêter de cogner, je me rends. Est-ce que c’est parce que je n’ai pas de médaillon de Saint Christophe, protecteur des voyageurs, que tout m’arrive?
Qu’est-ce que j’allais faire? Je me suis demandé cette question un bon 30min en marchant dehors pendant que l’eau perlait sur mon visage. Tous les scénarios y sont passés; je rentre au pays j’en ai assez, je ne vais pas aller au Nepal, je vais où d’abord, etc.
Le fuck, c’est que je veux vraiment, mais vraiment aller au Népal et que la fenêtre de beau temps se rétrécit de pluie en pluie (jusqu’à mi-juin les conditions sont assez idéale).
Dans un monde idéal, donc si j’avais toujours mon passeport original avec mon visa indien, je serais retourné à Chennai en avion et j’aurais remonté l’Inde en train (les trains indien me manquent) jusqu’à Varanasi pour y rejoindre mon buddy Roark et enfin entrer au Népal par autobus.
Autrement, il me fallait y entrer par avion et les 2 moyens les plus faciles étaient Dubai et l’Inde. Contrairement à Dubai, où tu n’as pas besoin d’un visa si tu ne sors pas de l’aéroport, à la minute où tu te dirige vers l’Inde, même pour un transit, tu as besoin d’un visa pour entrer dans l’avion.
Autrement, si ce n’était du Népal, la question serait réglé depuis le moment où je suis sorti de l’ambassade canadienne avec mon passeport. J’aurais pris un vol pour Bangkok, Singapour ou Kuala Lumpur et le chapitre aurait été clot. Or, le Népal est dans le portrait.
J’ai donc pris un tuk tuk en direction de… l’ambassade indienne.
J’ai remplis tous les foutus documents et je croise les doigts pour que tout soit conforme. En théorie, je dois y retourner le vendredi 10 mai en avant-midi pour y porter mon passeport (règlement stupide qui fait en sorte qu’ils ne peuvent garder un passeport étranger plus d’une journée). Je devrais par la suite patienter toute la journée pour y retourner à 4h. À ce moment là, soit je vais avoir un visa, soit je vais apprendre que quelque chose n’est pas complet, etc. ce qui entrainera un délai.
À noter aussi la grande complexité du système indien. Dans la ville de Colombo uniquement, il y a l’ambassade indienne, le haut commissariat indien et VFs Indien. Les 3 sont sur la même rue, j’ai nommée Galle road, mais c’est la plus longue artère du pays (elle traverse toute la ville parallèle à l’océan) et les 3 sont à quelques kilomètres l’un de l’autre.
Alors, vous allez où pour faire une demande de visa? Si vous avez répondu l’ambassade, vous avez fait le même mauvais choix que moi et vous devrez marcher encore un peu… pour aller au VFs
Entre le moment où j’ai appliqué pour le visa indien (6 mai) et le moment où je devais aller le chercher, il y avait donc 3 jours à tuer. Quoi faire?
Il était hors de question que je reste au centre-ville puisque c’était trop cher payé pour une chambre humide sans salle de bain. Aussi, je n’avais plus vraiment la tête à visiter le pays puisque j’avais fait le tour de tous les endroits où je voulais aller. En plus, il m’aurait vraisemblablement fallu 1 journée de déplacement allé et 1 retour ce qui m’aurait laissé 1 journée de repos/visite/etc. Autant me trouver un sympathique endroit à proximité de la ville (quand je parle à proximité, il ne faut pas tomber dans le piège de regarder les distances… parce que l’endroit le plus éloigné de Colombo où je suis allé au pays est Trincomalee et c’est à environ 250-300km (9 heures de train). Il faut donc penser en terme de temps…
J’ai donc mis le cap sur Negombo, à seulement 1 heure et demi de là (30km), un peu au Nord de Colombo le long de la cote.
Negombo représente la porte d’entrée au Sri Lanka pour la majorité des touristes. En effet, le seul aéroport international du pays est à moins de 20min, comparativement à plus de 1 heure de Colombo, et représente une belle alternative pour ceux ne désirant pas poser les pieds dans la capitale.
L’endroit est avant tout une petite ville de bord d’océan comprenant une très très très longue plage orientée plein Ouest. Cependant, la plage n’a rien de très attrayante, peut-être pour quelqu’un arrivant au pays et n’ayant pas encore gouté aux autres endroits, mais en fin de parcours c’est assez décevant.
Sinon, c’est de très loin l’endroit le plus touristique où j’ai posé les pieds au Sri Lanka. Tout ou presque est pensé en fonction des touristes… et les prix sont en conséquence. Il faut donc redoubler d’effort pour trouver un vrai bon restaurant sri lankais ou une guesthouse alliant prix raisonnable et qualité. C’est possible, mais difficile.
Pour quelqu’un qui veut visiter le pays sans trop se casser la tête, mais qui est près à y mettre le prix, Negombo représente un excellent point de départ puisque les agences organisants de voyages à l’intérieur du pays se succèdent au même rythme que les hôtels clôturés le long de la plage.
Trouver un accès public à la plage se révèle être une tâche très ardue qui risque d’en décourager plus d’un. Autrement, la route en bord de mer est remplie de magasins et restaurants chargant des prix de fou et dénaturant les mets traditionnels qui m’ont fait tant aimer ce pays. Je m’ennuie du centre de l’ile avec ces « rice and curry » à volonté et à un prix dérisoire où le propriétaire remplissait votre assiette avant même que vous ayez eu le temps de dire que vous n’aviez plus faim (épisode 11).
Autrement, une partie de moi ne veut pas l’admettre, mais cet arrêt forcé de quelques jours au même endroit me fait un énorme bien. Ce n’est vraiment pas le plus bel endroit, même que de tous les endroits où je suis allé au Sri Lanka, c’est probablement le plus ennuyeux… mais bon, de n’avoir aucune visite à l’agenda, que du repos, fera le plus grand bien à mon esprit et à mes pieds (qui sont dans un piteux état). Reste plus qu’à véritablement avoir mon visa indien ce vendredi. Si il devait y avoir un retard, disons que ce serait différent…
Après 3 jours à Negombo, j’ai finalement décidé de visiter un peu. Il faut savoir que lors des 2 premiers jours, je me suis littéralement levé de mon lit pour aller poser mon cul sur la chaise de mon balcon. En fait, je quittais mon balcon seulement pour aller manger et j’ai marché une fois en ville pour aller voir les horaires d’autobus. Autrement, j’ai fait un gros rien pentoute. Maudit que ça fait du bien après 2 mois à voyager, changer d’endroit à tous les 2 jours, etc.
Entretemps, j’ai fait la rencontre de 2 israéliens (1 gars et 1 fille début vingtaine) en fin de parcours en Asie après 6 mois de voyage. Ne vous inquiétez pas, je n’ai pas quitté mon balcon, cela s’est fait par balcon interposé héhé.
De cette discussion est essentiellement sorti une chose importante; je suis encore une fois content d’être canadien. Ces 2 jeunes avaient l’air de 2 jeunes en début d’université au Canada. Le gars était très chétif et boutonneux. En fait, je suis sur qu’un gros coup de vent l’aurait fait tomber ou à tout le moins déséquilibré. Pour ce qui est de la fille, une très belle jeune femme très charismatique, elle était tout ce qu’il y a de plus normal. Bref, à des années lumières de l’image qu’on peut se faire des israéliens typiques.
Pourquoi je vous décris ces 2 personnes? Eh bien, juste avant de partir en voyage il y a 6 mois, ils venaient de terminer leur service militaire obligatoire en Israel. À 18 ans, c’est à dire entre l’école obligatoire et l’université, les garçons doivent s’enrôler durant une période moyenne de 3 ans, tandis que les filles doivent servir environ 2 ans. Je sais pas pour vous, mais si j’avais à m’enrôler dans l’armée et que je pouvais choisir le pays, Israel serait dans mes derniers choix…
Ils me racontaient certains moments angoissants où ils ont dû aller près du front, etc. Bref, c’est une période de leur vie qu’ils préfèrent oublier. Après le service obligatoire, ils sont ensuite libre d’aller à l’université, etc.
Vous y réfléchirez un peu la prochaine fois que vous serez fâché parce que quelqu’un a vidé le lait et qu’il a laissé le contenant dans le frigo, ou que quelqu’un vous volera votre portefeuille…
Rangez les violons…
Le 3ème jour, j’ai décidé de visiter un peu. J’ai finalement posé les pieds sur la plage… pour admirer le coucher de soleil (heureusement puisque je crois avoir pris l’une des plus belle photo de mon voyage).
En parcourant les rues de la ville, vous ne devinerez jamais quel type de magasin j’ai croisé le plus souvent? Indice: vous ne trouverez jamais… Ok, je vous donne un meilleur indice; quand vous êtes en vacance, j’imagine mal que vous vous êtes déjà dit; « tiens je vais aller m’acheter des b&$ou. La réponse à la fin…
Le soir venu, j’ai fait ce que j’aime le mieux faire depuis le début de mon voyage; j’entreprends une promenade gourmande.
En quoi ça consiste? Eh bien, ça consiste à marcher dans les rues et à s’arrêter aux multiples stands de nourritures. En fait, une seule chose fait foie de tout; plus le stand ou le magasin aura l’air miteux et meilleur la nourriture sera. En effet, comme en Inde, je raffole de la nourriture traditionnelle ici et ce n’est vraiment pas dans les restaurants qu’on retrouve la meilleure. En arpentant les rues, il faut parfois détourner le regard, très souvent se pincer le nez, mais en autant que ce soit chaud, il n’y a aucun problème pour mon estomac à tout épreuve (plus de 2 mois à quasiment tout le temps manger de la nourriture locale sans aucun problème… Je croise les doigts). Je fais donc ce petit manège jusqu’à ce que mon estomac soit remplis. Généralement, l’exercice me coute un gros maximum de 2$ et j’ai mangé comme un glouton.
3 jours passent donc à la vitesse de… de quoi dont?!? Ahhh oui, d’un transport publique en Inde/Sri Lanka. Le fameux 10 mai en question se pointe donc à l’horizon.
Tôt le matin, je me tape un bus en plein heure de pointe entre Negombo et Colombo, je vais porter mon passeport à l’office entre 9 et 10h du matin.
Depuis maintenant près de 2 heures, je suis dans un McDo à écrire cet article à l’air climatisé après avoir commandé la chose la moins cher possible (bon, j’avoue, j’ai triché et je n’ai pas pris le moins cher… mais bon, un smoothi c’est un smoothi même en Asie… parce que pour le reste vous ne trouverez pas de Big Mac ici).
Je m’apprête à sortir d’ici et j’aurais assurément un choc climatique puisque l’humidité est encore une fois écrasante dehors (ne manquerais plus que j’attrape le rhube).
Il ne me reste donc 4 heures 10 minutes et quelques secondes à attendre avant de faire face à mon jugement dernier; soit j’aurais mon visa, soit j’apprendrais qu’il y a un délai et que je vais rater mon vol non remboursable moins de 48h avant (il en restera 22 et des poussières lorsque j’apprendrais la nouvelle).
Jusque là, je vais errer dans les rues et faire ce que je fais le mieux; ignorer les chauffeurs de tuk tuk (hey my friend… Hey brother… Need tuk tuk…).
Je vous laisse donc dans le noir jusqu ‘au prochain épisode… live depuis le Népal.
Quand je suis arrivé au Sri Lanka, j’étais très concerné par ma blessure en plus de devoir dealer avec mon vol de portefeuille. En quittant, je suis en meilleure forme que jamais et tous mes problèmes sont règlés ou en voit de l’être. J’envisage donc mon vol Colombo – Katmandou comme un gros bouton Reset. On repart à neuf…
À la prochaine ma gang de chanceux dans votre vie normale et sans trop d’histoire…
Pour ceux songeant un jour à venir en voyage au Sri Lanka, voici un petit sommaire qui pourrait vous intéresser. Excluant les frais encourus suite à la perte de mon portefeuille, les 21 jours que j’ai passé à voyager m’ont coutés moins de 500$. C’est donc un peu plus de 20$/jour. À noter que ce montant comprend tous les frais de déplacement (train, bus, etc.), l’hébergement (calculez au moins 10$/nuit en occupation simple… vous pouvez assurément trouver moins cher), 3 repas/jour, 1 ou 2 bières/jour et les frais d’entrée sur les sites culturels/touristiques. À noter aussi que je ne me suis pas privé de rien et que j’ai séjourné dans des endroits probablement légèrement supérieur à la moyenne sinon mieux. Il y a donc moyen que ça coute encore moins cher, surtout si vous voyagez en duo. Aussi, les cotes Sud et Ouest, ainsi que Colombo sont plus touristique et coutent donc plus cher que la cote Est et le centre de l’ile.
J’avais oublié de faire l’exercice pour l’Inde, mais pour les intéressés, sachez qu’un budget d’environ 18-22$ est amplement suffisant au Sud de Mumbai et qu’un budget de 25-30$/jour (des fois plus) devrait être suffisant dans les environs de Delhi et au Rajastan (province à l’ouest de Delhi). La principale différence se situe au niveau de l’hébergement. Alors que dans le sud, j’ai rarement payé au-dessus de 10-12$ pour une chambre très descente, la même chambre pouvait couter au alentour de 18-20$ au Nord. Encore une fois, j’ai résidé dans des endroits plus qu’acceptable et c’est un budget en solo.
Aussi, si vous désirez vous acheter un guide de voyage à propos du Sri Lanka, achetez-vous le »Rough Guide » et non le »Lonely Planet ». J’ai acheté le Rough Guide par défaut (il n’y avait que celui-là), mais j’ai rencontré beaucoup de gens qui pestaient contre le Lonely (beaucoup d’endroits n’y figures pas, les cartes sont inexactes ou inexistantes, etc.)
Je profite aussi de cette dernière chronique au Sri Lanka pour vous entretenir de la différence la plus marquante que j’ai pu observer entre ici et l’Inde.
La chose qui m’a le plus marquée concerne l’émancipation des femmes. Alors qu’en Inde une femme n’aurait jamais osée me regarder dans les yeux ou pire adressée la parole, au Sri Lanka, c’est tout le contraire. Les femmes me sourient dans la rue, elles me parlent et surtout, si la seule place de libre dans le train ou dans le bus est à cotée d’une d’entre-elle, je n’aurais aucun problème à m’y assoir. En Inde, j’ai déja fait l’erreur une fois et en sortant du bus quelqu’un m’a passé la remarque que cela ne se fessait pas.
C’est assez particulier quand on pense que les 2 pays ont les mêmes racines. La seule raison que je peux voir se trouve au niveau de la religion. Alors qu’en Inde les hindous et musulmans forment la majorité, le Sri Lanka est dominé largement par les bouddhistes.
P.S. Certains vont probablement commencer à penser que je vous mène en bateau avec toutes les histoires d’horreur que je raconte depuis mon accident de scooter; « heille ca va faire le smat, dis nous dont la vérité, ton voyage est plate à mort pis tu préfères nous mener en bateau ». Eh bien, à ces personnes, je répondrais que mon voyage est tout sauf ennuyeux (bien souvent malgré moi) et j’aimerais beaucoup avoir inventé toutes ces choses, mais la réalité n’est pas un film de Disney et les dénouement heureux ne sont pas garanti (bon, on est pas encore rendu au générique de mon voyage, j’ai encore le temps de tomber en amour avec une sirène…).
Enfin bref, ce que je voulais dire avec ce P.S. c’est que j’ai le tour de rendre plus vrai que vrai mes histoires, mais je tiens à vous assurer que chaque mots écris, chaque virgule, chaque accent circonflexe, a été vécu comme je vous le raconte.
C’est complètement fou ce qu’un petit moment d’inattention peu modifier une vie et couter en terme de temps, d’énergie et d’argent. J’en ai eu 2 jusqu’à maintenant et mon voyage, mon corps et mon esprit en seront marqués pour un bon moment encore. Malgré tout, je ne me plain pas, des gens meurt de faim au quotidien autour de moi et échangeraient surement volontiers leur calvaire avec le mien. En plus, pendant ou après ces événements, j’ai rencontré des gens super et fait des choses extra qui ne se seraient vraisemblablement pas passé ainsi si le destin m’avait épargné. Bref, ce qui est fait est fait et cela fait maintenant parti de ma vie.
De plus, je suis convaincu que cela m’a rendu plus fort. L’exercice n’est pas évident, mais je peux assurément dire que ma détermination et la « dureté de mon mental » ont été mis à rudes épreuves et ont pliés à plusieurs reprise, sans jamais casser. Après tout, si je n’ai encore jamais cédé à la panique avec tout ce qui m’est tombé dessus, j’imagine mal qu’est-ce qui pourrait désormais m’ébranler…
J’avoue par contre avoir exprimé ma frustration à quelques occasions, mais pour moi ce n’est pas céder à la panique, c’est ventiler afin de ne pas devenir fou.
En fait, la chose qui me frustre le plus présentement va vous paraître bien superficielle. Je considère l’épisode 11, qui est entièrement écris mais qui n’est pas encore paru puisqu’il se trouve sur mon ordi brisé, comme étant très probablement le meilleur épisode que j’ai écris depuis le début de mon voyage. Il est rempli de positif, que du positif, à propos de mes 2 merveilleuses semaines au centre di Sri Lanka. Je ne veux pas le réécrire puisque c’est impossible que j’arrive à la cheville de ce que j’ai déjà écris.
J’espère être un jour capable de le faire paraître afin de vous entretenir de Little Obama le demi sri lankais hyper sympathique, Stan l’américain un brin psychopathe qui m’aimait beaucoup trop, Yogourt (pas capable de prononcer son nom) mon fidèle compagnon de voyage allemand durant 8 jours, Brenda la très vieille indienne reconvertie en guide de montagne au Sri Lanka qui voulait jouer à touche pipi avec moi (ouin, c’est peut-être mieux de pas le publier finalement), Dambulla le méchant frère jumeau de Bouddha, le couple d’australiens qui faisait le tour du pays à bord d’un tuk tuk, avec qui moi et Yogourt avons établi un nouveau record Guinness, et j’en passe beaucoup.
Réponse de l’énigme; quel genre de magasin se retrouve en quantité industrielle au centre-ville de Negombo? Des bijouteries. C’est pas des farces, j’ai du en voir au moins 40 sinon plus. Beaucoup d’entre elle ressemble à s’y méprendre à des restaurants avec leurs longues tables et plein de chaises

















































































































































































































































































































































































































































































































































